|
Accueil
Que
responsabilité soit située
Au delà de la
dimension dramatique et humaine des affaires jugées -celles du
naufrage du Bechar et de l’échouage du Batna- puisque faut-il tout
de même le rappeler il y a eu mort de 16 hommes, le procès qui se
déroule depuis jeudi dernier au tribunal de Sidi M’hamed gagnerait
à servir de référence pour l’avenir. Non pas qu’il faille pour ce
faire condamner à mort- puisque l’abolition de cette peine n’ a
toujours pas été aboli en Algérie- ceux dont la responsabilité sera
établie. Non l’exemplarité du verdict serait qu’il rende justice
aux victimes qui elles ne reviendront plus jamais afin qu’elles
puisent reposer en paix. D’autant que ce procès, toujours en
cours, a confirmé ce que tous ont plus au moins reconnu, pour
certains du bout des lèvres, au lendemain du drame. C'est-à-dire le
constat de graves défaillances humaines dans la gestion d’un drame
qui aurait pu être évité, car évitable si tout avait fonctionné
comme cela aurait dû être le cas. Un sentiment corroboré par les
témoignages des principaux acteurs dans cette pièce dramatique mais
qui n’avait rien de théâtrale. «On aurait pu les sauver »
ont affirmé ceux qui ont été appelés à la barre. Alors pourquoi ce
drame ? Il est vrai qu’on peut avancer, à la décharge, de ceux qui
sont sur le banc des accusés, que nul n’est à l’abri d’une
défaillance humaine qui peut survenir à n’importe quel moment. Mais
les défaillances dont on fait état dans le cadre de ce procès ont
quelque chose de prémédité. Il est compréhensible, que les accusés
et autres témoins directs cités à la barre, tentent de diluer leurs
responsabilités dans le cours des évènements. C’est pourquoi la
finalité du procès est de les situer pour tout un chacun à leur
juste proportion. Mais il reste qu’il serait injuste à l’encontre
des victimes et de leurs familles, qui attendent que la lumière sur
les circonstances de cette tragédie soit faite, que ce procès
aboutisse à un verdict qui aura pour seul objectif de vouloir fermer
cette page douloureuse de la navigation algérienne. La tentation
risque d’être grande de dévier du pourquoi ce procès est intenté,
d’autant que l’expérience a démontré l’existence d’une certaine
réticence à vouloir lever tous les pans du voile dès qu’il s’agit
d’un drame où la responsabilité est partagée par plusieurs
intervenants. Et force est de souligner que c’est ce cas de figure
qui fait l’objet présentement d’un procès. Rechercher la
prononciation d’un verdict où toutes les responsabilités seront
situées et où tous les responsables seront identifiés n’est pas une
quête mue par un esprit revanchard, c’est juste qu’il faille briser
cette tendance constatée et qui veut que l’on se refuse à admettre
sa propre défaillance en la mettant sur le dos du subalterne. «N’waakel
aalikoum Rabi » a lancé le commandant du Bechar juste avant que le
navire ne sombre et ne soit englouti par les eaux déchaînées en
cette nuit pluvieuse de 13 au 14 novembre 2004. Mais avant d’arriver
au jugement dernier, il y a des hommes et des femmes dont la mission
est de rendre justice sur terre. Leurs verdicts, rendus en leur âme
et conscience, sont censés incarner ce souci d’équité entre les
hommes. Ils sont voulus exemplaire, car tenus d’empêcher la
reproduction de drames semblables. Mais pour ce faire, il faudrait
qu’ils soient prononcés à l’encontre des véritables responsables. Or
jusqu’à présent cela n’a jamais été, ou presque, le cas. Il s’en est
toujours trouvé des hommes qui ont payés pour les autres. Des
lampistes. C’est les règles du jeu. La dîme à payer lorsqu’on
accepte d’être parrainé et parachuté à un poste où l’on sait que
l’on ne possède pas le profil et les compétences requises pour
l’occuper. L’ancien PDG de la Cnan, premier désigné du doigt dans
ce drame, n’a eu de cesse d’affirmer tout au long de son audition
par la juge qu’il « est un économiste » et qu’il « ne
comprenait rien aux navires ». Mais peut-il ignorer que la
responsabilité qui découle de l’acceptation de la gestion d’une
entreprise ne peut être morcelée. Elle est entière et totale. A sa
décharge, la situation, peu reluisante, de cette entreprise et
l’état, de délabrement, des navires. Ce n’était du reste un secret
pour personne.
Tout comme
aujourd’hui encore, il ne peut être logiquement ignoré par ceux qui
ont instruit les responsables des communes d’Alger de veiller à la
prise de mesures dans le cadre de la mise en œuvre du plan ORSEC que
les employés tenus d’assurer la permanence au-delà de 18 heures ne
sont pas en mesure de donner l’alerte dans le cas où une catastrophe
se produirait. Et pour cause, les bureaux qui leur sont affectés
sont dépourvus de moyens de communication. Ni ligne de téléphone ni
ligne de fax ne sont mis à leur disposition. Pourtant, il est
universellement admis que lorsque surviennent catastrophes
naturelles et drames humains, tout se joue lors des premières
heures. L’ampleur des dégâts humains et matériels est tributaire
d’un seul geste : celui de pouvoir ou non donner l’alerte dès
qu’ils se produisent. A défaut il y aura toujours une victime qui
perdant tout espoir de se voir secourir à temps après son appel de
détresse lancera en guise sentence : «n’waakel
aalikoum Rabi ».
Nadia kerraz
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |