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Le journal danois ayant publié les caricatures s'excuse
A qui profite
la polémique ?
Les caricatures
blasphématoires continuent de susciter une vive indignation dans le
monde arabo-musulman. En Europe aussi, où des réactions sont
enregistrées. Toute cette "agitation" ne pouvait laisser la presse
nationale indifférente. Et c'est à juste titre qu'El Watan a
annoncé, en Une de son édition du jeudi 9 février, "le tour du
monde en…caricatures". Pour ce quotidien, il ne fait plus l'ombre
d'un doute que "l'affaire des caricatures danoises a pris une
tournure dramatique". En Algérie, est-il rapporté, les directeurs
de Canal Algérie et de A3 ont fait les frais de l'initiative prise
de diffuser ces dessins dans leurs journaux télévisés respectifs.
Le Soir d'Algérie
du même jour fera remarquer, dans une chronique publiée en page 3,
qu'"en fait, autour de cette histoire de caricatures, on assiste de
part et d'autre à une nette volonté de substituer le religieux au
politique et de réduire tout conflit à une guerre de religion.
Islam contre Occident pour les uns, le Bien contre le Mal –
christianisme contre islam – pour les autres. Autrement dit, on veut
nous faire croire que ces caricatures et les réactions indignées
qu'elles ont suscité ne sont, en dernière analyse, qu'une
illustration de ce choc des civilisations annoncé par Samuel
Hutington. De plus, comme le souligne Ghaleb Bencheikh, il n'y a de
choc que des incultures et des ignorants".
La Tribune est
l'un des quotidiens à avoir publié les excuses présentées par le
journal danois Jyllands Posten.
L'éditorialiste du
Jour d'Algérie, évoquant pour sa part l'évolution de cette
polémique, en arrive à la déduction suivante.
Gare aux loups
C'est ainsi,
dira-t-il, "le fait est qu'il est temps, aujourd'hui, de stopper la
gangrène en opérant une rupture claire et nette entre la réprobation
parfaitement justifiée de ces atteintes délibérées aux croyances des
musulmans à travers le monde et l'exploitation cynique de cet
évènement par un mouvement islamiste mondial qui tente ainsi de
reprendre la place de leader moral qu'il avait dans le monde arabe
et musulman avant les dix ans de terrorisme et les attentats du 11
septembre 2001".
La Nouvelle
République rapporte, dans son édition du mercredi 8, que "Bush et
Blair volent au secours de Fogh". Selon ce quotidien, "l'extrême
violence de la réaction de certains pays musulmans aux caricatures
du Prophète Mohamed (QSSSL) a fait changer de position aux capitales
occidentales qui se placent désormais aux côtés de Copenhague". Est
également soulignée, dans cette édition, l'exigence du parti de
Djaballah qui, dans un appel à tous les pays musulman, "exige la
rupture des relations diplomatiques avec le Danemark et la Norvège".
Le Maghreb indique
de son côté que le boycott des produits danois prend de l'ampleur.
Et que, mieux encore, "des associations et des partis s'impliquent"
dans cette opération lancée par certains pays musulmans.
El Youm revient
sur le sujet le samedi 11 février. Le quotidien arabophone,
rappelant que le journal danois a présenté ses excuses aux
musulmans, rapporte que "Djaballah appelle au renforcement du
boycott" et que "Hanoune considère ces caricatures comme une
agitation".
El Watan indique
que " la population norvégienne se démarque" de la publication des
caricatures. Pour sa part, la commentatrice d'El Fadjr se demande
à quelles pressions les responsables danois ont cédé en refusant de
présenter leurs excuses au monde musulman, d'autant rappelle-t-elle,
que "le Danemark est connu pour n'éprouver aucune animosité à
l'égard des arabes ou des musulmans". Ou bien, estime-t-elle, le mal
est "au niveau des musulmans qui ont été les premiers à porter
préjudice à la religion musulmane lorsqu'ils ont détruit et incendié
(…), éventré des femmes, assassiné des intellectuels et des
policiers et ont saboté des usines au nom de l'Etat islamique en
Algérie".
A qui la faute ?
L'Authentique,
dans un éditorial titré "La main tendue de l'OTAN", rappelle que
"l'Alliance tente de redorer son blason dans la région et dans le
monde en multipliant ses relations de partenariat". Mais,
ajoute-t-il, "malgré sa volonté d'améliorer sa perception, son image
en matière de facteur de paix et de sécurité mondiale se heurte aux
réticences d'opinions publiques historiquement méfiantes à l'égard
de l'Alliance militaire occidentale dominée par les USA". Peut-il en
être autrement, fera-t-il remarquer. Pour preuve, "alors que
l'indignation est à son comble dans le monde musulman après la
publication, en Europe, des caricatures blasphématoires, les
ministres de l'Alliance avaient affiché leur totale solidarité avec
le Danemark, toujours au centre de la tourmente". Une prise de
position qui donne matière à s'interroger. "Est-ce là un geste qui
incline au dialogue annoncé ?" C'est là toute la question.
El Djazaïr News se
distingue à nouveau. Sa Une de ce samedi est consacrée à un
religieux danois qui s'est converti à l'islam. Son éditorialiste
soulève une série de questions, dix au total, dans lesquelles il
traite quelques points qui sont loin d'être anodins. Ainsi,
demandera-t-il, "quel va être le sort de la communauté musulmane au
Danemark" et puis pourquoi n'a-t-on pas, dans cette polémique,
rappelé "la position de ce pays adoptée en 2002 et qui a consisté en
le boycott d'Israël en signe de protestation de sa conduite à
l'encontre des palestiniens ?" La dixième question est cependant
toute simple : "Que pourraient faire les musulmans si d'autres
quotidiens continuaient à publier les caricatures blasphématoires,
si ce n'est manifester leur désapprobation par la colère et la
protestation ?"
Hommage à la
presse nationale
Le commentateur de
La Tribune (édition du 11 février) a salué la position adoptée par
la presse nationale. Ainsi souligne-t-il, "dans la gestion de
l'affaire des caricatures, des journaux algériens ont fait preuve
d'une maturité remarquable qui n'a pas beaucoup à envier aux gros
tirages européens. Là aussi, une respiration bénéfique". Il y a, de
son avis, une explication qui résiderait "dans la longue traversée
de la période intégriste". Cette période, selon le commentateur, "a
beaucoup appris à la société algérienne qui entend désormais ne plus
laisser la religion de tous à quelques appareils portés à bout de
bras par d'autres appareils". Il poursuit en se demandant s'il est
encore "nécessaire, par ces temps troubles, de redire que l'islam
n'est la propriété ni d'un Etat ni d'un pays et encore moins d'une
zone géographique qui en retireraient une rente ou des subsides
politiques". Avis à tous.
Nadia Kerraz
Haut
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