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Liberia
Des défis pour
la nouvelle présidente
La présidente
élue du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, qui a été investie dans ses
fonctions le 16 janvier, assure qu'elle luttera sans relâche contre
la violence et toute forme de déstabilisation du pays, dont la
longue guerre civile a pris fin en 2003. Ancienne ministre des
Finances, celle que l'on surnomme la "dame de fer", qui a battu
l'ex-star du football George Weah lors du second tour le 8
novembre2005, a promis de panser les plaies ouvertes par la guerre
civile qui a laissé le Liberia en ruine et a fait dans les 250 000
morts. Son offre de réconciliation ne concernera cependant pas les
anciens chefs de guerre et les combattants qui tenteraient de
nouveau de régner par les armes et de défier l'autorité de son
gouvernement. "Soyons clairs: quiconque tentera de déstabiliser l'Etat
et de faire replonger notre société dans la violence s'exposera à la
loi dans toute sa force", a promis la présidente élue, âgée de 67
ans. Son élection au second tour avait été contestée par son
adversaire, ancien attaquant au Milan AC, qui a parlé de fraude
alors même que les observateurs internationaux avaient entériné les
résultats. Weah a fait marche arrière par la suite, invoquant le
besoin de paix du Liberia.
Ses partisans, au
nombre desquels des pauvres, des jeunes et d'anciens combattants des
milices d'enfants-soldats qui terrorisaient les civils pendant la
guerre, ont cependant organisé de violentes manifestations et, en
décembre, Monrovia a été en proie à des rumeurs de coup d'Etat. Les
Nations unies comptent 15 000 casques bleus au Liberia. Mme
Johnson-Sirleaf reconnaît que si elle ne fait rien rapidement pour
s'attaquer au chômage et à la pauvreté, elle risque de se heurter à
de gros écueils. "Je sais qu'il reste de nombreuses souches de
mécontentement", dit-elle à ce propos. L'un des anciens chefs de
guerre, qui avait combattu aux côtés de l'ancien président Charles
Taylor, a remporté un siège au Sénat lors des récentes élections.
D'autres ont apporté leur soutien à Weah, ce qui laisse augurer de
nouveaux troubles. Charles Taylor, accusé d'avoir fomenté une série
de conflits régionaux, est parti en exil en 2003 au Nigeria et est
recherché pour crimes de guerre et autres atrocités par un tribunal
spécial au Sierra Leone, qui a la bénédiction de l'ONU. Pressée par
l'Europe et les Etats-Unis d'insister auprès du Nigeria pour qu'il
livre Taylor à ce tribunal, Ellen Johnson-Sirleaf dit souhaiter
personnellement qu'"il se retrouve un jour devant la justice". Mais
cette question est particulièrement délicate et elle ne veut pas
qu'elle mette à mal le processus de paix au Liberia. "La sécurité du
Liberia est à mes yeux primordiale et nous ne pouvons prendre aucune
mesure qui irait à son encontre", a-t-elle dit, en ajoutant qu'elle
allait consulter les dirigeants africains sur le cas de Charles
Taylor. Sur le plan diplomatique, Ellen Johnson-Sirleaf compte
renforcer les relations entre les Etats-Unis et son pays.
"Washington est un ami traditionnel, qui souhaite actuellement nous
aider, dans la période de transition de l'après-guerre civile, à
nous acheminer vers une économie performante dominée par la
démocratie", dit-elle. Un rapprochement avec Washington ne se fera
toutefois pas aux dépens des rapports avec les pays d'Afrique ou
avec l'Europe et l'Asie, note-t-elle.
Mme
Johnson-Sirleaf s'est en outre engagée à être ferme dans la lutte
contre le terrorisme. Les services de renseignement américains ont
révélé que des militants d'Al-Qaîda avaient réalisé des transactions
dans le commerce illicite des diamants au Liberia, du temps où
Taylor était président.
Haut
Ukraine
Nouvelle crise
politique
Le président
ukrainien Viktor Iouchtchenko va devoir faire preuve de fermeté face
à la nouvelle crise politique lancée cette semaine par le Parlement
et qui devrait durer jusqu'aux législatives de mars, un scrutin
crucial pour l'avenir de sa politique de réformes et d'ouverture
vers l'Occident. Le Parlement a plongé l'Ukraine dans les
turbulences en votant, le 10 janvier, la destitution du
gouvernement, accusé de trahir les intérêts nationaux après la
conclusion d'un accord sur les tarifs gaziers conclu avec la Russie,
un document jugé obscur et mauvais pour l'industrie ukrainienne.
Même si le cabinet du Premier ministre Iouri Ekhanourov, chargé par
les députés d'exercer ses fonctions jusqu'à la formation du nouveau
gouvernement, devrait rester en place au moins jusqu'au mois
d'avril, le chef de l'Etat est passé à la contre-offensive. Il a
exigé des députés qu'ils reviennent sur cette décision
"inconstitutionnelle", les accusant à son tour "d'œuvrer contre les
intérêts de l'Ukraine" dans le but de "créer une situation instable,
seul moyen pour eux de remporter" les élections du 26 mars. L'issue
du scrutin est de fait d'une extrême importance, car une réforme
constitutionnelle entrée en vigueur en janvier a donné des pouvoirs
élargis au Parlement et réduit ceux du président. Il est toutefois
peu probable que les députés cèdent à l'exigence du chef de l'Etat.
Et le bras de fer entre le Président et le Parlement risque de
continuer, voire de s'aggraver à l'approche du scrutin. "L'impasse
peut durer encore longtemps", selon le quotidien Segodnya dans une
de ses éditions, qui prévoit deux scénarios de développement de la
crise. Selon la version "pacifique", "le Président va continuer à
dire que le gouvernement n'a pas été destitué et le Parlement que
les ministres exercent leurs fonctions par intérim. Comme cela, le
pays vivra tranquillement jusqu'aux élections". Cette variante est
"la plus probable" selon le politologue Mykhaïlo Porebinski, proche
de l'opposition. "Ils vont continuer de s'injurier, mais ce sera
tout", dit-il. Mais la crise pourrait aussi s'aggraver, note
Segodnya, en particulier si Viktor Iouchtchenko décidait d'agir pour
faire annuler la réforme constitutionnelle qu'il a déjà maintes fois
critiquée afin de priver les députés de leurs nouveaux pouvoirs.
Dans ce cas, "il existe une menace que le jeu de muscles (entre
l'exécutif et le législatif) se transforme en bataille ouverte",
prévient Andriy Ermolaïev, directeur du Centre de recherches
sociales Sofia. Théoriquement, le chef de l'Etat devrait demander à
la Cour constitutionnelle de trancher sur la légalité de la
destitution du gouvernement ainsi que sur la réforme de la
constitution. Mais la Cour est actuellement dans l'impossibilité de
siéger en raison d'un nombre insuffisant de juges, dont la
nomination a été bloquée par le Parlement. Viktor Iouchtchenko a
cependant déclaré, il y a quelques jours, qu'il prévoyait un
référendum national sur la question de la réforme constitutionnelle,
tout en laissant entendre que ce projet ne serait lancé qu'après les
législatives. Mais pour M. Ermolaïev, toute tentative d'abolition de
la réforme, chère à une partie de l'opposition, "risquerait de
déclencher la phase aiguë du conflit". Populaire essentiellement
dans l'est et le sud de l'Ukraine, l'opposition pro-russe "pourrait
alors faire sortir les gens dans les rues là où ses positions sont
fortes, avant de tenter de les faire venir à Kiev".
Haut
Irak
Une guerre à
2 000 milliards de dollars
Le coût total de
la guerre en Irak pourrait dépasser les 2 000 milliards de dollars,
ce qui est bien supérieur aux projections faites avant le conflit
par la Maison Blanche, à en croire une étude notamment réalisée par
le prix Nobel d'économie Joseph E. Stiglitz. Cette étude prend
notamment en compte les pensions d'invalidité qui seront versées à
vie aux 16 000 blessés de l'armée américaine, dont 20% souffrent de
graves déficiences mentales ou physiques. L'enquête a été notamment
dirigée par Stiglitz, économiste à l'université de Columbia, et
Linda Bilmes, professeur à Harvard. Ils affirment que les
contribuables américains devront continuer, longtemps après le
retrait des forces américaines d'Irak, à supporter la charge
financière de ce conflit. Avant l'intervention de mars 2003, la
Maison Blanche avait affirmé que cette entreprise serait
financièrement "abordable". Elle avait jugé que les estimations de
Lawrence Lindsey, alors conseiller économique de l'administration
Bush étaient "très, très élevées". Il avait avancé le chiffre de 100
à 200 milliards de dollars. Stiglitz, qui a toujours ouvertement
critiqué la stratégie irakienne du président Bush, et Bilmes ont
fondé leurs estimations sur le coût des guerres passées et pris en
compte la flambée du prix du pétrole, le creusement du déficit
public américain et l'insécurité mondiale provoquée par le conflit
irakien. Selon eux, une portion de l'augmentation du prix du brut –
de l'ordre de 20% de l'augmentation de 25 dollars par baril observée
depuis le début de la guerre – peut être directement imputée au
conflit. Ancien conseiller du président Bill Clinton, ancien
économiste en chef de la Banque mondiale, Stiglitz a obtenu le prix
Nobel en 2001. Il a défrayé la chronique en 2002 en publiant La
Grande désillusion, dans lequel il dressait un tableau très sombre
de l'état du monde et dénonçait le mode de fonctionnement des
institutions financières internationales, en particulier du Fonds
monétaire international (FMI).
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