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Les forces d’inertie
La mise en œuvre de la Charte pour la
paix et la réconciliation nationale est en train de prendre une
tournure pour le moins inattendue, comparativement à ce qu’on était
en droit d’attendre d’un arsenal qui, a priori, avait pris en ligne
de compte tous les cas de figure possibles et imaginables et précisé
dans le détail tout ce que les institutions de l’Etat devaient faire
chacune en ce qui la concerne pour apporter sa part de résorption à
la crise nationale.
Une tournure où l’on constate que ce
sont et ceux qui revendiquent haut et fort la Charte et ceux qui
sont chargés de la mettre en œuvre (parfois ce sont les mêmes, comme
c’est le cas pour Abdelaziz Belkhadem, à la fois chef du
gouvernement et SG du FLN), qui dénoncent aujourd’hui une multitude
de blocages qu’ils ne situent jamais avec exactitude, accusant tour
à tour la bureaucratie, la corruption, les éradicateurs tapis dans
l’ombre et on ne sait qui encore. Autant de mots sortis en fait pour
insinuer l’existence d’une ou de plusieurs forces qui auraient
intérêt à ce que le processus capote et que l’on retourne à la case
de départ, le tout pour ne pas avoir à désigner expressément la
hiérarchie de l’ANP. A ce jeu, personne n’est dupe. Il ne s’agit, à
dire vrai, que d’une instrumentalisation bien évidente que
l’expression née de la bouche du président Bouteflika évoquant «les
équilibres nationaux» pour expliquer les limites de la politique de
la main tendue qui, de par l’étape actuelle sous toute ses facettes,
ne saurait accorder plus au risque de se transformer en politique de
la joue tendue.
Il en est pour faire feu de tout bois
et ils semblent assez nombreux pour être maintenant de plus en plus
audibles. Alors, voici une question – d’ailleurs assez prévisible de
la part d’une publication qui a la ligne éditoriale qui lui est
connue, mais une question qu’on ne peut s’empêcher de se poser : les
parties qui, dès le départ, ont estimé que le contenu de la Charte
pour la paix et la réconciliation nationale était une demi-solution
qu’elles ne pouvaient refuser pour autant, ont-elle plus intérêt à
ce que sa mise œuvre soit un échec patent ou de contribuer à en
faire une éclatante réussite ? Poser pareille interrogation, c’est
presque y répondre. Mais l’essentiel pour un début de réponse est ne
pas perdre de vue que l’ordonnance au 27 février 2006 portant mise
en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale
n’a à aucun moment lésé les institutions de l’Etat impliquées dans
la gestion de la crise. Dans son chapitre consacré à la
reconnaissance du peuple envers les artisans de la sauvegarde de la
République, il est clairement stipulé qu’«aucune poursuite ne peut
être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des
éléments des forces de défense et de sécurité de la République,
toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la
protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation
et de la préservation des institutions de la République algérienne
démocratique et populaire». Cette disposition peut prêter à débat,
certes, mais on ne peut dire qu’elle serait de nature à inciter «les
éradicateurs» à bloquer quoi que ce soit dans l’immense chantier
lancé par le président Bouteflika.
Qui bloque donc la mise en œuvre ? Et
d’ailleurs, a-t-on eu à un moment ou à un autre la démonstration
d’une quelconque entrave ? Tout ce qui est ressassé pour l’instant,
notamment par Louisa Hanoune qui a été la première à piloter
l’organisation des collectifs des familles de disparus avant d’en
prendre inexplicablement ses distances, c’est qu’il serait
nécessaire d’étendre les délais de la mise en œuvre de la Charte. Et
ce n’est pas l’absence d’un bilan officiel, attendu pour la fin de
ce mois, qui rend pareille revendication suspecte, mais bien le fait
que les véritables délais de traitement des séquelles de la crise,
comme contenus dans la charte et ses textes d’application,
n’arriveront à terme qu’au début de l’année prochaine. On aura
compris que l’amalgame est actuellement sciemment entretenu quand on
insiste sur la date butoir du 28 août qui, elle, ne concerne que la
reddition des terroristes encore dans les maquis.
Dans la foulée, l’impasse est
curieusement faite sur tout ce qui a été entrepris, surtout
s’agissant de la libération des terroristes détenus et l’extinction
des poursuites contre les «repentis», mesures qui auront été
psychologiquement les plus dures à faire passer, tandis que les
dispositions financières et administratives continuent d’occuper le
gros des débats.
L’opinion est en droit de s’interroger
sur les véritables motivations de l’exigence d’aller plus loin dans
les délais, lorsqu’on ne parle pas tout bonnement d’une initiative
nouvelle du chef de l’Etat. L’article 47 de l’ordonnance de mise en
œuvre permet au Président, «à tout moment», de prendre d’autres
mesures qu’il jugerait opportunes. Mais le Président, qui soutient
que l’Algérie est entrée dans une nouvelle étape, a fait de cette
appréciation l’argument premier pour son projet de révision de la
Constitution. A quoi donc jouent ses pseudo-soutiens ?
Nabil Benali
Haut
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