Semaine du 18 au 24 mai 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Un été d’“affaires”

 

 
 
 Editorial

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Un été d’“affaires”

Si les deux grands groupes politiques ont été d’accord pour s’allier conjoncturellement contre la caste des rentiers et des bureaucrates du pouvoir, il devient de plus en plus clair que leurs intérêts sont aujourd’hui en train de s’entrechoquer de façon assez sérieuse sans être pour autant inquiétante. Tant il est vrai qu’en dernière instance, il y aura de la place pour tout le monde dans un pays qui reste encore totalement vierge en matière d’investissement.

L’été 2005, sera sans aucun doute possible, l’été des affaires. Peut-être pas encore celui des grands procès, mais en tout cas celui des déballages, ciblés et percutants. Deux secteurs vont encore être fortement mis à contribution dans cette bataille qui a déjà commencé. La justice et la presse. Une bataille préparée de longue date par l’ensemble des forces en présence. Chacun ayant mis de côté suffisamment de dossiers de malversations et de corruption pour espérer mettre à mal l’adversaire à travers des personnages qui lui sont réputés proches ou qui le mettent nommément en cause. Cette mécanique politique impitoyable a d’ailleurs déjà commencé à être mise en œuvre au cours du procès visant l’ancien wali Bachir Frik qui a livré au public le nom d’un général en activité accusé de lui avoir intimé l’ordre d’octroyer des biens immobiliers publics à des personnes de son entourage. Moins de trois semaines plus tard, le général en question était relevé de son commandement dans le cadre d’un remaniement opéré à la tête des régions militaires du pays. Une manière fort diplomatique de neutraliser une pièce importante du dispositif sécuritaire et politique appartenant au camp opposé sans pour autant susciter une crise trop grave qui aurait pu naître de l’inculpation du général en question pour trafic d’influence. Sans compter qu’un procès de ce type pourrait aussi mal tourner au cas où Bachir Frik se trouverait dans l’incapacité de fournir la moindre preuve matérielle pour étayer ses accusations, avec pour seul viatique sa parole contre la parole d’un général major.

La riposte, en tout cas, ne s’est pas faite attendre avec la mise à mal du wali de Blida dont tout le monde sait parfaitement quel rôle il a joué lors de la campagne électorale pour la réélection du président Abdelaziz Bouteflika. La mise sous mandat de dépôt du fils de Bouricha sonnant étrangement comme une réplique directe à l’éviction du patron de la 5e région militaire.

Mais avant d’aller plus loin dans le récit de cette guerre semi-souterraine qui se déroule sous nos yeux souvent incapables d’en décrypter les mystères, il est peut-être utile d’en définir les protagonistes, les enjeux et les moyens d’intervention. Car après la défaite du camp rentier et bureaucratique, la contradiction principale s’est déplacée aujourd’hui à l’intérieur du camp libéral, lui-même divisé entre grands groupes d’affaires et d’investissement. Globalement, nous pouvons déceler deux grands groupes économiques et financiers qui s’affrontent aujourd’hui au sein du pouvoir. Le groupe lié à la sphère anglo-saxonne et de plus en plus clairement attaché à défendre l’option américaine en matière de business, et le groupe plutôt inscrit dans une orbite européenne à puissante orientation française. Si ces deux grands groupes politiques ont été d’accord pour s’allier conjoncturellement contre la caste des rentiers et des bureaucrates du pouvoir, il devient de plus en plus clair que leurs intérêts sont aujourd’hui en train de s’entrechoquer de façon assez sérieuse sans être pour autant inquiétante. Tant il est vrai qu’en dernière instance, il y aura de la place pour tout le monde dans un pays qui reste encore totalement vierge en matière d’investissement. Sauf que la culture hégémonique de notre personnel politique ne permet apparemment pas à nos dirigeants de penser en termes de compromis et de coopération, mais plutôt en termes de domination absolue et d’exclusion. C’est “ou les américains ou les Français”. Subissant en cela la pensée politique américaine qui refuse également tout multilatéralisme pour s’en tenir à un bilatéralisme fondé sur le seul exercice de la force.

Après un long moment d’observation, suite à la victoire de Abdelaziz Bouteflika à l’élection du 8 avril 2004, la bataille est donc sérieusement engagée entre les deux axes géostratégiques en présence. Le président de la République ne cachant plus à présent son net penchant pour une coopération renforcée avec Washington, quitte à sacrifier ses engagements pris pour un traité d’amitié avec la France. Un choix qui explique en tout cas l’ensemble de sa démarche qui s’articule aussi bien autour de l’adoption de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, que sur le projet d’amnistie générale, que sur la composition d’un Exécutif totalement composé de ministres hostiles à la coopération avec la France, que sur un profond remaniement du haut commandement militaire dont sont exclus quasiment tous les officiers généraux affublés, à tort ou à raison, de l’étiquette de hizb frança.

Toutefois, le seul vrai problème qui se posera, à terme, au chef de l’Etat, sera la réaction nécessairement problématique de l’importante frange du pouvoir et de l’Etat qui ne s’est jamais alignée ni sur l’Amérique ni sur la France et qui lutte depuis le 1er Novembre 1954 pour l’indépendance et la souveraineté de l’Algérie, loin de toute tutelle et de tout suivisme. Sachant, comme l’a si bien dit l’immense Kateb Yacine, qu’en définitive, “la France ou l’Amérique houma fel denia chrik.”

A. M.

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