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Que veulent les résistants irakiens ?
Si l’on demandait
à chacune des factions sur le pied de guerre aujourd’hui en Irak
pourquoi se bat-elle, quel est le but poursuivi par elle, et si
d’aventure ce n’est pas plutôt de buts au pluriel qu’il convient de
parler en l’espèce, pas tous avouables par conséquent, nul doute que
la plupart, sinon toutes, répondrait que son combat et les
sacrifices qu’il implique tendent à un seul et unique objectif : la
libération du pays de l’occupation étrangère. Or, il ne doit pas
s’en trouver un seul de ces Irakiens qui ne voie pas que les
occupants ne demanderaient pas mieux que de pouvoir s’en aller au
plus tôt et sans que cela ressemble trop nettement à une fuite, ce
qui serait le cas échéant par trop humiliant et ne manquerait pas
d’avoir des conséquences chez chacun d’entre eux, en particulier
chez leur chef de file, les Etats-Unis. A l’évidence, ils cherchent
si peu à rester dans le pays qu’ils seraient contents si on leur
indiquait une sortie honorable. Et s’il en est ainsi, s’il est vrai
que ces « résistants » veulent bien ce qu’ils disent vouloir et rien
que cela, les combattre est une erreur, que dis-je une erreur, une
bêtise. Mais que dis-je une bêtise, une trahison envers l’Irak
plutôt, une connivence avec l’occupant en un mot, puisque la
conséquence de cette résistance n’est pas d’obliger ce dernier à
plier bagages sans plus attendre, mais au contraire de prolonger son
séjour jusqu’à créer les conditions à la faveur desquelles il puisse
se retirer sans perdre totalement la face.
Justement, et si
le but n’était pas de libérer le pays de l’occupation mais de
chasser l’occupant, de veiller à ce que son retrait n’ait en aucune
façon l’air volontaire ou seulement négocié, mais se présente
clairement, indubitablement, comme une fuite éperdue, comme une
débâcle, et d’abord militaire ?
Affectons un
instant de croire que tel est le véritable but de guerre de nos
résistants —dans leur diversité. Il faut alors admettre que les
milices, nombreuses, qui se font aussi la guerre entre elles, se
sont quand même mises d’accord sur quelque chose d’essentiel :
bouter hors du pays l’envahisseur.
Voilà qui serait
extraordinaire : une union sacrée qui se traduit quotidiennement par
un massacre du peuple à la libération duquel on prétend se consacrer
exclusivement. Ainsi donc, on fait exploser des voitures piégées
dans les marchés et les rues grouillantes de monde, aux abords des
mosquées le jour des grandes affluences, on fait dynamiter ce que
l’autre vénère le plus, on se lance des obus de quartier à quartier,
toujours dans l’intention de tuer un maximum de ses concitoyens, et
seulement de ses concitoyens, et l’on prétend n’avoir d’autre but
que d’obliger les Américains à quitter le pays dans un
sauve-qui-peut de type vietnamien !
Mais si malgré la
haine inexpiable qu’on se voue les uns aux autres, entre frères, on
est parvenu à s’entendre sur le dos des Américains, comment se
fait-il qu’on se soit replié qui sur sa communauté, qui sur sa
tribu, qui sur son parti, qui sur son quartier, dans une floraison
de groupes bien plus occupés à effectuer des raids sauvages contre
l’ennemi interne traditionnel que contre l’Américain ou le
Britannique ?
Non, cette
théorie, décidément, ne tient pas debout. Ces groupes, de toute
évidence, combattent moins les Américains qu’ils n’expriment
concrètement leur hostilité mutuelle en perpétrant des massacres
croisés, chacun opérant sur les terres de l’autre, ou plutôt de tous
les autres. De plus, comme ils sont en nombre indéterminé, et qu’ils
s’accusent réciproquement d’être à la solde des Américains, chacun
d’entre eux préfère en commettre le plus possible chaque jour que
Dieu fait pour être à peu près sûr d’avoir donné la réplique à tous
les autres, c’est-à-dire d’avoir tué autant d’Irakiens que tous les
autres réunis.
Le fait est que
ces factions savent que les Américains iront un jour, dont tout
indique qu’il n’est pas très éloigné. Et c’est précisément cette
perspective qui les met en appétit. Toutes celles qui se situent en
dehors du pouvoir, et même quelques-unes parmi celles qui sont
associées au pouvoir, se préparent d’arrache-pied au round suivant,
à la mêlée générale qui devrait accoucher du nouvel Irak, si nouvel
Irak il y a.
Ce qui se passe
pour le moment ressemble fort à une guerre civile sous couvert d’une
guerre de libération.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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