Semaine du 9 au 15 février 2005

 

L’UGTA accepte l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures

Un revirement qui suscite des soupçons

 

 
 
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L’UGTA accepte l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures

Un revirement qui suscite des soupçons

Si par le passé, l’Union générale des travailleurs algériens faisait la Une des journaux, c’était en général à la faveur d’une opposition affichée à l’encontre de décisions gouvernementales. Aujourd’hui, ce temps est semble-t-il révolu. Pour preuve, l’UGTA de Sidi Saïd occupe de nouveau les devants de la scène médiatique. Mais contrairement aux fois passées, cette fois c’est parce qu’elle épouse un projet de loi proposé par le gouvernement, qu’elle avait fortement rejeté dans un premier temps. Il s’agit de l’avant projet de loi sur les hydrocarbures.

Pourtant au lendemain de la rencontre qui a scellé l’entente UGTA- gouvernement, le patron de l’organisation syndicale avait tenté de faire durer le suspense en déclarant qu’il avait besoin “d’un délai supplémentaire de trois jours” (Le Soir d’Algérie du dimanche 6 février 2005) avant de confirmer officiellement sa position sur l’avant-projet de loi portant hydrocarbures. Selon ce quotidien, ce laps de temps devait servir à l’élaboration “d’un document portant remarques et suggestions de l’UGTA”.

 

L’accord

Mais El Watan du même jour ne s’est pas laissé prendre au piège. En Une de son édition, il annonce que “le consensus se forge”. Le rédacteur affirme à ce sujet que sont “finis les débats passionnés et bienvenue à l’acquiescement”. Il poursuivra que “l’UGTA, qui s’était opposée à l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures, pondu, rappelle-t-on, en 2001 par Chakib Khelil, ministre de l’Energie, a enterré la hache de guerre”.

Le Jour d’Algérie du même jour, confirme la chose : “Ouyahia et Sidi Saïd d’accord avec Khelil” est-il annoncé en Une. “La rencontre très attendue entre le chef du gouvernement et le secrétaire général de la Centrale syndicale s’est soldée par le consensus aussi attendu sur la question de la révision de la loi sur les hydrocarbures”, est-il rapporté par ce quotidien. Lequel poursuivra en ajoutant que “la satisfaction première a été exprimée par le chef du gouvernement qui, dans une brève déclaration (…) a estimé qu’il n’existe plus de ‘divergences profondes’ entre le gouvernement et l’Union générale des travailleurs algériens sur l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures”.

D’où la déclaration du ministre de l’Energie reprise en Une de l’édition d’El Fadjr du dimanche 6 février. Sûr de lui, Chakib Khalil a déclaré que “la loi sur les hydrocarbures ne rencontrera plus d’obstacles”.

Positivant la décision de l’UGTA, l’éditorialiste de Liberté paru au lendemain de cette rencontre, soutient que “l’accord intervenu, sans encombre, entre les deux parties, permet au pays de faire l’économie d’un combat d’arrière-garde et, dans le même temps, de déblayer la voie au train des réformes économiques”. D’autant précisera-t-il, “qu’il est évident que ce n’est certainement pas de gaieté de coeur que l’UGTA, qui avait décrété une mobilisation générale en 2001 contre ce même projet de loi, consente à l’adouber aujourd’hui, alors qu’il n’a pas changé d’un iota”. Se mettant à la place des responsables de la Centrale syndicale, l’éditorialiste souligne que cette décision est l’évidence même. Pour preuve, ajoutera-t-il, “c’est que sauf esbroufe politique, il n’y a rien à faire face à un texte dont la finalité n’est autre que de permettre à la Sonatrach de s’inscrire dans une démarche de compétition internationale qui a ses normes et ses exigences”. Et “tant pis pour les rentiers que la rigueur de la ‘loi Khelil’ laissera sur le carreau” conclura-t-il.

 

Y a-t-il anguille sous roche ?

C’est dans ce même sens qu’abonde l’éditorialiste du Jour d’Algérie (édition du samedi 12 février 2005). “Avant ce ‘oui’ tardif, rappellera-t-il, deux longues années se seront écoulées, qui sont passées par pertes et profits du fait de luttes politiciennes stériles où l’UGTA tout comme le FLN, du reste, se sont clairement positionnés contre toute idée de libéralisation du secteur économique, dans un réflexe dogmatique inspiré par la nécessité de préserver les fabuleux privilèges induits par des situations de rente aux incidences difficilement imaginables.” Mais que l’on ne s’y trompe pas, précise le rédacteur. “Il serait bien naïf de croire, cependant, que Sidi Saïd et ses compagnons n’ont daigné lâcher le morceau que du fait de la défaite de Ali Benflis à l’élection de 2004”, met-il en garde. Cet accord donné ne serait, de son avis, que la conséquence d’”une série de négociations plus ou moins tacites qui vont permettre à chaque groupe d’intérêt rentier de se reconvertir en groupe d’intérêt productif. A l’image de l’aristocratie syndicale de l’UGTA qui accepte donc le challenge, ouvrant ainsi la voie à un processus qui reste le moins mauvais parmi ceux qui étaient envisagés avant l’élection d’avril 2004”.

Un commentaire, paru dans El Watan du 10 février 2005, est loin de partager la conclusion à laquelle est parvenu l’éditorialiste du Jour d’Algérie. Ce dernier, qui rappelle que “le patron de la Centrale syndicale n’avait pas hésité à décréter une grève générale des travailleurs les 25 et 26 février 2003” pour montrer son opposition à l’avant-projet de loi, qui souligne que “depuis cette date à aujourd’hui, il semble qu’il y a eu un effort de réduire l’écart entre les intentions de l’Exécutif et l’action syndicale de l’UGTA”, estime néanmoins que “cette importante décision assumée aujourd’hui pleinement par Sidi Saïd, trouvera plus d’explication après le congrès de l’UGTA prévu, normalement, au mois de mars prochain”. Précisant son idée, le commentateur ajoutera “qu’on saura, à cette date-là, s’il y a une corrélation entre l’appui au contenu de l’avant-projet de li sur les hydrocarbures et les enjeux liés à la nomination du nouveau patron de l’UGTA”.

 

Repositionnement syndical ?

De son côté, La Tribune analyse le OK de l’UGTA sous un autre angle. Ainsi, dans un commentaire paru le jeudi 10 février, il est affirmé que “ce positionnement de l’UGTA est à saluer dans le sens où elle laisse aux politiques toute latitude de légiférer dans le cadre des programmes adoptés au suffrage universel pour se placer uniquement dans l’action de la préservation des emplois et de l’augmentation graduelle du pouvoir d’achat des ménages selon l’inflation et les résultats globaux de l’économie”. Le rédacteur précisera davantage son analyse en ajoutant qu’”en clair, l’UGTA accepte de devenir un syndicat fort dans un système où les politiques ne veulent plus que l’économie soit soumise aux idéologues du moment”.

Pour sa part, le quotidien arabophone El Youm estime que “Sidi Saïd n’avait d’autre choix que celui d’accepter l’avant-projet de loi”. La raison ? Le rédacteur l’impute au changement intervenu au niveau de l’environnement politique. “Sidi Saïd, qui a soutenu le président Bouteflika lors de l’élection d’avril 2004, est obligé d’accepter son programme” est-il ajouté.

Reste que du côté d’El Khabar, on estime que Sidi Saïd s’est aplati devant le gouvernement. C’est la seule manière de qualifier le revirement de l’UGTA, est-il laissé entendre par le billettiste. “Mais si le patron de l’organisation syndicale a brandi sept justificatifs pour faire valoir la position de la  Centrale, il se doit aussi de présenter aux travailleurs sept autres justificatifs pour s’être aplati”, est-il exigé par le rédacteur.

Nadia Kerraz

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