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Développement économique
L’Algérie peut
mieux faire
L’Algérie n’est pas encore près
d’atteindre les objectifs de développement tracés par l’ONU pour
l’horizon 2015. Ce constat, pas très reluisant, a été fait par
l’Organisation de coopération et du développement économique (OCDE)
qui estime que si l’Algérie a fait de grands progrès et a pu tout de
même réaliser un bon niveau de développement – 5 % – et a dépassé
en cela beaucoup de pays africains, mais il n’en demeure pas moins
qu’elle reste encore bien loin de la moyenne qui devrait être de
7 %, selon les recommandations du sommet du millénaire.
Si l’on se réfère aux multiples
recommandations prises à l’issue du sommet du millénaire qui a eu
lieu à New York en l’an 2000, et où la présence du président de la
République, Abdelaziz Bouteflika, a été largement remarquée, cette
moyenne de développement de 7 % ne doit pas tenir en compte l’apport
important des hydrocarbures. Autrement dit, l’Algérie doit investir
d’autres secteurs à même de lui assurer une richesse et un
développement sûrs et ne plus compter sur cette ressource qui peut
faire défaut un jour ou l’autre.
Cette moyenne de développement devrait
arriver à réduire de moitié la pauvreté chez nous. Réduire aussi le
taux de la mortalité des parturientes et de leurs enfants, ce qui
signifierait incontestablement une nette amélioration du secteur de
la santé. D’autres objectifs devraient être atteints, à savoir
assurer l’éducation à tous les enfants et lutter contre les maladies
et les épidémies qui sont souvent des signes de sous-développement.
Six années après que ces
recommandations eurent été émises, l’Algérie n’arrive toujours pas à
trouver la bonne moyenne de développement. Si l’on croit les
chiffres fournis par la Banque mondiale, le taux de pauvreté atteint
10 %, ce qui signifie que plus de trois millions d’Algériens vivent
pauvrement. Ce qui est important.
Selon le rapport de l’OCDE, l’économie
algérienne s’articule toujours autours des hydrocarbures qui
constituent l’essentiel des activités, c’est-à-dire 98 %. En effet,
l’Algérie exporte surtout des hydrocarbures : du gaz pour 40 %, du
pétrole (35 %) et des produits pétroliers (25 %). Toujours selon ce
même rapport, ce point précis constitue la faiblesse de l’économie
algérienne.
Cette thèse est aussi partagée par ceux
qui ont rédigé le dernier rapport de la Banque mondiale, paru en
juin 2006, sous le titre révélateur Dernières évolutions,
perspectives d’avenir 2006, les bourses financières, une nouvelle
ère pour le pétrole. Ce rapport n’y va pas par quatre chemins pour
dire que les incessantes augmentations des prix du pétrole sont à
l’origine d’une prospérité financière telle que les réformes,
surtout structurelles, sont à chaque fois retardées. Ce qui n’est
pas sans incidence sur le développement économique des pays du Golfe
et d’Afrique du Nord. Ce qui est en soi une erreur, car les prix du
pétrole pourraient connaître une sérieuse baisse dès 2007.
Donc le secteur des hydrocarbures est
le plus grand pourvoyeur de richesse en Algérie, c’est aussi lui qui
détient la plus grosse part dans le développement – 25 % – tandis
que d’autres secteurs – industrie et agriculture – évoluent de façon
plutôt épisodique.
Dans l’ensemble, l’Algérie a tout de
même réalisé de bons résultats, surtout en ce qui concerne la
macro-économie, qui se traduisent par la diminution de l’inflation
et de la dette et par l’augmentation des réserves de change. Il
reste que le secteur industriel est toujours à la traîne.
Les pays membres de l’OCDE estiment que
l’industrie algérienne est surtout paralysée par le poids de
plusieurs entreprises publiques qui font preuve d’inefficacité et
n’arrivent pas à drainer des bénéfices. Il est courant que le budget
réservé aux salaires dépasse de très loin le chiffre d’affaires de
ces entreprises défaillantes et qui pénalisent sérieusement
l’économie du pays.
Donc, selon le rapport de l’OCDE, le
secteur public est à la traîne, puisque sa part du Produit intérieur
brut (PIB) est de moins de 10 %, tandis que la part du secteur privé
est de 11 %. Et il se pourrait que ce taux augmente encore dans les
années à venir. Car la tendance est de plus en plus marquée vers le
privé, qui connaît un taux de croissance de 19,7 % et pourrait
atteindre, d’ici 2007, jusqu’à 21,1 %.
Si le rapport de l’OCDE n’a pas manqué
de décortiquer les aspects de l’économie algérienne pour mettre à nu
les défauts de gestion et la tendance à axer le plus important de
ses activités et ses ressources autour des hydrocarbures, il précise
aussi que cette embellie financière ne saurait durer longtemps, car
entre temps, les pays industrialisés auront constitué des réserves
importantes en produits pétroliers, ce qui réduira sensiblement la
demande, et donc les prix.
Le rapport de la Banque mondiale
précise, pour sa part, que le pétrole est une bénédiction pour les
pays qui le produisent, mais il peut facilement se transformer en
malédiction car il assure une prospérité financière qui fait oublier
les autres secteurs de l’économie qui pourraient être pourvoyeurs de
richesses à long terme. Cette richesse inespérée fait apparaître un
écart entre le secteur financier et les secteurs économiques.
Cet écart est surtout palpable dans le
secteur des banques, qui, même quand elles bénéficient d’une
fluidité importante, ne consentent des crédits qu’au compte-gouttes.
Le rapport de la Banque mondiale estime que les banques algériennes
se débattent encore dans des questions de bureaucratie, ce qui fait
que le climat n’est guère encourageant pour les investisseurs
étrangers. En plus de cela, les décisions sont souvent centralisées
à un seul niveau, les formalités encore très compliquées et la
qualité des services offerts par les banques publiques laisse à
désirer. Il n’est donc pas étonnant qu’on attribue à l’Algérie
13 points, sur un total de 100, pour ce qui est du climat des
affaires.
Avec toutes ces complications, ce n’est
pas demain que les investisseurs se bousculeront chez nous. Ils
préfèrent les pays voisins, la Tunisie et le Maroc où, paraît-il, la
bureaucratie est moins compliquée et les formalités beaucoup plus
simples.
Autant le dire, les deux rapports ne
sont pas élogieux pour un pays qui se dit prêt à tout faire pour
être moderne et démocratique. Si l’on résume la tendance qui ressort
de ces deux documents, on se retrouve à citer les maux qui rongent
le pays : corruption, bureaucratie, lenteurs dans le développement
économique, un secteur public affaibli et inutilisable dans certains
cas, un développement anarchique de l’activité commerciale… Mais une
fois que les maux sont diagnostiqués, leur prise en charge n’est
certes pas facile, mais elle est possible.
Khadidja Mohamed Bouziane
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