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Faux-semblants
Ainsi donc, le 22
mai, le chef du gouvernement se présentera devant l’APN pour une
déclaration de politique générale. Théoriquement, il pourra être
censuré à cette occasion – certes à une majorité des deux tiers des
députés. Il y a tout lieu de penser, cependant, qu’il n’y aura même
pas dépôt d’une motion de censure. D’abord, parce que ce n’est pas
l’usage, ensuite parce que l’Assemblée encourt elle-même dans cette
hypothèse une dissolution en vertu de l’article 129. Ce couperet
tout le temps suspendu sur sa tête, peut être actionné par le
Président à tout moment, en dehors même d’un conflit. Pourtant,
Ahmed Ouyahia mérite largement d’être sanctionné pour la façon dont
il a voulu soi-disant mettre fin à la crise en Kabylie. Il a parlé
d’une dissolution des assemblées locales, annoncée comme imminente,
mais qui n’a toujours pas eu lieu. Il a donné l’impression d’avoir
passé un accord avec les arouch version Abrika pour que son parti et
lui-même raflent la mise dans les élections qui s’ensuivront. Il a
rouvert un dialogue, à la surprise générale, mais c’est pour en
exclure les autres parties, dont ses alliés de la coalition, qui ont
appris la nouvelle comme tout le monde, par les médias, une fois
l’accord intervenu entre lui et ses interlocuteurs triés sur le
volet.
La liste de ces
manquements ne s’arrête pas là, il s’en faut de beaucoup. Le plus
grave, ce n’est pas qu’il ait fait cavalier seul, pour doubler ses
alliés entre autres, c’est qu’il a donné le sentiment de vouloir
agir au mépris de la légalité. La décision de dissoudre les
assemblées locales, le Président lui-même ne peut pas la prendre.
Disons, outefois, à sa décharge, qu’il n’a jamais parlé pour sa part
de décret présidentiel. Pour autant, même cette méprise qu’il n’a
pas commise est susceptible d’être retenue contre lui, en ce qu’elle
montre qu’il n’avait pas vraiment conscience de ce qu’il y a
d’exceptionnel dans la mesure envisagée. De fait, il avait l’air de
croire qu’une décision prise par le ministère de l’Intérieur
suffisait pour régler le problème. Et pour faire des amis d’Abrika
ses obligés, qui lui rendront la pareille par la suite, au cours des
élections.
Mais avec des
députés et des partis, notamment ceux de la coalition, qui ne
craignent rien tant que d’incommoder le président de la République,
Ahmed Ouyahia n’a pas à craindre le maximum que prévoit la
Constitution à l’encontre d’un chef de gouvernement. Il peut même
demander un vote de confiance – et l’obtenir – rien que pour faire
taire les spéculations d’après lesquelles il serait en grande
difficulté du fait de sa mauvaise gestion du dossier concernant la
fin de crise en Kabylie. On lui prédisait la défiance de
l’Assemblée, eh bien, il demanderait sa confiance. La meilleure
défense, n’est-ce pas, c’est l’attaque. Cela ferait sans doute un
peu provocation, mais les députés comprendraient d’eux-mêmes que
s’il les défiait, c’est qu’il avait reçu mission précisément de leur
arracher le prétexte pour les “dissoudre”.
Mais s’il est vrai
que rien de tout cela n’arrivera, il n’est toutefois pas à écarter
que l’Assemblée, dominée qu’elle est par le FLN, opte pour la
simulation rien que pour malmener le chef du gouvernement, juste
rétribution de la crise qu’il a réussi à rallumer au sein du parti
majoritaire. La séance du 22 mai prochain peut donc devenir celle
des faux-semblants – juste réplique du faux dialogue dans lequel
s’est engagé auparavant Ahmed Ouyahia. D’autant que pour déposer une
motion de censure, la majorité n’est pas nécessaire, un tiers des
députés suffit pour cela. Quitte par la suite à ne pas la voter à
hauteur des deux tiers requis pour renverser le gouvernement. Il y
aura eu, au final, plus de bruit que de mal, mais le chef du
gouvernement aura tout de même passé un mauvais quart d’heure, et
cela ne sera pas tout à fait sans conséquence dans la suite des
événements. Il est vrai que l’exercice sera délicat puisqu’il
s’agira de bluffer, mais le FLN, qui a besoin d’un baroud d’honneur,
a les talents qu’il faut pour ce genre de comédies. Et puis, un
Ahmed Ouyahia étrillé, c’est un FLN qui se porte un peu mieux.
M. Habili
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