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L’UGTA accepte
l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures
Un revirement
qui suscite des soupçons
Si par le passé,
l’Union générale des travailleurs algériens faisait la Une des
journaux, c’était en général à la faveur d’une opposition affichée à
l’encontre de décisions gouvernementales. Aujourd’hui, ce temps est
semble-t-il révolu. Pour preuve, l’UGTA de Sidi Saïd occupe de
nouveau les devants de la scène médiatique. Mais contrairement aux
fois passées, cette fois c’est parce qu’elle épouse un projet de loi
proposé par le gouvernement, qu’elle avait fortement rejeté dans un
premier temps. Il s’agit de l’avant projet de loi sur les
hydrocarbures.
Pourtant au
lendemain de la rencontre qui a scellé l’entente UGTA- gouvernement,
le patron de l’organisation syndicale avait tenté de faire durer le
suspense en déclarant qu’il avait besoin “d’un délai supplémentaire
de trois jours” (Le Soir d’Algérie du dimanche 6 février 2005) avant
de confirmer officiellement sa position sur l’avant-projet de loi
portant hydrocarbures. Selon ce quotidien, ce laps de temps devait
servir à l’élaboration “d’un document portant remarques et
suggestions de l’UGTA”.
L’accord
Mais El Watan du
même jour ne s’est pas laissé prendre au piège. En Une de son
édition, il annonce que “le consensus se forge”. Le rédacteur
affirme à ce sujet que sont “finis les débats passionnés et
bienvenue à l’acquiescement”. Il poursuivra que “l’UGTA, qui s’était
opposée à l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures, pondu,
rappelle-t-on, en 2001 par Chakib Khelil, ministre de l’Energie, a
enterré la hache de guerre”.
Le Jour d’Algérie
du même jour, confirme la chose : “Ouyahia et Sidi Saïd d’accord
avec Khelil” est-il annoncé en Une. “La rencontre très attendue
entre le chef du gouvernement et le secrétaire général de la
Centrale syndicale s’est soldée par le consensus aussi attendu sur
la question de la révision de la loi sur les hydrocarbures”, est-il
rapporté par ce quotidien. Lequel poursuivra en ajoutant que “la
satisfaction première a été exprimée par le chef du gouvernement
qui, dans une brève déclaration (…) a estimé qu’il n’existe plus de
‘divergences profondes’ entre le gouvernement et l’Union générale
des travailleurs algériens sur l’avant-projet de loi sur les
hydrocarbures”.
D’où la
déclaration du ministre de l’Energie reprise en Une de l’édition
d’El Fadjr du dimanche 6 février. Sûr de lui, Chakib Khalil a
déclaré que “la loi sur les hydrocarbures ne rencontrera plus
d’obstacles”.
Positivant la
décision de l’UGTA, l’éditorialiste de Liberté paru au lendemain de
cette rencontre, soutient que “l’accord intervenu, sans encombre,
entre les deux parties, permet au pays de faire l’économie d’un
combat d’arrière-garde et, dans le même temps, de déblayer la voie
au train des réformes économiques”. D’autant précisera-t-il, “qu’il
est évident que ce n’est certainement pas de gaieté de coeur que
l’UGTA, qui avait décrété une mobilisation générale en 2001 contre
ce même projet de loi, consente à l’adouber aujourd’hui, alors qu’il
n’a pas changé d’un iota”. Se mettant à la place des responsables de
la Centrale syndicale, l’éditorialiste souligne que cette décision
est l’évidence même. Pour preuve, ajoutera-t-il, “c’est que sauf
esbroufe politique, il n’y a rien à faire face à un texte dont la
finalité n’est autre que de permettre à la Sonatrach de s’inscrire
dans une démarche de compétition internationale qui a ses normes et
ses exigences”. Et “tant pis pour les rentiers que la rigueur de la
‘loi Khelil’ laissera sur le carreau” conclura-t-il.
Y a-t-il
anguille sous roche ?
C’est dans ce même
sens qu’abonde l’éditorialiste du Jour d’Algérie (édition du samedi
12 février 2005). “Avant ce ‘oui’ tardif, rappellera-t-il, deux
longues années se seront écoulées, qui sont passées par pertes et
profits du fait de luttes politiciennes stériles où l’UGTA tout
comme le FLN, du reste, se sont clairement positionnés contre toute
idée de libéralisation du secteur économique, dans un réflexe
dogmatique inspiré par la nécessité de préserver les fabuleux
privilèges induits par des situations de rente aux incidences
difficilement imaginables.” Mais que l’on ne s’y trompe pas, précise
le rédacteur. “Il serait bien naïf de croire, cependant, que Sidi
Saïd et ses compagnons n’ont daigné lâcher le morceau que du fait de
la défaite de Ali Benflis à l’élection de 2004”, met-il en garde.
Cet accord donné ne serait, de son avis, que la conséquence d’”une
série de négociations plus ou moins tacites qui vont permettre à
chaque groupe d’intérêt rentier de se reconvertir en groupe
d’intérêt productif. A l’image de l’aristocratie syndicale de l’UGTA
qui accepte donc le challenge, ouvrant ainsi la voie à un processus
qui reste le moins mauvais parmi ceux qui étaient envisagés avant
l’élection d’avril 2004”.
Un commentaire,
paru dans El Watan du 10 février 2005, est loin de partager la
conclusion à laquelle est parvenu l’éditorialiste du Jour d’Algérie.
Ce dernier, qui rappelle que “le patron de la Centrale syndicale
n’avait pas hésité à décréter une grève générale des travailleurs
les 25 et 26 février 2003” pour montrer son opposition à
l’avant-projet de loi, qui souligne que “depuis cette date à
aujourd’hui, il semble qu’il y a eu un effort de réduire l’écart
entre les intentions de l’Exécutif et l’action syndicale de l’UGTA”,
estime néanmoins que “cette importante décision assumée aujourd’hui
pleinement par Sidi Saïd, trouvera plus d’explication après le
congrès de l’UGTA prévu, normalement, au mois de mars prochain”.
Précisant son idée, le commentateur ajoutera “qu’on saura, à cette
date-là, s’il y a une corrélation entre l’appui au contenu de
l’avant-projet de li sur les hydrocarbures et les enjeux liés à la
nomination du nouveau patron de l’UGTA”.
Repositionnement syndical ?
De son côté, La
Tribune analyse le OK de l’UGTA sous un autre angle. Ainsi, dans un
commentaire paru le jeudi 10 février, il est affirmé que “ce
positionnement de l’UGTA est à saluer dans le sens où elle laisse
aux politiques toute latitude de légiférer dans le cadre des
programmes adoptés au suffrage universel pour se placer uniquement
dans l’action de la préservation des emplois et de l’augmentation
graduelle du pouvoir d’achat des ménages selon l’inflation et les
résultats globaux de l’économie”. Le rédacteur précisera davantage
son analyse en ajoutant qu’”en clair, l’UGTA accepte de devenir un
syndicat fort dans un système où les politiques ne veulent plus que
l’économie soit soumise aux idéologues du moment”.
Pour sa part, le
quotidien arabophone El Youm estime que “Sidi Saïd n’avait d’autre
choix que celui d’accepter l’avant-projet de loi”. La raison ? Le
rédacteur l’impute au changement intervenu au niveau de
l’environnement politique. “Sidi Saïd, qui a soutenu le président
Bouteflika lors de l’élection d’avril 2004, est obligé d’accepter
son programme” est-il ajouté.
Reste que du côté
d’El Khabar, on estime que Sidi Saïd s’est aplati devant le
gouvernement. C’est la seule manière de qualifier le revirement de
l’UGTA, est-il laissé entendre par le billettiste. “Mais si le
patron de l’organisation syndicale a brandi sept justificatifs pour
faire valoir la position de la Centrale, il se doit aussi de
présenter aux travailleurs sept autres justificatifs pour s’être
aplati”, est-il exigé par le rédacteur.
Nadia Kerraz
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