|
Accueil
Algérie-Maroc
L’inévitable
ouverture
Les choses
semblent s’accélérer depuis le dernier Sommet arabe qui s’est
déroulé à Alger, en faveur de la réouverture des frontières
terrestres entre l’Algérie et le Maroc. L’annonce officielle
pourrait être faite lors du prochain sommet de l’Union du Maghreb
arabe (UMA) qui se tiendra bientôt à Tripoli.
Le déplacement, la
semaine dernière, du directeur général des Douanes algériennes au
poste frontalier Colonel-Lotfi (wilaya de Tlemcen) et les
instructions qu’il a données pour “préparer techniquement” cette
zone et celle de Boukanoun, sont des indices annonciateurs
l’approche de cet événement. Il devient de plus en plus évident que
le maintient de la fermeture des frontières avec le voisin marocain
n’a plus aucun sens, en particulier depuis l’amélioration sensible
de la situation sécuritaire en Algérie. Le discours d’ouverture
prôné par les deux pays vers le monde extérieur manque de continuité
lorsqu’il s’agit de leurs propres relations bilatérales.
D’Est en Ouest,
l’événement est fortement attendu par bon nombre d’Algériens, pour
ne pas dire l’ensemble des Algériens. Rappelons que de précédentes
rumeurs, lancées il y a près d’une année, avaient eu un effet de
“sondage” vu le nombre de véhicules qui s’étaient amassés devant le
poste frontalier Colonel-Lotfi (daïra de Maghnia) dans l’espoir de
passer la frontière. Le Maroc, comme la Tunisie, sont des
destinations très appréciées par une catégorie – une grande majorité
– d’Algériens qui ne peuvent pas se permettre, faute de moyens, des
vacances en Europe. Encore faudrait-il qu’ils soient éligibles à
l’obtention d’un visa.
Certains sont, par
contre, sceptiques à propos de cette éventualité. Ils estiment que
l’ouverture des frontières va drainer une manne touristique
algérienne importante vers le royaume chérifien et que ce serait en
défaveur de l’Algérie. Cependant, il faut noter que les chiffres des
échanges commerciaux entre les deux pays montrent le contraire. En
effet, le volume des importations en provenance du Maroc (voir
encadré) est largement inférieur aux exportations algériennes vers
ce pays.
Soit ! Mais, ne
s’est-on jamais interrogé sur la cause réelle de l’engouement des
Algériens à passer leurs vacances en dehors de leur pays ? D’abord,
il y a lieu de reconnaître que si les frontières algéro-marocaines
venaient à êtres rouvertes, le plus grand perdant dans cette affaire
serait bien la Tunisie qui profite, en toute logique, depuis plus
d’une décennie, d’un reflux (certes moins important) des touristes
algériens habitués du Maroc. Les voyagistes estiment que la
destination tunisienne perdrait pas moins de la moitié de ses
habitués, une fois que seront complètement rétablies les relations
entre le Maroc et l’Algérie.
D’un autre côté,
il faut se rendre à l’évidence que c’est la médiocrité de la qualité
des prestations du secteur touristique algérien qui est la
principale cause, pour ne pas dire l’unique, du désintéressement
d’une majorité des Algériens qui en ont les moyens de passer leurs
vacances dans leur pays. A cela, il faut ajouter le coût très élevé
des prestations dans nos sites touristiques, sans aucun rapport avec
la qualité offerte. Sur ce point, nos voisins tunisiens et marocains
n’ont vraiment pas volé leur bonne réputation dans le domaine. Il y
a lieu, également, de constater l’absence de structures d’accueils
adéquates pour les touristes étrangers. Ainsi, l’Algérie ne dispose
même pas un aéroport de classe internationale digne de ce nom. Elle
n’a pas, comme l’expliquent les professionnels du tourisme, “une
vitrine attirante” car, pensent-ils, “un voyage s’apprécie dès la
première étape”.
Par ailleurs,
toujours dans le cadre des opinions sceptiques, d’autres pensent que
la réouverture des frontières terrestres aurait pour conséquence
d’augmenter et de faciliter le trafic de marchandises et de drogue
entre les deux pays. Mais, à bien y regarder, l’argument paraît très
court étant donné que ces trafics, de par leur nature illégale et
hors la loi, n’empruntent presque jamais les voies officielles. Et
que, dans la plupart des cas, les trafiquants de drogue et les
passeurs de moutons, de carburants et autres produits algériens très
appréciés au Maroc, continueront à passer par les chemins sinueux de
la contrebande qui ne s’est jamais arrêtée ni avant et ni après la
fermeture des frontières, en 1993.
Il apparaît
évident que l’ouverture des frontières avec le Maroc ne doit pas se
discuter en terme de gain ou de perte d’un des deux pays. Car avec
ou sans le Maroc, l’Algérie est un gros importateur de produits et
de biens de consommation qui compte, presque exclusivement, sur le
produit des ventes d’hydrocarbures. Donc l’ouverture des frontières
ne va que réorienter une partie (minime) des dépenses vers ce pays.
Mais une chose est sûre : si l’ouverture venait à avoir lieu, cette
fois, l’Algérien n’ira plus au Maroc, comme cela se passait
auparavant, pour acheter des bananes, des pommes et autres fruits et
friandises auxquels il n’avait pas accès chez lui. L’ouverture du
commerce extérieur en Algérie a eu le temps de modifier les
habitudes de l’Algérien qui se déplace en touriste au Maroc ou
ailleurs. Cela dit, la reprise complète des relations entre les deux
pays ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Elle n’a de sens que si
les économies des deux pays s’arrangent pour êtres plus coopératives
et créatrices d’opportunités d’investissement. Car un conflit naît
rarement entre deux pays très liés économiquement.
Abdelkader
Djalil
Haut
Echanges
commerciaux
L’Algérie vend
plus qu’elle n’achète
Les statistiques
disponibles au niveau des services des douanes montrent que durant
les années 2001 à 2003, la balance commerciale était largement en
faveur de l’Algérie. Les exportations marocaines vers l’Algérie
durant cette période ont atteint 41,181 millions de dollars. Par
contre, le niveau des exportations pendant ces trois années s’est
élevé à 465,739 millions de dollars. Le rapport des importations
algériennes en provenance du Maroc et des exportations vers ce pays
montre que les flux commerciaux à destination du royaume sont 11
fois plus importants que les flux inverses. Notons, également, que
la balance commerciale de l’Algérie est positive pas seulement dans
le cas du Maroc, mais avec l’ensemble des pays du Maghreb.
De manière
générale, les importations en provenance du Maroc sont constituées
essentiellement (liste non exhaustive) de produits pharmaceutiques
(près de 30%), de caoutchouc, de produits de parfumerie et de
préparations cosmétiques, de papiers et cartons, d’huiles
essentielles et autres produits chimiques organiques, ainsi que du
plomb, de la fonte, du fer et de l’acier.
Quant aux
exportations algériennes vers le royaume chérifien, elles sont
principalement constituées de combustibles minéraux, de matières
bitumeuses, d’huiles minérales et produits de leur distillation
(plus de 90%), de produits chimiques (organiques et inorganiques),
d’engrais et matières plastiques.
A. D.
Haut
Amnistie générale
Passage en
force ?
Il est possible
que depuis qu’il en a parlé pour la première fois, en novembre de
l’année dernière, le président Bouteflika ait fait du chemin vers la
concrétisation du projet d’amnistie générale. Toutefois, rien
n’interdit de penser, du moins pour le moment, qu’il puisse en être
autrement et qu’il se trouve aujourd’hui au point où il en était il
y a donc près de six mois. A supposer qu’entre-temps il n’ait pas
opéré un repli tactique ou qu’il n’ait pas changé l’ordre des
priorités au vu des difficultés qu’il avait peut-être mal appréciées
au départ.
La question se
pose de savoir s’il va accélérer le processus devant mener jusqu’à
l’adoption de la mesure, ou s’il va continuer à se hâter lentement,
tâtant le terrain du pied à chaque pas qu’il fait, au risque
d’ailleurs de désorienter les forces qui lui sont acquises et
attendent plus de détermination de sa part. Cette question se pose
d’autant plus qu’on a cru que le dossier sera bouclé au courant de
cette année. Il est même arrivé que l’on dise que 2005 ne verra pas
l’organisation d’un seul référendum, mais de deux, le deuxième
portant sur la révision constitutionnelle. Mais le temps passe, et
pas de référendum dans le court terme, bien que l’on prenne soin de
paraître y tendre sans désemparer.
A cela une
première explication : le terrorisme intégriste, s’il a beaucoup
faibli en comparaison de ce qu’il était, n’a toutefois pas
entièrement disparu. 400 à 800 terroristes, selon les estimations
les plus optimistes, restent en activité, et il se passe rarement
une semaine sans qu’ils fassent parler d’eux à travers des attaques
contre les forces de l’ordre, ou des massacres de civils, sans
compter les attentats individuels qui n’ont pas totalement cessé.
Dans ces conditions, faire adopter une loi d’amnistie générale puis
la soumettre à l’approbation populaire, n’a pas beaucoup de sens. En
tout cas, le procédé serait aussi vain qu’inhabituel. Et si,
d’aventure, on s’obstine dans la ligne qu’on s’était tracée et qu’on
se décide, en dépit de la persistance de la violence terroriste, à
organiser un deuxième référendum, en une matière cette fois qui est
loin de se trouver au centre des préoccupations nationales, alors la
combinaison sera à ce point éventée que l’échec en sera la sanction
quasi inéluctable.
Adopter une
amnistie générale alors que le terrorisme et la lutte antiterroriste
sont encore aux prises, c’est faire une offre de paix. Mieux, c’est
proposer la paix en ayant l’air de parler d’amnistie. La proposition
vaudra ce qu’en fera, non pas celui qui en est l’initiateur, mais la
partie à qui elle est adressée. Que les groupes terroristes la
rejettent, et elle restera lettre morte. Qu’ils l’acceptent au
contraire, et l’intendance suivra, qui mènera au plébiscite final.
C’est dire combien
“la paix amnistiante” est tributaire du “terrorisme résiduel”. Du
reste, ce n’est pas seulement le rétablissement complet de la
sécurité sur chaque pouce du territoire national qui dépend du choix
des groupes armés (choix qu’ils ne seront sans doute pas seuls à
prendre, l’islamisme radical ne se limitant pas à eux), mais
également la situation politique du pays après la fin du deuxième
mandat d’Abdelaziz Bouteflika. On imagine mal, en effet, celui-ci
entreprendre la révision sans avoir préalablement fait adopter
l’amnistie générale. Or, tiendrait-il autant à celle-ci s’il pouvait
directement aller à celle-là ? Rien ne dit aujourd’hui que les deux
projets sont indépendants l’un de l’autre de son point de vue.
Les tenants de la
violence terroriste, qu’ils appartiennent aux groupes armés ou à la
branche politique, savent qu’ils ont un jeu à jouer dans ces
conditions. Militairement parlant, ils se doutent bien qu’ils n’ont
plus beaucoup de chances de redresser leur situation. Mais voilà que
les questions de pouvoir, où ils ne sont pas partie prenante dans le
principe, qui viennent à leur secours en ce qu’elles font d’eux, eux
qui sont des perdants, une partie qui a son mot à dire. Pour eux
(qui ne sont pas demandeurs d’amnistie, on ne le répètera jamais
assez) la chose la importante désormais, c’est leur retour sur la
scène politique légale. C’est le seul sens que revêt pour eux la
notion d’amnistie générale. Pas de réhabilitation, donc pas d’arrêt
de l’action terroriste.
Récemment encore,
le président Bouteflika, s’exprimant devant les cadres de la nation
à l’occasion du 1er anniversaire de son deuxième mandat, avait
absolument écarté cette éventualité. Ces gens-là, avait-il dit,
n’ont plus droit qu’au pain et à l’oxygène. Se rendait-il compte, en
disant cela en ces termes, que son offre de paix n’avait plus de
raison d’être ? Logiquement, après une déclaration de ce genre, il
devait abandonner son projet, ou à tout le moins le différer aussi
longtemps que le terrorisme n’a pas désarmé. Or, tout indique au
contraire qu’il maintient le cap sur l’amnistie.
La satisfaction de
la principale revendication de l’islamisme radical n’est cependant
pas le seul obstacle qui s’oppose à l’adoption de la mesure dans les
meilleurs délais. Les associations des familles des victimes, et
celles des disparus, la récusent par principe, du moins dans la
forme qu’elle prend actuellement, sur la foi des déclarations de
certaines voix autorisées. Des franges de l’opinion, ainsi que des
formations politiques, comme le FFS par exemple, s’y opposent dès
maintenant. Le constat est aujourd’hui vite fait : il n’y a pas de
consensus sur le projet. Certes, le président Bouteflika dispose
quand même d’assez de forces pour faire passer la loi au parlement,
et lui obtenir ensuite la consécration populaire, étant donné qu’il
compte la soumettre à référendum. Il reste que dans cette
configuration, son succès risque d’avoir un goût amer de défaite. Et
un retour de flamme est à craindre, qui peut lui être dommageable.
Qu’on imagine, en effet, les sentiments qui s’empareront de
l’opinion si, comme cela est plausible, des actes terroristes
particulièrement sanglants surviennent peu de temps après la
consultation populaire.
Ceci dit, si
l’intention de passer en force est palpable, il n’est pourtant pas
acquis dès maintenant que c’est bien ce qui va se passer. Dans cette
affaire, de surcroît, le président Bouteflika et son entourage
donnent le sentiment de ne pas avoir vraiment anticipé les
difficultés de l’entreprise. Par moments, ils ne sont pas sans
évoquer des personnes qui ne voient les obstacles placés en travers
de leur chemin que lorsqu’ils arrivent à leur contact. Ils font
certes preuve de prudence, mais seulement une fois qu’ils ont été
arrêtés par une difficulté. Ils manquent de visibilité, ou bien ils
se laissent tromper par un terrain plus accidenté qu’il ne le paraît
de la hauteur d’où ils l’observent. Le grand défaut que présente le
projet, c’est plus tard qu’il apparaîtra avec la clarté et la
netteté qui lui manquent aujourd’hui. Il est le suivant : une
amnistie générale qui survient alors que toutes les causes de la
violence n’ont pas été dépassées, non seulement ne garantit pas la
paix (alors que c’est la paix qui fait l’amnistie, ce n’est pas
l’amnistie qui fait la paix), mais fait courir le risque de faire
porter toute la responsabilité de la violence sur les forces de
sécurité. La mesure n’est pas plus tôt adoptée que les islamistes,
aidés en cela par leurs alliés de tout bord, clameront à la face du
monde leur totale innocence dans les atrocités et autres crimes
commis contre l’humanité au plus fort de la crise. Leur argument
sera aussi simple que percutant : si c’étaient nous les coupables,
diraient-ils sûrement, pensez-vous que nous serions amnistiés ?
Quand nous disions que nous étions innocents ! La voici la preuve,
elle s’appelle l’amnistie générale.
M. Habili
Haut
On discute des médias sans les
professionnels
Un débat par
procuration ?
Premier jalon d’un
débat qui n’a pas encore eu lieu, la rencontre sur le discours
religieux dans les moyens d’information, tenu la semaine dernière à
Dar El-Imam, dans la banlieue algéroise de Mohammadia, aura manqué
d’intéresser avant tout les spécialistes de la communication.
Si l’on est
certain, dans le milieu de la communication, de la nécessité de
commencer le débat sur les médias et avec eux, cette occasion n’a
été qu’une cérémonie d’autocongratulation.
Hormis la
participation de Salim Kellala, enseignant à l’université d’Alger,
au fait des questions de la communication pour ses contributions
régulières dans les médias les autres intervenants étaient pour la
plupart des religieux ou des universitaires proches également des
affaires religieuses.
Pourtant, même
dans ce domaine sensible qui est celui de la foi, la question de
l’implication des médias est évoquée de manière cyclique.
D’ailleurs, le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah
Ghlamallah n’a pas manqué de signaler, dès le premier jour des
travaux, qu’il ne donnait pas de directives aux imams pour leurs
prêches du vendredi, une manière de dire que finalement seule la
compétence et le niveau de formation de l’imam garantissait la
qualité du message.
La même occasion a
été saisie pour porter un vibrant hommage aux hommes de foi qui ont
contribué à la propagation du message religieux, notamment Ahmed
Hamani.
Faut-il en vouloir
aux religieux de lancer un tel débat ou bien leur en vouloir de ne
pas associer les médias à une problématique qui les concerne ?
Le ministère des
Affaires religieuses a décidé de créer un club de la presse ouvert
aux journalistes qui se penchent sur les questions religieuses.
Insuffisant certainement, si on tend à plus de professionalisme dans
les médias par rapport à un domaine sensible, d’autant que dans
d’autres secteurs, des clubs de la presse n’ont jamais pu jouer le
rôle qui leur incombait. Il reste que l’initiative demeure louable
alors que l’on imagine le ministère du culte incapable de se
renouveler ou de se doter de moyens dynamiques pour communiquer.
Interrogé à ce
propos, Ahcene Belkacem Djaballah (*), spécialiste en communication,
explique pour sa part que c’est la capacité de communiquer dans le
domaine religieux dans le cadre de la citoyenneté qui doit être mis
en avant.
Faut-il signaler
que Salim Kellala a eu, à quelque chose près, le même constat ?
Dès lors, on
comprend que la question du rôle des médias est perçue sous un angle
autre dès que ce sont ceux qui font les médias qui s’expriment.
Quant au discours
religieux, pour Djaballah, on a déjà constaté les dégâts lorsque le
discours religieux était fait n’importe comment, évoquant le nombre
de morts et les dégâts matériels enregistrés durant les années 1990.
Il soutient autant une formation de fond pour les religieux qui
doivent communiquer que pour les journalistes et professionnels des
médias lorsqu’ils doivent aborder les questions religieuses. Il se
demande aussi si les pouvoirs publics se sont interrogés sur la
communication institutionnelle dans le domaine de la religion.
Une occasion
ratée ?
Le séminaire, qui
évoque le rôle des médias, aurait pu être l’occasion de lancer le
débat sur ce qui entrave la naissance et l’évolution d’une presse
algérienne crédible et professionnelle. La religion est l’un des
aspects de l’information auquel est confrontée la corporation des
journalistes, sans que ce soit la seule. Elle implique ce que l’on
appelle la responsabilité sociale des médias (Medias Accountability
System). Cela est d’autant plus vrai que les professionnels des
médias tardent à organiser eux-mêmes ce débat, même s’ils sont
prompts à participer à des séminaires et des rencontres qui ont pour
sujet les médias.
A titre d’exemple,
cette semaine, un débat avec une journaliste américaine a eu lieu à
la fondation Fredrich-Ebert, organisé par le National Democratic
Institute sur “Le rôle des médias dans la résolution des conflits”.
Ce n’est pas le débat de l’heure pour la presse algérienne, mais il
faut bien aussi se frotter à ce qui s’est fait ailleurs et aux
expériences des autres. Evoquer le Rwanda ou un autre pays qui a
connu une grave crise et si tant est que la presse ait pu jouer un
rôle, du moins pour déblayer le terrain, est une approche
intellectuellement intéressante et enrichissante.
Si on soutient en
Algérie qu’il y a d’abord des questions d’éthique et de
professionnalisme à régler, il y a aussi une question de liberté qui
se pose. A ce propos, un débat devait être organisé sur la nouvelle
loi sur la presse, mais cela était à l’initiative du ministre de la
Communication. Aujourd’hui, ce ministère est toujours vacant et il
ne fait aucun doute qu’il ne faudra pas compter sur lui pour
organiser rapidement un débat sur quoi que ce soit. Si tant est que
le débat doit avoir lieu, ne devrait-il pas être organisé par les
gens des médias eux-mêmes ? Bien entendu, dans cette optique, il
faudrait que les professionnels puissent s’organiser dans un cadre
qui leur est propre et c’est probablement là que toute la
problématique réside.
Amine Esseghir
(*) Interrogé
dans le cadre de l’émission Le magazine du week-end de Radio Alger
chaîne III
Haut
Temmar lève les verrous laissés par
Hamlaoui
La
privatisation au pas de charge
La récente
rencontre entre Hamid Temmar et les directeurs des SGP et des
sociétés non affiliées a été révélatrice de la nouvelle orientation
en matière de privatisations. Pour autant, l’essentiel des
contraintes n’est pas encore abordé.
Ce rendez-vous,
tenu à huis clos, à la fois officiel mais sans avoir été sanctionné
par aucun communiqué public (les vieux réflexes ont la vie dure),
n’était en aucun cas une simple prise de contact. L’architecte de
l’actuel dispositif de gestion des entreprises publiques et des
capitaux marchands de l’Etat retrouve son équipe, la même pour ainsi
dire, pour relancer un ministère dont il est à l’origine du concept
même, c’est-à-dire par delà les calculs des partis politiques
auxquels le chef de l’Etat est tout de même dans l’obligation de
faire appel (ne serait-ce que formellement). Et présentement, en
dehors de la sphère du chef du gouvernement lui-même qui s’était
arrangé, en tant que président du Conseil des participations de
l’Etat (CPE) pour mettre sous sa coupe le MPPI. A vrai dire, nul
n’ignore que le département de Temmar dépend directement du chef de
l’Etat, en ce sens que le départ de Hamlaoui signifie à la fois
l’insatisfaction du président Bouteflika du rythme de la
privatisation et de la manière avec laquelle le processus a été géré
jusque-là. Le pic de la déviation de l’objectif même de la
privatisation a été atteint avec la vente (à quel tarif ?)
d’entreprises publiques à des… entreprises ou organismes publics !
Alors que le principe même de la démarche est de réaliser un
transfert de propriété au bénéfice du privé, justement parce que
l’Etat ne peut plus (ou ne veut plus – un débat mérite d’être
ouvert) dépenser le moindre dinar pour les maintenir en activité.
Sur un autre
versant de la question, à peine installé, Hamid Temmar s’est attaqué
à l’un des principaux obstacles qui avait pour effet de ralentir les
opérations de privatisation. Son successeur, Yahia Hamlaoui, qui
compte à son actif une centaine d’EPE cédées, n’a pas moins péché
par “excès d’étatisme” en limitant les opérations d’évaluation des
entreprises publiques aux seuls bureaux d’études algériens.
Evaluation du patrimoine s’entend, mais aussi du prix de cession à
proposer. Ce qui s’apparentait à un rouleau compresseur, à travers
une série d’effets d’annonce inédits, un semblant de banalisation de
l’acte de privatisation, en l’étalant sur le site Internet du MPPI,
n’avait en fait rien à voir avec la réalité du terrain.
Les bureaux
d’études locaux ont tôt fait de voir leurs plans de charge saturés,
reléguant les retardataires à des délais indéterminés. Cette
situation a fait que nombre d’acquéreurs ont effectué ce qu’on
appelle ici sans humour “leur manifestation d’intérêt”, sans pour
autant pouvoir trouver une réponse immédiate à leur requête.
Pour lever ce
verrou, Temmar a informé ses vis-à-vis qu’une prochaine circulaire
allait permettre aux SGP de solliciter les bureaux d’études et
autres banques d’affaires afin d’accélérer les opérations
d’évaluation.
Autre correctif,
inspiré sans le moindre doute de l’épisode Blanky-Enasucre : le
ministre de la Participation et de la coordination des réformes a
instauré de nouvelles règles concernant le mode de paiement des
acquisitions. Temmar exige un paiement cash en cas de cession
totale, un échéancier n’étant possible qu’en cas de rachat partiel,
le tout assorti d’un agenda le plus court possible pour libérer les
parts sociales ou les actions.
Cette initiative
aura au moins le mérite d’ouvrir la perspective de rattraper un
retard en en ce qui concerne la trésorerie d’une certain nombre de
fonds créés pour être partiellement alimentés par les recettes de la
privatisation. Ce qui n’a jamais eu lieu. Il est vrai que les
budgets engloutis dans le seul fonctionnement (frais, salaires,
études, consulting…) des holdings puis des SGP juste pour faire
aboutir la privatisation risquent de dépasser de loin les recettes
de la privatisation elle-même. Mais le fait d’avoir instauré des
balises à ce niveau est en soi une bonne chose.
Le traumatisme de
l’affaire Blanky-Enasucre – à inscrire dans les annales de
l’amateurisme dans la gestion des affaires publiques – est encore
vivace, puisque le repreneur, le groupe Cherfaoui, a été tancé pour
n’avoir pas disposé des garanties financières suffisantes après
avoir signé le contrat de vente de l’Enasucre.
Pour Hamid Temmar,
de retour, il n’y a pas que la privatisation en tant que processus
technique, ou parsemé d’embûches politiques dont le degré nuisance
dépend de celui du soutien de Bouteflika. Il y a surtout la valeur
réelle des EPE sur la liste des privatisables, valeur définie non
pas par l’Etat, mais par le marché lui-même.
Nous savons de
bonne source que lors de la rencontre Temmar-directeurs de SGP,
ceux-ci ont rappelé la situation difficile d’une majorité
d’entreprises publiques. Les effets des “restructurations
successives” ont tôt fait de handicaper les EPE dans leur
bonne marche, allant jusqu’à les figer dans un état de
“désinvestissement” chronique, puis “d’endettement lourd” qui, en
aval, se répercute sur la possibilité de “régulation du patrimoine
des entreprises”.
Cette difficulté
inhérente à la valeur de l’EPE en général, dans son marché local,
protégé ou non, selon les filières, fait qu’il reste difficile à
privatiser. Le ministre lui-même reconnaît aujourd’hui cet état de
fait en confirmant que “les entreprises privatisées à ce jour sont
de taille moyenne seulement”. Celles de moindre taille posent le
problème de la compétitivité, puisqu’elles sont déjà totalement
dépassées par le nouveau contexte, “face à un privé dynamique qui
représente 85% de la valeur ajoutée” (hors hydrocarbures).
En revanche, les
grandes entreprises ne semblent pas prêtes à quitter le giron de
l’Etat. Les choses ne sont pas ouvertement dites, mais la démarche
telle qu’elle s’annonce n’exclut pas de subordonner le devenir des
“grosses boîtes” à la politique gouvernementale.
Ainsi en est-il
fort probablement du plan de soutien à la croissance économique,
doté d’un budget de 55 milliards de dollars, dans lequel il est
impératif d’impliquer les principales capacités de réalisation du
secteur public. C’est ce qu’il faut entendre lorsque le ministre en
charge de la Participation et de la Promotion de l’investissement
donne pour directive aux SGP Grand travaux de “réorganiser les
entreprises, d’en consolider les capacités et de les orienter vers
des partenariats avec les sociétés étrangères”.
Ence qui concerne
l’autre volet des entreprises de même taille, Hamid Temmar va dans
le sens du maintien de celles-ci loin de l’urgence de la liquidation
du secteur public. Les grands complexes industriels (SNVI, ENIE,
Eniem…) de mécanique et d’électronique sont appelés à contracter des
accords de partenariat avec des firmes étrangères en vue du
“maintien l’outil de production”.
Le reste abrite
une noria d’entreprises monopolistiques qui, elles, intéressent
réellement les repreneurs étrangers en raison de leurs parts de
marchés on disputés dans le cadre d’un marché protégé. A ce
niveau-là, également, H. Temmar recommande que leurs dossiers soient
confiés à des bureaux spécialisés, étrangers si nécessaires, qui
seront, après avoir remporté l’appel d’offres, homologués par le
MPPI pour accompagner le processus.
Une manière
d’aller dans un autre sens, mais pas forcément à un rythme
supérieur.
Nabil Benali
Haut
Economie nationale
L’informel
tient en échec l’officiel
Pour certains,
économistes ou politiques, le secteur informel a atteint de telles
proportions qu’il est désormais urgent de juguler son extension,
sans quoi il continuerait de gagner sur le secteur légal pour finir
par le repousser dans les marges, achevant de la sorte de se
substituer à lui dans le champ du visible et de la norme. La
dramatisation est comme de mise s’agissant d’un phénomène rebelle à
tous égards, qui a su jusque-là défier aussi bien les services de
l’Etat chargés de lutter contre lui que les analystes qui veulent
prendre sa mesure, découvrir ses ressorts et ses réseaux pour, dans
un deuxième temps, proposer une thérapie susceptible de le réduire.
Les termes
employés pour le décrire sont souvent ceux-là mêmes dont usent les
médecins pour dire leur impuissance devant une maladie qui s’étend
inexorablement. Pourtant, si grandes que soient son étendue et la
vigueur dont elle fait encore preuve, l’économie parallèle n’a pas
vocation à se substituer à toute l’économie légale. Sa nature même
s’oppose à ce qu’elle franchisse certaines frontières. C’est que
l’informel a besoin du formel pour prospérer à ses dépens. Les
avantages qu’il retire de l’illégalité cesseraient s’il prenait
toute la place de l’économie légale. Il est génétiquement un
parasite, c’est en tant que tel qu’il se développe et perdure. Il
n’enflera donc pas jusqu’à être extensible au corps qu’il ronge,
même s’il semble avoir assez d’appétit pour le dévorer tout entier.
Si la mauvaise
monnaie chasse la bonne, pour autant qu’on la laisse faire,
l’économie parallèle, en revanche, se tracera à elle-même ses
propres limites, aussi longtemps qu’il y aura des pouvoirs publics
et un champ assujetti à des règles. En fait, il faut que toute
autorité ait cessé d’exister ou qu’elle ait nettement reflué, pour
que les activités jusque-là clandestines se répandent de tout leur
long à la surface. En somme, pour que l’informel déborde la
frontière par quoi il se définissait, il doit se trouver dans
l’incapacité d’éviter de s’abîmer dans l’anarchie générale.
Pourquoi donc
cette tendance consistant à surestimer le danger représenté par une
réalité, certes très révélatrice des disparités de toute nature qui
grèvent l’appareil économique dans son ensemble, mais qui ne peut
être assimilée à une déferlante appelant une action vigoureuse et de
longue haleine ? Ne s’agirait-il pas de se convaincre de l’inutilité
de toute résistance, et donc de la nécessité de légaliser les
activités souterraines soi-disant sous prétexte d’en tirer quelque
bénéfice, de s’incliner devant une poussée de toute façon
irrépressible ?
Mouloud Hamrouche,
en réserve de la République depuis maintenant une quinzaine
d’années, est partisan de la légalisation. Il vient de nous le
rappeler dans une intervention publique abondamment commentée par
des titres qui, à défaut d’autre chose, ont du moins la
reconnaissance du ventre, ce qui – soit dit en passant – n’est pas
si mauvais. Pourtant, c’est une franche absurdité que de préconiser
l’intégration de l’informel dans le formel car le premier n’existe
que grâce au second et pour autant qu’il diffère de lui. En d’autres
termes, l’économie souterraine n’aspire pas à être reconnue, sauf à
vouloir s’autodétruire, ce qui est peu plausible. Les surprofits que
ses tenants réalisent, pense-t-on sérieusement qu’ils sont prêts à
les sacrifier pour avoir accès à la légalité ? On comprendrait
d’autant moins pareille revendication si l’on admettait, comme
l’ancien chef de gouvernement, que c’est l’informel qui est dans le
vrai, qui représente la véritable économie, celle où se donnent
libre cours les lois du marché, non le formel qui, lui, incarne au
contraire le versant faussé, qui ne tient que par la volonté des
autorités politiques dont il est d’ailleurs difficile de dire
qu’elles agissent sous l’empire de l’intérêt général. Il n’est
évidemment pas innocent de rappeler qu’on a toujours été partisan de
la régularisation du secteur informel. Mais le meilleur indice que
Mouloud Hamrouche voit dans l’informel, l’économie vraie, c’est
lorsqu’il renvoie aux marchés parallèles pour savoir ce que vaut
réellement la monnaie nationale. De sorte que, pour lui, gouverner,
c’est au fond la chose la plus aisée qui soit, puisque cette tâche
consiste à entériner après coup, au moyen des lois, ce qu’auront
accompli sans contrainte exogène les forces spontanées, les forces
saines du marché réel, d’autant plus réel qu’il se situe et se
développe hors des initiatives bureaucratiques, forcément mal
venues.
D’autres, en
revanche, préconisent une lutte sans merci contre un fléau qu’ils
n’accréditent d’aucun aspect positif. Sans doute font-ils, du moins
pour certains d’entre eux, une distinction fondamentale entre ce
qu’ils appellent l’informel de survie, qu’ils estiment soluble dans
l’économie légale, et l’informel prédateur, qui fait système et n’a
de cesse de s’insinuer partout où il trouve du champ devant lui,
pour tout pervertir et tout corrompre. Il est d’ailleurs inséparable
de cette autre gangrène qu’est la corruption, ainsi que d’autres
formes de criminalité qui, à leur tour, le nourrissent. Les tenants
de cette opinion imputent, sinon aux réformes elles-mêmes, du moins
à la façon dont elles ont été conduites, la responsabilité des
déviances affectant l’économie nationale dans nombre de ses
compartiments. De ce point de vue, le secteur informel, en tout cas
tel qu’il se présente aujourd’hui, serait la conséquence d’un
programme de restructuration mené avec une extrême rigueur sous les
injonctions du FMI.
Il se trouve que
ce qui est présenté d’abord comme effet ne tarde pas à se
transformer en cause une fois que le diagnostic est établi et qu’il
s’agit de proposer des solutions. La contradiction est d’autant plus
marquée qu’on a souvent commencé par dire que l’économie parallèle
n’apparaît que là où le lui permettent les déficiences de l’économie
formelle. A ce titre, elle ne se borne plus à occuper des terrains
laissés à l’abandon pour y fleurir, mais elle prend des initiatives
visant à évincer des activités légales là où ses intérêts le lui
commandent. Son expansion continue, dit-on, lui a fait faire
jonction avec un courant politique qui lui promet de faire en sorte
que ce soit la loi qui se mettra en conformité avec lui et non
l’inverse.
Qui ne voit, en
effet, que l’islamisme, notamment dans sa version la plus populiste,
et le secteur informel sont l’un vis-à-vis de l’autre comme la
pratique par rapport à la théorie ? Il en est même qui pensent que
les deux ont désormais partie liée au point de former des vases
communicants si bien qu’une action efficace à leur encontre doit
être menée sur les deux fronts. L’argent collecté par les
terroristes serait injecté dans les réseaux informels pour
retourner, dans un deuxième temps, aux groupes terroristes, à titre
de financement. Le circuit, de plus, serait fermé, rodé, tant et si
bien que la lutte antiterroriste devrait s’étendre au secteur
informel, sinon elle serait incomplète et donc inefficace. Notons
que cette conception diffère notablement de celle défendue par M.
Hamrouche, qui avait attribué, quand il était chef du gouvernement,
les prémices de la violence terroriste aux seuls barons de
l’informel.
Les deux opinions,
néanmoins, sont aujourd’hui invérifiables. Même dans la supposition
où terrorisme et économie informelle seraient deux aspects d’une
même réalité, il reste qu’il est impossible de les combattre avec
les mêmes armes. A vrai dire, le secteur informel n’est efficacement
réductible que par une croissance forte se traduisant par une
production alliant la quantité à la qualité, et par une création
suffisante d’emplois. Alors seulement, l’illégalité en matière
économique sera de nouveau un phénomène marginal.
M. Habili
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |