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Banlieues parisiennes
Laissées pour compte
Ce qui était désigné au départ comme des
"mouvements de rue", "incidents" et "violences urbaines" par les médias
français, a finalement pris des proportions plus sérieuses et s'est révélé être
un soulèvement plus profond. Les médias francophones, au Canada et en Suisse,
ont compris l'ampleur de ce mouvement et ont dès le début parlé d'émeutes dues
aux problèmes d'intégration ethnique.
Au-delà de toutes les questions que l'on pourrait
se poser sur la nature de ces émeutes – qui les a provoquées, sont-elles
orchestrées ou pas, quelle est leur finalité – il est une réalité qu'il faut
savoir, c'est que la France est l'un des rares pays en Europe à connaître cette
violence urbaine et ce, depuis les années 1980.
Les premières émeutes ont lieu à Vaulx-en-Velin en
1979, où des affrontements sont enregistrés entre les forces de l'ordre et des
groupes de la banlieue ; des voitures sont brûlées. En 1981, les émeutes qui ont
eu lieu dans la cité des Miguettes, dans la banlieue lyonnaise, sont beaucoup
plus importantes. Les médias sont nombreux à s'y intéresser. A cette époque, on
hésite encore sur la nature de ces émeutes. Entre révolte sociale et délinquance
crapuleuse, c'est la deuxième définition qui l'emporte. Gaston Defferre, alors
ministre de l'Intérieur, opte pour une intervention policière ferme.
En mars 1983, dans la même cité, d'autres
affrontements sont, une fois encore, enregistrés avec les forces de l'ordre. Le
Front national profite de cette aubaine pour donner raison aux émeutiers et
dénonce, par la même, le laxisme du gouvernement. Le résultat ne se fait pas
attendre et le Front national remporte ainsi son premier succès électoral, en
septembre.
Le 3 décembre 1983, la marche pour l'égalité et
contre le racisme arrive à Paris. Ses initiateurs la définissent comme un acte
fondateur qui permettra aux jeunes issus de l'immigration d'avoir enfin une
place positive dans la société française. Beaucoup s'imaginent alors que la
solution aux problèmes de la banlieue parisienne est enfin trouvée. La violence
urbaine n'est plus qu'un mauvais souvenir, espèrent-ils. L'accalmie est pourtant
de courte durée. Le 6 octobre 1990, de nouvelles émeutes éclatent à
Vaulx-en-Velin, quand le passager d'une moto, qui se renverse à hauteur d'un
barrage de police, décède. Des incendies se déclenchent un peu partout, le
centre commercial est mis à sac. Les médias, qui sont de plus en plus nombreux à
couvrir ces émeutes, font le rapprochement avec les événements de 1981. Le
constat est là, plus amer que jamais. La réponse aux problèmes des banlieues
n'est toujours pas trouvée, et les Français se trouvent au même point.
Le rap français, qui connaît depuis le début des
années 1990 un grand succès, dénonce les conditions de vie dans les cités et le
racisme des Français à l'égard des étrangers. Et c'est ainsi qu'en 1998, le
groupe de rap NTM écrit dans sa chanson Odeur de soufre : "Qu'est-ce qu'on
attend pour mettre le feu ? Juste d'être un peu plus nombreux…" et accuse le
gouvernement français de prôner la passivité face aux multiples problèmes des
banlieues. Ce climat de tension apparaît au cinéma dans La haine de Mathieu
Kassovitz, en 1995, puis dans Ma 6-T va cracker de Jean-François Richet, en
1997.
Le 12 juillet 1998, l'équipe de France remporte la
Coupe du monde de football et brandit le slogan "black, blanc, beur" qui semble
réconcilier pour un temps la France avec les cités, mais le décès d'un jeune
banlieusard des suites d'une bavure policière, le 13 décembre de la même année,
la replonge dans le climat des émeutes. Jeunes des banlieues et CRS s'affrontent
pendant plusieurs nuits.
En février 1999, une voiture incendiée à Vénissieux
cause de graves blessures à un pompier. A Montauban, une émeute éclate suite à
la mort d'un cambrioleur que les propriétaires des lieux avaient abattu. Le 3
mars 2003, Valdegoun, à Nîmes, connaît, pour sa part, des émeutes après la mort
d'un cambrioleur qui tentait d'échapper aux gendarmes.
La France est donc l'un des rares pays en Europe à
connaître une telle violence. En Angleterre, ce phénomène existe, mais son
ampleur est moindre. Depuis la fin des années 1970, le Royaume-Uni connaît des
émeutes à caractère inter-ethnique (Indiens, Pakistanais, Jamaïcains), ou à
caractère racial, comme la chasse aux Pakistanais et les émeutes raciales de
Brixton et de Bristol, en plein mouvement skinhead.
Beaucoup d'observateurs expliquent la récurrence de
la violence urbaine en France par le fait que les cités françaises ne sont que
des "ghettos urbains à caractère ethnique". Ces cités, qui sont issues de
l'urbanisation à marche forcée des années 1950 et 1960, n'existent pas ou peu en
Allemagne et en Suisse, qui sont pourtant aussi d'importants centres
d'immigration.
Il faut savoir aussi que la France a grandement
subi l'influence de la politique de logement soviétique et l'architecture
réaliste socialiste.
Pour d'autres pays européens, tels le Portugal,
l'Espagne, l'Italie ou la Grèce, le phénomène de l'immigration est encore trop
récent. Pourtant, il existe des bidonvilles en Italie qui abritent des Tziganes,
des Chinois, des Sud-Américains, à Bologne, à Rome, mais surtout à Naples. Dans
le sud de l'Espagne, en Andalousie, des clandestins marocains vivotent dans des
camps misérables, le plus souvent sans commodités telles l'eau courante et
l'électricité. En Allemagne, beaucoup de problèmes liés à l'intégration des
Allemands d'origine turque existent, selon une récente étude. Ces pays d'Europe,
où l'immigration est récente, n'hésitent pas à analyser les causes des émeutes
françaises pour éviter que de tels incidents ne se produisent chez eux.
En France, le problème des banlieues était
tellement ancré dans le quotidien que la campagne à l'élection présidentielle
2002 était surtout orientée sur la sécurité. Et le candidat du Front national,
Jean-Marie Le Pen, remettait sur le tapis les problèmes des banlieues et se
hissait au second tour de l’élection, qui sera remportée par Jacques Chirac avec
une majorité de 82%.
La situation dans les banlieues ne change pas.
L'immobilier qui, dans les années 1995, était au plus bas, flambe en 2005 et
détériore le pouvoir d'achat des petites bourses. L'absence, dans certains
quartiers, de moyens de développement ajoutée au mode de financement lié à la
répartition des charges et des ressources fiscales par les impôts locaux ont
fait que l'intégration de quartiers difficiles à la ville n'a pu se faire.
De ce fait, le phénomène de la violence dans les
banlieues parisienne ne cesse de grandir, et l'on constate que lors des dix
premiers mois de l’année en France, plus de 28 000 véhicules ont été incendiés,
surtout dans l'une des 750 zones urbaines sensibles.
Pour beaucoup d'élus dont les communes sont
touchées par ces émeutes, la politique de la ville, conçue au début des années
1980 par les socialistes pour lutter contre l'exclusion dans les banlieues, a,
au fil du temps, perdu de sa substance. Cette politique, érigée au quatrième
rang des ministères d'Etat, n'est aujourd'hui qu'une toute petite délégation
interministérielle à la ville, à l'intérieur du vaste ministère de l'Emploi et
de la Cohésion sociale. Pour l'un des élus, le problème de fond est que "les
politiques de droit commun se sont désengagés des quartiers sensibles. La
politique de la ville devait surabonder les budgets de droit commun".
C'est donc un fait que la banlieue parisienne est
livrée à elle-même et que les problèmes dans les cités sont nombreux.
Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui
déclare, lors de l'émission A vous de juger, "quand je dis ce sont des voyous ou
des racailles, je persiste et signe", ne ferme-t-il pas ainsi la porte à toute
possibilité de dialoguer et de trouver une solution définitive à une situation
de marasme qui n'a que trop duré ?
Khadidja Mohamed Bouziane
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La France menace l'Occident
Malgré le retour au calme dans
les banlieues françaises, la France aura beaucoup de mal à faire oublier son
échec dans la prise ne charge de ses problèmes sociaux vis à vis de ses
partenaires et surtout à faire admettrequ'elle ne leur fait pas prendre de
risques en négligeant les critique qui lui ont été déjà formulées à propos d'un
modèle voulu, empreint des principes de liberté, d'égalité et de fraternité. Si
la France, cinquième économie mondiale, a usé des mêmes procédés que la dernière
des républiques bananières pour rétablir l'ordre dans les quartiers
périphériques de la capitale et de certaines grandes villes, cela n'est
certainement pas passé sans susciter des inquiétudes en Occident et
principalement aux Etats Unis.
Lorsque le ministre français
de l'intérieur Nicolas Sarkozy expliquait devant les caméras de France 2, jeudi
10 novembre, que finalement l'Etat français, dans la gestion de la crise, n'a eu
recours qu'aux policiers anti-émeutes (CRS), rappelant qu'à Los Angeles, les
Américains avaient fait appel à la garde nationale et fait tirer sur la foule.
Il voulait certainement rappeler avec soulagement que même si la crise est
grave, les moyens mis en œuvre ne sont pas disproportionnés. Pourtant, le simple
fait de mobiliser les policiers, c'est déjà beaucoup pour la presse britannique,
qui précise que ce sont 15 000 policiers, soit le tiers des effectifs des CRS,
"les policiers français anti-émeutes qui jouissent de la fâcheuse réputation de
brutalité depuis les manifestations de 1968"(*) et vont stationner à
proximité des banlieues alors que l'état d'urgence est maintenu pour trois mois.
Une situation qui n'est pas sans susciter des inquiétudes, en Europe et aux
Etats-Unis notamment.
L'échec du modèle français a
été mis en exergue par le journal britannique The Independant qui, dès le début
des manifestations, titrait "Liberté, égalité, fraternité, réalité", mettant en
évidence le peu de liberté accordée, par exemple, aux musulmans de France qui
ont interdiction d'arborer, dans les écoles et les administrations, le foulard
islamique. De toute évidence, l'islam est au centre de toutes les analyses et de
toutes les inquiétudes alors que la France compte entre 5 et 10% de musulmans
dans sa population.
Les manifestations violentes
ont en fait éclairé d'un jour nouveau les relations que devraient entretenir
dorénavant la France avec les communautés qui composent la société française
car, au delà de tout, l'échec constaté du modèle d'intégration français
signifiant bien le danger que peuvent représenter ces mêmes ethnies qui
jouissent, dans leur grande majorité, de la nationalité française et de fait des
avantages de la libre-circulation accordée aux membre de l'UE. Sur près de 3 000
personnes arrêtées seules 120 sont effectivement étrangères et menacées
d'expulsion.
La France, dès lors, tient du
cheval de Troie pour l'Internationale islamiste voulant en découdre avec
l'Occident et les Juifs.
Le plus grave se profile
effectivement derrière les manifestations des banlieues. Dans ces expressions de
colère, certains trouvent les arguments les plus efficaces pour remettre au goût
du jour l'opposition permanente islam - Occident judéo-chrétien. La France
deviendrait elle le premier terrain de bataille du choc des civilisations ?
Une extension territoriale
pour El-Qaîda ?
La presse britannique et
américaine a fait montre d'un zèle particulier en critiquant le système
d'intégration français qui, finalement, n'est pas plus efficace que le modèle
américain.
L'International Herald Tribune
a souligné l'échec de "la dépendance éternelle à l'Etat pourvoyeur d'emplois,
d'éducation, de logements, de respect et d'intégration des musulmans arabes et
africains". En fait, plus que jamais, la mise ne évidence de la dimension
musulmane de ces manifestants est évidente dans les écrits américains ou même
israéliens. Dans USA Today, le plus fort tirage des quotidiens américains, la
commentatrice Souheila Al-Jadda a comparé les manifestations de la banlieue
parisienne aux manifestations des Noirs aux Etats-Unis pour les droits civiques,
dans les années 1960, non sans susciter l'ire des lecteurs qui l'on abondamment
tancée sur les forums du journal.
Israel National News Media
Online a mis en évidence le nombre de synagogues (quatre) et d'écoles juives
brûlées. Des faits probablement à juger au même titre que d'autres dégâts tout
aussi symboliques au regard du nombre de voitures brûlées sans prise en compte
de la religion de leur propriétaire ou d'écoles et de crèches laïques et
foncièrement républicaines. Passons sur les mosquées qui ont reçu des grenades
lacrymogènes ou la mosquée de Carpentras qui a été attaquée au cocktail
molotov.
Pourtant, le très sérieux site
Debka, regroupant des analystes israéliens indépendants, souligne qu'"il y a un
certain nombre d'éléments qui indiquent que les manifestations ne sont pas
simplement spontanée et expression de frustrations des jeunes exclus originaires
d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, mais une intifadha avec une prise en main
centrale animée par un réseau islamiste". Debka n'a pourtant rien de l'organisme
d'expression extrémiste sioniste prompt à voir des islamistes partout, mais il
s'agit d'analystes dont l'objectivité a été souvent saluée par les médias
occidentaux. Debka évoque le prolongement organique pour El-Qaîda en France, un
des rares pays européens à avoir pris conscience le plus tôt de la menace
islamiste et qui, certainement, est le mieux armé par le travail de
renseignement ou par sa connaissance du terrain des menaces terroristes
islamistes.
La situation en France inspire
des analystes fantaisistes des milieux extrémistes comme J. R. Nyquist de
Financial Sens dépendant de Pupalva Financial Service qui offre un éclairage
économique et financier à la limite raciste et qui ne conçoit pas la coexistence
des races et des religions sur un même territoire pour préserver des intérêts
économiques bien compris.
Sans sombrer dans les
extrêmes, il est évident que la France ne sera plus vue comme auparavant et
devra convaincre ses partenaires occidentaux de l'efficacité de ses méthodes et
approches. Si on relève, aujourd'hui, une incompréhension et une méconnaissance
de ce qui se passe en France, on y ajoutera dorénavant la méfiance et la crainte
de voir les mouvements violents nés dans le contexte des manifestations des
banlieues françaises se transformer en nébuleuse islamiste pouvant assurer des
recrutements en masse de terroristes illuminés prêts à jouer les bombes humaines
en Occident et qui n’auraient plus à prendre le départ de pays arabes et
musulmans d'où il est difficile de décrocher un visa.
Amine Esseghir
* Daily Telegraph du 14
novembre 2005
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Banlieues
L’échec du modèle d’intégration français
Après la fièvre des banlieues, politiques, médias
et intellectuels français font aujourd’hui de l’analyse du phénomène leur
exercice quotidien, sinon permanent pour comprendre précisément «comment on en
est arrivé là». Mais qu’analyse-t-on vraiment ? Le mal de la France donneuse de
leçon est-il celui de son modèle d’intégration ou seulement celui la
discrimination qui, pour être sérieux, reste de cependant moindre gravité ?
Quelle différence pour une société française en débat qui ne semble pas d’accord
non pas sur les origines du problème, mais sur les solutions qui le mettent face
à ses propres contradictions ?
Ce que la France refusait jusque là d’admettre, ses
voisins et amis se chargent de le lui rappeler. A l'écran, les chaînes
américaines sont les plus offensives. "Paris brûle", annonçait ABC. "French
Violence", clame la CNN qui parle aussi de situation comparable à la
Tchétchénie, évoquant des risques de "guerre civile" et soulignant un "climat de
peur". La BBC, RTBF, les journaux allemands et suisses sont unanimes à
stigmatiser l'échec de la politique française sur l'immigration. La presse russe
est allé jusqu’à conclure à l’échec de la politique de la terre d’accueil et de
la diversité culturelle. Le fait est que la triste réalité est trop évidente que
les politiques français tentent de reporter la prise en charge de cette réalité,
d’autant qu’elle est marquée par le sceau de l’urgence que dictent les émeutes.
L’échec de la politique d’intégration, c’est surtout celle des institutions
chargées d’un tel processus, inscrit dans ses principes comme valeur inaliénable
de la république française. Et les institutions, c’est avant toute chose la
famille. Pour le sociologue Eric Marlière (chercheur au Centre de recherches
sociologiques sur le droit et les institutions pénales), s’exprimant dans le
Monde, «si l'on se réfère à la situation du père dans les années 1960 vivant
dans les bidonvilles, victime de non-droit puisque sans papiers, il n'était
perçu que comme une simple force de travail et arrivait des anciens pays
colonisés. On peut effectivement dire que le sort des enfants d'ouvriers et
d'immigrés est un peu plus confortable que celui de leurs parents, mais ce n'est
pas pour autant - hormis quelques-uns qui sont dans un business très lucratif
mais souvent de courte durée puisque la peine de prison, voire la mort, les
arrête bien avant - que le sort de ces jeunes est enchanté». Autant le rapport
de la première génération était claire, parce que proche historiquement de la
phase de décolonisation, autant les générations suivantes vivent en mal de
repères, se sachant français comme on leur a dit et ne vivant cela totalement. A
cette cassure objective entre les générations, qui créé deux niveaux
d’intégration, se superpose les référents identitaires qui ferment le rapport
sur lui-même : la religion, la culture, les noms et les coutumes qui ne seront
pas abandonnés de sitôt, pour ne pas dire jamais, en échange de la citoyenneté.
Cette ligne de démarcation peut s’expliquer par une équation toute simple :
l’intégration n’ayant pas le même sens pour l’Etat français et pour les français
« d’origine X ou Y», elle signifie abandon de tout ce qui fait la communauté
pour s’imprégner entièrement des valeurs de la république, elle veut dire pour
les banlieusards le partage des mêmes droits (pas sûr que l’on pense pareil des
devoirs) que les français, tout en gardant ses éléments constitutifs, car le
contraire serait synonyme de continuité en terre française de l’oeuvre
colonisatrice, du moins sur le plan culturel.
Au-delà de ce «malentendu», la discrimination est
par contre concrètement présente dans l'ensemble des lieux où s'incarne
aujourd'hui le pouvoir : la haute fonction publique, la sphère politique, les
grandes entreprises, les grandes écoles, les médias. Les aspects de cette
discrimination, sédimentés après tant années, ont fait que les racines du mal
sont désormais très nombreuses, trop imbriquées les unes aux autres. Il faut
dire aussi que l'analyse sociologique qui explique la violence par le chômage,
la précarité, la relégation et la ghettoïsation est loin de suffire. Cela fait
maintenant plus de vingt ans que les banlieues, à intervalles réguliers, tentent
de retenir l’attention, toujours en mal. On n’y voit le plus souvent que deal,
délinquance, insécurité, violence. Le racisme latent, l'ampleur des
discriminations raciales, la puissance des mécanismes ségrégatifs, la défaite de
l'école, la panne de valeurs et de symboles mobilisateurs, autant de facteurs
qui acculent les jeunes des quartiers, et notamment les jeunes issus de
l'immigration.
Le noir décor des banlieues est exacerbé par une
actualité apte à faire ressortir davantage les ressentiments sourds qui grondent
chez les jeunes des banlieues, mais qui s’expriment parfois de manières
étonnantes, comme en témoigne le durcissement du discours (c’est effectivement
un discours) de l’humoriste Dieudonné. Et, plus près, c’est cette Europe prête à
tyirer sur le dos des migrants clandestins, rejetés dans le désert après avoir
essayé d'entrer à Melilla et Ceuta. Tout cela n'est pas sans conséquence sur
l'attitude des jeunes
Eric Macé, chercheur au Centre d'analyse et
d'intervention sociologique (EHESS - CNRS), estimait dans un article publié au
Nouvel Observateur que tous les ingrédients de la poudrière sont là depuis bien
longtemps. «Les ingrédients, c'est, particulièrement en France, un chômage des
jeunes le plus élevé d'Europe, des discriminations racistes et des relégations
urbaines aggravées et, depuis le début des années 1990, une stigmatisation des
jeunes des banlieues populaires qui les fait apparaître comme étrangers à la
société française, qui les constitue en menace avec une surenchère dont les
étapes sont les suivantes : ils ont d'abord été assimilés à des voleurs, puis,
avec l'affaire des tournantes, à des violeurs, puis, avec l'affaire du foulard à
l'école, à des "voileurs", et dernièrement, à de la racaille qu'on nettoie au
Kärcher. Ça commence à faire beaucoup». En France, on commence à comprendre.
Mais il fallait l’avoir compris bien avant. Car ce qui a empêché de prévoir un
malaise sans précédent, c’est bien le fait qu’il reste difficile de s’attaquer
au problème de fond : la discrimination qui n’est pas le fait de l’Etat, qui la
condamne par ses lois, mais bel et bien une pratique au quotidien d’une majorité
française qui a démontré son poids en élisant en Sarkozy l’homme de la
situation, non seulement pour sa fermeté dans ces événements, mais pour une
raison beaucoup plus profonde. Le ministre de l’Intérieur incarne toute la
contradiction interne aux Français entre l’idéal d’une nation rayonnante et
fidèle à son histoire, et dans le même temps en déclin au cœur d’un monde qu’ils
maîtrisent de moins en moins, qui lui renvoie l’image de ses propres limites. Un
monde qui risque de les regarder, demain, comme on regarderait un banlieusard
hésiter à quitter sa zone.
Nabil Benali
Haut
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