Semaine du 16 au 22 août 2006

 

 

L'éditorial

Les forces d’inertie

 

 
 
 Editorial

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Les forces d’inertie

La mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale est en train de prendre une tournure pour le moins inattendue, comparativement à ce qu’on était en droit d’attendre d’un arsenal qui, a priori, avait pris en ligne de compte tous les cas de figure possibles et imaginables et précisé dans le détail tout ce que les institutions de l’Etat devaient faire chacune en ce qui la concerne pour apporter sa part de résorption à la crise nationale.

Une tournure où l’on constate que ce sont et ceux qui revendiquent haut et fort la Charte et ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre (parfois ce sont les mêmes, comme c’est le cas pour Abdelaziz Belkhadem, à la fois chef du gouvernement et SG du FLN), qui dénoncent aujourd’hui une multitude de blocages qu’ils ne situent jamais avec exactitude, accusant tour à tour la bureaucratie, la corruption, les éradicateurs tapis dans l’ombre et on ne sait qui encore. Autant de mots sortis en fait pour insinuer l’existence d’une ou de plusieurs forces qui auraient intérêt à ce que le processus capote et que l’on retourne à la case de départ, le tout pour ne pas avoir à désigner expressément la hiérarchie de l’ANP. A ce jeu, personne n’est dupe. Il ne s’agit, à dire vrai, que d’une instrumentalisation bien évidente que l’expression née de la bouche du président Bouteflika évoquant «les équilibres nationaux» pour expliquer les limites de la politique de la main tendue qui, de par l’étape actuelle sous toute ses facettes, ne saurait accorder plus au risque de se transformer en politique de la joue tendue.

Il en est pour faire feu de tout bois et ils semblent assez nombreux pour être maintenant de plus en plus audibles. Alors, voici une question – d’ailleurs assez prévisible de la part d’une publication qui a la ligne éditoriale qui lui est connue, mais une question qu’on ne peut s’empêcher de se poser : les parties qui, dès le départ, ont estimé que le contenu de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale était une demi-solution qu’elles ne pouvaient refuser pour autant, ont-elle plus intérêt à ce que sa mise œuvre soit un échec patent ou de contribuer à en faire une éclatante réussite ? Poser pareille interrogation, c’est presque y répondre. Mais l’essentiel pour un début de réponse est ne pas perdre de vue que l’ordonnance au 27 février 2006 portant mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale n’a à aucun moment lésé les institutions de l’Etat impliquées dans la gestion de la crise. Dans son chapitre consacré à la reconnaissance du peuple envers les artisans de la sauvegarde de la République, il est clairement stipulé qu’«aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire». Cette disposition peut prêter à débat, certes, mais on ne peut dire qu’elle serait de nature à inciter «les éradicateurs» à bloquer quoi que ce soit dans l’immense chantier lancé par le président Bouteflika.

Qui bloque donc la mise en œuvre ? Et d’ailleurs, a-t-on eu à un moment ou à un autre la démonstration d’une quelconque entrave ? Tout ce qui est ressassé pour l’instant, notamment par Louisa Hanoune qui a été la première à piloter l’organisation des collectifs des familles de disparus avant d’en prendre inexplicablement ses distances, c’est qu’il serait nécessaire d’étendre les délais de la mise en œuvre de la Charte. Et ce n’est pas l’absence d’un bilan officiel, attendu pour la fin de ce mois, qui rend pareille revendication suspecte, mais bien le fait que les véritables délais de traitement des séquelles de la crise, comme contenus dans la charte et ses textes d’application, n’arriveront à terme qu’au début de l’année prochaine. On aura compris que l’amalgame est actuellement sciemment entretenu quand on insiste sur la date butoir du 28 août qui, elle, ne concerne que la reddition des terroristes encore dans les maquis.

Dans la foulée, l’impasse est curieusement faite sur tout ce qui a été entrepris, surtout s’agissant de la libération des terroristes détenus et l’extinction des poursuites contre les «repentis», mesures qui auront été psychologiquement les plus dures à faire passer, tandis que les dispositions financières et administratives continuent d’occuper le gros des débats.

L’opinion est en droit de s’interroger sur les véritables motivations de l’exigence d’aller plus loin dans les délais, lorsqu’on ne parle pas tout bonnement d’une initiative nouvelle du chef de l’Etat. L’article 47 de l’ordonnance de mise en œuvre permet au Président, «à tout moment», de prendre d’autres mesures qu’il jugerait opportunes. Mais le Président, qui soutient que l’Algérie est entrée dans une nouvelle étape, a fait de cette appréciation l’argument premier pour son projet de révision de la Constitution. A quoi donc jouent ses pseudo-soutiens ?

Nabil Benali

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