Semaine du 16 au 22 Novembre 2005

 

La trame du mercredi

La panne

 

 
 
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La trame du mercredi

La panne

Un mois et demi après le référendum sur la charte, il est tout autant difficile d'imaginer que l'on sera bientôt plongé dans la phase d'application que de croire que tout cela finira par prendre une tournure bien plus modeste et terne que celle qui ressortait des lignes et d'entre les lignes du document lui-même comme des propos tenus pendant de longues semaines. Mais qui veut se risquer à parier sur l'une ou l'autre version? A l'évidence, personne. Alors qu'avant la consultation du 29 septembre, la coalition donnait le sentiment d'une force qui, soudain, surmontait les difficultés les plus concrètes ainsi que ses propres barrières psychologiques, et se découvrait un avenir beaucoup plus radieux qu'elle-même avait tendance à le supposer.

Elle était d'autant plus portée à mesurer l'étendue de son triomphe que ces adversaires inclinaient fortement à baisser pavillon,  en voyant combien ils étaient impuissants à  empêcher que l'initiative qui décidait de tout soit finalement déployée.  Maintenant la sanction populaire a remis tout en question. Elle a donné tort aux vainqueurs comme aux vaincus. Elle a déjoué le plan des premiers et fait mentir la désespérance des seconds. Bref, l'on se trouve aujourd'hui, sous le rapport des "équilibres nationaux", à peu près au point où l'on était avant que soit tenté le passage en force.

A cette différence toutefois, loin d'être négligeable on en conviendra aisément, que le coup est parti, et qu'il faut poursuivre sur sa lancée, passer donc à la phase d'application, alors qu'on aimerait  tant se retrouver au temps où le projet n'était qu'un projet, et que ses propres chances étaient encore entières.

Mais serait-ce donc la déroute, le fiasco, déjà la révision déchirante?

Si, comme le pensent beaucoup d'Algériens, le référendum sur la charte a été programmé moins en vue  de la paix, qu'on savait hors de portée par ce biais-là, que de la révision constitutionnelle, alors les électeurs ont bel et bien répondu à la question qui leur était posée entre les lignes; ce fut par la négative. Leur abstention massive délivre un message assez  clair : non, il ne faut pas toucher pour le moment à la Constitution. Cela, on en conviendra tout aussi aisément, n'a rien à voir avec les lois d'application censées procéder de la charte approuvée sans l'être par ces mêmes électeurs. La véritable, et peut-être même la seule question posée, ayant reçu une réponse non équivoque, rien n'empêche a priori de se le tenir pour dit et de passer sagement à autre chose. Il y a tant de choses à faire pour le bonheur de l'Algérie même sans disposer de l'éternité.

Théoriquement en vérité, car dans la réalité il n'est pas sans conséquence de faire comme si de rien n'était, d'abandonner un projet pour la réalisation duquel on a engagé ses meilleurs atouts, qu'on s'est évertué qui plus est à présenter comme l'exacte traduction d'une demande populaire. Deux moins ne se sont pas encore écoulés depuis la tenue du référendum que déjà on ose prononcer le mot de blocage et qu'on  se mette à spéculer sur des contretemps. Voilà des lois qui ne voient pas le jour, mais dont des initiés connaissent le nombre (une vingtaine, murmure-t-on, comme pour tenir le public en haleine). Voilà d'anciens condamnés à mort en exil dont a annoncé  le retour, mais qui, pour des raisons qui restent obscures, se sont brusquement décommandés. Pour Haddam, ça tournerait plus mal encore, puisqu'il serait menacé d'expulsion des Etats-Unis. N'est-ce pas plutôt là une bonne raison de forcer le chemin du retour, maintenant qu'il est si près d'être amnistié, et peut-être même réhabilité, c'est-à-dire autorisé à faire de la politique comme n'importe quel autre citoyen jouissant de tous ses droits? Avec un tel avenir, certes en suspens, il devrait se moquer bien que les Américains l'expulsent ou lui renouvellent son séjour. Et si son véritable problème est ailleurs, dans l'interdiction qui lui a été, semble-t-il, signifiée de rentrer  au pays, il a là une raison supplémentaire de précipiter ce retour, dans la mesure où la menace d'expulsion est bien réelle.

En fait, il ne se passe plus de semaines, et même de jours, sans que le soupçon se renforce que le processus où prend place le référendum achoppe sur des obstacles insoupçonnés par ceux qui l'ont enclenché, et qu'il va bientôt s'agir de prendre des décisions dont la véritable utilité sera qu'ils reconduiront tels quels les "équilibres nationaux".

M. Habili

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