Semaine du 15 au 21 novembre 2006

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Que veulent les résistants irakiens ?

 

 
 
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Que veulent les résistants irakiens ?

Si l’on demandait à chacune des factions sur le pied de guerre aujourd’hui en Irak pourquoi se bat-elle, quel est le but poursuivi par elle, et si d’aventure ce n’est pas plutôt de buts au pluriel qu’il convient de parler en l’espèce, pas tous avouables par conséquent, nul doute que la plupart, sinon toutes, répondrait  que son combat et les sacrifices qu’il implique tendent à un seul et unique objectif : la libération du pays de l’occupation étrangère. Or, il ne doit pas s’en trouver un seul de ces Irakiens qui ne voie pas que les occupants ne demanderaient pas mieux que de pouvoir s’en aller au plus tôt et sans que cela ressemble trop nettement à une fuite, ce qui serait le cas échéant par trop humiliant et ne manquerait pas d’avoir des conséquences chez chacun d’entre eux, en particulier chez leur chef de file, les Etats-Unis. A l’évidence, ils cherchent si peu à rester dans le pays qu’ils seraient contents si on leur indiquait une sortie honorable. Et s’il en est ainsi, s’il est vrai que ces « résistants » veulent bien ce qu’ils disent vouloir et rien que cela, les combattre est une erreur, que dis-je une erreur, une bêtise. Mais que dis-je une bêtise, une trahison envers l’Irak plutôt, une connivence avec l’occupant en un mot, puisque la conséquence de cette résistance n’est pas d’obliger ce dernier à plier bagages sans plus attendre, mais au contraire de prolonger son séjour jusqu’à créer les conditions à la faveur desquelles il puisse se retirer sans perdre totalement la face.

Justement, et si le but n’était pas de libérer le pays de l’occupation mais de chasser l’occupant, de veiller à ce que son retrait n’ait en aucune façon l’air volontaire ou seulement négocié, mais se présente clairement, indubitablement, comme une fuite éperdue, comme une débâcle, et d’abord militaire ?

Affectons un instant de croire que tel est le véritable  but de guerre de nos résistants —dans leur diversité. Il faut alors admettre que les milices, nombreuses, qui se font aussi la guerre entre elles, se sont quand même mises d’accord sur quelque chose d’essentiel : bouter hors du pays l’envahisseur.

Voilà qui serait extraordinaire : une union sacrée qui se traduit quotidiennement par un massacre du peuple à la libération duquel on prétend se consacrer exclusivement. Ainsi donc, on fait exploser des voitures piégées dans les marchés et les rues grouillantes de monde, aux abords des mosquées le jour des grandes affluences, on fait dynamiter ce que l’autre vénère le plus, on se lance des obus de quartier à quartier, toujours dans l’intention de tuer un maximum de ses concitoyens, et seulement de ses concitoyens, et l’on prétend n’avoir d’autre but que d’obliger les Américains à quitter le pays dans un sauve-qui-peut de type vietnamien !

Mais si malgré la haine inexpiable qu’on se voue les uns aux autres, entre frères, on est parvenu à s’entendre sur le dos des Américains, comment se fait-il qu’on se soit replié qui sur sa communauté, qui sur sa tribu, qui sur son parti, qui sur son quartier,  dans une floraison de groupes  bien plus occupés à effectuer des raids sauvages contre l’ennemi interne traditionnel que contre l’Américain ou le Britannique ?

Non, cette théorie, décidément, ne tient pas debout. Ces groupes, de toute évidence, combattent moins les Américains qu’ils n’expriment concrètement leur hostilité mutuelle en perpétrant des massacres croisés, chacun opérant sur les terres de l’autre, ou plutôt de tous les autres. De plus, comme ils sont en nombre indéterminé, et qu’ils s’accusent réciproquement d’être à la solde des Américains, chacun d’entre eux préfère en commettre le plus possible chaque jour que Dieu fait pour être à peu près sûr d’avoir donné la réplique à tous les autres, c’est-à-dire d’avoir tué autant d’Irakiens que tous les autres réunis.

Le fait est que ces factions savent que les Américains iront un jour, dont tout indique qu’il n’est pas très éloigné. Et c’est précisément  cette perspective qui les met en appétit. Toutes celles qui se situent en dehors du pouvoir, et même quelques-unes parmi celles qui sont associées au pouvoir, se préparent d’arrache-pied au round suivant, à la mêlée générale qui devrait accoucher du nouvel Irak, si nouvel Irak il y a.

Ce qui se passe pour le moment ressemble fort à une guerre civile sous couvert d’une guerre de libération.

M. Habili

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