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Vladimir Poutine
tente de rehausser l'image de la Russie
En invitant
inopinément le Hamas à Moscou, Vladimir Poutine s'implique
personnellement au Proche-Orient avec le discret espoir que son
initiative rétablira l'influence de la Russie sur la scène mondiale.
Il a pris à contre-pied Israël et ses propres partenaires au sein du
quartette de médiateurs (Etats-Unis, Union européenne, ONU) qui
s'étaient eux-mêmes privés d'une telle marge de manœuvre en
s'enfermant dans le refus de tout contact avec un mouvement classé
par l’Occident comme terroriste. Vladimir Poutine a fait valoir que
la Russie n'avait pas aveuglément classé le Hamas comme un mouvement
terroriste et qu'elle était d'autant plus en droit de prendre langue
avec lui qu'il était arrivé "au pouvoir en Palestine autonome lors
d'élections démocratiques et légitimes". Il a justifié son
initiative par la nécessité de "chercher des solutions, des
dispositions qui soient acceptables à la fois par les forces
politiques qui dirigent la Palestine, la communauté internationale
et aussi par Israël". Pris au dépourvu, les Etats-Unis exhortent
Poutine à ne pas se départir, dans son dialogue privé ou public avec
la direction du mouvement palestinien, de la ligne mise au point le
30 janvier à Londres par le quartette : qu'il renonce au recours aux
armes et qu'il accepte la coexistence avec Israël.
L'émissaire russe
au Proche-Orient, Alexandre Kalougine, s'est empressé de rassurer
les Occidentaux sur ce point : "Nous insisterons pour un changement
de politique du Hamas. Tout le monde dit au Hamas qu'il doit adopter
une attitude modérée car il n'ira pas loin avec une telle attitude
radicale." "Ce que nous voulons, c'est qu'ils respectent les accords
passés et qu'il n'y ait plus d'actes de terrorisme. Et, bien sûr,
qu'ils avancent vers une reconnaissance de l'Etat d'Israël", a
souligné le diplomate russe.
L'initiative russe
a été chaleureusement accueillie par les dirigeants de l'intérieur
et en exil du Hamas, qui a déjà implicitement reconnu les accords
d'Oslo en participant aux législatives de janvier et a prorogé de
facto et sine die la trêve observée depuis un an. Le coup de pied
dans la fourmilière d'un Vladimir Poutine qui prend bien soin de
réaffirmer son respect des principes du quartette a suscité
l'effervescence dans les chancelleries, où on n'est pas loin de
penser que le Président russe a annexé le processus de paix. "Dans
une situation où tous les autres médiateurs de paix se sont avérés
paralysés, nous avons, en Russie, saisi une occasion de donner un
nouveau souffle au processus de paix", observe plus simplement
l'analyste Sergueï Markov, proche du Kremlin.
Le Quai d'Orsay
dit "partager avec la Russie l'objectif d'amener le Hamas vers des
positions qui permettent d'atteindre l'objectif de deux Etats vivant
en paix et en sécurité" et pense qu'elle "peut contribuer à faire
avancer" les choses si elle ne déborde pas du cadre du quartette.
L'initiative de Poutine est bien entendu considérée en Israël comme
"un coup de poignard dans le dos". Les Israéliens ont, sitôt le
Hamas déclaré vainqueur aux élections, entrepris de diaboliser le
mouvement palestinien afin de ne rien concéder et de renvoyer la
balle, comme à l’accoutumée, dans le camp palestinien. La stratégie
israélienne est de pousser à la fermeture de toutes les portes pour
isoler davantage les Palestiniens. Même si ce n'est pas la Russie
mais l'Union européenne et les Etats-Unis qui tiennent les cordons
de la bourse, et donc détiennent les moyens de pression, Moscou peut
jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Occident, tout acquis à la
cause d’Israël, et le Hamas, en lui fixant les limites à ne pas
dépasser pour qu’il puisse se défaire d’une étiquette de mouvement
islamiste radical inapte au dialogue et au compromis.
La Russie a
peut-être une chance de gagner de l’influence au Proche-Orient. Le
lapin que Poutine a tiré de son chapeau rehaussera également l'image
de la Russie sur la scène internationale, une image quelque peu
ternie depuis l’effondrement du mur de Berlin.
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Guantanamo
La majorité des détenus n’auraient pas combattu
La majorité des
détenus de la base américaine de Guantanamo ne sont pas accusés
d'avoir perpétré des actes hostiles contre les Etats-Unis ou leurs
alliés, et seule une faible proportion d'entre eux ont été arrêtés
par les forces américaines, selon un rapport analysant des documents
officiels. "La grande majorité des détenus n'ont jamais participé à
des combats contre les Etats-Unis", peut-on lire dans ce rapport
élaboré par la faculté de droit de l'université de Seton Hall, dans
le New Jersey. Il
analyse des documents officiels non confidentiels résumant les
éléments sur lesquels s'est appuyée l'armée américaine, lors
d'audiences organisées par des commissions d'évaluation, en 2004,
pour déterminer si 517 détenus de Guantanamo étaient ou non des
combattants ennemis. L'un des auteurs de cette étude, le professeur
de droit Mark Denbeaux, représente lui-même deux prisonniers de
Guantanamo. Ces résumés ne citent pas les noms des prisonniers et
n'évoquent pas les preuves secrètes examinées par ces commissions
d'évaluation, mais leur analyse permet de se faire une idée plus
précise du profil des détenus du camp de Guantanamo, à Cuba, mis en
place par les Etats-Unis en 2002 pour accueillir des terroristes
présumés capturés lors de la guerre menée en Afghanistan contre
Al-Qaîda et les taliban. Selon ce rapport, 55% des prisonniers de
Guantanamo ne sont pas accusés, d'après ces documents officiels,
d'avoir perpétré des actes hostiles contre les Etats-Unis et leurs
alliés. Parmi ceux dont sont décrites les circonstances de leur
capture, il apparaît que seuls 5% ont été appréhendés par les forces
américaines. Les autres ont été capturés par les forces
pakistanaises en Afghanistan et au Pakistan, ou par l'Alliance du
Nord, une milice afghane qui a aidé les forces américaines à chasser
du pouvoir les taliban. Certains ont été vendus aux Etats-Unis par
des personnes qui ont ensuite disparu, explique le rapport, qui
reproduit par ailleurs des tracts distribués en Afghanistan
exhortant la population à "s'enrichir au-delà de leurs rêves" en
livrant des taliban et des membres d'Al-Qaîda. Selon cette étude,
les documents officiels contiennent des preuves montrant de façon
convaincante que quelques-uns des détenus de Guantanamo sont des
hommes dangereux qui occupaient des positions influentes dans des
organisations terroristes. Ainsi, 11% d'entre eux ont rencontré
Oussama ben Laden, et l'un des détenus a participé à des réunions d'Al-Qaîda
sur la préparation des attentats du 11 septembre 2001. Un autre
détenu est un membre influent de la milice des taliban qui a
torturé, mutilé et assassiné des Afghans dans les prisons du régime
intégriste, souligne le rapport. "Toutefois, les preuves fournies
pour la plupart des autres détenus sont loin d'être aussi
impressionnantes", peut-on y lire. Ainsi, seuls 8% des détenus sont
présentés dans les documents officiels comme des combattants du
mouvement Al-Qaîda et 16% comme des combattants taliban. D'autres
prisonniers sont présentés comme des "membres" d'Al-Qaîda ou de la
milice des taliban, la définition de leur appartenance à ces
mouvements étant si large qu'elle s'applique à toute personne qui a
parlé, un jour, à l'un de leurs membres, souligne le rapport.
D'autres encore sont présentés comme des "associés" d'organisations
terroristes, même si la moitié des groupes cités ne figurent pas sur
les listes d'organisations terroristes établies par les Etats-Unis.
Les auteurs du rapport s'interrogent sur la pertinence d'un amalgame
entre personnes "associées" aux taliban et combattants ennemis,
étant donné le contrôle exercé par le gouvernement des taliban sur
presque tous les aspects de la vie des Afghans et l'enrôlement forcé
des garçons dès l'âge de 12 ans. Un détenu a été qualifié de
combattant ennemi pour avoir été enrôlé dans l'armée des taliban en
tant qu'assistant cuisinier. Autres preuves ayant justifié la
qualification de certains détenus en "combattants ennemis" :
possession d'un fusil AK-47 ou d'une kalachnikov, ou encore d'une
montre Casio. Les responsables américains à Guantanamo affirment que
les détenus du camp fournissent des renseignements utiles et qu'ils
avaient été sélectionnés avec soin parmi les 8 000 hommes capturés
pendant la guerre en Afghanistan. Quelques dizaines de détenus dont
les dossiers ont été examinés lors des audiences de 2004 ont depuis
été libérés. La population du camp est tombée à environ 490 détenus
à l'issue de tractations diplomatiques avec leurs pays d'origine et
d'un processus de réexamen de leurs dossiers, qui se poursuit. Seuls
dix de ces détenus ont été inculpés de crimes de guerre et des
responsables du Pentagone ont estimé qu'en définitive, seuls 50 à 75
prisonniers seraient inculpés.
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