Semaine du 15 au 21 février 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

"Le mieux est l’ennemi du bien"

 

 
 
 Editorial

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"Le mieux est l’ennemi du bien"

Le forcing qu’est en train d’exercer l’administration américaine sur notre pays, depuis la maladie du président Abdelaziz Bouteflika, révèle toute la duplicité et la perverse complexité d’une  politique cyniquement conçue pour avoir à vil prix le meilleur de ce que nous pouvons offrir. C’est ainsi que tant que le Président algérien donnait toutes les apparences d’une  bonne maîtrise de la situation et d’une durabilité sans faille, les autorités américaines ont joué la carte de la surenchère la plus outrancière, se limitant à l’investissement dans le domaine pétrolier et à des relations politiques de troisième zone. Faisant comme si l’Algérie ne les intéressait pas plus que cela et comme si l’établissement de relations plus étroites qu’elles ne le sont était la dernière de leurs préoccupations. Une attitude que les dirigeants algériens n’ont par ailleurs pas tout à fait assimilé, croyant sincèrement en un désintérêt absolument illogique de tout point de vue, mais qui pouvait s’expliquer par quelques détours géostratégiques, dont celui de la préférence marocaine et une certaine  répulsion à piétiner le pré carré français. L’Algérie n’est pas une priorité pour l’Amérique, s’est-on alors plu à répéter dans les couloirs du ministère des Affaires étrangères, à El-Mouradia. Ce qui n’a pas empêché le chef de l’Etat algérien de se lancer à lui-même le défi de renverser la vapeur et d’imposer notre pays comme partenaire privilégié de l’administration US dans la région proche-orientale, africaine et méditerranéenne. Un défi qui l’amènera à effectuer un nombre relativement élevé de visites aux USA et à avoir un nombre tout aussi élevé de rencontres avec le président Georges Bush, sans que cela ne provoque le moindre réflexe de réciprocité sur ce dernier. Le meilleur niveau de représentation que nous ayons jamais eu de ce point de vue  étant celui de chef du département d’Etat lors de la visite éclair de Colin Powell au lendemain de la guerre d’invasion de l’Irak, en avril 2003. Une visite qui dura en tout et pour tout moins de deux heures. Cela sans compter le nombre de déplacements prévus longtemps à l’avance d’officiels américains, puis annulés à la dernière minute, toujours dans le cadre de périples maghrébins où Alger reste la capitale en apparence la moins désirée. Le dernier camouflet en date étant celui infligé par le sous-secrétaire d’Etat  chargé des affaires du Moyen-Orient, M. Welsh qui escamota l’escale algérienne en novembre de l’année dernière sous prétexte d’un manque de temps. La volonté américaine de maintenir l’Algérie dans une situation de demanderesse continuellement rejetée  masquait mal, cependant, celle de la maintenir aux portes d’une coopération suggérée sur le plan militaire. Une attitude pour le moins contradictoire pour un pays qui semble ne pas être grandement intéressé par un investissement massif sur le plan économique hors hydrocarbures.

Il aura pourtant suffi que la maladie du président Abdelaziz Bouteflika menace de bouleverser un tant soit peu l’équilibre des forces au sommet de l’Etat pour que les américains se rendent compte à quel point leur stratégie de "poker menteur" pouvait s’avérer fragile. Tant il est vrai par ailleurs que le moindre changement de nature du pouvoir algérien peut remettre en cause des arrangements non écrits qui trouvent leur origine dans les négociations secrètes tacites qui mirent fin au gros de l’offensive terroriste contre notre pays, à la fin de l’année 1998. Négociations dont les termes peuvent se résumer globalement en la neutralisation du GIA en échange d’une plus grande (totale ?) ouverture du marché  algérien aux intérêts américains. La consécration de cet accord tacite étant personnifiée par l’arrivée au pouvoir d’une équipe politique globalement favorable à une coopération accrue avec les Etats-Unis d’Amérique, il ne restait plus à ces derniers qu’à moduler le rythme de pénétration en fonction des objectifs ultimes à atteindre. Ce rythme sera donc volontairement lent et sans concessions pour obtenir une totale victoire sur les terrains économique, politique et géostratégique et surtout pour être certain de la neutralisation de tous les réseaux liés à l’ancienne puissance coloniale. Une troisième mi-temps particulièrement palpitante ayant été décidée avec l’idée de traité d’amitié lancée en 2003 par le président français Jaques Chirac.  

Les choses en étaient donc là lorsque survint une maladie qui avait l’énorme inconvénient de pouvoir tout remettre en cause et de prendre au piège un lièvre américain qui, à trop se prélasser au bord de la route, risque de se faire coiffer bêtement au poteau.

A. M.

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