Semaine du 18 au 24 mai 2005

La trame du mercredi

Faux-semblants

 

 
 
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Faux-semblants

Ainsi donc, le 22 mai, le chef du gouvernement se présentera devant l’APN pour une déclaration de politique générale. Théoriquement, il pourra être censuré à cette occasion – certes à une majorité des deux tiers des députés. Il y a tout lieu de penser, cependant, qu’il n’y aura même pas dépôt d’une motion de censure. D’abord, parce que ce n’est pas l’usage, ensuite parce que l’Assemblée encourt elle-même dans cette hypothèse une dissolution en vertu de l’article 129. Ce couperet tout le temps suspendu sur sa tête, peut être actionné par le Président à tout moment, en dehors même d’un conflit. Pourtant, Ahmed Ouyahia mérite largement d’être sanctionné pour la façon dont il a voulu soi-disant mettre fin à la crise en Kabylie. Il a parlé d’une dissolution des assemblées locales, annoncée comme imminente, mais qui n’a toujours pas eu lieu. Il a donné l’impression d’avoir passé un accord avec les arouch version Abrika pour que son parti et lui-même raflent la mise dans les élections qui s’ensuivront. Il a rouvert un dialogue, à la surprise générale, mais c’est pour en exclure les autres parties, dont ses alliés de la coalition, qui ont appris la nouvelle comme tout le monde, par les médias, une fois l’accord intervenu entre lui et ses interlocuteurs triés sur le volet.

La liste de ces manquements ne s’arrête pas là, il s’en faut de beaucoup. Le plus grave, ce n’est pas qu’il ait fait cavalier seul, pour doubler ses alliés entre autres, c’est qu’il a donné le sentiment de vouloir agir au mépris de la légalité. La décision de dissoudre les assemblées locales, le Président lui-même ne peut pas la prendre. Disons, outefois, à sa décharge, qu’il n’a jamais parlé pour sa part de décret présidentiel. Pour autant, même cette méprise qu’il n’a pas commise est susceptible d’être retenue contre lui, en ce qu’elle montre qu’il n’avait pas vraiment conscience de ce qu’il y a d’exceptionnel dans la mesure envisagée. De fait, il avait l’air de croire qu’une décision prise par le ministère de l’Intérieur suffisait pour régler le problème. Et pour faire des amis d’Abrika ses obligés, qui lui rendront la pareille par la suite, au cours des élections.

Mais avec des députés et des partis, notamment ceux de la coalition, qui ne craignent rien tant que d’incommoder le président de la République, Ahmed Ouyahia n’a pas à craindre le maximum que prévoit la Constitution à l’encontre d’un chef de gouvernement. Il peut même demander un vote de confiance – et l’obtenir – rien que pour faire taire les spéculations d’après lesquelles il serait en grande difficulté du fait de sa mauvaise gestion du dossier concernant la fin de crise en Kabylie. On lui prédisait la défiance de l’Assemblée, eh bien, il demanderait sa confiance. La meilleure défense, n’est-ce pas, c’est l’attaque. Cela ferait sans doute un peu provocation, mais les députés comprendraient d’eux-mêmes que s’il les défiait, c’est qu’il avait reçu mission précisément de leur arracher le prétexte pour les “dissoudre”.

Mais s’il est vrai que rien de tout cela n’arrivera, il n’est toutefois pas à écarter que l’Assemblée, dominée qu’elle est par le FLN, opte pour la simulation rien que pour malmener le chef du gouvernement, juste rétribution de la crise qu’il a réussi à rallumer au sein du parti majoritaire. La séance du 22 mai prochain peut donc devenir celle des faux-semblants – juste réplique du faux dialogue dans lequel s’est engagé auparavant Ahmed Ouyahia. D’autant que pour déposer une motion de censure, la majorité n’est pas nécessaire, un tiers des députés suffit pour cela. Quitte par la suite à ne pas la voter à hauteur des deux tiers requis pour renverser le gouvernement. Il y aura eu, au final, plus de bruit que de mal, mais le chef du gouvernement aura tout de même passé un mauvais quart d’heure, et cela ne sera pas tout à fait sans conséquence dans la suite des événements. Il est vrai que l’exercice sera délicat puisqu’il s’agira de bluffer, mais le FLN, qui a besoin d’un baroud d’honneur, a les talents qu’il faut pour ce genre de comédies. Et puis, un Ahmed Ouyahia étrillé, c’est un FLN qui se porte un peu mieux.

M. Habili

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