Semaine du 15 au 21 février 2006

Le journal danois ayant publié les caricatures s'excuse

A qui profite la polémique ?

 

 
 
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Le journal danois ayant publié les caricatures s'excuse

A qui profite la polémique ?

Les caricatures blasphématoires continuent de susciter une vive indignation dans le monde arabo-musulman. En Europe aussi, où des réactions sont enregistrées. Toute cette "agitation" ne pouvait laisser la presse nationale indifférente. Et c'est à juste titre qu'El Watan a annoncé, en Une de son édition du jeudi 9 février,  "le tour du monde en…caricatures". Pour ce quotidien, il ne fait plus l'ombre d'un doute que "l'affaire des caricatures danoises a pris une tournure dramatique".  En Algérie, est-il rapporté, les directeurs de Canal Algérie et de A3 ont fait les frais de l'initiative prise de diffuser ces dessins dans leurs journaux télévisés respectifs.

Le Soir d'Algérie du même jour fera remarquer, dans une chronique publiée en page 3, qu'"en fait, autour de cette histoire de caricatures, on assiste de part et d'autre à une nette volonté de substituer le religieux au politique et de réduire tout conflit à une guerre de  religion. Islam contre Occident pour les uns, le Bien contre le Mal – christianisme contre islam – pour les autres. Autrement dit, on veut nous faire croire que ces caricatures et les réactions indignées qu'elles ont suscité ne sont, en dernière analyse, qu'une illustration de ce choc des civilisations annoncé par Samuel Hutington. De plus, comme  le souligne Ghaleb Bencheikh, il n'y a de choc que des incultures et des ignorants".

La Tribune est l'un des quotidiens à avoir publié les excuses présentées par le journal danois Jyllands Posten.

L'éditorialiste du Jour d'Algérie, évoquant pour sa part l'évolution de cette polémique, en arrive à la déduction suivante.

Gare aux loups

C'est ainsi, dira-t-il, "le fait est qu'il est  temps, aujourd'hui, de stopper la gangrène en opérant une rupture claire et nette entre la réprobation parfaitement justifiée de ces atteintes délibérées aux croyances des musulmans à travers le monde et l'exploitation cynique de cet évènement par un mouvement islamiste mondial qui tente ainsi de reprendre la place de leader moral qu'il avait dans le monde arabe et musulman avant les dix ans de terrorisme et les attentats du 11 septembre 2001". 

La Nouvelle République rapporte, dans son édition du mercredi 8, que "Bush et Blair volent au secours de Fogh". Selon ce quotidien, "l'extrême violence de la réaction de certains pays musulmans aux caricatures du Prophète Mohamed (QSSSL) a fait changer de position aux capitales occidentales qui se placent désormais aux côtés de Copenhague". Est également soulignée, dans cette édition, l'exigence du parti de Djaballah qui, dans un appel  à tous les pays musulman, "exige la rupture des relations diplomatiques avec le Danemark et la Norvège".

Le Maghreb indique de son côté que le boycott des produits danois prend de l'ampleur. Et que, mieux encore, "des associations et des partis s'impliquent" dans cette opération lancée par certains pays musulmans. 

El Youm revient sur le sujet le samedi 11 février. Le quotidien arabophone, rappelant que le journal danois a présenté ses excuses aux musulmans, rapporte que "Djaballah appelle au renforcement du boycott" et que "Hanoune considère ces caricatures comme une agitation".

El Watan indique que " la population norvégienne se démarque" de la publication des caricatures. Pour sa part,  la commentatrice  d'El Fadjr se demande à quelles pressions les responsables danois ont cédé en refusant de présenter leurs excuses au monde musulman, d'autant rappelle-t-elle, que "le Danemark est connu pour n'éprouver aucune animosité à l'égard des arabes ou des musulmans". Ou bien, estime-t-elle, le mal est "au niveau des musulmans  qui ont été les premiers à porter préjudice à la religion musulmane lorsqu'ils ont détruit et incendié (…), éventré des femmes, assassiné des intellectuels et  des policiers et ont saboté des usines au nom de l'Etat islamique en Algérie".

A qui la faute ?

L'Authentique, dans un éditorial titré "La main tendue de l'OTAN", rappelle que "l'Alliance tente de redorer son blason dans la région et dans le monde en multipliant ses relations de partenariat". Mais, ajoute-t-il, "malgré sa volonté d'améliorer sa perception, son image en matière de facteur de paix et de sécurité mondiale se heurte aux réticences d'opinions publiques historiquement méfiantes à l'égard de l'Alliance militaire occidentale dominée par les USA". Peut-il en être autrement, fera-t-il remarquer. Pour preuve, "alors que l'indignation est à son comble dans le monde musulman après la publication, en Europe, des caricatures blasphématoires, les ministres de l'Alliance avaient affiché leur totale solidarité avec le Danemark, toujours au centre de la tourmente". Une prise de position qui donne matière à s'interroger. "Est-ce là un geste qui incline au dialogue annoncé ?" C'est là toute la question.

El Djazaïr News se distingue à nouveau. Sa Une de ce samedi est consacrée à un religieux danois qui s'est converti à l'islam.  Son éditorialiste soulève une série de questions, dix au total, dans lesquelles il traite quelques points qui sont loin d'être anodins. Ainsi, demandera-t-il, "quel va être le sort de la communauté musulmane au Danemark" et puis pourquoi n'a-t-on pas, dans cette polémique, rappelé "la position de ce pays adoptée en 2002 et qui a consisté en le boycott d'Israël en signe de protestation de sa conduite à l'encontre des palestiniens ?" La dixième question est cependant toute simple : "Que pourraient faire les musulmans si d'autres quotidiens continuaient à publier les caricatures blasphématoires, si ce n'est manifester leur désapprobation par la colère et la protestation ?" 

Hommage à la presse nationale

Le commentateur de La Tribune (édition du 11 février) a salué la position adoptée par la presse nationale. Ainsi souligne-t-il, "dans la gestion de l'affaire des caricatures, des journaux algériens ont fait preuve d'une maturité remarquable qui n'a pas beaucoup à envier aux gros tirages européens. Là aussi, une respiration bénéfique". Il y a, de son avis, une explication qui résiderait "dans la longue traversée de la période intégriste". Cette période, selon le commentateur, "a beaucoup appris à la société algérienne qui entend désormais ne plus laisser la religion de tous à quelques appareils portés à bout de bras par d'autres appareils". Il poursuit en se demandant s'il est encore "nécessaire, par ces temps troubles, de redire que l'islam n'est la propriété ni d'un Etat ni d'un pays et encore moins d'une zone géographique qui en retireraient une rente ou des subsides politiques". Avis à tous.

Nadia Kerraz

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