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L’impossible débat ?
Notre confrère
Anis Rahmani a essayé la semaine dernière de provoquer un débat au
sein de la profession en publiant une contribution sur l’état de la
presse algérienne, dans les colonnes de deux quotidiens nationaux.
L’un paraissant en langue arabe et l’autre en français. Peine
perdue. Son point de vue sur le mauvais compagnonnage entre
Capitalisme et liberté d’expression n’aura rencontré que peu d’échos
au sein d’entreprises de presse dont il dit précisément qu’elle ne
facilitent guère le débat démocratique et seraient même devenues les
nouveaux tabernacles de la censure. Toutefois si le débat tarde à
prendre forme par écrit, il ne cesse guère dans sa forme orale au
beau milieu d’une corporation qui a certes beaucoup changé depuis
une quinzaine d’années, date à laquelle ont été créés les premiers
titres de la presse privée algérienne, mais pas uniquement dans le
sens que nous indique Anis Rahmani. Bien qu’il faille lui
reconnaître de relever que l’aventure intellectuelle lancée en avril
1990 avait évidemment ses bons côtés, ne serait-ce que par
l’ouverture du champs de l’expression à tous les courants de pensée
existant dans la société. Le mal venant d’après notre confrère de
l’importance grandissante qu’a pris le côté financier sur le côté
éthique dans des entreprises qui reposent essentiellement sur
l’éthique. En réalité le plus grand reproche qu’il adresse aux
entreprises de presse étant qu’elles fonctionnent sur le mode du
capitalisme alors que beaucoup de leurs dirigeants ont toujours
prétendu le combattre. Le reproche est ainsi adressé aux équipes
dirigeantes des gros tirages de la presse nationale qui se trouvent
tous être privées et qui ont démarré, exception faite de
« Liberté » avec une remarquable économie de moyens. Certains de
ces gros tirages, dont El Khabar, où Anis Rahmani a longtemps
travaillé, et à un degré moindre El Watan, étant même devenus de
très grosses entreprises réalisant des chiffres d’affaire annuels de
plusieurs centaines de milliards, se soldant par des bénéfices
distribués aux actionnaires de l’ordre du milliard pour chacun. Il
est vrai que de ce point de vue, l’évolution est quasiment
révolutionnaire et il serait insensé de ne pas tenir compte de ses
conséquences sur la nature même des organes de presse ainsi édités.
On ne publie évidemment pas le même journal selon qu’on est un
salarié qui ne gagne pas plus de cent mille dinars par mois ou
qu’on est un patron qui peut en percevoir dix ou vingt fois plus.
Ce qui n’a en soit rien de bien extraordinaire. Par contre là où
cela pourrait, en effet, commencer à devenir problématique, c’est
lorsque les dites entreprises de presse se mettraient, comme le dit
Anis Rahmani à exploiter effrontément le travail de leurs
journalistes dans le cadre d’une liberté de la presse qui
compromettrait gravement la liberté d’expression. Mais là comme pour
le reste de sa contribution d’ailleurs, notre confrère reste trop
général et n’apporte aucun exemple précis à l’appui de ses
accusations. Se situant entre un syndicalisme qui n’est jamais
aussi loin dans sa critique du présent système d’information et une
charge politique contre son ancien employeur, il lance ainsi un
solide pavé dans la mare mais sans réel espoir de le voir susciter
autre chose que des remous sans lendemain, tant les lieux et les
termes du débat ne sont pas encore prêts ou capables de
l’accueillir. Sans compter qu’il n’offre aucune alternative viable
à une gestion capitaliste d’entreprises de presse qui n’ont que ce
mode de fonctionnement pour faire face à un environnement
économique et politique impitoyable. Un journal sans imprimerie et
sans moyens financiers et matériels importants n’ayant aucune chance
de survivre par rapport aussi bien aux puissances d’argent qu’à un
Etat qu serait trop heureux de les tenir par les cordons de la
bourse. Ce qui ne signifie nullement cependant qu’il faille accepter
toutes les dérives, réelles ou à venir dénoncées par Anis Rahmani,
notamment sur la question du traitement réservé aux journalistes non
actionnaires et qui peuvent effectivement provoquer la rupture du
contrat moral qui lie jusque là l’ensemble de la profession. Mais ce
débat doit lui aussi reposer sur les deux versants du problème :les
droits, mais aussi les devoirs de chacun d’entre nous. Cela dit, il
serait vraiment dommage de laisser passer l’opportunité d’un tel
débat, il peut déboucher sur des problématiques qui peuvent ne pas
nécessairement se cantonner au seul aspect de la forme de propriété
dans les entreprises de presse. Car si le capitalisme est un mode de
production effectivement injuste, il ne lui a malheureusement pas
encore été trouvé d’alternative sérieuse.
A. M.
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