Semaine du 16 au 22 Novembre 2005

 

Banlieues parisiennes

Laissées pour compte

La France menace l'Occident

L’échec du modèle d’intégration français

 
 
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 Banlieues parisiennes

Laissées pour compte

Ce qui était désigné au départ comme des "mouvements de rue", "incidents" et "violences urbaines" par les médias français, a finalement pris des proportions plus sérieuses et s'est révélé être un soulèvement plus profond. Les médias francophones, au Canada et en Suisse, ont compris l'ampleur de ce mouvement et ont dès le début parlé d'émeutes dues aux problèmes d'intégration ethnique.

Au-delà de toutes les questions que l'on pourrait se poser sur la nature de ces émeutes – qui les a provoquées, sont-elles orchestrées ou pas, quelle est leur finalité – il est une réalité qu'il faut savoir, c'est que la France est l'un des rares pays en Europe à connaître cette violence urbaine et ce, depuis les années 1980.

Les premières émeutes ont lieu à Vaulx-en-Velin en 1979, où des affrontements sont enregistrés entre les forces de l'ordre et des groupes de la banlieue ; des voitures sont brûlées. En 1981, les émeutes qui ont eu lieu dans la cité des Miguettes, dans la banlieue lyonnaise, sont beaucoup plus importantes. Les médias sont nombreux à s'y intéresser. A cette époque, on hésite encore sur la nature de ces émeutes. Entre révolte sociale et délinquance crapuleuse, c'est la deuxième définition qui l'emporte. Gaston Defferre, alors ministre de l'Intérieur, opte pour une intervention policière ferme.

En mars 1983, dans la même cité, d'autres affrontements sont, une fois encore, enregistrés avec les forces de l'ordre. Le Front national profite de cette aubaine pour donner raison aux émeutiers et dénonce, par la même, le laxisme du gouvernement. Le résultat ne se fait pas attendre et le Front national remporte ainsi son premier succès électoral, en septembre.

Le 3 décembre 1983, la marche pour l'égalité et contre le racisme arrive à Paris. Ses initiateurs la définissent comme un acte fondateur qui permettra aux jeunes issus de l'immigration d'avoir enfin une place positive dans la société française. Beaucoup s'imaginent alors que la solution aux problèmes de la banlieue parisienne est enfin trouvée. La violence urbaine n'est plus qu'un mauvais souvenir, espèrent-ils. L'accalmie est pourtant de courte durée. Le 6 octobre 1990, de nouvelles émeutes éclatent à Vaulx-en-Velin, quand le passager d'une moto, qui se renverse à hauteur d'un barrage de police, décède. Des incendies se déclenchent un peu partout, le centre commercial est mis à sac. Les médias, qui sont de plus en plus nombreux à couvrir ces émeutes, font le rapprochement avec les événements de 1981. Le constat est là, plus amer que jamais. La réponse aux problèmes des banlieues n'est toujours pas trouvée, et les Français se trouvent au même point.

Le rap français, qui connaît depuis le début des années 1990 un grand succès, dénonce les conditions de vie dans les cités et le racisme des Français à l'égard des étrangers. Et c'est ainsi qu'en 1998, le groupe de rap NTM écrit dans sa chanson Odeur de soufre : "Qu'est-ce qu'on attend pour mettre le feu ? Juste d'être un peu plus nombreux…" et accuse le gouvernement français de prôner la passivité face aux multiples problèmes des banlieues. Ce climat de tension apparaît au cinéma dans La haine de Mathieu Kassovitz, en 1995, puis dans Ma 6-T va cracker de Jean-François Richet, en 1997.

Le 12 juillet 1998, l'équipe de France remporte la Coupe du monde de football et brandit le slogan "black, blanc, beur" qui semble réconcilier pour un temps la France avec les cités, mais le décès d'un jeune banlieusard des suites d'une bavure policière, le 13 décembre de la même année, la replonge dans le climat des émeutes. Jeunes des banlieues et CRS s'affrontent pendant plusieurs nuits.

En février 1999, une voiture incendiée à Vénissieux cause de graves blessures à un pompier. A Montauban, une émeute éclate suite à la mort d'un cambrioleur que les propriétaires des lieux avaient abattu. Le 3 mars 2003, Valdegoun, à Nîmes, connaît, pour sa part, des émeutes après la mort d'un cambrioleur qui tentait d'échapper aux gendarmes.

La France est donc l'un des rares pays en Europe à connaître une telle violence. En Angleterre, ce phénomène existe, mais son ampleur est moindre. Depuis la fin des années 1970, le Royaume-Uni connaît des émeutes à caractère inter-ethnique (Indiens, Pakistanais, Jamaïcains), ou à caractère racial, comme la chasse aux Pakistanais et les émeutes raciales de Brixton et de Bristol, en plein mouvement skinhead.

Beaucoup d'observateurs expliquent la récurrence de la violence urbaine en France par le fait que les cités françaises ne sont que des "ghettos urbains à caractère ethnique". Ces cités, qui sont issues de l'urbanisation à marche forcée des années 1950 et 1960, n'existent pas ou peu en Allemagne et en Suisse, qui sont pourtant aussi d'importants centres d'immigration.

Il faut savoir aussi que la France a grandement subi l'influence de la politique de logement soviétique et l'architecture réaliste socialiste.

Pour d'autres pays européens, tels le Portugal, l'Espagne, l'Italie ou la Grèce, le phénomène de l'immigration est encore trop récent. Pourtant, il existe des bidonvilles en Italie qui abritent des Tziganes, des Chinois, des Sud-Américains, à Bologne, à Rome, mais surtout à Naples. Dans le sud de l'Espagne, en Andalousie, des clandestins marocains vivotent dans des camps misérables, le plus souvent sans commodités telles l'eau courante et l'électricité. En Allemagne, beaucoup de problèmes liés à l'intégration des Allemands d'origine turque existent, selon une récente étude. Ces pays d'Europe, où l'immigration est récente, n'hésitent pas à analyser les causes des émeutes françaises pour éviter que de tels incidents ne se produisent chez eux.

En France, le problème des banlieues était tellement ancré dans le quotidien que la campagne à l'élection présidentielle 2002 était surtout orientée sur la sécurité. Et le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen, remettait sur le tapis les problèmes des banlieues et se hissait au second tour de l’élection, qui sera remportée par Jacques Chirac avec une majorité de 82%.

La situation dans les banlieues ne change pas. L'immobilier qui, dans les années 1995, était au plus bas, flambe en 2005 et détériore le pouvoir d'achat des petites bourses. L'absence, dans certains quartiers, de moyens de développement ajoutée au mode de financement lié à la répartition des charges et des ressources fiscales par les impôts locaux ont fait que l'intégration de quartiers difficiles à la ville n'a pu se faire.

De ce fait, le phénomène de la violence dans les banlieues parisienne ne cesse de grandir, et l'on constate que lors des dix premiers mois de l’année en France, plus de 28 000 véhicules ont été incendiés, surtout dans l'une des 750 zones urbaines sensibles.

Pour beaucoup d'élus dont les communes sont touchées par ces émeutes, la politique de la ville, conçue au début des années 1980 par les socialistes pour lutter contre l'exclusion dans les banlieues, a, au fil du temps, perdu de sa substance. Cette politique, érigée au quatrième rang des ministères d'Etat, n'est aujourd'hui qu'une toute petite délégation interministérielle à la ville, à l'intérieur du vaste ministère de l'Emploi et de la Cohésion sociale. Pour l'un des élus, le problème de fond est que "les politiques de droit commun se sont désengagés des quartiers sensibles. La politique de la ville devait surabonder les budgets de droit commun".

C'est donc un fait que la banlieue parisienne est livrée à elle-même et que les problèmes dans les cités sont nombreux.

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui déclare, lors de l'émission A vous de juger, "quand je dis ce sont des voyous ou des racailles, je persiste et signe", ne ferme-t-il pas ainsi la porte à toute possibilité de dialoguer et de trouver une solution définitive à une situation de marasme qui n'a que trop duré ?

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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 La France menace l'Occident

Malgré le retour au calme dans les banlieues françaises, la France aura beaucoup de mal à faire oublier son échec dans la prise ne charge de ses problèmes sociaux vis à vis de ses partenaires et surtout à faire admettrequ'elle ne leur fait pas prendre de risques en négligeant les critique qui lui ont été déjà formulées à propos d'un modèle voulu, empreint des principes de liberté, d'égalité et de fraternité. Si la France, cinquième économie mondiale, a usé des mêmes procédés que la dernière des républiques bananières pour rétablir l'ordre dans les quartiers périphériques de la capitale et de certaines grandes villes, cela n'est certainement pas passé sans susciter des inquiétudes en Occident et principalement aux Etats Unis.

Lorsque le ministre français de l'intérieur Nicolas Sarkozy expliquait devant les caméras de France 2, jeudi 10 novembre, que finalement l'Etat français, dans la gestion de la crise, n'a eu recours qu'aux policiers anti-émeutes (CRS), rappelant qu'à Los Angeles, les Américains avaient fait appel à la garde nationale et fait tirer sur la foule. Il voulait certainement rappeler avec soulagement que même si la crise est grave, les moyens mis en œuvre ne sont pas disproportionnés. Pourtant, le simple fait de mobiliser les policiers, c'est déjà beaucoup pour la presse britannique, qui précise que ce sont 15 000 policiers, soit le tiers des effectifs des CRS, "les policiers français anti-émeutes qui jouissent de la fâcheuse réputation de brutalité depuis les manifestations de 1968"(*) et vont stationner à proximité des banlieues alors que l'état d'urgence est maintenu pour trois mois. Une situation qui n'est pas sans susciter des inquiétudes, en Europe et aux Etats-Unis notamment.

L'échec du modèle français a été mis en exergue par le journal britannique The Independant qui, dès le début des manifestations, titrait "Liberté, égalité, fraternité, réalité", mettant en évidence le peu de liberté accordée, par exemple, aux musulmans de France qui ont interdiction d'arborer, dans les écoles et les administrations, le foulard islamique. De toute évidence, l'islam est au centre de toutes les analyses et de toutes les inquiétudes alors que la France compte entre 5 et 10% de musulmans dans sa population.

Les manifestations violentes ont en fait éclairé d'un jour nouveau les relations que devraient entretenir dorénavant la France avec les communautés qui composent la société française car, au delà de tout, l'échec constaté du modèle d'intégration français signifiant bien le danger que peuvent représenter ces mêmes ethnies qui jouissent, dans leur grande majorité, de la nationalité française et de fait des avantages de la libre-circulation accordée aux membre de l'UE. Sur près de 3 000 personnes arrêtées seules 120 sont effectivement étrangères et menacées d'expulsion.

La France, dès lors, tient du cheval de Troie pour l'Internationale islamiste voulant en découdre avec l'Occident et les Juifs.

Le plus grave se profile effectivement derrière les manifestations des banlieues. Dans ces expressions de colère, certains trouvent les arguments les plus efficaces pour remettre au goût du jour l'opposition permanente islam - Occident judéo-chrétien. La France deviendrait elle le premier terrain de bataille du choc des civilisations ?

Une extension territoriale pour El-Qaîda ?

La presse britannique et américaine a fait montre d'un  zèle particulier en critiquant le système d'intégration français qui, finalement, n'est pas plus efficace que le modèle américain.

L'International Herald Tribune a souligné l'échec de "la dépendance éternelle à l'Etat pourvoyeur d'emplois, d'éducation, de logements, de respect et d'intégration des musulmans arabes et africains". En fait, plus que jamais, la mise ne évidence de la dimension musulmane de ces manifestants est évidente dans les écrits américains ou même israéliens. Dans USA Today, le plus fort tirage des quotidiens américains, la commentatrice Souheila Al-Jadda a comparé les manifestations de la banlieue parisienne aux manifestations des Noirs aux Etats-Unis pour les droits civiques, dans les années 1960, non sans susciter l'ire des lecteurs qui l'on abondamment tancée sur les forums du journal.

Israel National News Media Online a mis en évidence le nombre de synagogues (quatre) et d'écoles juives brûlées. Des faits probablement à juger au même titre que d'autres dégâts tout aussi symboliques au regard du nombre de voitures brûlées sans prise en compte de la religion de leur propriétaire ou d'écoles et de crèches laïques et foncièrement républicaines. Passons sur les mosquées qui ont reçu des grenades lacrymogènes ou la mosquée de Carpentras qui a été attaquée au cocktail molotov.   

Pourtant, le très sérieux site Debka, regroupant des analystes israéliens indépendants, souligne qu'"il y a un certain nombre d'éléments qui indiquent que les manifestations ne sont pas simplement spontanée et expression de frustrations des jeunes exclus originaires d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, mais une intifadha avec une prise en main centrale animée par un réseau islamiste". Debka n'a pourtant rien de l'organisme d'expression extrémiste sioniste prompt à voir des islamistes partout, mais il s'agit d'analystes dont l'objectivité a été souvent saluée par les médias occidentaux. Debka évoque le prolongement organique pour El-Qaîda en France, un des rares pays européens à avoir pris conscience le plus tôt de la menace islamiste et qui, certainement, est le mieux armé  par le travail de renseignement ou par sa connaissance du terrain des menaces terroristes islamistes.

La situation en France inspire des analystes fantaisistes des milieux extrémistes comme J. R. Nyquist de Financial Sens dépendant de Pupalva Financial Service qui offre un éclairage économique et financier à la limite raciste et qui ne conçoit pas la coexistence des races et des religions sur un même territoire pour préserver des intérêts économiques bien compris.

Sans sombrer dans les extrêmes, il est évident que la France ne sera plus vue comme auparavant et devra convaincre ses partenaires occidentaux de l'efficacité de ses méthodes et approches. Si on relève, aujourd'hui, une incompréhension et une méconnaissance de ce qui se passe en France, on y ajoutera dorénavant la méfiance et la crainte de voir les mouvements violents nés dans le contexte des manifestations des banlieues françaises se transformer en nébuleuse islamiste pouvant assurer des recrutements en masse de terroristes illuminés prêts à jouer les bombes humaines en Occident et qui n’auraient plus à prendre le départ de pays arabes et musulmans d'où il est difficile de décrocher un visa.

Amine Esseghir

* Daily Telegraph du 14 novembre 2005

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 Banlieues

L’échec du modèle d’intégration français

Après la fièvre des banlieues, politiques, médias et intellectuels français font aujourd’hui de l’analyse du phénomène leur exercice quotidien, sinon permanent pour comprendre précisément «comment on en est arrivé là». Mais qu’analyse-t-on vraiment ? Le mal de la France donneuse de leçon est-il celui de son modèle d’intégration ou seulement celui la discrimination qui, pour être sérieux, reste de cependant moindre gravité ? Quelle différence pour une société française en débat qui ne semble pas d’accord non pas sur les origines du problème, mais sur les solutions qui le mettent face à ses propres contradictions ?

Ce que la France refusait jusque là d’admettre, ses voisins et amis se chargent de le lui rappeler. A l'écran, les chaînes américaines sont les plus offensives. "Paris brûle", annonçait ABC. "French Violence", clame la CNN qui parle aussi de situation comparable à la Tchétchénie, évoquant des risques de "guerre civile" et soulignant un "climat de peur". La BBC, RTBF, les journaux allemands et suisses sont unanimes à stigmatiser l'échec de la politique française sur l'immigration. La presse russe est allé jusqu’à conclure à l’échec de la politique de la terre d’accueil et de la diversité culturelle. Le fait est que la triste réalité est trop évidente que les politiques français tentent de reporter la prise en charge de cette réalité, d’autant qu’elle est marquée par le sceau de l’urgence que dictent les émeutes. L’échec de la politique d’intégration, c’est surtout celle des institutions chargées d’un tel processus, inscrit dans ses principes comme valeur inaliénable de la république française. Et les institutions, c’est avant toute chose la famille. Pour le sociologue Eric Marlière (chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), s’exprimant dans le Monde, «si l'on se réfère à la situation du père dans les années 1960 vivant dans les bidonvilles, victime de non-droit puisque sans papiers, il n'était perçu que comme une simple force de travail et arrivait des anciens pays colonisés. On peut effectivement dire que le sort des enfants d'ouvriers et d'immigrés est un peu plus confortable que celui de leurs parents, mais ce n'est pas pour autant - hormis quelques-uns qui sont dans un business très lucratif mais souvent de courte durée puisque la peine de prison, voire la mort, les arrête bien avant - que le sort de ces jeunes est enchanté». Autant le rapport de la première génération était claire, parce que proche historiquement de la phase de décolonisation, autant les générations suivantes vivent en mal de repères, se sachant français comme on leur a dit et ne vivant cela totalement. A cette cassure objective entre les générations, qui créé deux niveaux d’intégration, se superpose les référents identitaires qui ferment le rapport sur lui-même : la religion, la culture, les noms et les coutumes qui ne seront pas abandonnés de sitôt, pour ne pas dire jamais, en échange de la citoyenneté. Cette ligne de démarcation peut s’expliquer par une équation toute simple : l’intégration n’ayant pas le même sens pour l’Etat français et pour les français « d’origine X ou Y», elle signifie abandon de tout ce qui fait la communauté pour s’imprégner entièrement des valeurs de la république, elle veut dire pour les banlieusards le partage des mêmes droits (pas sûr que l’on pense pareil des devoirs) que les français, tout en gardant ses éléments constitutifs, car le contraire serait synonyme de continuité en terre française de l’oeuvre colonisatrice, du moins sur le plan culturel.

Au-delà de ce «malentendu», la discrimination est par contre concrètement présente dans l'ensemble des lieux où s'incarne aujourd'hui le pouvoir : la haute fonction publique, la sphère politique, les grandes entreprises, les grandes écoles, les médias. Les aspects de cette discrimination, sédimentés après tant années, ont fait que les racines du mal sont désormais  très nombreuses, trop imbriquées les unes aux autres. Il faut dire aussi que l'analyse sociologique qui explique la violence par le chômage, la précarité, la relégation et la ghettoïsation est loin de suffire. Cela fait maintenant plus de vingt ans que les banlieues, à intervalles réguliers, tentent de retenir l’attention, toujours en mal. On n’y voit le plus souvent que deal, délinquance, insécurité, violence. Le racisme latent, l'ampleur des discriminations raciales, la puissance des mécanismes ségrégatifs, la défaite de l'école, la panne de valeurs et de symboles mobilisateurs, autant de facteurs qui acculent les jeunes des quartiers, et notamment les jeunes issus de l'immigration.

Le noir décor des banlieues est exacerbé par une actualité apte à faire ressortir davantage les ressentiments sourds qui grondent chez les jeunes des banlieues, mais qui s’expriment parfois de manières étonnantes, comme en témoigne le durcissement du discours (c’est effectivement un discours) de l’humoriste Dieudonné. Et, plus près, c’est cette Europe prête à tyirer sur le dos des migrants clandestins, rejetés dans le désert après avoir essayé d'entrer à Melilla et Ceuta. Tout cela n'est pas sans conséquence sur l'attitude des jeunes

Eric Macé, chercheur au Centre d'analyse et d'intervention sociologique (EHESS - CNRS), estimait dans un article publié au Nouvel Observateur que tous les ingrédients de la poudrière sont là depuis bien longtemps. «Les ingrédients, c'est, particulièrement en France, un chômage des jeunes le plus élevé d'Europe, des discriminations racistes et des relégations urbaines aggravées et, depuis le début des années 1990, une stigmatisation des jeunes des banlieues populaires qui les fait apparaître comme étrangers à la société française, qui les constitue en menace avec une surenchère dont les étapes sont les suivantes : ils ont d'abord été assimilés à des voleurs, puis, avec l'affaire des tournantes, à des violeurs, puis, avec l'affaire du foulard à l'école, à des "voileurs", et dernièrement, à de la racaille qu'on nettoie au Kärcher. Ça commence à faire beaucoup». En France, on commence à comprendre. Mais il fallait l’avoir compris bien avant. Car ce qui a empêché de prévoir un malaise sans précédent, c’est bien le fait qu’il reste difficile de s’attaquer au problème de fond : la discrimination qui n’est pas le fait de l’Etat, qui la condamne par ses lois, mais bel et bien une pratique au quotidien d’une majorité française qui a démontré son poids en élisant en Sarkozy l’homme de la situation, non seulement pour sa fermeté dans ces événements, mais pour une raison beaucoup plus profonde. Le ministre de l’Intérieur incarne toute la contradiction interne aux Français entre l’idéal d’une nation rayonnante et fidèle à son histoire, et dans le même temps en déclin au cœur d’un monde qu’ils maîtrisent de moins en moins, qui lui renvoie l’image de ses propres limites. Un monde qui risque de les regarder, demain, comme on regarderait un banlieusard hésiter à quitter sa zone.

Nabil Benali

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