Semaine du 17 au 23 Mai 2006

L'éditorial

Que responsabilité soit située  

 

 
 
 Editorial

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Que responsabilité soit située   

Au delà  de la dimension dramatique et humaine des affaires jugées -celles du naufrage du Bechar et de l’échouage du Batna- puisque   faut-il tout de même  le rappeler il y a eu mort de 16 hommes, le procès qui se déroule depuis jeudi dernier au tribunal de Sidi M’hamed  gagnerait à servir de référence pour l’avenir. Non pas qu’il faille pour ce faire condamner à mort-  puisque l’abolition de cette peine n’ a toujours pas été aboli en Algérie- ceux dont la responsabilité sera établie. Non l’exemplarité  du verdict serait qu’il  rende justice aux victimes qui elles ne reviendront plus jamais afin qu’elles puisent reposer en paix.   D’autant que ce procès, toujours en cours, a confirmé ce que  tous ont plus au moins reconnu, pour certains du bout des lèvres, au lendemain du drame. C'est-à-dire le constat de  graves défaillances humaines dans la gestion d’un drame qui aurait pu être évité, car évitable si tout avait fonctionné comme cela aurait dû être le cas. Un sentiment corroboré par les témoignages des principaux acteurs dans cette pièce dramatique mais qui n’avait rien de  théâtrale. «On aurait pu les sauver » ont affirmé ceux qui ont été appelés à la barre. Alors pourquoi ce drame ? Il est vrai qu’on peut avancer, à la décharge, de ceux qui sont sur le banc des accusés, que nul n’est à l’abri d’une défaillance humaine qui peut survenir à n’importe quel moment. Mais les défaillances dont on fait état dans le cadre de ce procès ont quelque chose de prémédité. Il est compréhensible, que  les accusés et autres témoins directs  cités à la barre, tentent de diluer leurs responsabilités dans le cours des évènements. C’est pourquoi la finalité du procès est de les situer pour  tout un chacun à leur juste proportion. Mais il reste qu’il serait injuste à l’encontre des victimes et de leurs familles, qui attendent que la lumière sur les circonstances de cette tragédie soit faite, que ce procès aboutisse à un verdict qui aura pour seul objectif de vouloir fermer cette page douloureuse de la navigation algérienne. La tentation risque d’être grande de dévier du pourquoi ce procès est intenté,  d’autant que l’expérience a démontré l’existence d’une certaine réticence à vouloir lever tous les pans du voile dès qu’il s’agit d’un drame où la responsabilité est partagée par plusieurs intervenants. Et force est de souligner que c’est ce cas de figure qui fait l’objet présentement d’un procès. Rechercher la prononciation d’un verdict où toutes les responsabilités seront situées et où tous les responsables seront identifiés n’est pas une quête mue par un esprit revanchard, c’est juste qu’il faille briser cette tendance constatée et qui veut  que l’on se refuse à admettre sa propre défaillance en la mettant sur le dos du subalterne. «N’waakel aalikoum Rabi » a lancé  le commandant du Bechar juste avant que le navire ne  sombre et ne soit englouti par les eaux déchaînées en cette nuit pluvieuse de 13 au 14 novembre 2004. Mais avant d’arriver au jugement dernier, il y a des hommes et des femmes dont la mission est de rendre justice sur terre. Leurs verdicts, rendus en leur âme et conscience,  sont censés incarner ce souci d’équité entre les hommes. Ils sont voulus  exemplaire, car tenus d’empêcher la reproduction de drames semblables. Mais pour ce faire, il faudrait qu’ils soient prononcés à l’encontre des véritables responsables. Or jusqu’à présent cela n’a jamais été, ou presque, le cas. Il s’en est toujours trouvé des hommes qui ont payés pour les autres. Des lampistes. C’est les règles du jeu. La dîme à payer lorsqu’on accepte d’être parrainé et parachuté à un poste où l’on sait que l’on ne possède pas le profil et les compétences requises pour l’occuper.   L’ancien PDG de la Cnan, premier désigné du doigt dans ce drame, n’a eu de cesse d’affirmer tout au long de son audition par la juge qu’il « est un économiste » et qu’il « ne comprenait rien aux navires ».  Mais peut-il ignorer que la responsabilité qui découle de  l’acceptation de la  gestion d’une entreprise ne peut être morcelée. Elle est entière et totale. A sa décharge, la situation, peu reluisante, de cette entreprise et l’état, de délabrement, des navires. Ce n’était du reste un secret pour personne.

 Tout comme aujourd’hui encore, il ne peut être logiquement  ignoré par ceux qui ont instruit les responsables des  communes d’Alger  de veiller à la prise de mesures dans le cadre de la mise en œuvre du plan ORSEC que les employés tenus d’assurer la permanence au-delà de 18 heures ne sont pas en mesure de donner l’alerte dans le cas où une catastrophe se produirait. Et pour cause, les bureaux qui leur sont affectés sont dépourvus de moyens de communication. Ni ligne de téléphone ni ligne de  fax ne sont mis à leur disposition. Pourtant, il est universellement admis que lorsque surviennent catastrophes naturelles  et drames humains,  tout se  joue lors des premières heures. L’ampleur des dégâts  humains et matériels est tributaire d’un seul geste : celui de  pouvoir ou non donner l’alerte dès qu’ils se produisent. A défaut il y aura toujours une victime qui perdant tout espoir de se voir secourir à temps après son appel de détresse  lancera en guise sentence : «n’waakel aalikoum Rabi ». 

Nadia kerraz

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