Semaine du 18 au 24 janvier 2006

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Ce que Temmar n’a pas dit

 

 
 
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Ce que Temmar n’a pas dit

Le ministre des Participations vient de rendre public le bilan de la privatisation. Différemment apprécié, il reste surtout incomplet à cause de l’impasse faite sur deux points essentiels : le contrôle et l’affectation des recettes.

Difficile de donner raison à Hamid Temmar lorsqu’il décrit une situation de dynamique sans égal à l’aide de chiffres qui signifient tout à fait le contraire. En effet, le Conseil des Participations de l’Etat (CPE) a signé  en 2005 des accords de privatisation de 102 entreprises publiques économiques  (EPE), dont 52 ont connu un rachat de la totalité de leurs capitaux. Ces opérations portent à 67 le nombre global des entreprises totalement privatisées depuis 2003. Pour le reste des 102 entreprises, 17 ont été partiellement privatisées  (un rachat d’une partie du capital), 29 ont vu leur capital cédé aux travailleurs et 4 ont enregistré des opérations de partenariat. Le ministre qui entendait «démontrer» au forum d’El Moudjahid, là où une semaine auparavant un groupe d’experts avait conclu à l’échec du processus qui n’a connu que 10% de concrétisation,  a fini par aller dans le sens de ses contradicteurs. Mais loin de M. Temmar l’idée d’un quelconque découragement. Il annonce déjà que cette année sera celle de la montée en cadence des privatisations, depuis l’adoption d’une stratégie innovante à cet égard. Il est question de la limitation du délai maximum des négociations sur une opération de privatisation à six mois, la multiplication des réunions du CPE, l’organisation de rencontres (road shows) dans plusieurs villes européennes et l’introduction du paiement par facilités au profit des repreneurs nationaux. A travers son bilan, H. Temmar a insisté également l’emploi, avançant que ces opérations (de 2003 à 2005) ont permis le maintien de 12.000 emplois et la création de 7.000 autres. Le secteur privé local a participé à hauteur de 70% dans ces opérations alors que les étrangers ont décroché le reste des transactions. Un point faible par contre, depuis cinq ans, seules 24 entreprises étrangères se sont installées en Algérie, fait que le ministre n’a pas jugé utile de commenter. L’explication se trouve-t-elle dans la trop grande rigidité de l’environnement de l’entreprise, à défaut de réformes structurelles favorisant l’investissement et sécurisant la propriété privée ? Certaines raisons ne seraient-elles pas à rechercher tout simplement dans le processus de privatisation lui-même ? Deux pistes sont déjà à portée de main, comme cette préférence accordée aux opérateurs nationaux en matière de modalités de paiement ou encore le non respect de la loi encadrant la privatisation. En effet, H. Temmar a soutenu que «les deux conditions de maintenir les postes d’emploi et l’activité originale de l’entreprises seront toujours maintenues». C’est là vient un recul inattendu, l’actuel ministre lui-même prétendait en 2000 que c’était là un impératif contradictoire avec l’esprit libéral de la démarche de l’Exécutif. D’ailleurs, ces deux conditions, stipulées par l’ordonnance de 1995 ont été abrogées en 1997 et totalement évacuées du débat à la relance du processus en 2001.

Un autre motif peut être à l’origine de la frilosité du capital étranger, se situant cette fois dans la peur des investisseurs de la remise en cause à l’avenir des cessions, lesquelles sont menées selon une méthode très discutable parce qu’il n’en est fait nulle mention dans l’ordonnance 01-04. Et M. Temmar, qui a encore une fois assuré que les opérations de privatisation se passaient «dans la transparence», n’a soufflé mot, cependant, sur le travail de la commission de contrôle des opérations, institué il y a trois ans et placée sous l’autorité du chef du gouvernement. De quoi s’agit-il ? De la fameuse formule dite de «manifestation d’intérêt» qui, dans la pratique, débouche généralement sur une sorte de consultation restreinte qui n’est pas prévue par la loi. Selon l’ordonnance 01-04 relative à l’organisation, la gestion et la privatisation des entreprises publiques économiques, les opérations de privatisation ne peuvent s’effectuer que de trois manière seulement : soit par le recours aux mécanismes du marché financier (la bourse ou l’OPV à prix fixe), soit par appel d’offres ou encore par le gré à gré, sous certaines conditions. La loi indique que tout autre mode de privatisation peut être utilisé, mais sous la seule et unique condition qu’il vise à promouvoir l’actionnariat populaire.

Dans ce cadre, comment s’assurer que les manifestations d’intérêt, ouvrant droit à des consultations menées avec des acquéreurs potentiels visant à présenter des EPE proposées à la vente, ne sont pas, ne serait-ce que dans de rares cas, accompagnées d’entorses à certaines dispositions de la loi ? L’article 37 de l’ordonnance 01-04 mentionnent, à cet effet, qu’il «est interdit à toute personne exerçant au sein de l’entreprise publique inscrite au programme de privatisation, ou y assurant des missions d’administration, de gestion et de contrôle légal, de divulguer toute information sur la situation ou le fonctionnement de l’entreprise susceptible d’influencer le comportement d’acquéreurs actuels ou potentiels».  Les repreneurs étrangers, très pointilleux sur la solidité du vis-à-vis, connaissant l’habitude locale à changer sans cesse les lois et qui n’omettent jamais de se faire conseiller par des cabinets compétents, ont-ils peur des retombées de certains aspects du processus de privatisation ?

Sur un autre versant de la question, le ministre de la Participation ne nous permet pas d’avoir une vue précise sur les retombées financières de la privatisation. Il a certes donné quelques chiffres globaux. De 2003 à 2005, les transactions ont drainé un total de 57 milliards de dinars. Elles ont également permis la prise en charge par les acquéreurs de 25 milliards DA  des 32 milliards DA de dettes publiques de ces entreprises.

L’on sait que le compte d’affectation spéciale n° 302-083 intitulé «Ressources provenant des privatisations», doit servir au remboursement de la dette publique interne ou externe, le financement des indemnités de licenciement et le financement de la restructuration financière des EPE à privatiser ainsi que le règlement de tout ou partie des dettes des entreprises publiques (comme les 25 milliards DA cités plus haut). Qu’a-t-on fait du reste des recettes, équivalent à 32 milliards de dinars ? M. Temmar n’en précise pas l’usage, et on peut déjà parier que ces recettes ne son pas appelées à gagner rapidement en volume puisque, comme il le précise lui-même, «la seule contrainte, c’est l’incapacité de nos hommes d’affaires à payer les sommes requises pour l’achat des EPE". Motif qui a poussé le gouvernement à autoriser les acquéreurs algériens à acheter par facilité les entreprises  qui les intéressent (30% au départ, 70% sur 5 ans).

Nabil Benali

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