Semaine du 16 au 22 octobre 2005

 

La Colombie maintient le cap à droite

Le nouveau Parlement afghan est une mosaïque ethnico-religieuse

Hamid Karzaï tend encore une fois la main aux taliban

 

 
 
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La Colombie maintient le cap à droite

Alors que les autres pays du continent s’ancrent globalement à gauche, la Colombie maintient le cap, au grand bonheur du puissant allié du Nord.

Le président colombien Alvaro Uribe pourra briguer un second mandat consécutif en mai 2006 ; la Cour constitutionnelle de Colombie a levé dernièrement le dernier obstacle à sa candidature en approuvant par sept voix contre deux une loi encadrant les pouvoirs des Présidents sortants pour éviter tout abus de leur part dans la course à la réélection. Le 19 octobre, l’instance avait déjà déclaré conforme à la Constitution la loi instaurant le mandat présidentiel renouvelable. Alvaro Uribe déclarera officiellement sa candidature avant une date butoir fixée au 27 novembre. Les premiers sondages donnent Uribe largement vainqueur de la prochaine présidentielle.

Le chef de l’Etat, un conservateur proche des  Etats-Unis, est crédité par la population de son action ferme contre la rébellion marxiste. Le net déclin de la violence et des enlèvements enregistré dans le pays depuis son arrivée au pouvoir en 2002 lui permet, aujourd’hui, de jouir d’une cote de popularité de 70%.

Les détracteurs du mandat renouvelable ont estimé, eux, qu’il faussait l’équilibre des pouvoirs conçu par la Constitution, et ont rappelé les expériences malheureuses d’autres pays du sous-continent, comme le Pérou ou l’Argentine. 

L’inspecteur général de Colombie, un haut responsable judiciaire chargé de veiller à la légalité des actions gouvernementales, avait recommandé qu’Uribe ne soit pas autorisé à se représenter en mai. Mais les analystes s’attendaient à la décision favorable de la Cour constitutionnelle en raison de la forte popularité du Président. Soutenu par des centaines de millions de dollars d’aide américaine, Alvaro Uribe a augmenté les opérations de fumigation des champs de coca, le nombre d’extraditions de trafiquants de drogue vers les Etats-Unis et les dépenses militaires en exigeant de l’armée qu’elle soit plus agressive à l’encontre des rebelles marxistes. Le Président colombien a également entamé des négociations en vue de démobiliser les milices paramilitaires d’extrême droite, qui sont impliquées dans le trafic de drogue et ont tué des milliers de civils dans leur “sale guerre” contre la rébellion, parfois avec la complicité de certains pans de l’armée. Mais l’économie s’est, elle aussi, améliorée sous son mandat et les autoroutes du pays, longtemps un terrain de chasse gardé des ravisseurs, sont devenues plus sûres. Du coup, le chef de l’Etat est non seulement populaire auprès des couches les plus aisées de la population, mais aussi auprès de nombreuses couches défavorisées.

 

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Le nouveau Parlement afghan est une mosaïque ethnico-religieuse

D’anciens chefs de factions militaires et responsables taliban, des militantes et plusieurs ex-communistes occuperont des sièges dans le nouveau Parlement afghan, selon les résultats des dernières législatives. Les résultats du scrutin du 18 septembre, où étaient mis en jeu les 249 sièges de la Chambre basse, ainsi que ceux des conseils des 34 provinces du pays ont été publiés cette semaine, avec un retard dû à la lenteur du dépouillement et à des accusations de fraude électorale. Ce scrutin – le premier depuis plusieurs dizaines d’années dans le pays – est considéré  comme une étape cruciale dans la transition de l’Afghanistan vers la démocratie.

Quelque 30 000 militaires sous commandement de l’Otan sont chargés de maintenir la paix en Afghanistan, où les attaques des taliban et de leurs alliés islamistes ont fait plus de 1 100 morts cette année. Le bilan le plus lourd depuis la chute des taliban, en 2001.

Un fait à prendre en considération, après ce scrutin, est l’entrée en politique de plusieurs anciens chefs de factions armées.  Bien qu’accusés de crimes de guerre par des organisations de défense des droits de l’homme, ils ont remporté des sièges au Parlement. Ainsi, Haji Mohammad Mohaqiq, de la minorité chiite Hazara, est arrivé en tête des suffrages dans la province de Kaboul. La faction de Mohaqiq a participé à la guerre civile qui a ravagé le pays dans les années 1990. Il a été le bras droit de Karzaï et son ministre de la Planification, et fait à présent partie de l’alliance d’opposition dirigée par l’ancien ministre Yunus Qanuni.

L’ONU a voulu que ces élections ne soient pas disputées sous les couleurs de partis, et les 5 800 candidats se présentaient donc comme indépendants. Elles risquaient dès lors de déboucher sur un Parlement fragmenté dont les membres se disputeront des crédits pour le compte de leurs circonscriptions.

Le président Hamid Karzaï, qui n’a pas de parti politique, s’est tenu à l’écart de la campagne, mais plusieurs de ses partisans, dont deux membres de sa famille, ont remporté des sièges parlementaires. Yunus Qanuni a lui aussi remporté un siège. L’ancien ministre de l’Intérieur et de l’Education du gouvernement Karzaï était arrivé en deuxième position, loin derrière le Président lors de la présidentielle d’octobre 2004. Qanuni est issu de l’ethnie tadjike et fait partie des principaux dirigeants de l’Alliance du Nord, qui avait aidé les forces sous commandement américain à renverser les taliban en 2001. Karzaï appartient à l’ethnie pachtoune, la plus importante numériquement, dont sont issus également la plupart des taliban. Les électeurs ont en général voté selon leur appartenance ethnique du fait de l’influence des tribus afghanes. On a dénombré 6,8 millions de suffrages sur environ 12 millions d’électeurs inscrits.

Le nouveau Parlement doit siéger pour la première fois le mois prochain.  L’une de ses principales missions est d’approuver ou de rejeter la nomination des membres du gouvernement.

Une élection visant à renouveler la Chambre haute doit être organisée avant la fin du mois de novembre. Reste que ce Parlement, le premier à représenter l’ensemble du pays depuis 1973, sera dominé par l’islam conservateur des factions des moudjahidine et tribales qui avaient lutté contre la présence soviétique avant de se déchirer dans les années 1990. La principale innovation réside dans la place accordée aux femmes, traditionnellement exclues de la vie politique et totalement marginalisées par les taliban. Elles occupent 25% des sièges du nouveau Parlement.

 

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Hamid Karzaï tend encore une fois la main aux taliban

Le président Hamid Karzaï a exhorté les taliban et l’ensemble des rebelles qui combattent l’autorité centrale et les forces internationales à déposer les armes et à s’associer au processus de paix. “Nous attendons de tous nos compatriotes, qu’ils soient hors d’Afghanistan ou chez eux (...) qu’ils se joignent à ce programme pour la paix (...) et qu’il renoncent à la destruction de leur pays”, a-t-il déclaré dans un discours retransmis en direct à la télévision, à l’occasion d’une conférence de réconciliation nationale. Le chef de l’Etat avait déjà tendu la main sans grand succès à la milice islamiste, il y a deux ans. Maintenant qu’elle a repris du poil de la bête, il paraît pour le moins improbable qu’elle réponde favorablement aux sollicitations de Kaboul.

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