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“Chronique des
années d’espoir et de terreur”
Le livre
mémorial
Le best-seller de
cet été devrait être si tout se passe bien, le dernier livre de
Lazhari Labter “Chronique des années d'espoir et de terreur”. Un
ouvrage publié aux éditions Chihab qui tombe à pic au milieu d'une
dangereuse entreprise de lavage de cerveaux intitulée amnistie
générale. En racontant en termes simples, mais terriblement
évocateurs les drames incommensurables vécus par la famille de la
presse algérienne durant les années de terrorisme, Lazhari Labter
fait œuvre d'historien, mais aussi de conscience au sein d'une
corporation qui ne mesure peut-être pas encore suffisamment
l'ampleur de la tragédie qu'elle a vécue.
Cet ancien
journaliste, devenu un temps directeur de l'édition au sein de l'ANEP
avant de revenir à l'écriture, prend la peine et le temps de
décrire, un à un, les principaux attentats dont ont été victimes des
confrères dont beaucoup n'ont jamais eu d'autre engagement que
l'honnêteté professionnelle et le courage d'exercer un métier à
hauts risques. Lui-même ayant appartenu à plusieurs des rédactions
où se sont produits des attentats d'une rare ignominie et ami
personnel de certains journalistes assassinés, Lazhari Labter
réussit pourtant à garder un recul et un sang-froid remarquable
dans la narration. S'en tenant aux faits, il s'aventure rarement
dans des digressions politiques qui l'éloigneraient, lui et ses
lecteurs, de l'essentiel qui est de voir comment des individus sans
scrupules et sans conscience ont liquidé froidement une partie de
l'élite de leur pays dans le cadre d'une vaste entreprise de
dislocation nationale à l'afghane. Chaque assassinat, chaque
attentat y est alors décrit et perçu comme un coup mortel porté à
l'âme et au corps de l'Algérie.
A. Mahmoudi
Un lourd tribut
“Avec 37
assassinats contre 9 en 1993, 25 en 1994, 20 en 1996 et 5 en 1997,
l’année 1995 fut la plus terrible et la plus meurtrière de toutes.
Les terroristes intégristes se sont acharnés de manière particulière
sur ceux qui ont fait du métier d’informer leur credo. Dans leur
folie meurtrière, ils n’ont épargné ni rédacteur, ni reporter
photographe, ni correcteur, ni administratif, ni chauffeur.
Indistinctement, ils s’en sont pris au professionnel comme au simple
collaborateur, au responsable comme à l’employé, à l’homme comme à
la femme. Contrairement à une idée répandue, cette guerre n’a jamais
été sélective. Ses commanditaires n’ont jamais fait de différence
entre un journaliste francophone et un journaliste arabophone, un
Kabyle et un ‘Arabe’, la presse publique et la presse privée, la
presse écrite et la presse audiovisuelle, l’âge, le sexe ou la
pensée politique ou religieuse.” “Parmi les journalistes et les
travailleurs des médias assassinés, 67 appartenaient au secteur
public (presse écrite et audiovisuelle confondue) et 29 au secteur
privé (presse écrite). Si leur nombre est beaucoup plus important
dans la presse audiovisuelle (39 dont 26 de la télévision et 11 de
la radio), cela s’explique par le simple fait que les employés du
premier secteur sont plus nombreux que ceux du second. La même
raison peut être évoquée à propos du nombre de femmes (11) par
rapport à celui des hommes (85). Le plus grand nombre d’assassinats
a eu lieu à Alger (79). Le reste dans d’autres villes du pays : 5 à
Blida, 2 à Boufarik, 2 à Dellys, 2 à Tizi Ouzou, 1 à Bou Saâda,1 à
Constantine, 1 à Draâ-Ben-Khadda, 1 à Gdyel, 1 à Skikda et 1 à
Tipasa. A de rares exceptions, c’est près du domicile, quelquefois à
l’intérieur même, sur le chemin du lieu du travail ou au retour du
lieu de travail, que les journalistes ont été surpris par des
individus armés de pistolets automatiques ou de couteaux, parfois
des deux à la fois, de fusils-mitrailleurs quelquefois. Le fait de
viser toujours la tête montre que les terroristes agissaient en
tueurs professionnels, ne laissant aucune chance de survie à leur
victime.”
Se taire ou
mourir
“En ce premier
mois de l’année 1993, En-Nafir, organe clandestin du FIS dissous,
donne un délai de quarante jours aux journalistes, les sommant de
mettre fin à leur campagne de ‘dénigrement’ du projet islamiste.
Dans des mosquées algéroises sous contrôle des intégristes, des
listes de professionnels des médias et d’hommes de culture sont
placardées ; Tahar Djaout en faisait partie. Ces pressions et ces
menaces sont relayées par la radio clandestine du FIS. Le message
sera reçu cinq sur cinq par les tueurs de l’ombre, qui aiguisaient
déjà leurs couteaux et huilaient leurs pistolets automatiques en
attendant le moment propice pour passer à l’action. Ce moment ne
tardera pas à venir.”
Tahar Djaout
“Dans la cité
populaire de Baïnem où habite Tahar Djaout, une cité adossée à la
forêt des hauteurs de Bouzaréah et qui fait face à la mer, distante
de quelques centaines de mètres, dans une voiture arrêtée au
parking, trois jeunes, sur le qui-vive, l’œil bien ouvert, aux
aguets, attendent depuis une heure ou deux. Bien que nerveux, ils
sont sûrs de leur coup. Ils sont bien renseignés sur les habitudes
du journaliste pour l’avoir surveillé pendant des jours. Ils
connaissent sa voiture, son nom, ses horaires à la minute près. Son
petit-déjeuner pris, comme à l’accoutumée, Tahar Djaout embrasse ses
trois filles, dit au revoir à sa femme et sort de chez lui. Il n’y a
que quelques minutes de la maison, située au quatrième étage, à la
voiture dans le parking. Alors que sa femme l’observe par la
fenêtre, il s’installe sur le siège et baisse les vitres pour
chasser l’air confiné dans l’habitacle et laisser entrer un peu de
fraîcheur. L’un des trois occupants de la voiture en stationnement
descend et se dirige lentement vers lui. Absorbé par ses pensées, le
journaliste ne prête guère attention à ce jeune, comme il y en a
partout, qui se dirige vers lui. Il devait penser certainement au
prochain numéro du journal qu’il faut préparer. Lorsque, face à
l’arme pointée sur lui, il comprend de quoi il s’agit, il est déjà
trop tard. Couvertes par le cri horrifié de sa femme qui observe la
scène du balcon, trois détonations éclatent dans le matin de cette
journée du mercredi 26 mai 1993. Atteint de trois balles, dont une
dans la tête, tirées à bout portant, Tahar Djaout s’effondre et
entre dans un coma profond. Comme une traînée de poudre, la nouvelle
se répand très vite dans les salles de rédaction, les sièges des
partis politiques et des associations, dans les administrations.
C’est le choc. L’attentat suscite de nombreuses réactions
d’indignation et de réprobation dans tout le pays et à l’étranger,
où il est connu comme écrivain. Le lendemain de l’attentat, deux de
ses assassins sont abattus du côté de Notre-Dame d’Afrique, sur les
hauteurs d’Alger. Le troisième sera arrêté le surlendemain. Plongé
dans un coma profond, Tahar Djaout restera suspendu entre la vie et
la mort pendant huit jours. Il décédera le mercredi 2 juin. La
famille de la presse est en deuil.”
Abderrahmane
Chergou
“Mardi 28
septembre 1993, Mohammadia (ex-Lavigerie), El-Harrach, proche
banlieue à l’est d’Alger. Malgré les menaces qu’il sait peser sur
lui, en dépit des reproches, des remontrances et des avertissements
de sa famille, de ses camarades et de ses amis, Abderrahmane Chergou
continue de vivre selon ses habitudes. Comme à l’accoutumée, ce
matin-là, il sort de son domicile pour aller faire ses courses dans
le quartier. Il est 8h 45 lorsque, son panier dans une main et des
journaux dans l’autre, il revient chez lui. Plongé dans ses pensées,
il ne remarque pas les trois individus qui l’attendent, planqués
dans la cage d’escalier de son bâtiment. Arrivé à leur niveau, ils
se ruent sur lui et lui assènent plusieurs coups de couteau. Pris au
dépourvu, il tente de réagir en parant les coups avec son panier,
contenant des sachets de lait et des baguettes de pain, mais c’est
déjà trop tard. Gravement atteint au ventre et à la poitrine, il
s’écroule dans une mare de sang en criant : ‘Non, non, non !’
Transporté à l’hôpital le plus proche, il succombe à ses blessures
moins d’une heure après l’attentat.”
Smaïl Yefsah
“Bab Ezzouar, cité
des 2 068 Logements. Il est presque 8 heures quand Smaïl Yefsah
quitte son domicile, situé au bâtiment A 1, et se dirige vers sa
voiture, garée dans le parking de la cité, pour se rendre au 21,
boulevard des Martyrs où se trouve le siège de la télévision. A
quelques mètres de son véhicule, une 405 Peugeot grise, trois
terroristes, qui guettaient sa sortie, le surprennent et lui portent
plusieurs coups de couteau dans le dos. Atrocement blessé, souffrant
le martyre, le journaliste tente de fuir en criant : ‘Je n’ai rien
fait ! Je n’ai rien fait !’ Les assassins sortent alors leurs armes
à feu et lui tirent dessus. Touché de trois balles au ventre et à la
poitrine, il tombe. Les tueurs, pensant qu’il était mort, récupèrent
leurs trois autres complices postés non loin d’eux, montent dans sa
voiture et prennent la fuite. Encore vivant, souffrant le martyre,
Smaïl Yefsah rassemble ses dernières forces, se relève et, titubant,
parcourt une cinquantaine de mètres, à la recherche d’un lieu sûr,
d’un refuge, d’un secours. Arrivé au niveau de la cage 6 de
l’immeuble, il s’y engouffre et monte péniblement, une à une, les
marches. Arrivé au deuxième étage, il frappe à la porte de
l’appartement d’un de ses voisins et les mains serrées sur son
ventre, s’écrie : ‘Refermez vite la porte !’, avant de s’écrouler,
sans vie. Tout au long de son parcours du parking à l’appartement,
les traces de son sang perdu maculent le sol, les escaliers, les
murs. A l’hôpital de Belfort où il a été transporté par des
policiers du commissariat de Bab-Ezzouar, les médecins constatent le
décès. Smaïl Yefsah n’est plus.”
La valise ou le
cercueil
“Jour et nuit, ils
sont sur le qui-vive, aux aguets, les nerfs à fleur de peau.
Beaucoup parmi ceux qui sont mariés ont laissé femme et enfants au
domicile familial ou sont partis avec eux s’installer ailleurs. Les
uns chez des amis, les autres chez des membres de la famille. Quant
aux célibataires, s’ils sont plus libres de leurs mouvements, ils
n’en vivent pas moins le même calvaire. Se rendre du lieu
d’habitation au lieu de travail et vice-versa relève de l’exploit
quotidien. On ‘casse’ ses horaires habituels, on change de cafés, de
bars, de restaurants quand on ose y aller, on prend des chemins
détournés, des autobus ou des taxis de stations différentes de peur
d’être repéré et suivi. La voiture, quand on en a une, a été, pour
des raisons évidentes, purement et simplement abandonnée dans un
garage ou dans un parking. Ce ‘jeu’ dangereux de cache-cache avec la
mort, qui peut surgir à n’importe quel moment et en n’importe quel
lieu, met les nerfs à rude épreuve. Ceux qui l’ont programmé le
savent bien, eux qui, par une guerre psychologique savamment menée,
cherchent à créer la psychose chez les journalistes afin de ne leur
laisser de choix qu’entre la valise ou le cercueil.”
Carnage au
siège de L’Hebdo Libéré
“Le lundi 21 mars
1994, en ce début de printemps à peine sorti d’un mois de ramadhan
particulièrement sanglant, la nouvelle éclate comme une bombe sous
le ciel d’Alger : les locaux de L’Hebdo Libéré ont été attaqués par
un groupe de terroristes ! Cela faisait environ dix mois que j’avais
quitté ce journal où j’avais passé, avec une des équipes les plus
sympathiques et les plus déterminées de la presse algérienne, des
moments intenses et rares. Comme à l’accoutumée, je lisais ce
jour-là les quotidiens du matin lorsque la sonnerie du téléphone
retentit. A l’autre bout du fil, je reconnus la voix d’Abdelkrim
Chaoui, un ancien collègue d’ Alger Républicain : ‘J’ai une mauvaise
nouvelle. Ils ont attaqué le siège de L’Hebdo Libéré. Il y aurait
plusieurs morts.’ Il n’est pas loin de 11 heures, ce premier matin
de printemps, lorsqu’un groupe de sept terroristes se présente au
siège administratif. Se faisant passer pour des policiers en civil,
ils se font ouvrir la porte en fer par la secrétaire. Lorsqu’elle
comprend son erreur et se ravise en voulant refermer la porte, il
est trop tard. Les terroristes forcent le passage et pénètrent dans
les lieux où se trouvent Madjid Yacef, reporter photographe, Rachid
Benhaddou, chauffeur, Azzedine Ramdani, agent administratif, Nadir
Mahmoudi, frère du directeur du journal, permissionnaire du service
militaire en visite, et Naïma Naïli, secrétaire. Ils demandent après
le directeur Abderrahmane Mahmoudi et vérifient les cartes
professionnelles de chacun. N’ayant trouvé aucun journaliste, ils
ordonnent aux cinq présents de se mettre à plat ventre et,
froidement, leur logent chacun une balle dans la tête. Les pistolets
munis de silencieux n’attirent l’attention de personne. Une fois
leur forfait accompli, ils quittent les lieux. Ni vu ni connu.
Blessée, la secrétaire réussit à sortir et à alerter les policiers
de faction de la radio. Madjid Yacef et Rachid Benhaddou, âgés tous
les deux de quarante ans, meurent sur le coup. Nadir Mahmoudi,
vingt-quatre ans, mourra à l’hôpital quelques jours après
l’attentat. Azzedine Ramdani et Naïma Naïli, blessés, s’en sortiront
avec des traumatismes.”
Yasmina Drissi
“Yasmina Drissi
est professeur de français et correctrice au quotidien Le Soir
d’Algérie. Le dimanche 10 septembre 1994, alors qu’elle se trouve
dans sa voiture en compagnie d’une amie polonaise, dans une
station-service, un groupe de terroristes, se présentant comme des
policiers, les accoste dans l’intention d’enlever son amie
étrangère. De toutes ses forces, Yasmina s’oppose à eux. Devant sa
farouche détermination de ne pas laisser son amie à son sort, les
terroristes abandonnent cette dernière et emmènent de force Yasmina
vers une destination inconnue. Deux jours plus tard, le mardi 12
juillet, elle est retrouvée, la gorge tranchée, du côté de Rouiba, à
l’est d’Alger.”
Rachida Hammadi
“Accompagnée de sa
sœur Houria, surnommée Mériem, secrétaire dans la même boîte,
Rachida Hammadi, comme tous les matins, s’apprête en ce début de
journée du 20 mars 1995, à se rendre au siège de la télévision
nationale où elle travaille comme journaliste. Il est 8h 20 et
devant leur domicile, situé à la cité Rostomia (ex-Clairval) de
Chevalley, sur les hauteurs d’Alger, le chauffeur de la voiture de
service qui les accompagne tous les jours au travail attend depuis
quelques minutes. Du balcon, leur père, qui a pris l’habitude,
depuis que les assassinats de journalistes se sont multipliés, de
regarder à l’extérieur pour s’assurer qu’il n’y a rien de suspect,
ne remarque pas la voiture de type Lada break de couleur rouge
stationnée juste en face de la cité, de l’autre côté de la route. La
circulation est particulièrement dense dans ce quartier encombré. La
vigilance la plus extrême peut être prise en défaut tant le ballet
infernal des voitures qui passent, qui s’arrêtent ou qui démarrent
est incessant. A peine les deux sœurs ont-elles pris place dans la
voiture de service qu’un jeune homme armé, qui s’était mêlé à la
foule des étudiants attendant leur transport à l’arrêt des autobus
universitaires, s’approche du véhicule de service dont le chauffeur
marque un temps d’arrêt avant de quitter l’esplanade de la cité et
de se couler dans le flot des voitures. Arrivé au niveau du
véhicule, il sort son arme automatique et ouvre le feu, visant la
journaliste et sa sœur. Houria, qui a remarqué le manège tente, dans
un geste désespéré, de protéger sa sœur en la couvrant. Elle est
tuée sur le coup. Atteinte de plusieurs balles dont une à la tête,
Rachida sombre dans le coma. Son forfait accompli, le tueur rejoint
ses deux complices qui l’attendent dans leur véhicule, moteur en
marche. A l’hôpital le plus proche où elles ont été évacuées, les
médecins tentent l’impossible pour sauver Rachida qui lutte contre
la mort. Les balles sont retirées du corps, mais celle qui s’est
logée dans la tête nécessite des moyens dont l’hôpital de Beni
Messous ne dispose pas. Transférée à l’hôpital militaire de
Aïn-Naâdja, mieux équipé, Rachida est immédiatement prise en charge
par des médecins qui tentent de l’arracher des griffes de la mort.
Alors que sa sœur lutte toujours contre la mort, Houria est enterrée
au cimetière de Béni Messous. Elle avait 36 ans. Devant
l’impuissance des médecins à extraire la balle qui s’est logée dans
sa tête, le 26 mars, la décision est prise de transférer Rachida à
l’hôpital parisien du Kremlin-Bicêtre. Malheureusement, les médecins
parisiens échouent aussi dans leur tentative désespérée de la
ramener à la vie et Rachida décède dans la nuit du 30 au 31 mars. A
l’âge de 32 ans. C’est la première femme journaliste assassinée.”
Saïda Djebaïli
et Ahmed-Mustapha Lazhari
“Saïda Djebaïli
est journaliste au quotidien arabophone privé El Hayat El-Arabia et
Ahmed-Mustapha Lazhari est chauffeur dans le même quotidien. Ils
sont fiancés. Comme à son habitude, Lazhari accompagne Saïda à son
domicile, situé à la cité Skasni, dans le quartier de Beaufraisier,
sur les hauteurs d’Alger. Ils sont surpris en ce jour du 16 octobre
1995, à la tombée de la nuit, par un groupe de terroristes qui
ouvrent le feu sur leur véhicule. Ils décèdent sur le coup, unis
dans la mort. Saïda était licenciée de l’Institut des sciences
politiques et des relations internationales de l’université d’Alger.
Elle avait commencé sa carrière de journaliste le 8 octobre 1994, un
an avant que la mort ne l’arrache à ce métier qu’elle avait choisi
malgré tous ses dangers.”
Attentat contre
la Maison de la presse
“15 heures. Je ne
comprends pas. Je sais seulement que quelque chose de terrible vient
d’arriver. Un séisme, me dis-je en mon for intérieur. Tout se passe
en une fraction de seconde. Les doigts croisés, je plaque mes mains
sur ma tête de toutes mes forces et je plonge entre deux bureaux. Je
ne comprends pas encore. J’ai seulement l’impression que le ciel
m’est tombé sur la tête. J’entends des bruits de fracas, des cris et
des hurlements. Au bout de quelques secondes, je me lève, hébété,
seul dans un décor de cauchemar. Ce qui était un bureau il y a
quelques secondes à peine ressemble maintenant à un champ de ruines.
Je ne réalise pas encore. Je sens sur mon visage et mes mains la
chaleur moite du sang qui coule. Je pense toujours à un tremblement
de terre, mais la réponse me vient du couloir où quelqu’un crie de
toutes ses forces : ‘Une bombe ! C’est une bombe !’ ‘Dorbhan est
mort !’ La macabre nouvelle, l’incroyable nouvelle fait très vite le
tour de la Maison de la presse. Personne ne veut y croire. Je ne
veux pas y croire. Mohamed, mon ami, l’ami de tous, ne peut pas
mourir. C’est une erreur. Une méprise. Ce n’est pas possible. Et
pourtant, il faut se rendre à l’évidence, cette dépouille inanimée,
ce corps allongé, cette tête éclatée, baignant dans son sang encore
chaud, c’est bien Mohamed.”
Bientôt à
paraître aux Editions Chiheb.
Lazhari Labter,
né à Laghouat, licencié en lettres françaises, commence une carrière
de journaliste en 1976 au journal L’Unité. Il collabore à Révolution
Africaine, Saout Echaâb, Alger Républicain, L’Opinion, L’Hebdo
Libéré, El-Manchar, Le Pays et L’Humanité Dimanche. Il publie
Novembre mon amour en 1978 et Florilège pour Yasmina en 1981, ses
deux premiers recueils de poèmes. Journalistes algériens entre le
bâillon et les balles, témoignage sur les assassinats de
journalistes et leur difficile combat contre la censure, paraît en
France, chez L’Harmattan en 1995. Son dernier recueil de poésies,
Yasmina ou les sept pierres de mon collier d’amour, a été publié aux
Editions Barzakh à Alger en 2001 et son récit Retour à Laghouat
mille ans après Beni Hillel aux Editions El-Ikhtilef en 2002.
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e-mail :contact@lesdebats.com |