Semaine du 16 au 22 Novembre 2005

 

La France et ses violences urbaines

La banlieue se révolte

 

 
 
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La France et ses violences urbaines

La banlieue se révolte

Si à leur déclenchement, la presse algérienne, dans sa majorité, avait accordé peu d'intérêt aux violences urbaines de France, il n'en fut plus le cas au bout de quelques jours. Même l'ENTV s'est mise de la partie en consacrant au phénomène des tables rondes. Il faut dire que le désintérêt des médias algériens aurait été incompréhensible du fait de tout ce qui nous rapproche de la France et surtout en raison de la présence sur le sol français d'une importante communauté algérienne ou d'origine algérienne.

"Tout a commencé le 27 octobre, rappelle El Khabar dans son édition du mardi 8 novembre, lorsque deux jeunes ont été retrouvés morts par électrocution. Les jeunes du quartier ont accusé la police de les avoir pourchassés." "Même si cette localité de banlieue a enregistré les premières violences, l'émeute a vite gagné l'ensemble de la banlieue parisienne avant de s'étendre à l'ensemble du territoire français"   est-il précisé. Dans ce dossier de quatre pages, intitulé L'impasse française, le quotidien relève qu'en définitive, "la France fait face à son passé colonial". Preuve en est, est-il souligné, que "la police fait appel à l'armée".

Le poids du passé

 Commentant ces violences, El Khabar estime que cette flambée de violences urbaines prouve que "l'intégration ne s'est pas encore faite, bien que nous soyons à la troisième génération d'immigrés". Le même jour, El Djazair News rapporte, en Une de son édition, que "des mosquées et des églises brûlent à Paris".

El Fadjr de ce mardi 8 novembre, qui rappelle que "les violences perdurent depuis 12 jours à Paris", rapporte les propos de Chirac selon lesquels "l'Etat sera plus fort que les auteurs de ces violences". En deuxième ouverture, La Tribune  affirme que "face à la persistance des violences et pour contenir les troubles urbains, 36 maires de la région parisienne évoquent la mise en place d'un couvre-feu". Dans son éditorial, ce quotidien souligne que "la politique de la fermeté affichée par le gouvernement et les appels au calme n'ont pas changé le décor d'une France en prise avec une grave crise, jamais enregistrée depuis plus de trente ans". Toutefois, estime le rédacteur,  "dire (…) que la mort accidentelle de deux jeunes Français qui se croyaient poursuivis par la police est à l'origine des violentes émeutes en France ou considérer que les propos tenus par le ministre français de l'Intérieur à l'encontre des émeutiers sont la cause de la multiplication des actes de violence serait ignorer le profond désespoir des exclus et les ravages induits par la mondialisation".

Tout comme El Khabar, La Nouvelle République estime que "La France (est) rattrapée par son passé". Dans un commentaire, ce quotidien souligne que "l'échec de la politique d'intégration – formule galvaudée à gauche comme à droite – a scindé la France en deux catégories qui se regardent du coin de l'œil. Les villes habitées par les Français de souche, les Européens naturalisés français et quelques Arabes et Africains qui ont pour seul mérite de s'être trouvés au bon endroit au bon moment, et les banlieues déshérités, ces mouroirs à ciel ouvert où vivote un tout-venant de parias et d'enfants de parias à qui l'on crie les devoirs et l'on murmure les droits". Le commentateur ajoute que "la France grouille, et ce n'est pas la première fois. Le gouvernement français, qui répugne à avouer ses erreurs craint, maintenant que la colère s'étend inexorablement à les autres villes de France et même d'Europe, qu'un bavure policière vienne à faire une autre victime". Le rédacteur conclut en affirmant que "la France (est)  prise dans la tourmente de son histoire tumultueuse".

Sarkozy - Le Pen, un même combat

Pour sa part, l'éditorialiste du Jour d'Algérie estime que "ce soudain et inexplicable embrasement des banlieues tombe à point nommé pour enrayer la mécanique normale de la revendication sociale en marche, pour accentuer les clivages identitaires et pour redonner le beau rôle à un Sarkozy plus arrogant que jamais qui déclarait, dans une tribune parue sur le journal Le Monde  que (…) si les criminels et les voyous n'aiment guère la politique de sécurité, les Français la soutiennent". Pour Le Jour d'Algérie, ces propos sont explicites puisque, poursuit-il, "nous aurons compris que les criminels et les voyous en question ne sont donc pas Français". Ce qui est sûr, conclut-il, c'est qu'"en France, en tout cas, Sarkozy et Le Pen se réchauffent les mains et le cœur autour du feu allumé dans les banlieues ".

Le mercredi  9 novembre en deuxième ouverture, Le Jeune Indépendant rapporte qu'après une douzième nuit d'émeutes, "la  France instaure l'Etat d'urgence". Le quotidien explique que "le gouvernement français, voulant en finir avec les émeutes des banlieues, a exhumé une loi datant de la guerre d'Algérie en décrétant, pour 12 jours, l'état d'urgence avec couvre-feu à partir de minuit".  Pour Le Jeune Indépendant, "le modèle d'intégration à la française a échoué".

El Watan paraissant le même jour se pose la question de savoir "qui est derrière les émeutiers"'. En fait, précise le rédacteur, "telle est la question posée par le ministre de l'Intérieur, N. Sarkozy, au lendemain de l'étendue des troubles à d'autres villes de province". Toutefois, est-il relevé, "une telle question ne peut que laisser perplexe n'importe quel analyste qui se respecte." Et pour cause, "cette question dénote plus qu'un simple aveu d'échec, elle démontre l'incompréhension des politiques français, qu'ils soient de droite ou de gauche, mais aussi des médias français friands de sensationnel". Et au commentateur de poursuivre : "Oui, ils n'ont absolument rien compris à ce qui est en train de se dérouler actuellement en France." Il conclut en retournant la question "qui est derrière les émeutiers, une question à laquelle on pourrait aisément répondre lorsqu'on saura qui est derrière cette discrimination dont sont victimes ces mêmes jeunes".

 Et comme  pour confirmer les propos du rédacteur d'El Watan, El Khabar rapporte, en première ouverture de son édition du samedi 12 novembre, que "Sarkozy demande l'expulsion  des étrangers impliqués dans les actes de violence". Mais La Nouvelle République tente d'apporter de l'eau au moulin de Sarkozy. C'est du moins la lecture qu'il est permis de faire, dans une première phase, à la lecture de son commentaire du 12 novembre, où il est écrit qu’"il faut le dire, les évènements sont, en effet, le résultat d'une manipulation dont les artisans sont les membres d'une pègre bien installée qui s'est trouvée menacée dans ses activités hautement lucratives, par le sursaut sécuritaire de la République contre le trafic de drogue et autres méfaits néfastes. Une manipulation tellement évidente qu'elle a été dénoncée par d'innombrables témoins, habitants, beurs et autres des quartiers où les évènements ont eu lieu." C'est pourquoi, estime La Nouvelle République, " c'est à travers cette lecture des faits que ressort la véritable crise".

La véritable raison est occultée

 Reste qu'en seconde lecture, il est clair que La Nouvelle République est loin de partager l'opinion de Sarkozy sur tous les points. Ainsi, souligne le commentateur, qu’"il semble bien qu'on perde de vue la véritable crise, à savoir que le corps meurtri et fragile de la banlieue défavorisée, ghettoisée et oubliée, soit devenu perméable à cette forme de manipulation et que le passage à l'acte de centaines de jeunes en furie n'a plus besoin que d'un déclencheur  pour que ce soit aussitôt l'embrasement". C'est pourquoi estime-t-il en conclusion de son article, qu’"à défaut d'un courage politique qui façonne un discours critique envers et pour la République, la France est partie pour n'entrevoir que des solutions sécuritaires à des crises socio- économico-culturelles".

Nadia Kerraz

 

 

 

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