Semaine du 15 au 21 février 2006

Russie

Vladimir Poutine tente de rehausser l'image de sont pays

Guantanamo
La majorité des détenus n’auraient pas combattu

 

 
 
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Vladimir Poutine tente de rehausser l'image de la Russie

En invitant inopinément le Hamas à Moscou, Vladimir Poutine s'implique personnellement au Proche-Orient avec le discret espoir que son initiative rétablira l'influence de la Russie sur la scène mondiale. Il a pris à contre-pied Israël et ses propres partenaires au sein du quartette de médiateurs (Etats-Unis, Union européenne, ONU) qui s'étaient eux-mêmes privés d'une telle marge de manœuvre en s'enfermant dans le refus de tout contact avec un mouvement classé par l’Occident comme terroriste. Vladimir Poutine a fait valoir que la Russie n'avait pas aveuglément classé le Hamas comme un mouvement terroriste et qu'elle était d'autant plus en droit de prendre langue avec lui qu'il était arrivé "au pouvoir en Palestine autonome lors d'élections démocratiques et légitimes". Il a justifié son initiative par la nécessité de "chercher des solutions, des dispositions qui soient acceptables à la fois par les forces politiques qui dirigent la Palestine, la communauté internationale et aussi par Israël".   Pris au dépourvu, les Etats-Unis exhortent Poutine à ne pas se départir, dans son dialogue privé ou public avec la direction du mouvement palestinien, de la ligne mise au point le 30 janvier à Londres par le quartette : qu'il renonce au recours aux armes et qu'il accepte la coexistence avec Israël.

L'émissaire russe au Proche-Orient, Alexandre Kalougine, s'est empressé de rassurer les Occidentaux sur ce point : "Nous insisterons pour un changement de politique du Hamas. Tout le monde dit au Hamas qu'il doit adopter une attitude modérée car il n'ira pas loin avec une telle attitude radicale." "Ce que nous voulons, c'est qu'ils respectent les accords passés et qu'il n'y ait plus d'actes de terrorisme. Et, bien sûr, qu'ils avancent vers une reconnaissance de l'Etat d'Israël", a souligné le diplomate russe.

L'initiative russe a été chaleureusement accueillie par les dirigeants de l'intérieur et en exil du Hamas, qui a déjà implicitement reconnu les accords d'Oslo en participant aux législatives de janvier et a prorogé de facto et sine die la trêve observée depuis un an. Le coup de pied dans la fourmilière d'un Vladimir Poutine qui prend bien soin de réaffirmer son respect des principes du quartette a suscité l'effervescence dans les chancelleries, où on n'est pas loin de penser que le Président russe a annexé le processus de paix. "Dans une situation où tous les autres médiateurs de paix se sont avérés paralysés, nous avons, en Russie, saisi une occasion de donner un nouveau souffle au processus de paix", observe plus simplement l'analyste Sergueï Markov, proche du Kremlin.

Le Quai d'Orsay dit "partager avec la Russie l'objectif d'amener le Hamas vers des positions qui permettent d'atteindre l'objectif de deux Etats vivant en paix et en sécurité" et pense qu'elle "peut contribuer à faire avancer" les choses si elle ne déborde pas du cadre du quartette. L'initiative de Poutine est bien entendu considérée en Israël comme "un coup de poignard dans le dos". Les Israéliens ont, sitôt le Hamas déclaré vainqueur aux élections, entrepris de diaboliser le mouvement palestinien afin de ne rien concéder et de renvoyer la balle, comme à l’accoutumée, dans le camp palestinien. La stratégie israélienne est de pousser à la fermeture de toutes les portes pour isoler davantage les Palestiniens. Même si ce n'est pas la Russie mais l'Union européenne et les Etats-Unis qui tiennent les cordons de la bourse, et donc détiennent les moyens de pression, Moscou peut jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Occident, tout acquis à la cause d’Israël, et le Hamas, en lui fixant les limites à ne pas dépasser pour qu’il puisse se défaire d’une étiquette de mouvement islamiste radical inapte au dialogue et au compromis. 

La Russie a peut-être une chance de gagner de l’influence au Proche-Orient. Le lapin que Poutine a tiré de son chapeau rehaussera également l'image de la Russie sur la scène internationale, une image quelque peu ternie depuis l’effondrement du mur de Berlin.

 

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Guantanamo
La majorité des détenus n’auraient pas combattu

La majorité des détenus de la base américaine de Guantanamo ne sont pas accusés d'avoir perpétré des actes hostiles contre les Etats-Unis ou leurs alliés, et seule une faible proportion d'entre eux ont été arrêtés par les forces américaines, selon un rapport analysant des documents officiels. "La grande majorité des détenus n'ont jamais participé à des combats contre les Etats-Unis", peut-on lire dans ce rapport élaboré par la faculté de droit de l'université de Seton Hall, dans le New Jersey.  Il analyse des documents officiels non confidentiels résumant les éléments sur lesquels s'est appuyée l'armée américaine, lors d'audiences organisées par des commissions d'évaluation, en 2004, pour déterminer si 517 détenus de Guantanamo étaient ou non des combattants ennemis. L'un des auteurs de cette étude, le professeur de droit Mark Denbeaux, représente lui-même deux prisonniers de Guantanamo. Ces résumés ne citent pas les noms des prisonniers et n'évoquent pas les preuves secrètes examinées par ces commissions d'évaluation, mais leur analyse permet de se faire une idée plus précise du profil des détenus du camp de Guantanamo, à Cuba, mis en place par les Etats-Unis en 2002 pour accueillir des terroristes présumés capturés lors de la guerre menée en Afghanistan contre Al-Qaîda et les taliban. Selon ce rapport, 55% des prisonniers de Guantanamo ne sont pas accusés, d'après ces documents officiels, d'avoir perpétré des actes hostiles contre les Etats-Unis et leurs alliés. Parmi ceux dont sont décrites les circonstances de leur capture, il apparaît que seuls 5% ont été appréhendés par les forces américaines. Les autres ont été capturés par les forces pakistanaises en Afghanistan et au Pakistan, ou par l'Alliance du Nord, une milice afghane qui a aidé les forces américaines à chasser du pouvoir les taliban. Certains ont été vendus aux Etats-Unis par des personnes qui ont ensuite disparu, explique le rapport, qui reproduit par ailleurs des tracts distribués en Afghanistan exhortant la population à "s'enrichir au-delà de leurs rêves" en livrant des taliban et des membres d'Al-Qaîda. Selon cette étude, les documents officiels contiennent des preuves montrant de façon convaincante que quelques-uns des détenus de Guantanamo sont des hommes dangereux qui occupaient des positions influentes dans des organisations terroristes. Ainsi, 11% d'entre eux ont rencontré Oussama ben Laden, et l'un des détenus a participé à des réunions d'Al-Qaîda sur la préparation des attentats du 11 septembre 2001. Un autre détenu est un membre influent de la milice des taliban qui a torturé, mutilé et assassiné des Afghans dans les prisons du régime intégriste, souligne le rapport. "Toutefois, les preuves fournies pour la plupart des autres détenus sont loin d'être aussi impressionnantes", peut-on y lire. Ainsi, seuls 8% des détenus sont présentés dans les documents officiels comme des combattants du mouvement Al-Qaîda et 16% comme des combattants taliban. D'autres prisonniers sont présentés comme des "membres" d'Al-Qaîda ou de la milice des taliban, la définition de leur appartenance à ces mouvements étant si large qu'elle s'applique à toute personne qui a parlé, un jour, à l'un de leurs membres, souligne le rapport. D'autres encore sont présentés comme des "associés" d'organisations terroristes, même si la moitié des groupes cités ne figurent pas sur les listes d'organisations terroristes établies par les Etats-Unis. Les auteurs du rapport s'interrogent sur la pertinence d'un amalgame entre personnes "associées" aux taliban et combattants ennemis, étant donné le contrôle exercé par le gouvernement des taliban sur presque tous les aspects de la vie des Afghans et l'enrôlement forcé des garçons dès l'âge de 12 ans. Un détenu a été qualifié de combattant ennemi pour avoir été enrôlé dans l'armée des taliban en tant qu'assistant cuisinier. Autres preuves ayant justifié la qualification de certains détenus en "combattants ennemis" : possession d'un fusil AK-47 ou d'une kalachnikov, ou encore d'une montre Casio. Les responsables américains à Guantanamo affirment que les détenus du camp fournissent des renseignements utiles et qu'ils avaient été sélectionnés avec soin parmi les 8 000 hommes capturés pendant la guerre en Afghanistan. Quelques dizaines de détenus dont les dossiers ont été examinés lors des audiences de 2004 ont depuis été libérés. La population du camp est tombée à environ 490 détenus à l'issue de tractations diplomatiques avec leurs pays d'origine et d'un processus de réexamen de leurs dossiers, qui se poursuit. Seuls dix de ces détenus ont été inculpés de crimes de guerre et des responsables du Pentagone ont estimé qu'en définitive, seuls 50 à 75 prisonniers seraient inculpés.

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