Semaine du 18 au 24 mai 2005

Algérie-Maroc

L’inévitable ouverture

Echanges commerciaux

L’Algérie vend plus qu’elle n’achète

Amnistie générale

Passage en force ?

On discute des médias sans les professionnels

Un débat par procuration ?

Temmar lève les verrous laissés par Hamlaoui

La privatisation au pas de charge

Economie nationale

L’informel tient en échec l’officiel

 

 
 
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Algérie-Maroc

L’inévitable ouverture

Les choses semblent s’accélérer depuis le dernier Sommet arabe qui s’est déroulé à Alger, en faveur de la réouverture des frontières terrestres entre l’Algérie et le Maroc. L’annonce officielle pourrait être faite lors du prochain sommet de l’Union du Maghreb arabe (UMA) qui se tiendra bientôt à Tripoli.

Le déplacement, la semaine dernière, du directeur général des Douanes algériennes au poste frontalier Colonel-Lotfi (wilaya de Tlemcen) et les instructions qu’il a données pour “préparer techniquement” cette zone et celle de Boukanoun, sont des indices annonciateurs l’approche de cet événement. Il devient de plus en plus évident que le maintient de la fermeture des frontières avec le voisin marocain n’a plus aucun sens, en particulier depuis l’amélioration sensible de la situation sécuritaire en Algérie. Le discours d’ouverture prôné par les deux pays vers le monde extérieur manque de continuité lorsqu’il s’agit de leurs propres relations bilatérales.

D’Est en Ouest, l’événement est fortement attendu par bon nombre d’Algériens, pour ne pas dire l’ensemble des Algériens. Rappelons que de précédentes rumeurs, lancées il y a près d’une année, avaient eu un effet de “sondage” vu le nombre de véhicules qui s’étaient amassés devant le poste frontalier Colonel-Lotfi (daïra de Maghnia) dans l’espoir de passer la frontière. Le Maroc, comme la Tunisie, sont des destinations très appréciées par une catégorie – une grande majorité – d’Algériens qui ne peuvent pas se permettre, faute de moyens, des vacances en Europe. Encore faudrait-il qu’ils soient éligibles à l’obtention d’un visa.

Certains sont, par contre, sceptiques à propos de cette éventualité. Ils estiment que l’ouverture des frontières va drainer une manne touristique algérienne importante vers le royaume chérifien et que ce serait en défaveur de l’Algérie. Cependant, il faut noter que les chiffres des échanges commerciaux entre les deux pays montrent le contraire. En effet, le volume des importations en provenance du Maroc (voir encadré) est largement inférieur aux exportations algériennes vers ce pays.

Soit ! Mais, ne s’est-on jamais interrogé sur la cause réelle de l’engouement des Algériens à passer leurs vacances en dehors de leur pays ? D’abord, il y a lieu de reconnaître que si les frontières algéro-marocaines venaient à êtres rouvertes, le plus grand perdant dans cette affaire serait bien la Tunisie qui profite, en toute logique, depuis plus d’une décennie, d’un reflux (certes moins important) des touristes algériens habitués du Maroc. Les voyagistes estiment que la destination tunisienne perdrait pas moins de la moitié de ses habitués, une fois que seront complètement rétablies les relations entre le Maroc et l’Algérie.

D’un autre côté, il faut se rendre à l’évidence que c’est la médiocrité de la qualité des prestations du secteur touristique algérien qui est la principale cause, pour ne pas dire l’unique, du désintéressement d’une majorité des Algériens qui en ont les moyens de passer leurs vacances dans leur pays. A cela, il faut ajouter le coût très élevé des prestations dans nos sites touristiques, sans aucun rapport avec la qualité offerte. Sur ce point, nos voisins tunisiens et marocains n’ont vraiment pas volé leur bonne réputation dans le domaine. Il y a lieu, également, de constater l’absence de structures d’accueils adéquates pour les touristes étrangers. Ainsi, l’Algérie ne dispose même pas un aéroport de classe internationale digne de ce nom. Elle n’a pas, comme l’expliquent les professionnels du tourisme, “une vitrine attirante” car, pensent-ils, “un voyage s’apprécie dès la première étape”.

Par ailleurs, toujours dans le cadre des opinions sceptiques, d’autres pensent que la réouverture des frontières terrestres aurait pour conséquence d’augmenter et de faciliter le trafic de marchandises et de drogue entre les deux pays. Mais, à bien y regarder, l’argument paraît très court étant donné que ces trafics, de par leur nature illégale et hors la loi, n’empruntent presque jamais les voies officielles. Et que, dans la plupart des cas, les trafiquants de drogue et les passeurs de moutons, de carburants et autres produits algériens très appréciés au Maroc, continueront à passer par les chemins sinueux de la contrebande qui ne s’est jamais arrêtée ni avant et ni après la fermeture des frontières, en 1993.

Il apparaît évident que l’ouverture des frontières avec le Maroc ne doit pas se discuter en terme de gain ou de perte d’un des deux pays. Car avec ou sans le Maroc, l’Algérie est un gros importateur de produits et de biens de consommation qui compte, presque exclusivement, sur le produit des ventes d’hydrocarbures. Donc l’ouverture des frontières ne va que réorienter une partie (minime) des dépenses vers ce pays. Mais une chose est sûre : si l’ouverture venait à avoir lieu, cette fois, l’Algérien n’ira plus au Maroc, comme cela se passait auparavant, pour acheter des bananes, des pommes et autres fruits et friandises auxquels il n’avait pas accès chez lui. L’ouverture du commerce extérieur en Algérie a eu le temps de modifier les habitudes de l’Algérien qui se déplace en touriste au Maroc ou ailleurs. Cela dit, la reprise complète des relations entre les deux pays ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Elle n’a de sens que si les économies des deux pays s’arrangent pour êtres plus coopératives et créatrices d’opportunités d’investissement. Car un conflit naît rarement entre deux pays très liés économiquement.

Abdelkader Djalil

 

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Echanges commerciaux

L’Algérie vend plus qu’elle n’achète

Les statistiques disponibles au niveau des services des douanes montrent que durant les années 2001 à 2003, la balance commerciale était largement en faveur de l’Algérie. Les exportations marocaines vers l’Algérie durant cette période ont atteint 41,181 millions de dollars. Par contre, le niveau des exportations pendant ces trois années s’est élevé à 465,739 millions de dollars. Le rapport des importations algériennes en provenance du Maroc et des exportations vers ce pays montre que les flux commerciaux à destination du royaume sont 11 fois plus importants que les flux inverses. Notons, également, que la balance commerciale de l’Algérie est positive pas seulement dans le cas du Maroc, mais avec l’ensemble des pays du Maghreb.

De manière générale, les importations en provenance du Maroc sont constituées essentiellement (liste non exhaustive) de produits pharmaceutiques (près de 30%), de caoutchouc, de produits de parfumerie et de préparations cosmétiques, de papiers et cartons, d’huiles essentielles et autres produits chimiques organiques, ainsi que du plomb, de la fonte, du fer et de l’acier.

Quant aux exportations algériennes vers le royaume chérifien, elles sont principalement constituées de combustibles minéraux, de matières bitumeuses, d’huiles minérales et produits de leur distillation (plus de 90%), de produits chimiques (organiques et inorganiques), d’engrais et matières plastiques.

A. D.

 

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Amnistie générale

Passage en force ?

Il est possible que depuis qu’il en a parlé pour la première fois, en novembre de l’année dernière, le président Bouteflika ait fait du chemin vers la concrétisation du projet d’amnistie générale. Toutefois, rien n’interdit de penser, du moins pour le moment, qu’il puisse en être autrement et qu’il se trouve aujourd’hui au point où il en était il y a donc près de six mois. A supposer qu’entre-temps il n’ait pas opéré un repli tactique ou qu’il n’ait pas changé l’ordre des priorités au vu des difficultés qu’il avait peut-être mal appréciées au départ.

La question se pose de savoir s’il va accélérer le processus devant mener jusqu’à l’adoption de la mesure, ou s’il va continuer à se hâter lentement, tâtant le terrain du pied à chaque pas qu’il fait, au risque d’ailleurs de désorienter les forces qui lui sont acquises et attendent plus de détermination de sa part. Cette question se pose d’autant plus qu’on a cru que le dossier sera bouclé au courant de cette année. Il est même arrivé que l’on dise que 2005 ne verra pas l’organisation d’un seul référendum, mais de deux, le deuxième portant sur la révision constitutionnelle. Mais le temps passe, et pas de référendum dans le court terme, bien que l’on prenne soin de paraître y tendre sans désemparer.

A cela une première explication : le terrorisme intégriste, s’il a beaucoup faibli en comparaison de ce qu’il était, n’a toutefois pas entièrement disparu. 400 à 800 terroristes, selon les estimations les plus optimistes, restent en activité, et il se passe rarement une semaine sans qu’ils fassent parler d’eux à travers des attaques contre les forces de l’ordre, ou des massacres de civils, sans compter les attentats individuels qui n’ont pas totalement cessé. Dans ces conditions, faire adopter une loi d’amnistie générale puis la soumettre à l’approbation populaire, n’a pas beaucoup de sens. En tout cas, le procédé serait aussi vain qu’inhabituel. Et si, d’aventure, on s’obstine dans la ligne qu’on s’était tracée et qu’on se décide, en dépit de la persistance de la violence terroriste, à organiser un deuxième référendum, en une matière cette fois qui est loin de se trouver au centre des préoccupations nationales, alors la combinaison sera à ce point éventée que l’échec en sera la sanction quasi inéluctable.

Adopter une amnistie générale alors que le terrorisme et la lutte antiterroriste sont encore aux prises, c’est faire une offre de paix. Mieux, c’est proposer la paix en ayant l’air de parler d’amnistie. La proposition vaudra ce qu’en fera, non pas celui qui en est l’initiateur, mais la partie à qui elle est adressée. Que les groupes terroristes la rejettent, et elle restera lettre morte. Qu’ils l’acceptent au contraire, et l’intendance suivra, qui mènera au plébiscite final.

C’est dire combien “la paix amnistiante” est tributaire du “terrorisme résiduel”. Du reste, ce n’est pas seulement le rétablissement complet de la sécurité sur chaque pouce du territoire national qui dépend du choix des groupes armés (choix qu’ils ne seront sans doute pas seuls à prendre, l’islamisme radical ne se limitant pas à eux), mais également la situation politique du pays après la fin du deuxième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. On imagine mal, en effet, celui-ci entreprendre la révision sans avoir préalablement fait adopter l’amnistie générale. Or, tiendrait-il autant à celle-ci s’il pouvait directement aller à celle-là ? Rien ne dit aujourd’hui que les deux projets sont indépendants l’un de l’autre de son point de vue.

Les tenants de la violence terroriste, qu’ils appartiennent aux groupes armés ou à la branche politique, savent qu’ils ont un jeu à jouer dans ces conditions. Militairement parlant, ils se doutent bien qu’ils n’ont plus beaucoup de chances de redresser leur situation. Mais voilà que les questions de pouvoir, où ils ne sont pas partie prenante dans le principe, qui viennent à leur secours en ce qu’elles font d’eux, eux qui sont des perdants, une partie qui a son mot à dire. Pour eux (qui ne sont pas demandeurs d’amnistie, on ne le répètera jamais assez) la chose la importante désormais, c’est leur retour sur la scène politique légale. C’est le seul sens que revêt pour eux la notion d’amnistie générale. Pas de réhabilitation, donc pas d’arrêt de l’action terroriste.

Récemment encore, le président Bouteflika, s’exprimant devant les cadres de la nation à l’occasion du 1er anniversaire de son deuxième mandat, avait absolument écarté cette éventualité. Ces gens-là, avait-il dit, n’ont plus droit qu’au pain et à l’oxygène. Se rendait-il compte, en disant cela en ces termes, que son offre de paix n’avait plus de raison d’être ? Logiquement, après une déclaration de ce genre, il devait abandonner son projet, ou à tout le moins le différer aussi longtemps que le terrorisme n’a pas désarmé. Or, tout indique au contraire qu’il maintient le cap sur l’amnistie.

La satisfaction de la principale revendication de l’islamisme radical n’est cependant pas le seul obstacle qui s’oppose à l’adoption de la mesure dans les meilleurs délais. Les associations des familles des victimes, et celles des disparus, la récusent par principe, du moins dans la forme qu’elle prend actuellement, sur la foi des déclarations de certaines voix autorisées. Des franges de l’opinion, ainsi que des formations politiques, comme le FFS par exemple, s’y opposent dès maintenant. Le constat est aujourd’hui vite fait : il n’y a pas de consensus sur le projet. Certes, le président Bouteflika dispose quand même d’assez de forces pour faire passer la loi au parlement, et lui obtenir ensuite la consécration populaire, étant donné qu’il compte la soumettre à référendum. Il reste que dans cette configuration, son succès risque d’avoir un goût amer de défaite. Et un retour de flamme est à craindre, qui peut lui être dommageable. Qu’on imagine, en effet, les sentiments qui s’empareront de l’opinion si, comme cela est plausible, des actes terroristes particulièrement sanglants surviennent peu de temps après la consultation populaire.

Ceci dit, si l’intention de passer en force est palpable, il n’est pourtant pas acquis dès maintenant que c’est bien ce qui va se passer. Dans cette affaire, de surcroît, le président Bouteflika et son entourage donnent le sentiment de ne pas avoir vraiment anticipé les difficultés de l’entreprise. Par moments, ils ne sont pas sans évoquer des personnes qui ne voient les obstacles placés en travers de leur chemin que lorsqu’ils arrivent à leur contact. Ils font certes preuve de prudence, mais seulement une fois qu’ils ont été arrêtés par une difficulté. Ils manquent de visibilité, ou bien ils se laissent tromper par un terrain plus accidenté qu’il ne le paraît de la hauteur d’où ils l’observent. Le grand défaut que présente le projet, c’est plus tard qu’il apparaîtra avec la clarté et la netteté qui lui manquent aujourd’hui. Il est le suivant : une amnistie générale qui survient alors que toutes les causes de la violence n’ont pas été dépassées, non seulement ne garantit pas la paix (alors que c’est la paix qui fait l’amnistie, ce n’est pas l’amnistie qui fait la paix), mais fait courir le risque de faire porter toute la responsabilité de la violence sur les forces de sécurité. La mesure n’est pas plus tôt adoptée que les islamistes, aidés en cela par leurs alliés de tout bord, clameront à la face du monde leur totale innocence dans les atrocités et autres crimes commis contre l’humanité au plus fort de la crise. Leur argument sera aussi simple que percutant : si c’étaient nous les coupables, diraient-ils sûrement, pensez-vous que nous serions amnistiés ? Quand nous disions que nous étions innocents ! La voici la preuve, elle s’appelle l’amnistie générale.

M. Habili

 

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On discute des médias sans les professionnels

Un débat par procuration ?

Premier jalon d’un débat qui n’a pas encore eu lieu, la rencontre sur le discours religieux dans les moyens d’information, tenu la semaine dernière à Dar El-Imam, dans la banlieue algéroise de Mohammadia, aura manqué d’intéresser avant tout les spécialistes de la communication.

Si l’on est certain, dans le milieu de la communication, de la nécessité de commencer le débat sur les médias et avec eux, cette occasion n’a été qu’une cérémonie d’autocongratulation.

Hormis la participation de Salim Kellala, enseignant à l’université d’Alger, au fait des questions de la communication pour ses contributions régulières dans les médias les autres intervenants étaient pour la plupart des religieux ou des universitaires proches également des affaires religieuses.

Pourtant, même dans ce domaine sensible qui est celui de la foi, la question de l’implication des médias est évoquée de manière cyclique. D’ailleurs, le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah n’a pas manqué de signaler, dès le premier jour des travaux, qu’il ne donnait pas de directives aux imams pour leurs prêches du vendredi, une manière de dire que finalement seule la compétence et le niveau de formation de l’imam garantissait la qualité du message.

La même occasion a été saisie pour  porter un vibrant hommage aux hommes de foi qui ont contribué à la propagation du message religieux, notamment Ahmed Hamani.

Faut-il en vouloir aux religieux de lancer un tel débat ou bien leur en vouloir de ne pas associer les médias à une problématique qui les concerne ?

Le ministère des Affaires religieuses a décidé de créer un club de la presse ouvert aux journalistes qui se penchent sur les questions religieuses. Insuffisant certainement, si on tend à plus de professionalisme dans les médias par rapport à un domaine sensible, d’autant que dans d’autres secteurs, des clubs de la presse n’ont jamais pu jouer le rôle qui leur incombait. Il reste que l’initiative demeure louable alors que l’on imagine le ministère du culte incapable de se renouveler ou de se doter de moyens dynamiques pour communiquer.

Interrogé à ce propos, Ahcene Belkacem Djaballah (*), spécialiste en communication, explique pour sa part que c’est la capacité de communiquer dans le domaine religieux dans le cadre de la citoyenneté qui doit être mis en avant.

Faut-il signaler que Salim Kellala a eu, à quelque chose près, le même constat ?

Dès lors, on comprend que la question du rôle des médias est perçue sous un angle autre dès que ce sont ceux qui font les médias qui s’expriment.

Quant au discours religieux, pour Djaballah, on a déjà constaté les dégâts lorsque le discours religieux était fait n’importe comment, évoquant le nombre de morts et les dégâts matériels enregistrés durant les années 1990. Il soutient autant une formation de fond pour les religieux qui doivent communiquer que pour les journalistes et professionnels des médias lorsqu’ils doivent aborder les questions religieuses. Il se demande aussi si les pouvoirs publics se sont interrogés sur la communication institutionnelle dans le domaine de la religion.

Une occasion ratée ?

Le séminaire, qui évoque le rôle des médias, aurait pu être l’occasion de lancer le débat sur ce qui entrave la naissance et l’évolution d’une presse algérienne crédible et professionnelle. La religion est l’un des aspects de l’information auquel est confrontée la corporation des journalistes, sans que ce soit la seule. Elle implique ce que l’on appelle la responsabilité sociale des médias (Medias Accountability System).  Cela est d’autant plus vrai que les professionnels des médias tardent à organiser eux-mêmes ce débat, même s’ils sont prompts à participer à des séminaires et des rencontres qui ont pour sujet les médias.

A titre d’exemple, cette semaine, un débat avec une journaliste américaine a eu lieu à la fondation Fredrich-Ebert, organisé par le National Democratic Institute sur “Le rôle des médias dans la résolution des conflits”. Ce n’est pas le débat de l’heure pour la presse algérienne, mais il faut bien aussi se frotter à ce qui s’est fait ailleurs et aux expériences des autres. Evoquer le Rwanda ou un autre pays qui a connu une grave crise et si tant est que la presse ait pu jouer un rôle, du moins pour déblayer le terrain, est une approche intellectuellement intéressante et enrichissante.

Si on soutient en Algérie qu’il y a d’abord des questions d’éthique et de professionnalisme à régler, il y a aussi une question de liberté qui se pose. A ce propos, un débat devait être organisé sur la nouvelle loi sur la presse, mais cela était à l’initiative du ministre de la Communication. Aujourd’hui, ce ministère est toujours vacant et il ne fait aucun doute qu’il ne faudra pas compter sur lui pour organiser rapidement un débat sur quoi que ce soit. Si tant est que le débat doit avoir lieu, ne devrait-il pas être organisé par les gens des médias eux-mêmes ? Bien entendu, dans cette optique, il faudrait que les professionnels puissent s’organiser dans un cadre qui leur est propre et c’est probablement là que toute la problématique réside.

Amine Esseghir

(*) Interrogé dans le cadre de l’émission Le magazine du week-end de Radio Alger chaîne III

 

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Temmar lève les verrous laissés par Hamlaoui

La privatisation au pas de charge

La récente rencontre entre Hamid Temmar et les directeurs des SGP et des sociétés non affiliées a été révélatrice de la nouvelle orientation en matière de privatisations. Pour autant, l’essentiel des contraintes n’est pas encore abordé.

Ce rendez-vous, tenu à huis clos, à la fois officiel mais sans avoir été sanctionné par aucun communiqué public (les vieux réflexes ont la vie dure), n’était en aucun cas une simple prise de contact. L’architecte de l’actuel dispositif de gestion des entreprises publiques et des capitaux marchands de l’Etat retrouve son équipe, la même pour ainsi dire, pour relancer un ministère dont il est à l’origine du concept même, c’est-à-dire par delà les calculs des partis politiques auxquels le chef de l’Etat est tout de même dans l’obligation de faire appel (ne serait-ce que formellement). Et présentement, en dehors de la sphère du chef du gouvernement lui-même qui s’était arrangé, en tant que président du Conseil des participations de l’Etat (CPE) pour mettre sous sa coupe le MPPI. A vrai dire, nul n’ignore que le département de Temmar dépend directement du chef de l’Etat, en ce sens que le départ de Hamlaoui signifie à la fois l’insatisfaction du président Bouteflika du rythme de la privatisation et de la manière avec laquelle le processus a été géré jusque-là. Le pic de la déviation de l’objectif même de la privatisation a été atteint avec la vente (à quel tarif ?) d’entreprises publiques à des… entreprises ou organismes publics ! Alors que le principe même de la démarche est de réaliser un transfert de propriété au bénéfice du privé, justement parce que l’Etat ne peut plus (ou ne veut plus – un débat mérite d’être ouvert) dépenser le moindre dinar pour les maintenir en activité.

Sur un autre versant de la question, à peine installé, Hamid Temmar s’est attaqué à l’un des principaux obstacles qui avait pour effet de ralentir les opérations de privatisation. Son successeur, Yahia Hamlaoui, qui compte à son actif une centaine d’EPE cédées, n’a pas moins péché par “excès d’étatisme” en limitant les opérations d’évaluation des entreprises publiques aux seuls bureaux d’études algériens. Evaluation du patrimoine s’entend, mais aussi du prix de cession à proposer. Ce qui s’apparentait à un rouleau compresseur, à travers une série d’effets d’annonce inédits, un semblant de banalisation de l’acte de privatisation, en l’étalant sur le site Internet du MPPI, n’avait en fait rien à voir avec la réalité du terrain. 

Les bureaux d’études locaux ont tôt fait de voir leurs plans de charge saturés, reléguant les retardataires à des délais indéterminés. Cette situation a fait que nombre d’acquéreurs ont effectué ce qu’on appelle ici sans humour “leur manifestation d’intérêt”, sans pour autant pouvoir trouver une réponse immédiate à leur requête.

Pour lever ce verrou, Temmar a informé ses vis-à-vis qu’une prochaine circulaire allait permettre aux SGP de solliciter les bureaux d’études et autres banques d’affaires afin d’accélérer les opérations d’évaluation.

Autre correctif, inspiré sans le moindre doute de l’épisode Blanky-Enasucre : le ministre de la Participation et de la coordination des réformes a instauré de nouvelles règles concernant le mode de paiement des acquisitions. Temmar exige un paiement cash en cas de cession totale, un échéancier n’étant possible qu’en cas de rachat partiel, le tout assorti d’un agenda le plus court possible pour libérer les parts sociales ou les actions.

Cette initiative aura au moins le mérite  d’ouvrir la perspective de rattraper un retard en en ce qui concerne la trésorerie d’une certain nombre de fonds créés pour être partiellement alimentés par les recettes de la privatisation. Ce qui n’a jamais eu lieu. Il est vrai que les budgets engloutis dans le seul fonctionnement (frais, salaires, études, consulting…) des holdings puis des SGP juste pour faire aboutir la privatisation risquent de dépasser de loin les recettes de la privatisation elle-même. Mais le fait d’avoir instauré des balises à ce niveau est en soi une bonne chose.

Le traumatisme de l’affaire Blanky-Enasucre – à inscrire dans les annales de l’amateurisme dans la gestion des affaires publiques – est encore vivace, puisque le repreneur, le groupe Cherfaoui, a été tancé pour n’avoir pas disposé des garanties financières suffisantes après avoir signé le contrat de vente de l’Enasucre.

Pour Hamid Temmar, de retour, il n’y a pas que la privatisation en tant que processus technique, ou parsemé d’embûches politiques dont le degré nuisance dépend de celui du soutien de Bouteflika. Il y a surtout la valeur réelle des EPE sur la liste des privatisables, valeur définie non pas par l’Etat, mais par le marché lui-même.

Nous savons de bonne source que lors de la rencontre Temmar-directeurs de SGP, ceux-ci ont rappelé la situation difficile d’une majorité d’entreprises publiques. Les effets des “restructurations successives” ont tôt fait de handicaper les EPE dans leur bonne marche, allant jusqu’à les figer dans un état de “désinvestissement” chronique, puis “d’endettement lourd” qui, en aval, se répercute sur la possibilité de “régulation du patrimoine des entreprises”.

Cette difficulté inhérente à la valeur de l’EPE en général, dans son marché local, protégé ou non, selon les filières, fait qu’il reste difficile à privatiser. Le ministre lui-même reconnaît aujourd’hui cet état de fait en confirmant que “les entreprises privatisées à ce jour sont de taille moyenne seulement”. Celles de moindre taille posent le problème de la compétitivité, puisqu’elles sont déjà totalement dépassées par le nouveau contexte, “face à un privé dynamique qui représente 85% de la valeur ajoutée” (hors hydrocarbures).

En revanche, les grandes entreprises ne semblent pas prêtes à quitter le giron de l’Etat. Les choses ne sont pas ouvertement dites, mais la démarche telle qu’elle s’annonce n’exclut pas de subordonner le devenir des “grosses boîtes” à la politique gouvernementale.

Ainsi en est-il fort probablement du plan de soutien à la croissance économique, doté d’un budget de 55 milliards de dollars, dans lequel il est impératif d’impliquer les principales capacités de réalisation du secteur public. C’est ce qu’il faut entendre lorsque le ministre en charge de la Participation et de la Promotion de l’investissement donne pour directive aux SGP Grand travaux de “réorganiser les entreprises, d’en consolider les capacités et de les orienter vers des partenariats avec les sociétés étrangères”.

Ence qui concerne l’autre volet des entreprises de même taille, Hamid Temmar va dans le sens du maintien de celles-ci loin de l’urgence de la liquidation du secteur public. Les grands complexes industriels (SNVI, ENIE, Eniem…) de mécanique et d’électronique sont appelés à contracter des accords de partenariat avec des firmes étrangères en vue du “maintien l’outil de production”.

Le reste abrite une noria d’entreprises monopolistiques qui, elles, intéressent réellement les repreneurs étrangers en raison de leurs parts de marchés on disputés dans le cadre d’un marché protégé. A ce niveau-là, également, H. Temmar recommande que leurs dossiers soient confiés à des bureaux spécialisés, étrangers si nécessaires, qui seront, après avoir remporté l’appel d’offres, homologués par le MPPI pour accompagner le processus.

Une manière d’aller dans un autre sens, mais pas forcément à un rythme supérieur.

Nabil Benali

 

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Economie nationale

L’informel tient en échec l’officiel

Pour certains, économistes ou politiques, le secteur informel a atteint de telles proportions qu’il est désormais urgent de juguler son extension, sans quoi il continuerait de gagner sur le secteur légal pour finir par le repousser dans les marges, achevant de la sorte de se substituer à lui dans le champ du visible et de la norme. La dramatisation est comme de mise s’agissant d’un phénomène rebelle à tous égards, qui a su jusque-là défier aussi bien les services de l’Etat chargés de lutter contre lui que les analystes qui veulent prendre sa mesure, découvrir ses ressorts  et ses réseaux pour, dans un deuxième temps, proposer une thérapie susceptible de le réduire.

Les termes employés pour le décrire sont souvent ceux-là mêmes dont usent les médecins pour dire leur impuissance devant une maladie qui s’étend inexorablement. Pourtant, si grandes que soient son étendue et la vigueur dont elle fait encore preuve, l’économie parallèle n’a pas vocation à se substituer à toute l’économie légale. Sa nature même s’oppose à ce qu’elle franchisse certaines frontières. C’est que l’informel a besoin du formel pour prospérer à ses dépens. Les avantages qu’il retire de l’illégalité cesseraient s’il prenait toute la place de l’économie légale. Il est génétiquement un parasite, c’est en tant que tel qu’il se développe et perdure. Il n’enflera donc pas jusqu’à être extensible au corps qu’il ronge, même s’il semble avoir assez d’appétit pour le dévorer tout entier.

Si la mauvaise monnaie chasse la bonne, pour autant qu’on la laisse faire, l’économie parallèle, en revanche, se tracera à elle-même ses propres limites, aussi longtemps qu’il y aura des pouvoirs publics et un champ assujetti à des règles. En fait, il faut que toute autorité ait cessé d’exister ou qu’elle ait nettement reflué, pour que les activités jusque-là clandestines se répandent de tout leur long à la surface. En somme, pour que l’informel déborde la frontière par quoi il se définissait, il doit se trouver dans l’incapacité d’éviter de s’abîmer dans l’anarchie générale.

Pourquoi donc cette tendance consistant à surestimer le danger représenté par une réalité, certes très révélatrice des disparités de toute nature qui grèvent l’appareil économique dans son ensemble, mais qui ne peut être assimilée à une déferlante appelant une action vigoureuse et de longue haleine ? Ne s’agirait-il pas de se convaincre de l’inutilité de toute résistance, et donc de la nécessité de légaliser les activités souterraines soi-disant sous prétexte d’en tirer quelque bénéfice, de s’incliner devant une poussée de toute façon irrépressible ?

Mouloud Hamrouche, en réserve de la République depuis maintenant une quinzaine d’années, est partisan de la légalisation. Il vient de nous le rappeler dans une intervention publique abondamment commentée par des titres qui, à défaut d’autre chose, ont du moins la reconnaissance du ventre, ce qui – soit dit en passant – n’est pas si mauvais. Pourtant, c’est une franche absurdité que de préconiser l’intégration de l’informel dans le formel car le premier n’existe que grâce au second et pour autant qu’il diffère de lui. En d’autres termes, l’économie souterraine n’aspire pas à être reconnue, sauf à vouloir s’autodétruire, ce qui est peu plausible. Les surprofits que ses tenants réalisent, pense-t-on sérieusement qu’ils sont prêts à les sacrifier pour avoir accès à la légalité ? On comprendrait d’autant moins pareille revendication si l’on admettait, comme l’ancien chef de gouvernement, que c’est l’informel qui est dans le vrai, qui représente la véritable économie, celle où se donnent libre cours les lois du marché, non le formel qui, lui, incarne au contraire le versant faussé, qui ne tient que par la volonté des autorités politiques dont il est d’ailleurs difficile de dire qu’elles agissent sous l’empire de l’intérêt général. Il n’est évidemment pas innocent de rappeler qu’on a toujours été partisan de la régularisation du secteur informel. Mais le meilleur indice que Mouloud Hamrouche voit dans l’informel, l’économie vraie, c’est lorsqu’il renvoie aux marchés parallèles pour savoir ce que vaut réellement la monnaie nationale. De sorte que, pour lui, gouverner, c’est au fond la chose la plus aisée qui soit, puisque cette tâche consiste à entériner après coup, au moyen des lois, ce qu’auront accompli sans contrainte exogène les forces spontanées, les forces saines du marché réel, d’autant plus réel qu’il se situe et se développe hors des initiatives bureaucratiques, forcément mal venues.

D’autres, en revanche, préconisent une lutte sans merci contre un fléau qu’ils n’accréditent d’aucun aspect positif. Sans doute font-ils, du moins pour certains d’entre eux, une distinction fondamentale entre ce qu’ils appellent l’informel de survie, qu’ils estiment soluble dans l’économie légale, et l’informel prédateur, qui fait système et n’a de cesse de s’insinuer partout où il trouve du champ devant lui, pour tout pervertir et tout corrompre. Il est d’ailleurs inséparable de cette autre gangrène qu’est la corruption, ainsi que d’autres formes de criminalité qui, à leur tour, le nourrissent. Les tenants de cette opinion imputent, sinon aux réformes elles-mêmes, du moins à la façon dont  elles ont été conduites, la responsabilité des déviances affectant l’économie nationale dans nombre de ses compartiments. De ce point de vue, le secteur informel, en tout cas tel qu’il se présente aujourd’hui, serait la conséquence d’un programme de restructuration mené avec une extrême rigueur sous les injonctions du FMI.

Il se trouve que ce qui est présenté d’abord comme effet ne tarde pas à se transformer en cause une fois que le diagnostic est établi et qu’il s’agit de proposer des solutions. La contradiction est d’autant plus marquée qu’on a souvent commencé par dire que l’économie parallèle n’apparaît que là où le lui permettent les déficiences de l’économie formelle. A ce titre, elle ne se borne plus à occuper des terrains laissés à l’abandon pour y fleurir, mais elle prend des initiatives visant à évincer des activités légales là où ses intérêts le lui commandent. Son expansion continue, dit-on, lui a fait faire jonction avec un courant politique qui lui promet de faire en sorte que ce soit la loi qui se mettra en conformité avec lui et non l’inverse.

Qui ne voit, en effet, que l’islamisme, notamment dans sa version la plus populiste, et le secteur informel sont l’un vis-à-vis de l’autre comme la pratique par rapport à la théorie ? Il en est même qui pensent que les deux ont désormais partie liée au point de former des vases communicants si bien qu’une action  efficace à leur encontre doit être menée sur les deux fronts. L’argent collecté par les terroristes serait injecté dans les réseaux informels pour retourner, dans un deuxième temps, aux groupes terroristes, à titre de financement. Le circuit, de plus, serait fermé, rodé, tant et si bien que la lutte antiterroriste devrait s’étendre au secteur informel, sinon elle serait incomplète et donc inefficace. Notons que cette conception diffère notablement de celle défendue par M. Hamrouche, qui avait attribué, quand il était chef du gouvernement, les prémices de la violence terroriste aux seuls barons de l’informel.

Les deux opinions, néanmoins, sont aujourd’hui invérifiables. Même dans la supposition où terrorisme et économie informelle seraient deux aspects d’une même réalité, il reste qu’il est impossible de les combattre avec les mêmes armes. A vrai dire, le secteur informel n’est efficacement réductible que par une croissance forte se traduisant par une production alliant la quantité à la qualité, et par une création suffisante d’emplois. Alors seulement, l’illégalité en matière économique sera de nouveau un phénomène marginal.

M. Habili

 

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