Semaine du 15  au 21 novembre 2006

 

L'éditorial : Par Nabil Benali

Course contre la montre

 

 
 
 Editorial

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Course contre la montre

L’impatience du FLN a faire aboutir coûte que coûte le projet de révision constitutionnelle ne s’explique pas autrement que par le fait que le parti de Abdelaziz Belkhadem ne regarde la question que par le petit bout de la lorgnette. Si le référendum devait se tenir avant les législatives, il aurait raison de penser que les consultations suivantes se passeront sans accrocs, entendre par là qu’il pourra tranquillement conserver sa majorité absolue à l’APN. Dans le cas contraire, c’est-à-dire si le référendum devait être reporté au-delà des législatives et, partant, pour plus loin que l’année 2007, qui s’achèvera par les élections des assemblées locales, le FLN penserait alors avoir de sérieuses raisons de craindre pour son avenir. Notons, au passage, que la majorité absolue dont dispose le FLN à l’assemblée constitue son plus important atout, sinon le seul, qui lui permette de jouer le rôle de premier plan qui est le sien. Dénué de cette force, il ne vaudra pas plus qu’un autre parti et peut-être même moins que cela, dans la mesure où cela risque de lancer le compte à rebours pour le réveil de la vieille querelle interne dont l’actuel secrétaire général n’est toujours pas venu à bout.

Mais quel lien peut-il y avoir entre le référendum pour la révision de la constitution et les législatives ? Théoriquement, aucun ou si peu. Mais pour le cas du FLN, l’agenda électoral qui est au centre de toutes les manœuvres est plus que déterminant. Il ne viendrait pas à l’esprit de Abdelaziz Belkhadem d’aller faire campagne pour une nouvelle constitution si, auparavant, se seraient produites des législatives qui auraient renforcé le poids du RND sur la scène politique. Cette probabilité ne serait pas du goût du vieux parti unique, dans la mesure où il devra forcément s’attendre à ce que le futur texte se rapproche des vues constitutionnelles d’Ahmed Ouyahia, qui sont comme chacun le sait, aux antipodes de celles du FLN.

Il va sans dire que toute perte d’influence du FLN éloignerait celui-ci de sa capacité à peser sur le contenu du projet présidentiel, le contraire étant valable également pour le RND. Le fait est vérifié dans la phase actuelle, puisque nous assistons déjà à présent à une situation de blocage, dont les verrous pourraient parfaitement être levés à l’occasion des législatives. Le FLN, lui, ne semble avoir aucune envie d’aller jusqu’à cette perspective plutôt risquée, vu qu’il est de notoriété qu’une majorité est souvent plus facile à obtenir qu’à conserver. Plutôt donc tout expédier maintenant et au plus vite, voilà la manière la plus sûre de parvenir à une Loi fondamentale applicable à tous les Algériens et à toutes les institutions et qui porterait le label FLN et serrerait au mieux la fameuse mouture produite intra muros.

Pourquoi donc le chef de l’Etat n’accède-t-il pas à pareille requête, formulée avec insistance et, aussi, avec beaucoup de courtoisie feinte et ce sens forcé de la préséance, faisant mine de lui laisser le premier et le dernier mot ? Le fait est que les intérêts du président de la république, tout en étant président (d’honneur ou effectif, peu importe dans cette histoire) du FLN, ne sont pas les mêmes que ceux de ce parti. Nous savons que le président Bouteflika est en mesure de changer la constitution à tout moment. Toutes les conditions sont réunies et il n’y a très probablement aucun obstacle à cela. Mais est-il dans son intérêt de le faire à l’approche de la fin de son second mandat ou de le faire dès maintenant, ce qui, une fois la possibilité d’un troisième mandat imposée, fait de lui un candidat déclaré, un candidat prématuré surtout, qui devra subir tout ce que subit un candidat à la présidence durant près de deux longues années et demie ? Autre élément de réponse, si Abdelaziz Bouteflika veut effectivement aller au-delà de 2009, le problème ne doit pas être à ce niveau, puisqu’il reste un problème de forme, mais il devra être discuté sur le fond, c’est-à-dire avec quelles conditions et donc, à l’ombre de quelle répartition des pouvoirs.

Le véritable clivage entre le RND et le FLN est à ce niveau, encore qu’Ahmed Ouyahia a de sérieux motifs de s’opposer à la version de son adversaire qui veut faire de la future constitution un moyen pour imposer une série de lois organiques qui imposeraient durablement son hégémonie. Une sorte de coup d’Etat constitutionnel, s’emparer du pouvoir à jamais, en faisant adopter une constitution qui le permet totalement et cela sera d’autant plus facile une fois tout cela solidement validé par un référendum. Et c’est justement là que le problème se pose, car nul n’est plus sur de la réaction de l’électorat, d’autant qu’il y a le préalable qu’un référendum sur la révision constitutionnelle est rarement un moment de forte participation. Pour être plus clair, la confusion générale à laquelle nous assistons est aussi entretenue par la hantise des uns et des autres d’une trop forte abstention qui rendrait très difficile par la suite la gouvernance du pays. Cela ne veut pas dire qu’il y aura un véritable débat ou des consultations à l’adresse des partis. Et ça, c’est bien dommage.

N. B.

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