Semaine du 18 au 24 mai 2005

Le 8 Mai suscite une polémique entre Alger et Paris

La mémoire et la politique

 

 
 
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Le 8 Mai suscite une polémique entre Alger et Paris

La mémoire et la politique

La hausse observée en ce début de mois de mai ne concerne pas seulement la chaleur. En effet, le ton est également monté entre Alger et Paris. A croire que d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, on est à l’affût du moindre prétexte pour qu’un voile assombrisse le ciel, que l’on disait au beau fixe depuis l’été dernier. Cette fois, la polémique s’est installée à l’occasion de la commémoration du 8 Mai 1945.

L’éditorialiste du Jour d’Algérie est loin de se tromper lorsqu’il rappelle que “ce n’est certainement pas la première fois que les relations entre Alger et Paris connaissent des périodes de tension aiguë”. Mais encore, cette situation est jugée conforme à la normalité puisque, est-il estimé, “entre deux anciens belligérants, il aurait été étonnant qu’il en soit autrement alors que les Algériens ont perdu dans l’histoire plus d’un million et demi des leurs et les Français le joyau de leur empire colonial”.

Le poids du passé

Mais si les prévisions météorologiques prédisent le maintien de la tendance du mercure vers le haut, il reste que s’agissant des relations algéro-françaises, on ne sait pas trop sur quoi va aboutir cette nouvelle bouffée de chaleur. Un des souci qu’elle a suscité est le suivant : va-t-elle compromettre la signature du traité d’amitié, prévue avant la fin de cette année en cours ? C’est la question à laquelle la presse nationale a tenté de répondre, d’autant que, du côté algérien, on persiste à exiger de la France des excuses.

C’est ce que rappelle El Watan du dimanche 15 mai. Selon le rédacteur, “le traité (…) paraît sérieusement compromis” en raison des “conditions” posées par l’Algérie. De quoi s’agit-il ? Le quotidien explique : les conditions sont “essentiellement liées à l’acte de repentance”. C’est en réalité l’opinion exprimée par le président de l’Association du 8 Mai 45 qui, dans une déclaration qualifiée de “très virulente”, a affirmé que “la repentance reste pour le peuple algérien la condition sine qua non en vue de la conclusion du futur traité d’amitié franco-algérien”. Ce qui amènera le rédacteur à déduire qu’”étape importante dans la réconciliation entre les peuples algérien et français, le traité d’amitié s’avère à lui seul incapable de gommer les contentieux historiques”. S’est-on trompé de démarche ? Si l’on en croit le quotidien, la réponse semble évidente. Pour le rédacteur, “un travail de mémoire, rigoureux, sans complaisance, paraît indispensable” pour venir à bout du passé. En attendant, est-il souligné, les autorités françaises ont préféré “fermer la parenthèse”. Mieux encore, “il semble qu’elles veuillent calmer le jeu” mais, est-il précisé, “sans pour autant répondre aux appels pressants d’Alger”.

De son côté le quotidien arabophone El Khabar paraissant le même jour revient sur la question en rapportant, en Une de son édition, la revendication de la famille révolutionnaire par le biais de laquelle elle demande à la France de “se débarrasser de son passé noir en présentant des excuses”.

Peut-on faire l’impasse ?

La famille révolutionnaire réagit, souligne le communiqué du ministère français des Affaires étrangères, qui s’est exprimé à la suite des propos du président de la République comparant aux fours crématoires des nazis les fours à chaux utilisés pour incinérer les cadavres des Algériens tués durant les évènements qui ont secoué le Constantinois en mai 1945. Pourtant, est-il rapporté par El Watan du 14 mai 2005, même en France, “des voix s’élèvent pour demander le rétablissement de la vérité sur les crimes coloniaux. Toute la vérité”. Mais, est-il ajouté, “la tâche paraît laborieuse en ce sens qu’elle réveille les démons du passé et doit amener à la reconnaissance d’atrocités jusque-là ignorées”.

Il semblerait qu’elle ne soit pas souhaitée eu égard à “l’irritation” de Paris “suite aux propos de Bouteflika”. En fait, souligne La Nouvelle République du samedi 14 mai, “les réactions tous azimuts émanant du cercle français dénotent toute la différence qui sépare les regards portés sur le fait colonial par chacune des deux parties”.

Et une question est posée par Le Jeune Indépendant du jeudi 12 mai : “La France (serait-elle) allergique à son histoire ?” Reste que ce nouveau “nuage surgi du passé” suscite une crainte soulevée par le rédacteur de La Nouvelle République : “Cet aspect des choses, met-il en garde, ne manquera certainement pas d’influer de manière négative sur la refondation des rapports bilatéraux et le traité d’amitié auquel se préparent les deux pays”. Une éventualité qui peut cependant être écartée par “une solution médiane” qui viendrait tempérer “les ardeurs de certains qui voient d’un mauvais œil ce rapprochement entre les peuples algérien et français”. A moins que, comme le suggère l’éditorialiste de Liberté du 12 mai, que l’on décide d’un côté comme de l’autre de faire “l’impasse sur ce passé commun contradictoire pour ne pas compromettre les espoirs de la refondation”. Reste, se reprend le rédacteur, qu’”une telle démarche équivaut tout simplement à un déni de la réalité, car ce passé est là et il s’agit de solder ses blessures, ses douleurs, ses ressentiments à travers un travail de mémoire”. Il poursuit en ajoutant : “Une mémoire qui, une fois exhumée, regardée, nommée, devrait, au contraire, servir de contrefort à l’entreprise de rapprochement entre les deux pays qui sont (…) à quelques mois de la signature d’un traité d’amitié censé sceller de manière irréversible la réconciliation (…).” Mais, conclut l’éditorialiste, cela n’exclut pas que “la mémoire a sa raison que la politique ne connaît pas forcément”.

Rupture…

Reste que tout en partageant cette vérité, l’éditorialiste du Jour d’Algérie estime néanmoins que “s’il ne fait aucun doute que la question de la culpabilité de la France dans ses crimes coloniaux est évidente et que la question du statut de victime de l’Algérie est on ne peut plus légitime, il faut aussi savoir faire des choix politiques stratégiques clairs”.

A défaut d’y parvenir, comme cela est rappelé, au regard du “cours dangereux que sont en train de prendre subitement les relations algéro- françaises, il serait peut-être même plus judicieux de songer sérieusement à une rupture pure et simple que de continuer à traîner des aigreurs et des récriminations qui nous ramènent vingt ans en arrière sans autre bénéfice pour les deux peuples que le réveil de racismes dévastateurs”. A bon entendeur…

Nadia Kerraz

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