Semaine du 18 au 24 janvier 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

L’impossible débat ?

 

 
 
 Editorial

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L’impossible débat ?

Notre confrère Anis Rahmani a essayé la semaine dernière de provoquer un débat au sein de la profession en publiant une contribution sur l’état de la presse algérienne, dans les colonnes de deux quotidiens nationaux. L’un paraissant en langue arabe et l’autre en français. Peine perdue. Son point de vue sur le mauvais compagnonnage entre  Capitalisme et liberté d’expression n’aura rencontré que peu d’échos au sein d’entreprises de presse dont il dit précisément qu’elle ne facilitent guère le débat démocratique et seraient même devenues les nouveaux tabernacles de la censure. Toutefois si le débat tarde à prendre forme par écrit, il ne cesse guère  dans sa forme orale au beau milieu d’une corporation qui a certes beaucoup changé depuis une quinzaine d’années,  date à laquelle ont été créés les premiers titres de la presse privée algérienne, mais pas uniquement dans le sens que nous indique Anis Rahmani. Bien qu’il faille lui reconnaître de relever que l’aventure intellectuelle lancée en avril 1990 avait évidemment ses bons côtés, ne serait-ce que par l’ouverture du champs de l’expression à tous les courants de pensée existant dans la société.  Le mal venant d’après notre confrère de l’importance grandissante qu’a pris le côté financier sur le côté éthique dans des entreprises qui reposent essentiellement sur l’éthique. En réalité le plus grand reproche qu’il adresse aux entreprises de presse étant qu’elles fonctionnent sur le mode du capitalisme alors que beaucoup de leurs dirigeants ont toujours prétendu le combattre. Le reproche est ainsi adressé aux équipes dirigeantes des gros tirages de la presse nationale qui se trouvent tous être privées et qui  ont démarré, exception faite de « Liberté » avec une remarquable  économie de moyens.  Certains de ces gros tirages, dont El Khabar,  où  Anis Rahmani a longtemps travaillé, et à un degré moindre El Watan, étant même devenus de très grosses entreprises réalisant des chiffres d’affaire annuels de plusieurs centaines de milliards, se soldant par des bénéfices distribués aux actionnaires de  l’ordre du milliard pour chacun. Il est vrai que de ce point de vue, l’évolution est quasiment révolutionnaire et il serait insensé de ne pas tenir compte de ses conséquences sur la nature même des organes de presse ainsi édités. On ne publie évidemment pas le même journal selon qu’on est un salarié qui ne gagne  pas plus de  cent mille dinars par mois  ou qu’on est un patron qui peut en percevoir dix ou vingt fois plus.  Ce qui n’a en soit rien de bien extraordinaire.  Par contre là où cela pourrait, en effet,  commencer à devenir problématique, c’est lorsque les dites entreprises de presse se mettraient, comme le dit Anis Rahmani  à exploiter effrontément le travail de leurs journalistes dans le cadre d’une liberté de la presse qui compromettrait gravement la liberté d’expression. Mais là comme pour le reste de sa contribution d’ailleurs, notre confrère reste trop général et n’apporte aucun exemple précis à l’appui de ses accusations.  Se situant entre un syndicalisme qui n’est jamais aussi loin dans sa critique du présent système d’information et une charge politique contre son ancien employeur, il lance ainsi un solide pavé dans la mare mais sans réel espoir de le voir susciter autre chose que des remous sans lendemain, tant les lieux et les termes du débat ne sont pas encore prêts ou capables de l’accueillir. Sans compter qu’il n’offre aucune alternative viable  à une gestion capitaliste d’entreprises de presse qui n’ont  que ce mode  de fonctionnement pour faire face à un environnement économique et politique impitoyable. Un journal sans imprimerie et sans moyens financiers et matériels importants n’ayant aucune chance de survivre par rapport aussi bien aux  puissances d’argent qu’à un Etat qu serait trop heureux de les tenir par les cordons de la bourse. Ce qui ne signifie nullement cependant qu’il faille accepter toutes les dérives, réelles ou à venir dénoncées par Anis Rahmani, notamment sur la question du traitement réservé aux journalistes non actionnaires et qui peuvent effectivement provoquer la rupture du contrat moral qui lie jusque là l’ensemble de la profession. Mais ce débat doit lui aussi reposer sur les deux versants du problème :les droits, mais aussi les devoirs de chacun d’entre nous. Cela dit, il serait vraiment dommage de laisser passer l’opportunité d’un tel débat, il peut déboucher sur des problématiques qui peuvent ne pas nécessairement se cantonner au seul aspect de la forme de propriété dans les entreprises de presse. Car si le capitalisme est un mode de production effectivement injuste, il ne lui a malheureusement pas encore été trouvé d’alternative sérieuse.

A. M.  

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