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Un été
d’“affaires”
Si les deux grands
groupes politiques ont été d’accord pour s’allier conjoncturellement
contre la caste des rentiers et des bureaucrates du pouvoir, il
devient de plus en plus clair que leurs intérêts sont aujourd’hui en
train de s’entrechoquer de façon assez sérieuse sans être pour
autant inquiétante. Tant il est vrai qu’en dernière instance, il y
aura de la place pour tout le monde dans un pays qui reste encore
totalement vierge en matière d’investissement.
L’été 2005, sera
sans aucun doute possible, l’été des affaires. Peut-être pas encore
celui des grands procès, mais en tout cas celui des déballages,
ciblés et percutants. Deux secteurs vont encore être fortement mis à
contribution dans cette bataille qui a déjà commencé. La justice et
la presse. Une bataille préparée de longue date par l’ensemble des
forces en présence. Chacun ayant mis de côté suffisamment de
dossiers de malversations et de corruption pour espérer mettre à mal
l’adversaire à travers des personnages qui lui sont réputés proches
ou qui le mettent nommément en cause. Cette mécanique politique
impitoyable a d’ailleurs déjà commencé à être mise en œuvre au cours
du procès visant l’ancien wali Bachir Frik qui a livré au public le
nom d’un général en activité accusé de lui avoir intimé l’ordre
d’octroyer des biens immobiliers publics à des personnes de son
entourage. Moins de trois semaines plus tard, le général en question
était relevé de son commandement dans le cadre d’un remaniement
opéré à la tête des régions militaires du pays. Une manière fort
diplomatique de neutraliser une pièce importante du dispositif
sécuritaire et politique appartenant au camp opposé sans pour autant
susciter une crise trop grave qui aurait pu naître de l’inculpation
du général en question pour trafic d’influence. Sans compter qu’un
procès de ce type pourrait aussi mal tourner au cas où Bachir Frik
se trouverait dans l’incapacité de fournir la moindre preuve
matérielle pour étayer ses accusations, avec pour seul viatique sa
parole contre la parole d’un général major.
La riposte, en
tout cas, ne s’est pas faite attendre avec la mise à mal du wali de
Blida dont tout le monde sait parfaitement quel rôle il a joué lors
de la campagne électorale pour la réélection du président Abdelaziz
Bouteflika. La mise sous mandat de dépôt du fils de Bouricha sonnant
étrangement comme une réplique directe à l’éviction du patron de la
5e région militaire.
Mais avant d’aller
plus loin dans le récit de cette guerre semi-souterraine qui se
déroule sous nos yeux souvent incapables d’en décrypter les
mystères, il est peut-être utile d’en définir les protagonistes, les
enjeux et les moyens d’intervention. Car après la défaite du camp
rentier et bureaucratique, la contradiction principale s’est
déplacée aujourd’hui à l’intérieur du camp libéral, lui-même divisé
entre grands groupes d’affaires et d’investissement. Globalement,
nous pouvons déceler deux grands groupes économiques et financiers
qui s’affrontent aujourd’hui au sein du pouvoir. Le groupe lié à la
sphère anglo-saxonne et de plus en plus clairement attaché à
défendre l’option américaine en matière de business, et le groupe
plutôt inscrit dans une orbite européenne à puissante orientation
française. Si ces deux grands groupes politiques ont été d’accord
pour s’allier conjoncturellement contre la caste des rentiers et des
bureaucrates du pouvoir, il devient de plus en plus clair que leurs
intérêts sont aujourd’hui en train de s’entrechoquer de façon assez
sérieuse sans être pour autant inquiétante. Tant il est vrai qu’en
dernière instance, il y aura de la place pour tout le monde dans un
pays qui reste encore totalement vierge en matière d’investissement.
Sauf que la culture hégémonique de notre personnel politique ne
permet apparemment pas à nos dirigeants de penser en termes de
compromis et de coopération, mais plutôt en termes de domination
absolue et d’exclusion. C’est “ou les américains ou les Français”.
Subissant en cela la pensée politique américaine qui refuse
également tout multilatéralisme pour s’en tenir à un bilatéralisme
fondé sur le seul exercice de la force.
Après un long
moment d’observation, suite à la victoire de Abdelaziz Bouteflika à
l’élection du 8 avril 2004, la bataille est donc sérieusement
engagée entre les deux axes géostratégiques en présence. Le
président de la République ne cachant plus à présent son net
penchant pour une coopération renforcée avec Washington, quitte à
sacrifier ses engagements pris pour un traité d’amitié avec la
France. Un choix qui explique en tout cas l’ensemble de sa démarche
qui s’articule aussi bien autour de l’adoption de la nouvelle loi
sur les hydrocarbures, que sur le projet d’amnistie générale, que
sur la composition d’un Exécutif totalement composé de ministres
hostiles à la coopération avec la France, que sur un profond
remaniement du haut commandement militaire dont sont exclus
quasiment tous les officiers généraux affublés, à tort ou à raison,
de l’étiquette de hizb frança.
Toutefois, le seul
vrai problème qui se posera, à terme, au chef de l’Etat, sera la
réaction nécessairement problématique de l’importante frange du
pouvoir et de l’Etat qui ne s’est jamais alignée ni sur l’Amérique
ni sur la France et qui lutte depuis le 1er Novembre 1954 pour
l’indépendance et la souveraineté de l’Algérie, loin de toute
tutelle et de tout suivisme. Sachant, comme l’a si bien dit
l’immense Kateb Yacine, qu’en définitive, “la France ou l’Amérique
houma fel denia chrik.”
A. M.
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