|
Accueil
Lutte contre
la corruption
Discours et
effets d’annonce
A croire les
déclarations du ministre des Finances et du Directeur Général des
Douanes, l’année 2006 sera celle de la « lutte contre la
corruption ». Du déjà vu ! Plus de peur que de mal pour les
corrompus en tous genres dans ce pays. Car, l’expérience a montré
que ce fléau ne sera pas combattu de sitôt en Algérie. La preuve,
les députés du FLN et du MSP à l’APN ont montré qu’il n’est pas aisé
de demander à des élus ni à des hauts cadres de l’Etat d’où
tiennent-ils leurs fortunes.
Le citoyen est
appelé à consommer sans modération les discours officiels sur la
lutte contre la corruption, la fuite fiscale (source de corruption
également) et l’enrichissement illicite (basé également sur de la
corruption). Des sorties médiatiques devraient suffire, pense-t-on,
pour répondre à ce besoin viscéral de l’algérien à une lutte sans
merci contre ce genre de comportements qui ruinent l’économie
nationale, empêchent des investissements aussi bien algériens
qu’étrangers de prendre place, et gangrènent la société en
pervertissant les valeurs du travail et de la probité.
Les déclarations
du ministre des Finances, Mourad Medelci, lors de la cérémonie de
distribution des crédits alloués par la loi de finances 2006 sont à
double tranchant. Elles peuvent êtres rassurantes pour les plus
optimistes d’entre-nous sur les actions de l’Etat, mais également
une preuve que l’Algérie a perdu énormément de temps à assainir les
volets financier, bancaire et impôt. Nos ministres et autres
responsables ne parlent qu’au futur. « Nous allons faire » ceci ou
cela. Le temps qu’ils commencent à réaliser ce qu’ils ont promis,
ils perdent leurs postes. Et, rebelote. Une série de déclarations
d’intentions sans suites réelles.
Ainsi, depuis le
temps que l’on évoque la lutte contre la fuite fiscale comme une des
principales actions de la réforme, nous n’en sommes qu’au point de
planifier la création d’une police pour « dénicher les fortunes ».
C’est en effet
une innovation de la part de l’administration fiscale de procéder à
des redressements fiscaux à l’encontre de 725 contribuables (comme
s’il n’y avait que 725 villas, voitures de luxe, et comptent en
banques bien garnies) dont les revenus déclarés ne correspondent pas
à leur « train de vie ». La démarche sera institutionnalisée à
travers la création d’une police fiscale pour traquer les tricheurs
(personnes physiques). On parle de « critères techniques objectifs »
de contrôle à savoir des revenus déclarés inférieurs aux
patrimoines, au train de vie et autres signes extérieurs de
richesse. Mais la question qui se pose est comment faire la chasse
aux fausses déclarations fiscales avec des inspecteurs sous-payés
et, donc, plus vulnérables à accepter des pots-de-vin ? Ne faut-il
pas, d’ailleurs, prévoir une déclaration de patrimoine pour les
inspecteurs des impôts ?
Pour ce qui est
du secteur des douanes, la bataille semble plus ardue que semblent
l’indiquer les déclarations du premier responsable de cette
institution, M. Sid Ali Lebib qui a affirmé sur les ondes de la
radio chaîne III que « 2006 sera l’année de la lutte contre la
corruption », comme s’il suffisait d’un seul exercice pour venir à
bout d’un phénomène qui s’est profondément enraciné.
Le directeur
général des douanes avait indiqué que l’institution qu’il dirige
mène « un combat avec détermination et passion contre la corruption
pour être au rendez-vous de l’évolution prônée par les pouvoirs
publics » et a même évoqué un probable « assainissement ». Mais,
pour Lebib la question se résume à la mise en œuvre de « nouveaux
logiciels informatiques pour une meilleure gestion du transit des
marchandises ». Il évoquera également, et étrangement, des
« résistances internes » aux « réformes engagées en vue de
moderniser les douanes » dues à une minorité puisque Lebib salue
« l’écrasante majorité des cadres et travailleurs des douanes » qui,
selon lui, « soutiennent ces réformes et sont déterminés à aller de
l’avant pour concrétiser la détermination des plus hautes autorités
de l’Etat à éradiquer ce fléau ». « Il existe des résistances de
l’intérieur et aussi celles, plus sérieuses, de personnes (...) qui
se sont enrichies trop rapidement et qui ne sont pas d’accord avec
une plus grande transparence », a déclaré le DG des douanes à la
radio.
S’agit-il
vraiment d’une simple question d’informatique ? Pour les
spécialistes, la question de la corruption au sein des
administrations doit être réglée par une hausse conséquente des
salaires. Pour un ancien cadre de l’administration des finances,
reconverti dans le privé, « il est hors de question d’imaginer un
seul instant pouvoir lutter contre la corruption sans une hausse
conséquente des salaires pour éviter aux agents de succomber à la
tentation d’accepter des pots-de-vin ». Ce n’est qu’à partir de là,
suggère-t-il, « que la main de fer de l’Etat peut sévir ».
Pour ce qui est
des douanes, certains considèrent qu’il faut aller au-delà d’une
hausse de salaires. « Il faut, disent-ils, extraire le corps des
douanes à la fonction publique et le transformer en un corps de
sécurité, car c’est vraiment sa place dans l’économie nationale »,
estiment-ils.
Pour ce qui est
du domaine du directeur général des douanes, il y a lieu
affirme-t-on, « d’ouvrir tous les dossiers de cette institution » et
de faire le bilan de ce qui a été réalisé.
« Une commission
parlementaire pourrait aider à faire ce travail et pousser la douane
à ouvrir ses dossiers », suggère un spécialiste, avant de se
rappeler la prestation plus que décevante d’une majorité de députés
lors de l’adoption de la loi anti-corruption qui a été amputée des
articles de lois les plus importants.
Les dossiers de
la douane
Parler de lutte
contre la corruption signifie nécessairement pour la douane d’ouvrir
ses « grands dossiers ». A titre d’exemple, il y a lieu de citer
l’affaire de l’effacement de données qui a eu lieu en 2002 au Centre
national d’informatique et de statistique (CNIS) des douanes. Où en
sont les dossiers du CKD/SKD, exportations des métaux ferreux et non
ferreux, et d’autres affaires comme celle de l’importation de café
de la Côte d’Ivoire dans laquelle la douane doit récupérer les
droits et taxes impayés ? Où en sont les enquêtes à posteriori et
quelles sont les suites données aux dossiers fournis par les douanes
étrangères sur les exportateurs frauduleux de métaux non ferreux ?
Où en sont également les affaires dites des réfrigérateurs (qui a
coûté au Trésor Public la bagatelle de 184 milliards de centimes) et
celle des batteries qui ont été mises à jour grâce, respectivement,
à la gendarmerie nationale et à la police judiciaire de la wilaya
d’Alger ? Rappelons que l’ouverture des dossiers CKD/SKD et des
exportations des métaux ferreux et non ferreux a pu avoir lieu grâce
aux directives directes de la présidence de la république après les
scandales révélés par la presse.
Comment peut-on
lutter efficacement contre la corruption au sein de la douane en
permettant la réintégration voire la promotion d’agents ayant été
condamnés définitivement à des peines de prison ferme ? Comment
est-il possible de venir à bout de ce fléau au sein de cette
importante institution lorsque sont ignorées certaines dispositions
du décret 85-59 du 23 mars 1985 dont l’une d’elle (article 31)
stipule que « tout fonctionnaire inculpé par la justice doit être
suspendu temporairement » jusqu’à « intervention d’une décision
judiciaire définitive » ?
Et, enfin, où en
est l’application de la déclaration d’Arusha relative à « l'étique
Douanière » faite le 7 juillet 1993 lors de la 81e et 82e
Sessions du Conseil de Coopération Douanière qui s’est déroulé en
Tanzanie ?
Qu’est ce qui a
pu freiner l’ouverture de tant de dossiers, et d’où parviennent ces
« résistances » dont le DG des douanes a fait état sans être
explicite. Mais il reste le premier responsable de cette institution
et la loi lui confère le droit (et le devoir) de prendre des mesures
(légalement, s’entend) contre quiconque empêche le bon
fonctionnement de l’administration des douanes.
Les réponses à
toutes ces interrogations sont nécessaires pour prouver que la lutte
contre la corruption sera bien au rendez-vous en 2006 !
Abdelkader Djalil
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |