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Le 8 Mai
suscite une polémique entre Alger et Paris
La mémoire et
la politique
La hausse observée
en ce début de mois de mai ne concerne pas seulement la chaleur. En
effet, le ton est également monté entre Alger et Paris. A croire que
d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, on est à l’affût du
moindre prétexte pour qu’un voile assombrisse le ciel, que l’on
disait au beau fixe depuis l’été dernier. Cette fois, la polémique
s’est installée à l’occasion de la commémoration du 8 Mai 1945.
L’éditorialiste du
Jour d’Algérie est loin de se tromper lorsqu’il rappelle que “ce
n’est certainement pas la première fois que les relations entre
Alger et Paris connaissent des périodes de tension aiguë”. Mais
encore, cette situation est jugée conforme à la normalité puisque,
est-il estimé, “entre deux anciens belligérants, il aurait été
étonnant qu’il en soit autrement alors que les Algériens ont perdu
dans l’histoire plus d’un million et demi des leurs et les Français
le joyau de leur empire colonial”.
Le poids du
passé
Mais si les
prévisions météorologiques prédisent le maintien de la tendance du
mercure vers le haut, il reste que s’agissant des relations
algéro-françaises, on ne sait pas trop sur quoi va aboutir cette
nouvelle bouffée de chaleur. Un des souci qu’elle a suscité est le
suivant : va-t-elle compromettre la signature du traité d’amitié,
prévue avant la fin de cette année en cours ? C’est la question à
laquelle la presse nationale a tenté de répondre, d’autant que, du
côté algérien, on persiste à exiger de la France des excuses.
C’est ce que
rappelle El Watan du dimanche 15 mai. Selon le rédacteur, “le traité
(…) paraît sérieusement compromis” en raison des “conditions” posées
par l’Algérie. De quoi s’agit-il ? Le quotidien explique : les
conditions sont “essentiellement liées à l’acte de repentance”.
C’est en réalité l’opinion exprimée par le président de
l’Association du 8 Mai 45 qui, dans une déclaration qualifiée de
“très virulente”, a affirmé que “la repentance reste pour le peuple
algérien la condition sine qua non en vue de la conclusion du futur
traité d’amitié franco-algérien”. Ce qui amènera le rédacteur à
déduire qu’”étape importante dans la réconciliation entre les
peuples algérien et français, le traité d’amitié s’avère à lui seul
incapable de gommer les contentieux historiques”. S’est-on trompé de
démarche ? Si l’on en croit le quotidien, la réponse semble
évidente. Pour le rédacteur, “un travail de mémoire, rigoureux, sans
complaisance, paraît indispensable” pour venir à bout du passé. En
attendant, est-il souligné, les autorités françaises ont préféré
“fermer la parenthèse”. Mieux encore, “il semble qu’elles veuillent
calmer le jeu” mais, est-il précisé, “sans pour autant répondre aux
appels pressants d’Alger”.
De son côté le
quotidien arabophone El Khabar paraissant le même jour revient sur
la question en rapportant, en Une de son édition, la revendication
de la famille révolutionnaire par le biais de laquelle elle demande
à la France de “se débarrasser de son passé noir en présentant des
excuses”.
Peut-on faire
l’impasse ?
La famille
révolutionnaire réagit, souligne le communiqué du ministère français
des Affaires étrangères, qui s’est exprimé à la suite des propos du
président de la République comparant aux fours crématoires des nazis
les fours à chaux utilisés pour incinérer les cadavres des Algériens
tués durant les évènements qui ont secoué le Constantinois en mai
1945. Pourtant, est-il rapporté par El Watan du 14 mai 2005, même en
France, “des voix s’élèvent pour demander le rétablissement de la
vérité sur les crimes coloniaux. Toute la vérité”. Mais, est-il
ajouté, “la tâche paraît laborieuse en ce sens qu’elle réveille les
démons du passé et doit amener à la reconnaissance d’atrocités
jusque-là ignorées”.
Il semblerait
qu’elle ne soit pas souhaitée eu égard à “l’irritation” de Paris
“suite aux propos de Bouteflika”. En fait, souligne La Nouvelle
République du samedi 14 mai, “les réactions tous azimuts émanant du
cercle français dénotent toute la différence qui sépare les regards
portés sur le fait colonial par chacune des deux parties”.
Et une question
est posée par Le Jeune Indépendant du jeudi 12 mai : “La France
(serait-elle) allergique à son histoire ?” Reste que ce nouveau
“nuage surgi du passé” suscite une crainte soulevée par le rédacteur
de La Nouvelle République : “Cet aspect des choses, met-il en garde,
ne manquera certainement pas d’influer de manière négative sur la
refondation des rapports bilatéraux et le traité d’amitié auquel se
préparent les deux pays”. Une éventualité qui peut cependant être
écartée par “une solution médiane” qui viendrait tempérer “les
ardeurs de certains qui voient d’un mauvais œil ce rapprochement
entre les peuples algérien et français”. A moins que, comme le
suggère l’éditorialiste de Liberté du 12 mai, que l’on décide d’un
côté comme de l’autre de faire “l’impasse sur ce passé commun
contradictoire pour ne pas compromettre les espoirs de la
refondation”. Reste, se reprend le rédacteur, qu’”une telle démarche
équivaut tout simplement à un déni de la réalité, car ce passé est
là et il s’agit de solder ses blessures, ses douleurs, ses
ressentiments à travers un travail de mémoire”. Il poursuit en
ajoutant : “Une mémoire qui, une fois exhumée, regardée, nommée,
devrait, au contraire, servir de contrefort à l’entreprise de
rapprochement entre les deux pays qui sont (…) à quelques mois de la
signature d’un traité d’amitié censé sceller de manière irréversible
la réconciliation (…).” Mais, conclut l’éditorialiste, cela n’exclut
pas que “la mémoire a sa raison que la politique ne connaît pas
forcément”.
Rupture…
Reste que tout en
partageant cette vérité, l’éditorialiste du Jour d’Algérie estime
néanmoins que “s’il ne fait aucun doute que la question de la
culpabilité de la France dans ses crimes coloniaux est évidente et
que la question du statut de victime de l’Algérie est on ne peut
plus légitime, il faut aussi savoir faire des choix politiques
stratégiques clairs”.
A défaut d’y
parvenir, comme cela est rappelé, au regard du “cours dangereux que
sont en train de prendre subitement les relations algéro-
françaises, il serait peut-être même plus judicieux de songer
sérieusement à une rupture pure et simple que de continuer à traîner
des aigreurs et des récriminations qui nous ramènent vingt ans en
arrière sans autre bénéfice pour les deux peuples que le réveil de
racismes dévastateurs”. A bon entendeur…
Nadia Kerraz
Haut
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