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Le chameau au Maghreb
L’introduction du
chameau au Maghreb est relativement récente, c’est du moins ce que
nous apprend l’histoire ; en fait, il faut dire sa réapparition. Les
paléontologues sont unanimes pour signaler l’existence d’un chameau
quaternaire dont les ossements ont été retrouvés sur toute l’étendue
du Maghreb géo-historique, de la Numidie jusqu’à la Maurétanie
tingitane.
Il est certain
néanmoins que le chameau quaternaire est supposé avoir été une bête
sauvage, menant la vie des antilopes. Chez les anciens historiens,
c’est le mutisme le plus significatif ; à signaler en premier lieu
Hérédote, “le père de l’histoire”, qui évoque les habitants du cœur
de la Cyrénaïque, des Sahariens par conséquent, “qui ne peuvent être
que des Libyens, les plus forts à mener les chars à quatre chevaux”
sur les bords du lac Triton, c’est-à-dire dans la région des Syrtes.
“Les Gartamantes, qui sont les Sahariens du Fezzan, qui traquent les
Ethiopiens troglodytes sur des chars à quatre chevaux, quelque part
dans le Sud tunisien.”
Les gravures et
les peintures rupestres de l’oued Djerat, dans le Tassili, nous
informent que le tableau tracé par Hérédote était juste. Mais ce
sont des représentations qui n’ont rien de commun avec celles
qu’évoque le Sahara d’aujourd’hui : celles des longues caravanes de
chameaux.
Hérédote donne
enfin la liste des animaux qui vivent en Libye, sauvages et
domestiques. Ce “numérus clausus”, comme toute l’histoire d’Hérédote,
est remarquable de précision et d’exactitude partout où il est
possible de la recouper et de la contrôler.
Il parle des
“crocodiles terrestres” qui sont naturellement les varans.
L’historien grec connaît les “serpents qui ont une corne sur le
tête”, les vipères. Il connaît les petits renards que sont les
fennecs aux oreilles “immenses”. Il parle des autruches, des
chacals, de l’oryx dont les cornes servent à faire des bras de lyre,
manifestement l’antilope adax, des “rats à deux pieds” que sont les
gerboises et des rats des collines qui sont des gondis. Il évoque
des vaches, des moutons, des chèvres, des chevaux, mais du camelin
(le chameau maghrébin), il ne souffle mot.
Les guerres
puniques entre Rome et Carthage sont ce qu’il y a de plus connu,
racontées par de célèbres auteurs : Tite Live, Polybe, etc. Dans ces
guerres puniques, il est maintes fois mentionné l’éléphant
maghrébin, mais le chameau aucunement. Cette omission, à elle seule,
suffirait amplement à emporter la conviction.
Concernant la
“guerre de Yougourtha”, il existe un livre d’un autre grand
historien romain, Salluste, et c’est l’ouvrage d’un homme qui s’est
longuement informé sur place, qui a constaté de ses propres yeux
puisqu’il gouvernait la province. Il ne parle jamais du chameau. Il
évoque longuement l’aridité du pays, la rareté des points d’eau, les
dangers de la soif et surtout le courage indomptable des populations
autochtones. Pour Salluste, tel qu’il est connu pour sa rigueur
d’après ses ouvrages qui existent encore, il n’est pas possible de
parler de silence.
L’historen et
gouverneur romain n’a jamais vu de chameau au Maghreb.
Il faut signaler
également le témoignage de Pline l’Ancien. “Les chameaux,
précise-t-il, ont l’Orient pour patrie ; il y en a deux espèces : la
bactrienne et l’arabe ; la première à deux bosses, l’autre à une
seule.”
Le Maghreb, au
temps des Carthaginois, n’a pas connu le chameau, même pas au début
de l’occupation romaine. Il en fut probablement ainsi jusqu’au début
de l’ère chrétienne, où le chameau commence à faire son apparition
au Maghreb. L’auteur africain Arnobe, à la fin du IIIe siècle après
J.-C., en homme familier des camelins évoque le chameau. Il sait que
pour le charger ou le décharger, on le fait s’accroupir.
Afin que la
fresque se transforme totalement, il faut attendre le début du VIe
siècle et la décadence de l’empire romain. En 363, d’après
l’historien Ammien Marcellus, le général Romanus exige de la ville
de Leptis Agna (Tripoli), quatre mille chameaux qui lui sont
nécessaires pour le service logistique de son armée. Une amende de
quatre mille chameaux levée sans difficulté. Cette fois, aucun doute
n’est permis : au IVe siècle, le camelin fait partie de la faune
maghrébine.
Procope raconte
une bataille entre l’armée vandale et les défenseurs autochtones de
Tripoli ; il décrit minutieusement les dispositions du système de
défense des Tripolitains. “Ils ont un camp circulaire, protégé par
des chameaux rangés sur douze rangs de profondeur. Les femmes et les
enfants sont au milieu, les combattants entre les jambes des
camelins.” Les Vandales perdent la partie parce que ce sont des
cavaliers, et que tous les chevaux ont une peur insurmontable des
chameaux.
Il est donc
certain que le chameau du Maghreb est venu d’ailleurs, d’Asie pour
être plus précis, et qu’il s’est admirablement acclimaté au Sahara,
où il a proliféré.
Chenouf Ahmed
Boudi
Les sources
:
1- Hérodote : Les
histoires
2 - Strabon : La
géographie
3 - Salluste : La
vie de Yougourtha
4 - St Gsell :
L’Algérie dans l’Antiquité
5 - C. A. Julien :
Histoire de l’Afrique du Nord
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