Semaine du 16 au 22 août 2006

Développement économique

L’Algérie peut mieux faire

 
 
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L’Algérie peut mieux faire

L’Algérie n’est pas encore près d’atteindre les objectifs de développement tracés par l’ONU pour l’horizon 2015. Ce constat, pas très reluisant, a été fait par l’Organisation de coopération et du développement économique (OCDE) qui estime que si l’Algérie a fait de grands progrès et a pu tout de même réaliser un bon niveau de développement  – 5 %  – et a dépassé en cela beaucoup de pays africains, mais il n’en demeure pas moins qu’elle reste encore bien loin de la moyenne qui devrait être de 7 %, selon les recommandations du sommet du millénaire.

Si l’on se réfère aux multiples recommandations prises à l’issue du sommet du millénaire qui a eu lieu à New York en l’an 2000, et où la présence du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a été largement remarquée, cette moyenne de développement de 7 % ne doit pas tenir en compte l’apport important des hydrocarbures. Autrement dit, l’Algérie doit investir d’autres secteurs à même de lui assurer une richesse et un développement sûrs et ne plus compter sur cette ressource qui peut faire défaut un jour ou l’autre.

Cette moyenne de développement devrait arriver à réduire de moitié la pauvreté chez nous. Réduire aussi le taux de la mortalité des parturientes et de leurs enfants, ce qui signifierait incontestablement une nette amélioration du secteur de la santé. D’autres objectifs devraient être atteints, à savoir assurer l’éducation à tous les enfants et lutter contre les maladies et les épidémies qui sont souvent des signes de sous-développement.

Six années après que ces recommandations eurent été émises, l’Algérie n’arrive toujours pas à trouver la bonne moyenne de développement. Si l’on croit les chiffres fournis par la Banque mondiale, le taux de pauvreté atteint 10 %, ce qui signifie que plus de trois millions d’Algériens vivent pauvrement. Ce qui est important.

Selon le rapport de l’OCDE, l’économie algérienne s’articule toujours autours des hydrocarbures qui constituent l’essentiel des activités, c’est-à-dire 98 %. En effet, l’Algérie exporte surtout des hydrocarbures : du gaz pour 40 %, du pétrole (35 %) et des produits pétroliers (25 %). Toujours selon ce même rapport, ce point précis constitue la faiblesse de l’économie algérienne.

Cette thèse est aussi partagée par ceux qui ont rédigé le dernier rapport de la Banque mondiale, paru en juin 2006, sous le titre révélateur Dernières évolutions, perspectives d’avenir 2006, les bourses financières, une nouvelle ère pour le pétrole. Ce rapport n’y va pas par quatre chemins pour dire que les incessantes augmentations des prix du pétrole sont à l’origine d’une prospérité financière telle que les réformes, surtout structurelles, sont à chaque fois retardées. Ce qui n’est pas sans incidence sur le développement économique des pays du Golfe et d’Afrique du Nord. Ce qui est en soi une erreur, car les prix du pétrole pourraient connaître une sérieuse baisse dès 2007.

Donc le secteur des hydrocarbures est le plus grand pourvoyeur de richesse en Algérie, c’est aussi lui qui détient la plus grosse part dans le développement – 25 % – tandis que d’autres secteurs – industrie et agriculture – évoluent de façon plutôt épisodique.

Dans l’ensemble, l’Algérie a tout de même réalisé de bons résultats, surtout en ce qui concerne la macro-économie, qui se traduisent par la diminution de l’inflation et de la dette et par l’augmentation des réserves de change. Il reste que le secteur industriel est toujours à la traîne.

Les pays membres de l’OCDE estiment que l’industrie algérienne est surtout paralysée par le poids de plusieurs entreprises publiques qui font preuve d’inefficacité et n’arrivent pas à drainer des bénéfices. Il est courant que le budget réservé aux salaires dépasse de très loin le chiffre d’affaires de ces entreprises défaillantes et qui pénalisent sérieusement l’économie du pays.

Donc, selon le rapport de l’OCDE, le secteur public est à la traîne, puisque sa part du Produit intérieur brut (PIB) est de moins de 10 %, tandis que la part du secteur privé est de 11 %. Et il se pourrait que ce taux augmente encore dans les années à venir. Car la tendance est de plus en plus marquée vers le privé, qui connaît un taux de croissance de 19,7 % et pourrait atteindre, d’ici 2007, jusqu’à 21,1 %.

Si le rapport de l’OCDE n’a pas manqué de décortiquer les aspects de l’économie algérienne pour mettre à nu les défauts de gestion et la tendance à axer le plus important de ses activités et ses ressources autour des hydrocarbures, il précise aussi que cette embellie financière ne saurait durer longtemps, car entre temps, les pays industrialisés auront constitué des réserves importantes en produits pétroliers, ce qui réduira sensiblement la demande, et donc les prix.

Le rapport de la Banque mondiale précise, pour sa part, que le pétrole est une bénédiction pour les pays qui le produisent, mais il peut facilement se transformer en malédiction car il assure une prospérité financière qui fait oublier les autres secteurs de l’économie qui pourraient être pourvoyeurs de richesses à long terme. Cette richesse inespérée fait apparaître un écart entre le secteur financier et les secteurs économiques.

Cet écart est surtout palpable dans le secteur des banques, qui, même quand elles bénéficient d’une fluidité importante, ne consentent des crédits qu’au compte-gouttes. Le rapport de la Banque mondiale estime que les banques algériennes se débattent encore dans des questions de bureaucratie, ce qui fait que le climat n’est guère encourageant pour les investisseurs étrangers. En plus de cela, les décisions sont souvent centralisées à un seul niveau, les formalités encore très compliquées et la qualité des services offerts par les banques publiques laisse à désirer.  Il n’est donc pas étonnant qu’on attribue à l’Algérie 13 points, sur un total de 100, pour ce qui est du climat des affaires.

Avec toutes ces complications, ce n’est pas demain que les investisseurs se bousculeront chez nous. Ils préfèrent les pays voisins, la Tunisie et le Maroc où, paraît-il, la bureaucratie est moins compliquée et les formalités beaucoup plus simples.

Autant le dire, les deux rapports ne sont pas élogieux pour un pays qui se dit prêt à tout faire pour être moderne et démocratique. Si l’on résume la tendance qui ressort de ces deux documents, on se retrouve à citer les maux qui rongent le pays : corruption, bureaucratie, lenteurs dans le développement économique, un secteur public affaibli et inutilisable dans certains cas, un développement anarchique de l’activité commerciale… Mais une fois que les maux sont diagnostiqués, leur prise en charge n’est certes pas facile, mais elle est possible.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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