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"Le
mieux est l’ennemi du bien"
Le forcing qu’est
en train d’exercer l’administration américaine sur notre pays,
depuis la maladie du président Abdelaziz Bouteflika, révèle toute la
duplicité et la perverse complexité d’une politique cyniquement
conçue pour avoir à vil prix le meilleur de ce que nous pouvons
offrir. C’est ainsi que tant que le Président algérien donnait
toutes les apparences d’une bonne maîtrise de la situation et d’une
durabilité sans faille, les autorités américaines ont joué la carte
de la surenchère la plus outrancière, se limitant à l’investissement
dans le domaine pétrolier et à des relations politiques de troisième
zone. Faisant comme si l’Algérie ne les intéressait pas plus que
cela et comme si l’établissement de relations plus étroites qu’elles
ne le sont était la dernière de leurs préoccupations. Une attitude
que les dirigeants algériens n’ont par ailleurs pas tout à fait
assimilé, croyant sincèrement en un désintérêt absolument illogique
de tout point de vue, mais qui pouvait s’expliquer par quelques
détours géostratégiques, dont celui de la préférence marocaine et
une certaine répulsion à piétiner le pré carré français. L’Algérie
n’est pas une priorité pour l’Amérique, s’est-on alors plu à répéter
dans les couloirs du ministère des Affaires étrangères, à
El-Mouradia. Ce qui n’a pas empêché le chef de l’Etat algérien de se
lancer à lui-même le défi de renverser la vapeur et d’imposer notre
pays comme partenaire privilégié de l’administration US dans la
région proche-orientale, africaine et méditerranéenne. Un défi qui
l’amènera à effectuer un nombre relativement élevé de visites aux
USA et à avoir un nombre tout aussi élevé de rencontres avec le
président Georges Bush, sans que cela ne provoque le moindre réflexe
de réciprocité sur ce dernier. Le meilleur niveau de représentation
que nous ayons jamais eu de ce point de vue étant celui de chef du
département d’Etat lors de la visite éclair de Colin Powell au
lendemain de la guerre d’invasion de l’Irak, en avril 2003. Une
visite qui dura en tout et pour tout moins de deux heures. Cela sans
compter le nombre de déplacements prévus longtemps à l’avance
d’officiels américains, puis annulés à la dernière minute, toujours
dans le cadre de périples maghrébins où Alger reste la capitale en
apparence la moins désirée. Le dernier camouflet en date étant celui
infligé par le sous-secrétaire d’Etat chargé des affaires du
Moyen-Orient, M. Welsh qui escamota l’escale algérienne en novembre
de l’année dernière sous prétexte d’un manque de temps. La
volonté américaine de maintenir l’Algérie dans une situation de
demanderesse continuellement rejetée masquait mal, cependant, celle
de la maintenir aux portes d’une coopération suggérée sur le plan
militaire. Une attitude pour le moins contradictoire pour un pays
qui semble ne pas être grandement intéressé par un investissement
massif sur le plan économique hors hydrocarbures.
Il aura pourtant
suffi que la maladie du président Abdelaziz Bouteflika menace de
bouleverser un tant soit peu l’équilibre des forces au sommet de
l’Etat pour que les américains se rendent compte à quel point leur
stratégie de "poker menteur" pouvait s’avérer fragile. Tant il est
vrai par ailleurs que le moindre changement de nature du pouvoir
algérien peut remettre en cause des arrangements non écrits qui
trouvent leur origine dans les négociations secrètes tacites qui
mirent fin au gros de l’offensive terroriste contre notre pays, à la
fin de l’année 1998. Négociations dont les termes peuvent se résumer
globalement en la neutralisation du GIA en échange d’une plus grande
(totale ?) ouverture du marché algérien aux intérêts américains. La
consécration de cet accord tacite étant personnifiée par l’arrivée
au pouvoir d’une équipe politique globalement favorable à une
coopération accrue avec les Etats-Unis d’Amérique, il ne restait
plus à ces derniers qu’à moduler le rythme de pénétration en
fonction des objectifs ultimes à atteindre. Ce rythme sera donc
volontairement lent et sans concessions pour obtenir une totale
victoire sur les terrains économique, politique et géostratégique et
surtout pour être certain de la neutralisation de tous les réseaux
liés à l’ancienne puissance coloniale. Une troisième mi-temps
particulièrement palpitante ayant été décidée avec l’idée de traité
d’amitié lancée en 2003 par le président français Jaques Chirac.
Les choses en
étaient donc là lorsque survint une maladie qui avait l’énorme
inconvénient de pouvoir tout remettre en cause et de prendre au
piège un lièvre américain qui, à trop se prélasser au bord de la
route, risque de se faire coiffer bêtement au poteau.
A. M.
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