Semaine du 18 au 24 mai 2005

Histoire

Le chameau au Maghreb

 

 
 
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Le chameau au Maghreb

L’introduction du chameau au Maghreb est relativement récente, c’est du moins ce que nous apprend l’histoire ; en fait, il faut dire sa réapparition. Les paléontologues sont unanimes pour signaler l’existence d’un chameau quaternaire dont les ossements ont été retrouvés sur toute l’étendue du Maghreb géo-historique, de la Numidie jusqu’à la Maurétanie tingitane.

Il est certain néanmoins que le chameau quaternaire est supposé avoir été une bête sauvage, menant la vie des antilopes. Chez les anciens historiens, c’est le mutisme le plus significatif ; à signaler en premier lieu Hérédote, “le père de l’histoire”, qui évoque les habitants du cœur de la Cyrénaïque, des Sahariens par conséquent, “qui ne peuvent être que des Libyens, les plus forts à mener les chars à quatre chevaux” sur les bords du lac Triton, c’est-à-dire dans la région des Syrtes. “Les Gartamantes, qui sont les Sahariens du Fezzan, qui traquent les Ethiopiens troglodytes sur des chars à quatre chevaux, quelque part dans le Sud tunisien.”

Les gravures et les peintures rupestres de l’oued Djerat, dans le Tassili, nous informent que le tableau tracé par Hérédote était juste. Mais ce sont des représentations qui n’ont rien de commun avec celles qu’évoque le Sahara d’aujourd’hui : celles des longues caravanes de chameaux.

Hérédote donne enfin la liste des animaux qui vivent en Libye, sauvages et domestiques. Ce “numérus clausus”, comme toute l’histoire d’Hérédote, est remarquable de précision et d’exactitude partout où il est possible de la recouper et de la contrôler.

Il parle des “crocodiles terrestres” qui sont naturellement les varans. L’historien grec connaît les “serpents qui ont une corne sur le tête”, les vipères. Il connaît les petits renards que sont les fennecs aux oreilles “immenses”. Il parle des autruches, des chacals, de l’oryx dont les cornes servent à faire des bras de lyre, manifestement l’antilope adax, des “rats à deux pieds” que sont les gerboises et des rats des collines qui sont des gondis. Il évoque des vaches, des moutons, des chèvres, des chevaux, mais du camelin (le chameau maghrébin), il ne souffle mot.

Les guerres puniques entre Rome et Carthage sont ce qu’il y a de plus connu, racontées par de célèbres auteurs : Tite Live, Polybe, etc. Dans ces guerres puniques, il est maintes fois mentionné l’éléphant maghrébin, mais le chameau aucunement. Cette omission, à elle seule, suffirait amplement à emporter la conviction.

Concernant la “guerre de Yougourtha”, il existe un livre d’un autre grand historien romain, Salluste, et c’est l’ouvrage d’un homme qui s’est longuement informé sur place, qui a constaté de ses propres yeux puisqu’il gouvernait la province. Il ne parle jamais du chameau. Il évoque longuement l’aridité du pays, la rareté des points d’eau, les dangers de la soif et surtout le courage indomptable des populations autochtones. Pour Salluste, tel qu’il est connu pour sa rigueur d’après ses ouvrages qui existent encore, il n’est pas possible de parler de silence.

L’historen et gouverneur romain n’a jamais vu de chameau au Maghreb.

Il faut signaler également le témoignage de Pline l’Ancien. “Les chameaux, précise-t-il, ont l’Orient pour patrie ; il y en a deux espèces : la bactrienne et l’arabe ; la première à deux bosses, l’autre à une seule.”

Le Maghreb, au temps des Carthaginois, n’a pas connu le chameau, même pas au début de l’occupation romaine. Il en fut probablement ainsi jusqu’au début de l’ère chrétienne, où le chameau commence à faire son apparition au Maghreb. L’auteur africain Arnobe, à la fin du IIIe siècle après J.-C., en homme familier des camelins évoque le chameau. Il sait que pour le charger ou le décharger, on le fait s’accroupir.

Afin que la fresque se transforme totalement, il faut attendre le début du VIe siècle et la décadence de l’empire romain. En 363, d’après l’historien Ammien Marcellus, le général Romanus exige de la ville de Leptis Agna (Tripoli), quatre mille chameaux qui lui sont nécessaires pour le service logistique de son armée. Une amende de quatre mille chameaux levée sans difficulté. Cette fois, aucun doute n’est permis : au IVe siècle, le camelin fait partie de la faune maghrébine.

Procope raconte une bataille entre l’armée vandale et les défenseurs autochtones de Tripoli ; il décrit minutieusement les dispositions du système de défense des Tripolitains. “Ils ont un camp circulaire, protégé par des chameaux rangés sur douze rangs de profondeur. Les femmes et les enfants sont au milieu, les combattants entre les jambes des camelins.” Les Vandales perdent la partie parce que ce sont des cavaliers, et que tous les chevaux ont une peur insurmontable des chameaux.

Il est donc certain que le chameau du Maghreb est venu d’ailleurs, d’Asie pour être plus précis, et qu’il s’est admirablement acclimaté au Sahara, où il a proliféré.

Chenouf Ahmed Boudi

 

Les sources :

1- Hérodote : Les histoires

2 - Strabon : La géographie

3 - Salluste : La vie de Yougourtha

4 - St Gsell : L’Algérie dans l’Antiquité

5 - C. A. Julien : Histoire de l’Afrique du Nord

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