Semaine du 19 au 25  juillet 2006

 

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Cinq ans pour rien

 

 
 
 Editorial

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L’enjeu démocratique

Nous aurons beau faire semblant, nous aurons beau faire comme si c’était fait, la réalité est là, froide et implacable. Nulle trace de démocratie dans le monde non démocratique. Que ce soit dans le monde arabo-musulman, en Amérique latine ou dans les pays de l’ex-bloc communiste, la résistance à la démocratie est réelle, concrète et palpable. Tout au plus y trouverons-nous quelques formations politiques totalement démunies face aux partis du pouvoir, un semblant de presse libre et des élections avec des candidats plus ou moins différents, mais il serait tout à fait illusoire de considérer ces quelques artifices cosmétiques comme étant de la démocratie. Et ne nous précipitons surtout pas pour accuser de cet état de fait, les seules élites et les seuls pouvoirs des pays non démocratiques. La démocratie n’étant de toute évidence revendiquée, en nos contrées, que par une poignée d’individus ou alors imposée par une partie de la communauté internationale. Parce que si dans son coffre arrière, la démocratie offre évidemment quelques avantages en termes de liberté d’expression – bien que relative – et de droits de l’homme, elle porte aussi en elle le principe libéral dans tous les domaines de la vie. En économie où la libre concurrence menace la rente et les barons de l’économie informelle. En société où l’égalité de l’homme et de la femme bouleverse des rapports féodaux largement acceptés par tous, y compris par les femmes. En politique surtout où les mythes du zaïm et du patriarcat   disparaissent pour laisser chaque citoyen responsable de sa destinée, de ses actes et de ses pensées. Pour cela, les sociétés non démocratiques ne sont évidemment pas prêtes à abandonner des modes de vie qui, bien que médiocres, arrangent de très larges couches de la société embaumées de surcroît dans les langes de rituels religieux obsolètes mais qui ont l’avantage de ne pas déranger l’ordre des choses. Mais il n’y a malheureusement pas que cela pour rendre la démocratie indésirable dans le monde non occidental. Il y a aussi le fait qu’étant un mode de vie particulier à l’Occident, il trouve beaucoup de peine à s’imposer dans des sociétés où la communauté est encore toute-puissante et où l’individu n’est rien. La démocratie étant par définition la sacralisation de l’individu et de ses performances, il est clair que cette  manière d’être tranche violemment avec  la dictature du groupe et de la collectivité en vigueur en nos contrées. Cependant, l’argument massue invoqué par les gouvernants des nations non occidentales pour refuser la démocratie est de considérer cette dernière comme… occidentale et de constituer donc une menace pour des modes de vie totalement différents. En poussant un peu plus loin l’argumentation, certains de ces dirigeants estiment même que les partis et la presse privée sont des chevaux de Troie de l’Occident implantés au cœur de l’Orient. Ce qui n’est malheureusement pas tout à fait faux en ce qui concerne en tout cas la Russie et l’Algérie, où l’ouverture pluraliste  dans le domaine des médias a été l’occasion, pour quelques chancelleries, de placer leurs pions et même de posséder par journalistes interposés quelques-uns des fleurons du nouveau paysage médiatique. Ce qui conduira Vladimir Poutine à liquider de la manière la plus claire qui soit tous les empires médiatiques russes créés sous protectorat américain, anglais ou allemand. Les dirigeants algériens, n’arrivant pas à être aussi clairs dans leur choix, se contentent de livrer des batailles interminables à des titres sous protectorat américain, anglais ou français en évitant autant que possible de se faire taxer d’anti-démocratiques. Mais le problème c’est que ce n’est pas toute la presse algérienne d’essence démocratique qui est sous influence étrangère. Tout comme tous les démocrates algériens ou russes d’ailleurs ne sont pas à la solde de l’Occident. Ce qui n’est pas facile à faire admettre, surtout au moment où l’administration Bush a décidé de lancer le projet de Grand Moyen-Orient qui accentue un peu plus l’idée que la démocratie est imposée de l’extérieur et que tous ceux qui y adhérent sont par conséquent des agents de l’étranger. A se demander si les Américains n’ont  pas mis en route ce fantomatique projet pour précisément compromettre toute évolution démocratique réelle dans nos sociétés. Un peu comme ils ont manipulé l’extrême gauche pour briser la gauche. Là, ils veulent manipuler l’ultradémocratie pour tuer la démocratie. Cela dit, il est clair qu’en ce mois de juillet 2006 qui voit l’armée israélienne, soutenue par Washington, bombarder la seule démocratie potable dans le monde non-occidental, il est tout à fait évident que l’Occident ne veut pas de démocratie ailleurs que chez lui et cela devrait nous amener à réfléchir sérieusement sur la question démocratique et son importance dans le développement de nos pays respectifs.

A. M.

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