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La
France et ses violences urbaines
La banlieue se
révolte
Si à leur
déclenchement, la presse algérienne, dans sa majorité, avait accordé
peu d'intérêt aux violences urbaines de France, il n'en fut plus le
cas au bout de quelques jours. Même l'ENTV s'est mise de la partie
en consacrant au phénomène des tables rondes. Il faut dire que le
désintérêt des médias algériens aurait été incompréhensible du fait
de tout ce qui nous rapproche de la France et surtout en raison de
la présence sur le sol français d'une importante communauté
algérienne ou d'origine algérienne.
"Tout a commencé
le 27 octobre, rappelle El Khabar dans son édition du mardi 8
novembre, lorsque deux jeunes ont été retrouvés morts par
électrocution. Les jeunes du quartier ont accusé la police de les
avoir pourchassés." "Même si cette localité de banlieue a enregistré
les premières violences, l'émeute a vite gagné l'ensemble de la
banlieue parisienne avant de s'étendre à l'ensemble du territoire
français" est-il précisé. Dans ce dossier de quatre pages,
intitulé L'impasse française, le quotidien relève qu'en définitive,
"la France fait face à son passé colonial". Preuve en est, est-il
souligné, que "la police fait appel à l'armée".
Le poids du
passé
Commentant ces
violences, El Khabar estime que cette flambée de violences urbaines
prouve que "l'intégration ne s'est pas encore faite, bien que nous
soyons à la troisième génération d'immigrés". Le même jour, El
Djazair News rapporte, en Une de son édition, que "des mosquées et
des églises brûlent à Paris".
El Fadjr de ce
mardi 8 novembre, qui rappelle que "les violences perdurent depuis
12 jours à Paris", rapporte les propos de Chirac selon lesquels "l'Etat
sera plus fort que les auteurs de ces violences". En deuxième
ouverture, La Tribune affirme que "face à la persistance des
violences et pour contenir les troubles urbains, 36 maires de la
région parisienne évoquent la mise en place d'un couvre-feu". Dans
son éditorial, ce quotidien souligne que "la politique de la fermeté
affichée par le gouvernement et les appels au calme n'ont pas changé
le décor d'une France en prise avec une grave crise, jamais
enregistrée depuis plus de trente ans". Toutefois, estime le
rédacteur, "dire (…) que la mort accidentelle de deux jeunes
Français qui se croyaient poursuivis par la police est à l'origine
des violentes émeutes en France ou considérer que les propos tenus
par le ministre français de l'Intérieur à l'encontre des émeutiers
sont la cause de la multiplication des actes de violence serait
ignorer le profond désespoir des exclus et les ravages induits par
la mondialisation".
Tout comme El
Khabar, La Nouvelle République estime que "La France (est) rattrapée
par son passé". Dans un commentaire, ce quotidien souligne que
"l'échec de la politique d'intégration – formule galvaudée à gauche
comme à droite – a scindé la France en deux catégories qui se
regardent du coin de l'œil. Les villes habitées par les Français de
souche, les Européens naturalisés français et quelques Arabes et
Africains qui ont pour seul mérite de s'être trouvés au bon endroit
au bon moment, et les banlieues déshérités, ces mouroirs à ciel
ouvert où vivote un tout-venant de parias et d'enfants de parias à
qui l'on crie les devoirs et l'on murmure les droits". Le
commentateur ajoute que "la France grouille, et ce n'est pas la
première fois. Le gouvernement français, qui répugne à avouer ses
erreurs craint, maintenant que la colère s'étend inexorablement à
les autres villes de France et même d'Europe, qu'un bavure policière
vienne à faire une autre victime". Le rédacteur conclut en affirmant
que "la France (est) prise dans la tourmente de son histoire
tumultueuse".
Sarkozy - Le
Pen, un même combat
Pour sa part,
l'éditorialiste du Jour d'Algérie estime que "ce soudain et
inexplicable embrasement des banlieues tombe à point nommé pour
enrayer la mécanique normale de la revendication sociale en marche,
pour accentuer les clivages identitaires et pour redonner le beau
rôle à un Sarkozy plus arrogant que jamais qui déclarait, dans une
tribune parue sur le journal Le Monde que (…) si les criminels et
les voyous n'aiment guère la politique de sécurité, les Français la
soutiennent". Pour Le Jour d'Algérie, ces propos sont explicites
puisque, poursuit-il, "nous aurons compris que les criminels et les
voyous en question ne sont donc pas Français". Ce qui est sûr,
conclut-il, c'est qu'"en France, en tout cas, Sarkozy et Le Pen se
réchauffent les mains et le cœur autour du feu allumé dans les
banlieues ".
Le mercredi 9
novembre en deuxième ouverture, Le Jeune Indépendant rapporte
qu'après une douzième nuit d'émeutes, "la France instaure l'Etat
d'urgence". Le quotidien explique que "le gouvernement français,
voulant en finir avec les émeutes des banlieues, a exhumé une loi
datant de la guerre d'Algérie en décrétant, pour 12 jours, l'état
d'urgence avec couvre-feu à partir de minuit". Pour Le Jeune
Indépendant, "le modèle d'intégration à la française a échoué".
El Watan
paraissant le même jour se pose la question de savoir "qui est
derrière les émeutiers"'. En fait, précise le rédacteur, "telle est
la question posée par le ministre de l'Intérieur, N. Sarkozy, au
lendemain de l'étendue des troubles à d'autres villes de province".
Toutefois, est-il relevé, "une telle question ne peut que laisser
perplexe n'importe quel analyste qui se respecte." Et pour cause,
"cette question dénote plus qu'un simple aveu d'échec, elle démontre
l'incompréhension des politiques français, qu'ils soient de droite
ou de gauche, mais aussi des médias français friands de
sensationnel". Et au commentateur de poursuivre : "Oui, ils n'ont
absolument rien compris à ce qui est en train de se dérouler
actuellement en France." Il conclut en retournant la question "qui
est derrière les émeutiers, une question à laquelle on pourrait
aisément répondre lorsqu'on saura qui est derrière cette
discrimination dont sont victimes ces mêmes jeunes".
Et comme pour
confirmer les propos du rédacteur d'El Watan, El Khabar rapporte, en
première ouverture de son édition du samedi 12 novembre, que
"Sarkozy demande l'expulsion des étrangers impliqués dans les actes
de violence". Mais La Nouvelle République tente d'apporter de l'eau
au moulin de Sarkozy. C'est du moins la lecture qu'il est permis de
faire, dans une première phase, à la lecture de son commentaire du
12 novembre, où il est écrit qu’"il faut le dire, les évènements
sont, en effet, le résultat d'une manipulation dont les artisans
sont les membres d'une pègre bien installée qui s'est trouvée
menacée dans ses activités hautement lucratives, par le sursaut
sécuritaire de la République contre le trafic de drogue et autres
méfaits néfastes. Une manipulation tellement évidente qu'elle a été
dénoncée par d'innombrables témoins, habitants, beurs et autres des
quartiers où les évènements ont eu lieu." C'est pourquoi, estime La
Nouvelle République, " c'est à travers cette lecture des faits que
ressort la véritable crise".
La véritable
raison est occultée
Reste qu'en
seconde lecture, il est clair que La Nouvelle République est loin de
partager l'opinion de Sarkozy sur tous les points. Ainsi, souligne
le commentateur, qu’"il semble bien qu'on perde de vue la véritable
crise, à savoir que le corps meurtri et fragile de la banlieue
défavorisée, ghettoisée et oubliée, soit devenu perméable à cette
forme de manipulation et que le passage à l'acte de centaines de
jeunes en furie n'a plus besoin que d'un déclencheur pour que ce
soit aussitôt l'embrasement". C'est pourquoi estime-t-il en
conclusion de son article, qu’"à défaut d'un courage politique qui
façonne un discours critique envers et pour la République, la France
est partie pour n'entrevoir que des solutions sécuritaires à des
crises socio- économico-culturelles".
Nadia Kerraz
Haut
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