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L’enjeu démocratique
Nous aurons beau
faire semblant, nous aurons beau faire comme si c’était fait, la
réalité est là, froide et implacable. Nulle trace de démocratie dans
le monde non démocratique. Que ce soit dans le monde arabo-musulman,
en Amérique latine ou dans les pays de l’ex-bloc communiste, la
résistance à la démocratie est réelle, concrète et palpable. Tout au
plus y trouverons-nous quelques formations politiques totalement
démunies face aux partis du pouvoir, un semblant de presse libre et
des élections avec des candidats plus ou moins différents, mais il
serait tout à fait illusoire de considérer ces quelques artifices
cosmétiques comme étant de la démocratie. Et ne nous précipitons
surtout pas pour accuser de cet état de fait, les seules élites et
les seuls pouvoirs des pays non démocratiques. La démocratie n’étant
de toute évidence revendiquée, en nos contrées, que par une poignée
d’individus ou alors imposée par une partie de la communauté
internationale. Parce que si dans son coffre arrière, la démocratie
offre évidemment quelques avantages en termes de liberté
d’expression – bien que relative – et de droits de l’homme, elle
porte aussi en elle le principe libéral dans tous les domaines de la
vie. En économie où la libre concurrence menace la rente et les
barons de l’économie informelle. En société où l’égalité de l’homme
et de la femme bouleverse des rapports féodaux largement acceptés
par tous, y compris par les femmes. En politique surtout où les
mythes du zaïm et du patriarcat disparaissent pour laisser
chaque citoyen responsable de sa destinée, de ses actes et de ses
pensées. Pour cela, les sociétés non démocratiques ne sont
évidemment pas prêtes à abandonner des modes de vie qui, bien que
médiocres, arrangent de très larges couches de la société embaumées
de surcroît dans les langes de rituels religieux obsolètes mais qui
ont l’avantage de ne pas déranger l’ordre des choses. Mais il n’y a
malheureusement pas que cela pour rendre la démocratie indésirable
dans le monde non occidental. Il y a aussi le fait qu’étant un mode
de vie particulier à l’Occident, il trouve beaucoup de peine à
s’imposer dans des sociétés où la communauté est encore
toute-puissante et où l’individu n’est rien. La démocratie étant par
définition la sacralisation de l’individu et de ses performances, il
est clair que cette manière d’être tranche violemment avec la
dictature du groupe et de la collectivité en vigueur en nos
contrées. Cependant, l’argument massue invoqué par les gouvernants
des nations non occidentales pour refuser la démocratie est de
considérer cette dernière comme… occidentale et de constituer donc
une menace pour des modes de vie totalement différents. En poussant
un peu plus loin l’argumentation, certains de ces dirigeants
estiment même que les partis et la presse privée sont des chevaux de
Troie de l’Occident implantés au cœur de l’Orient. Ce qui n’est
malheureusement pas tout à fait faux en ce qui concerne en tout cas
la Russie et l’Algérie, où l’ouverture pluraliste dans le domaine
des médias a été l’occasion, pour quelques chancelleries, de placer
leurs pions et même de posséder par journalistes interposés
quelques-uns des fleurons du nouveau paysage médiatique. Ce qui
conduira Vladimir Poutine à liquider de la manière la plus claire
qui soit tous les empires médiatiques russes créés sous protectorat
américain, anglais ou allemand. Les dirigeants algériens, n’arrivant
pas à être aussi clairs dans leur choix, se contentent de livrer des
batailles interminables à des titres sous protectorat américain,
anglais ou français en évitant autant que possible de se faire taxer
d’anti-démocratiques. Mais le problème c’est que ce n’est pas toute
la presse algérienne d’essence démocratique qui est sous influence
étrangère. Tout comme tous les démocrates algériens ou russes
d’ailleurs ne sont pas à la solde de l’Occident. Ce qui n’est pas
facile à faire admettre, surtout au moment où l’administration Bush
a décidé de lancer le projet de Grand Moyen-Orient qui accentue un
peu plus l’idée que la démocratie est imposée de l’extérieur et que
tous ceux qui y adhérent sont par conséquent des agents de
l’étranger. A se demander si les Américains n’ont pas mis en route
ce fantomatique projet pour précisément compromettre toute évolution
démocratique réelle dans nos sociétés. Un peu comme ils ont manipulé
l’extrême gauche pour briser la gauche. Là, ils veulent manipuler l’ultradémocratie
pour tuer la démocratie. Cela dit, il est clair qu’en ce mois de
juillet 2006 qui voit l’armée israélienne, soutenue par Washington,
bombarder la seule démocratie potable dans le monde non-occidental,
il est tout à fait évident que l’Occident ne veut pas de démocratie
ailleurs que chez lui et cela devrait nous amener à réfléchir
sérieusement sur la question démocratique et son importance dans le
développement de nos pays respectifs.
A. M.
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