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Secteur de l'agriculture
Quand les
rentiers s'y mettent
Le bras de fer,
qui dure depuis le début de l'année, entre le ministère de
l'Agriculture et l'Union nationale des paysans algériens (UNPA), est
révélateur d'un malaise profond et ancien qui gangrène le secteur de
l'agriculture en Algérie. En effet, l'UNPA refuse dur comme fer que
les élections pour désigner des caisses régionales de la mutualité
agricole aient lieu. Genèse du problème…
Tout a commence
quand le secrétaire général du ministère de l'Agriculture a publié
une note dans laquelle sont énumérées les huit conditions
essentielles pour que le fellah puisse se présenter aux élections
des membres de l'administration des caisses régionales de mutualité
agricole. Avant toute chose, la note du ministère insiste pour que
le fellah soit instruit, il ne doit pas faire partie de l'assemblée
communale et de wilaya, il ne doit pas avoir de dettes auprès des
banques. Il doit avoir signé un contrat de quatre années avec une
compagnie d'assurance, mais aussi et surtout il doit avoir un casier
judiciaire sans reproches.
Ces conditions
sont le point de départ d'une contestation qui ne prend pas fin de
la part de l'UNPA, dont les membres estiment que ces décisions sont
injustes pour les fellahs. Par là même, ils dénoncent la situation
des bureaux régionaux de la Caisse nationale de mutualité agricole
(CNMA) et refusent que les élections pour désigner les cinq membres
du conseil d'administration des CRMA aient lieu.
Les représentants
de l'UNPA justifient leur rejet par le fait, disent-ils, que le
directeur général de la CNMA exerce une grande pression sur les
directeurs des caisses régionales et les somme de tenir des
assemblées de n'importe quelle manière, mais aussi du fait que les
cinq membres du conseil d'administration sont en général désignés
parmi les amis des directeurs des CRMA.
Pour mieux
comprendre les tenants et les aboutissants de cette situation, il
faut d'abord comprendre le rôle des CRMA. Ces dernières assument de
multiples missions, dont la principale est d'assurer la gestion des
fonds du FNDRA et, à l'avenir, d'assurer celle du Crédit mutuel
agricole (CMA), ce qui nous pousse à croire que tout ce désordre
provoqué autour d'une note ministérielle est en fait une histoire
dont les dimensions sont liées principalement au désir de maintenir
la mainmise sur cette caisse et donc sur le fonctionnement de la
filière du crédit agricole, où dans un avenir proche, des milliards
de dinars seront mis en circulation.
Il faut savoir
aussi que les membres du conseil d'administration de ces caisses
touchent une indemnité mensuelle de 45.000 DA, sans oublier tous les
privilèges liés au poste qu'ils occupent. Ce n'est dont nullement
par solidarité avec les fellahs, qui se débattent dans des problèmes
inextricables de foncier, de financement et autres que toutes cette
campagne est menée tambour battant, mais dans la perspective de
gérer ces milliards et bénéficier de tous les avantages possibles
qu’est l'origine de ce tohu-bohu. Et c'est toujours pour cela que
les élections n'ont pu avoir lieu dans plusieurs wilayas, à savoir
Alger, Constantine, Laghouat, Annaba, Souk-Ahras, Ghardaïa, Batna,
Tébessa, Blida, Boumerdès, Béjaïa et Djelfa.
L'UNPA a fait
plusieurs recours pour contester les élections qui se sont passées
dans certaines wilayas, dont Guelma et Tizi Ouzou où, dit-on, les
formes n'ont pas été respectées. Un mouvement de boycott de ces
élections est mené dans plusieurs wilayas à l'Est et à l'Ouest du
pays. Une façon pour signifier leur refus de cette note du ministère
de l'Agriculture qui est considérée par les représentants de l'UNPA
comme une ingérence pure et simple dans leurs prérogatives, leurs
droits ainsi que dans la gestion de leurs finances.
Les fellahs disent
que pour mettre fin à cette histoire qui ne semble pas trouver une
issue prochaine, il suffirait d'appliquer les décrets n°95-97 du 1er
avril 1995 et n°273-99 du 30 novembre 1999 qui régissent la création
et la gestion des caisses du secteur de l'agriculture. Ils demandent
aussi que soit annulée la note qui est à l'origine de ce désordre.
Saïd Barkat,
ministre de l'Agriculture, qui a reçu les représentants de l'UNPA et
écouté leurs doléances – le report des élections et l'installation
d'une commission mixte pour étudier la situation –n'a proposé aucune
solution à ce bras de fer. Cela signifie-t-il que le ministère de
l'Agriculture ne compte pas céder à la pression que tente d'exercer
l'UNPA et aller jusqu'au bout pour tenter d'assainir, un tant soit
peu, la gestion des fonds destinés au développement agricole qui,
souvent, ne sont pas équitablement distribués ?
La note du
ministère de l'Agriculture ne semble pas déplaire aux jeunes
candidats qui, eux, réunissent toutes les conditions exigées et sont
plus aptes que les autres à accompagner la mutation de la Caisse
agricole dans une conjoncture économique que nous avons connue des
décennies auparavant. Plus ouverte et donc plus exigeante aussi pour
notre agriculture qui, malgré les efforts consentis et les fonds
distribués, a toujours du mal à sortir des sentiers battus.
Ces jeunes ont-ils
une chance d'émerger du lot face à ceux qui sentent confusément que
le glas va sonner pour mettre fin à leurs ambitions illimitées
d'accéder à des postes de responsabilités ? A voir l'énergie
déployée par ces derniers pour rester et résister à ce courant qui
risque de les emporter, on ne doute pas un instant que la course est
d'avance déloyale.
L'exemple de
l'élection qui a eu lieu à la CRMA de Boumerdès est on ne peut plus
démonstratif. Le président du conseil d'administration sortant, qui
est aussi coordinateur du bureau de wilaya de l'UNPA, vice-président
de l'APC de Réghaïa, président de la coopérative des fellahs (la
CODIMA de Bordj-Menaïel) n'a pas choisi une sortie discrète. En
effet ce dernier, qui n'a pas présenté le bilan de sa mandature
pourtant exigé par les 121 participants lors de la réunion du 2
janvier, a fait campagne pour sa propre succession.
C'est donc
réellement l'impasse entre l'UNPA qui boycotte fermement les
élections des conseils d'administration des CRMA et qui menace même
d'aller devant les tribunaux pour dénoncer les dépassements, et le
ministère de l'Agriculture qui ne semble pas faire grand cas de tout
ce désordre avant et après tout motivé par le clan des rentiers qui
ne parviennent pas à imaginer qu'une génération plus jeune, plus
instruite et mieux informée de toutes les nouveautés qui voient le
jour de par le monde puisse un jour la devancer dans la gestion d'un
secteur pourvoyeur de richesses, créateur d'emploi et participant
activement à l'économie nationale s'il est réellement pris en charge
et dispose d'un plan de développement clair.
Cette situation
n'a donc fait que révéler au grand jour ce qui gangrène le secteur
de l'agriculture en Algérie et l'empêche de s'intégrer pleinement à
l'économie nationale. Quand la gangrène est là, suffit-il de couper
le membre atteint pour éviter la propagation du mal aux autres
parties ? Hélas, on n’a pas toujours l'assurance que la maladie ne
s'attaquera pas aux autres membres.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Nouvelle agriculture, nouvelle société
Quelle agriculture
l’Algérie cherche t elle à développer ? C’est probablement en
répondant à cette question que l’on comprendra comment se développe
et achève sa mue l’agriculture Algérienne actuelle.
Si ce secteur, dopé par
le Plan national de développement de l’agriculture (PNDA) soutenu
par le Fonds national de développement et de régulation agricole (Fndra)
affiche des résultats positifs et en croissance constante, il reste
qu’on ne peut se départir du sentiment de chaos lorsqu’on visite des
exploitations agricoles aujourd’hui. Liées plus aux pratiques du
marché, à la nature précaire et saisonnier de l’emploi et surtout à
la peur au ventre avec laquelle vivent les agriculteurs, on en vient
à se demander si finalement nous ne sommes pas en train de vivre les
derniers moment de l’agriculture en Algérie et non pas son
renouveau.
Les données actuelles de
l’agriculture mettent au jour une situation peu avenante selon les
données synthétisées par la FAO. On nous renvoi toujours à une
agriculture à développer sous un climat semi aride, une superficie
de 3% du territoire en terres arables (que l’on bétonne allègrement
depuis quelques années) la dégradation des sols et la faiblesse de
l’irrigation.
Pourtant, ce secteur
emploie près du tiers de la population active et contribue à
hauteur d’un dixième du PIB (du moins en l’an 2000). L’agriculture
algérienne couvrirait moins le quart des besoins alimentaires du
pays.
Quant aux productions, on
retrouve à la même place depuis des années les principales cultures
avec en tête les céréales, qui occupent plus du tiers des terres
arables et sont les plus importantes en production avec 2,60 million
de tonnes en 2004 suivies par l’arboriculture qui détient les
secondes plus importantes superficies lorsqu’on y intègre les
oliviers et les palmiers (plus de 15 millions d’hectares pour les
premiers et prés de 9 millions pour les seconds). Ensuite on
retrouve la pomme terre qui couvre depuis peu la demande nationale.
L’élevage se porte relativement bien avec près de 19 millions de
tête d’ovin (14eme rang mondial) et plus d’un million et demi de
bovins et 115 millions de volailles (quoiqu’en ces temps de grippe
aviaires cela n’est pas rassurant). On arrive même à produire 7,5
millions de m3 de bois.
Mais si on se rend bien
compte de diversité on est aussi perplexe devant une situation qui
va un petit peu dans tous les sens.
Une agriculture
convalescente ?
Alors que l’Algérie se
classe parmi les dix principaux pays importateurs de produits
alimentaires au niveau mondial. On se retrouve à s'inquiéter d'une
dépendance certaine du marché international auquel elle y contribue
de manière peu significative alors qu’en matière d’exportations hors
hydrocarbures nous en sommes encore aux balbutiements.
Le secteur agricole vit
surtout une mutation lente. Après avoir été totalement délaissé, il
reprend vie. La majorité des exploitations agricoles sont du secteur
privé, elles restent de surfaces modestes et assurent souvent à
peine des salaires (certes confortables) pour l’exploitant et sa
famille. Une agriculture quasi artisanale à très demandeuse de main
d’œuvre (est-ce pour autant un mal ?) sans qu’elle puisse réellement
intégrée un plan de développement national ou suggérer une politique
agricole nationale si ce n’est par l’entremise des chambres
d’agricultures qui orientent plus qu’elles n’imposent.
Les aides sont en fait
les meilleures manettes politiques en l'absence d'une politique
agricole nationale se résumant à autre chose qu'aux plans de
développement touffus et sans autre moyens que les moyens financiers
(certes primordiaux mais insuffisants à donner une direction
claire). Les orientations du PNDA et les aides financières du FNDRA,
déterminent essentiellement vers quelles productions s’orientent les
agriculteurs tentés de passer d’une culture à l’autre souvent avec
des fortunes divers (quand on sait que le moindre arbre fruitier
demande trois à quatre ans pour entrer en pleine production on
comprend que l’investissement dans ce domaine se fait dans le long
terme). Mais cela ne dit pas vers quelle agriculture globale
(intensive, extensive, industrielle) nous allons d’autant que l’on a
abandonné depuis longtemps les grands principes de l’autosuffisance
alimentaire préférant nous contenter d’une politique plus réaliste
de sécurité alimentaire.
L’agriculture nationale
contribue certainement à assurer cette sécurité mais elle est encore
loin d’apporter une valeur ajoutée conséquente à la richesse d’un
pays qui, avant d’être exportateur d’hydrocarbures, est avant tout
un pays agricole.
Le modèle colonial
L’histoire nous rappelle
que la colonisation s’est fondée sur la spoliation des terres et le
développement de l’agriculture. Cinq ans après la prise d’Alger le
Maréchal Clauzel, nommé administrateur général de la colonie en
1835, inaugurait officiellement l'ère de la colonisation massive en
déclarant aux colons: "Vous pouvez créer autant de fermes que vous
le souhaitez et vous pouvez même les accaparer dans les zones que
nous occupons. Soyez assurés que nous vous protégerons avec toute la
force que nous possédons. Par la patience et la persévérance, un
peuple nouveau vivra ici ; il grandira et croîtra plus que ne l'a
fait le peuple qui a traversé l'Océan Atlantique pour s'installer il
y a quelques siècles en Amérique." Une logique de conquête de la
même manière que celle observée sur le nouveau continent qui était
passée par l’extermination des populations. Une politique quasi
similaire s’était développée et si la première colonie a été
installée à Boufarik en 1836 elle ne comprenait que 563 parcelles de
terrain d'une superficie d'un tiers d'hectare chacune distribuées
aux arrivants, alors que 173 autres parcelles d'une superficie d'un
quart d'hectare avait été disséminées çà et là. La Mitidja,
abandonnée par la population locale sous les coups de boutoirs de
l’armée coloniale, était livrée petit à petit aux colons donnant les
prémices à la fameuse légende de l’assèchement des marécages de la
Mitidja par la colonisation (1).
A partir de 1840 on
encouragea les colons à s’installer et on fit appel aux premiers
vétérans de l’armée française pour s’accaparer des terres agricoles
alors que le général Bugeaud devant les députés français soulignait
: " Les colons doivent s"installer partout là où il y a de l'eau
potable et des terres fertiles, sans s"interroger sur leurs
propriétaires ". On vit dès lors l’arrivée massive des colons (plus
de 100000 personne affublées du qualificatif d’émigrants dans les
statistiques officielles à la fin de 1850) et la création des
premières grandes exploitations agricoles
Après les colonies, les
villages coloniaux, la naissance des sociétés agricoles devant créer
les villages et organiser les colonies. La première société appelée
«la société algérienne » sera créée en 1868 avec un capital foncier
de 100000 hectares dans la Mitidja. Cette société accordait des
concessions de 50 ans contre le paiement d’un franc par hectare.
Grandes surfaces et
création des grandes sociétés donnaient naissance à une agriculture
intensive. Un siècle après le début de la colonisation l’économie
coloniale vivait sur près de deux millions et demi d’hectare spoliés
par divers moyens et 20 % des 26 000 propriétaires « européens »
possédaient alors 74 % du domaine agricole individuel.
Entre les deux guerres
mondiales on développe à coups de crédits de programmes
d’irrigation, de construction de routes et de chemins de fer
l’agriculture coloniale.
Les grandes cultures,
céréaliculture, viticulture, arboriculture fondent l'essentiel de
cette économie. Les vignes occupent au milieu des années trente, 400
000 hectares et deviennent le premier revenu de l’Algérie qui ne
profite essentiellement qu’à la colonisation. La vigne chassera le
mouton, des pâturages et réduira surtout les forêts.
La disparition des
cultures vivrières et la spoliation des meilleures terres réduira
aussi considérablement la paysannerie la confinant à la misère (2).
Au-delà de la destruction
d’une forme d’économie et d’agriculture locale, c’est aussi la
destruction de la paysannerie qui a été observée (certainement un
autre effet positif de la colonisation). Celle-ci détentrice des
valeurs sociales de l’agriculture a quasiment été laminée avant
d’être presque totalement éliminée par l’industrialisation des
années 70 proposée comme alternative pour la reconstruction de la
société et la révolution agraire qui transformait les paysans en
bureaucrates.
Après la crise économique
des années 80, la fragilité de l’économie fondée sur le pétrole,
l’agriculture est apparue comme la seule richesse sur laquelle on
pourra miser demain. Mais on en vient à se demander si les plans de
relance et de développement, les réformes ne sont pas en train de
miser sur une reconstruction de l’agriculture par le chaos ? Un
désordre qui finira à terme par s’organiser et donner à l’Algérie
sa politique agricole toute en construisant une nouvelle paysannerie
plus technique et économique et certainement avec de nouvelles
valeurs sociales, peut être !
Amine Esseghir
1- La Mitidja avait été
asséchées bien avant l’arrivée des colons français et européens et
était déjà la région agricole qui alimentait Alger et d’autres
villes de la cote et faisait de l’Algérie le grenier à grain de
l’Europe. C’est en fait l’abandon par les agriculteurs autochtones
de cette région qui a fait revenir les marécages à leur place et
qu’il a fallu asséché une seconde fois à partir de 1870.
2- Benjamin Stora in Le
Monde juillet 2004
3- Dans Insaniyat, revue
du CRASC N° janvier avril 1999, le sociologue algérien Hamid Aït
Amara s’est interrogé à ce propos : « La colonisation a-t-elle
détruit la paysannerie algérienne ? Cette question est aujourd'hui
au cœur des choix de reconstruction de l'agriculture. La sortie du
système communautaire au cours du XIXème siècle ne s'est pas faite,
comme en Europe. au profit d'une paysannerie consolidée, libérée de
ses multiples liens de dépendance à l'égard des propriétaires du
sol. Le système latifundiaire mis en place par la colonisation a
bouleversé durablement les structures agraires. » Concluant : « La
vente des terres publiques ne suffit pas à redonner une base
paysanne à l'agriculture. »
Haut
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