Semaine du 19 au 25  juillet 2006

 

Libéralisation de l’économie algérienne

En arrière toute !

Débat timide autour de la révision de la Constitution
Fait-elle déjà l'unanimité ?
Des Présidents et des Constitutions

Après quatre ans passés au Canada, un Algérien raconte…

«Le bonheur, c’est relatif» 2e partie

 

 
 
Nation

Accueil

Libéralisation de l’économie algérienne

En arrière toute !

On ne peut s’empêcher de noter, non sans étonnement, un recul certain sur la volonté d’ouverture économique, tendance dont le point d’orgue a été l’amendement de la loi sur les hydrocarbures, qui contraste avec un discours libéral longtemps entretenu. Pourquoi un tel revirement ?

Le dernier Conseil des ministres a approuvé un projet d’ordonnance (encore une qui éludera tous les débats superflus) modifiant et complétant la loi n°05-07 du 28 avril 2005 relative aux hydrocarbures. Officiellement, les amendements proposés à cette loi visent à «l’adapter aux évolutions enregistrées au niveau du marché international de l’énergie et à renforcer la gestion de nos ressources afin de les préserver au bénéfice des générations futures». Pour le chef de l’Etat, il y a «impérieuse nécessité» pour la génération actuelle d’exploiter rationnellement les ressources de notre sous-sol «en tenant compte à la fois des besoins induits par les efforts d’un développement croissant et durable et par les besoins nécessairement plus importants des générations futures».

Malgré le discours rassurant aussi du ministre de l’Energie lors de sa conférence de presse, ce samedi, il va sans dire que cela représente un net recul par rapport au texte initial de la loi sur les hydrocarbures, laquelle devait constituer une déréglementation qui dépasserait de loin celles opérées dans de nombreux pays, ne serait-ce que parce que l’Algérie, à la différence de beaucoup d’autres, dépend entièrement de ses revenus pétroliers. De même, la compagnie Sonatrach devait passer au rang de concurrent au même titre que les autres après avoir été confondue avec la puissance publique, et se soumettre au jeu de la compétition sous l’œil des organes de régulation. Tel était l’esprit de la loi de 2005 qui ne fera jamais date. Désormais, c’est au  contraire auquel il faut s’attendre. Sonatrach prendra une plus large part dans l’accès aux contrats de d’exploration, d’exploitation et de transport des hydrocarbures, passant à 51%, entretenant ainsi la mainmise de l’Etat.

C’est pourtant un paradoxe de voir les autorités jouer volontairement la carte du libéralisme dans les temps de disette et de les voir reprendre leur statut monopoliste une fois revenues à une situation financière confortable. Ainsi, on peut dire que les années 1990 n’ont été celle de l’ouverture que précisément parce que les caisses de l’Etat étaient vides et c’est seulement alors que l’Etat a fait semblant de laisser intervenir le privé, le temps que ce dernier remplisse le vide laissé par son incapacité. Mais passées les conditionnalités du FMI et le choc pétrolier de 1998 dus à la crise du Sud-Est asiatique, la remontée du prix du baril a réveillé une nouvelle fois la tentation centraliste et farouchement opposée à la moindre brèche dans le carcan bureaucratique qui anime les maîtres de la décision économique.

Et parfois, cela prend la tournure d’un rattrapage sur tout ce que le capital privé, national ou étranger, a pu soustraire comme revenus à un système rentier des plus hermétiques. N’est-ce pas ainsi qu’il faut interpréter le chapitre de la fiscalité dans les amendements de la loi Khelil ? Les aménagements fiscaux au titre des contrats engagés sous le régime fiscal de la loi n° 86-14 sont prévus, dit-on, «pour tenir compte de l’évolution des prix sur le marché international des hydrocarbures». On entend bien par là qu’il sera question de revoir à la hausse le produit de la fiscalité à tirer des opérateurs étrangers. On ne voit donc plus aucun motif à attirer les investisseurs étrangers, alors que pendant plusieurs années, les services concernés étaient parfaitement au courant, comme l’a révélé publiquement Chakib Khelil, que les opérateurs étrangers au Sud du pays ne cessent de pratiquer la surfacturation comme tremplin à une fuite massive des capitaux. Mais pourquoi donc nul n’était dérangé par cette situation, du moment qu’aucune compagnie n’a jamais été inquiétée en aucune façon ?

Et puis si l’on voulait vraiment penser aux générations futures, ne serait-ce pas relever le défi que de leur laisser une économie diversifiée et une grande capacité à l’exportation plutôt que de se replier pour la décennie à venir sur le pétrole et le gaz uniquement ? Sur ce plan – les secteurs hors hydrocarbures – on donne l’impression de baisser les bras. Car au lieu que l’Etat puise dans les ressources générées par ses exportations pour conforter son rôle de premier investisseur (limité jusque-là dans l’équipement au bénéfice des populations), il reste totalement absent de la sphère économique réelle, laissant les entreprises se débattre contre toutes sortes de problèmes. Aujourd’hui, un dispositif de disculpation réciproque a été installé comme réponse à la pression du monde des affaires et le plus souvent à la clientèle du pouvoir : ces derniers ne paient rien, donc n’exigent plus rien de l’Etat, ni réformes ni même un programme économique. Cela, en se ménageant l’excuse d’avance d’avoir favorisé l’émergence du plus important paradis fiscal de la région Euromed, publiquement dénoncé pourtant par le FMI et la Banque mondiale. L’allusion est faite, justement, au sujet du régime dérogatoire de l’ANDI qui consacre non pas l’avantage comparatif, mais l’illégalité devant l’impôt.

Dans la forme, cela ressemble à de la stimulation : dans le fond, c’est de la neutralisation. Or, un bon dispositif d’investissement doit permettre des économies d’échelle et faire en sorte que chaque nouveau pan économique créé puisse servir d’appui à celui à venir. De même, chaque niveau de maîtrise technologique et managériale doit servir d’antichambre au niveau supérieur. Cela, exactement comme l’ont fait les pays asiatiques en s’appuyant sur un système fiscal dynamique et qui n’est favorable qu’au prorata de l’efficacité et de la promotion de l’emploi et non pas, comme en Algérie, sous forme d’avantages concédés à l’avance sans garantie de succès, bien que tout le monde sache que depuis l’APSI de 1993, seuls 6% des projets ont vu le jour (combien ont survécu ?).

Et alors que l’on attendait une réforme de fond du dispositif de promotion de l’investissement, c’est-à-dire celui non pas qui dispense l’entreprise d’avoir des impôts, mais bel et bien celui qui la mette en situation d’assurer pleinement ses obligations, un nouvel amendement de l’ordonnance 01-03 est venu renforcer davantage les mesures de facilitation de l’investissement. L’amendement propose, pour faire taire les experts du FMI, que le système dérogatoire contractuel soit assujetti à des critères clairs. Mais l’on oublie au passage de dire que ce régime, applicable dans les zones à promouvoir, n’est accompagné par aucune liste de ces zones ni de leur emplacement. Autrement dit, si on devait appliquer la loi, personne ne pourrait bénéficier du régime dérogatoire. Mais c’est justement le contraire qui se passe, depuis 2001 au moins.

Ainsi, par petites touches, nous assistons à une complexification du paysage économique algérien, qui rend illisibles les raisons des contradictions entre les discours et les décisions. Veut-on du privé ? Veut-on du privé étranger ? Si oui, pourquoi veut-on que l’un et l’autre soient sans cesse mis dans la situation où soit ils perpétuent les mécanismes rentiers, soit ils restent en dehors du coup ?

Aujourd’hui, les craintes d’un retour au centralisme bureaucratique inhibitoire de toute initiative privée sont fortes. Elles le sont doublement sachant l’incapacité de l’Etat à revenir au socialisme qui s’accommodait alors de la culpabilisation permanente des forces soutenant l’ouverture économique. Mais sommes-nous en économie ou en politique pure ? A quoi obéit ce repli inattendu qui, visiblement, ne cible que les partenaires occidentaux ? Si la loi sur les hydrocarbures, promise à faire les beaux jours des majors américaines, britanniques et françaises a été modifiée pour que cela n’arrive pas, on s’étonne de voir que l’accès des compagnies de même origine soit en parallèle quelque peu rétréci. Le jour même où l’on apprend que le contrat avec ADP (Aéroports de Paris) sera revu, alors que le contrat de Suez environnement n’est toujours pas en vigueur six mois après sa signature.

S’agissant du contrat de gré à gré relatif à la gestion de l’aéroport international d’Alger – Houari-Boumediene, négocié par l’EGSA, il a été transformé en assistance technique pure et simple visant à permettre à cette dernière de pouvoir assurer, au bout de deux ans seulement, un management qu’elle voudrait du même niveau que sa consœur de l’Hexagone.

Ces quelques exemples de recul sur les possibilités d’ouverture sur l’économie mondiale interviennent dans un contexte marqué par le grand retard du programme de soutien à la croissance économique, alors que les 60 milliards de dollars devaient, en grande partie, tomber dans l’escarcelle des firmes étrangères accréditées d’une capacité de réalisation que les entreprises algériennes n’auraient pas. Curieusement, des projets annoncés en grande pompe, comme l’aménagement de la capitale ou encore le gros de l’autoroute Est-Ouest, sont remportés en dernier ressort par les investisseurs arabes et asiatiques. Le tout, on y fait de moins en moins attention, sur fond de panne avérée du processus de privatisation.

Nabil Benali

 

Haut

 

Débat timide autour de la révision de la Constitution
Fait-elle déjà l'unanimité ?

Quel débat autour de la Constitution ? En fait, celui-ci a d'abord été limité aux seuls artisans du texte garantis du soutien d'une alliance présidentielle et d'une classe politique tombée dans le coma. Ensuite, comme après un long réveil, quelques partis sont montés au créneau pour dénoncer d'abord la non-application des lois existantes, préalable à la mise en place de nouveaux textes.
Qui va débattre de l'opportunité d'une nouvelle Constitution ? Les partis politiques ? Les élites ? La presse ? Les Algériens dans leur grande majorité ? La question mérite d'autant d'être posée au moment où la Constitution précédente, qui avait eu l'aval d'un vote largement favorable, est remise en question sans que ses artisans ne viennent défendre leur cause* et justifier les raisons qui ont prévalu à sa rédaction.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la Constitution de 1996 n'est pas venue du néant.
Il s'agit là d'un des aspects les plus évidents du débat autour de la Constitution, dans la mesure ou tout autre controverse semble inutile aux yeux des politiques et même des intellectuels tant ils paraissent réticents à s'y engager puisque politiquement, en l'absence d'une élite politique agissante et convaincante, il n y a plus rien à faire.
En fait, ce qui saute aux yeux, c'est surtout la propension des formations politiques à prendre leurs distances quand elles n'adhérent pas au projet qui, soit dit en passant, est loin d'être connu. On notera que jusque-là, c'est une mouture FLN qui est présentée et non la version définitive du projet. Cela expliquerait il la prudence de «l'opposition», certes laminée depuis l'élection présidentielle en 2004.

Pourtant, c'est à l'occasion de ce débat attendu sur la Constitution que Saïd Sadi, chef de fil du RCD, est sorti de sa réserve.
«Ce n'est pas le fait en soi qui me gêne. Je n'ai rien contre la proposition du FLN, mais le problème qui se pose c'est que toutes les Constitutions élaborées depuis l'Indépendance n'ont pas été appliquées. Donc il faut plutôt songer à une instauration d'une culture d'application des lois des Constitutions qu'on met en place», a déclaré Sadi lors d'une rencontre avec la presse, au siège du bureau national du RCD à El-Biar. Mais Sadi a souligné aussi qu'il n'était pas possible de «se prononcer sur une Constitution dont la mouture reste confidentielle». Le même Saïd Sadi, prudent, ne s'est pas gêné pour qualifier le régime actuel de «dictateur». Mais dans tout cela le patron du RCD, sorti de sa torpeur, profite de l'occasion pour se replacer à la tête d'un front démocratique uni encore à faire.

Les démocrates se réveillent
Au FFS, pratiquement même son de cloche. «Chaque Président s'est taillé une Constitution à sa mesure mais cela n'a pas empêché les coups d'Etat. La tendance mondiale actuelle tend vers des mandats moins longs et consacrent davantage l'alternance au pouvoir !», a indiqué le secrétaire national chargé de la communication du Front des forces socialistes, Karim Tabbou, à l'occasion d'une conférence de presse tenue au siège du parti.
Sans se prononcer sur le principe de l'amendement de la Constitution, Tabbou met en évidence la question du non-respect des lois en vigueur en Algérie qui pose problème : «Aujourd'hui, les Algériens ont-ils un quelconque mécanisme de participation à la prise de décision politique tant ils ont été dépossédés de leur droit à avoir des droits ?».
Pour en revenir à la Constitution encore en vigueur, le président Bouteflika a indiqué, dans son discours du 4 juillet dernier, que celle-ci avait été "élaborée sous la pression de l'épreuve difficile que le pays avait traversé", souhaitant désormais que l'Algérie, ayant "dépassé la situation de crise (…), soulever la question de l'amendement de la Constitution". Il n’y a rien d'étrange dans la déclaration du Président dans la mesure où, dès son investiture pour son premier mandat en 1999, il avait indiqué que cette Constitution – celle de 1996 – avait pris le plus mauvais du système parlementaire et le plus mauvais du système présidentiel.
Certes ce texte n'avait pas suscité de grandes discussions au moment où il était proposé car il est vrai aussi que l'Algérie, à cette époque, revenait de loin. Plongée dans une violence inouïe, elle raccommodait ses institutions. On avait élu le président Zeroual une année auparavant après trois ans de transition sanglante. Dans le non-Etat qu'était de devenue l'Algérie, la Constitution de 1996 ouvrait la voie à la remise en place des institutions mais en mettant aussi des garde-fous en rapport avec la période précédente. Que ce soit la mise en place du Conseil de la nation ou la limitation à deux mandats de cinq ans pour le Président.
Mais pour autant y a-t-il un projet ficelé prêt à être voté ? Pas si sûr. Le président Bouteflika a indiqué dans son discours que la Constitution envisagée «renforcera davantage les droits et les libertés fondamentales ainsi que le contrôle constitutionnel, doit définir les règles d'un régime politique aux contours clairs, préciser davantage les prérogatives et les responsabilités, veiller au respect du principe de la séparation des pouvoirs, mettre fin aux interférences entre les prérogatives des institutions ainsi qu'à l'amalgame entre le régime parlementaire et le régime présidentiel». Il s'agit de l'énoncé des enjeux institutionnels de cette Constitution. Les nouveautés qu'elle portera devraient passer par ce débat attendu et auquel le président Bouteflika invite tous les Algériens à participer. Autrement, c'est bien de son application qu'il s'agira de parler, une fois cette constitution votée.
Amine Esseghir
*On peut citer à ce propos la contribution de Smaïl Saïdani, ancien député et  membre du comité de rédaction de la Constitution de 1996, parue dans l'édition du 15 juillet 2006 du quotidien
El Watan.

 

Haut

 

Des Présidents et des Constitutions

Quelle est cette étrange coïncidence qui fait que chez nous, à chaque nouvelle Constitution promulguée, on remarque que le chef de l’Etat en exercice cède le pas, d’une façon ou d’une autre, à un nouveau président ? En effet, pour qui prend la peine d’observer et de faire un retour en arrière, il n’y a aucun doute que cette coïncidence s’est répétée à chaque fois, depuis la première Constitution de 1963 jusqu’à celle de 1996. Une question tout de même. Est-ce que les choses prennent cette tournure d’une façon toute naturelle ou y a-t-il d’autres paramètres qui entrent en jeu ?

Quand l’Algérie est devenue indépendante, en juillet 1962, les décideurs de l’époque ont attendu à peine quelques mois pour organiser des élections législatives, le 20 septembre 1962. L’Assemblée, élue pour un mandat d’une année, avait notamment pour but de promulguer la loi fondamentale du pays. Ce qui donna naissance à la Constitution du 10 septembre 1963. Cette Constitution consacrait le principe monocaméral pour le Parlement algérien. Conformément à l’article 77 de la Constitution, le mandat de l’Assemblée nationale se vit prolongé d’une année. Mais le président de la République, Ahmed Ben Bella, recourt à l’article 59 de la Constitution qui lui donne les pleins pouvoirs et gèle les activités de l’Assemblée nationale.

La Constitution qui devait tracer la loi fondamentale du pays était en fin de compte un outil entre les mains du Président. Un outil qui lui permettait d’exercer les pleins pouvoirs sans tenir compte des institutions de l’Etat. Mais ce que Ben Bella n’avait pas imaginé, c’était que ce pouvoir n’allait durer que deux petites années. Trop peu pour un président qui s’était octroyé tous les pouvoirs.

Le 19 juin 1965, le ministre de la Défense de l’époque, Houari Boumediène, décide de prendre le renverser et se proclame Président. De 1965 jusqu’en 1976 est institué au sommet de l’Etat algérien un Conseil de la révolution, dépositaire de l’autorité souveraine. Ce Conseil gère les affaires courantes de l’Etat en attendant l’année 1976 où une nouvelle Constitution est promulguée le 22 novembre, considérée comme le parachèvement des institutions de l’Etat algérien.

Une chambre unique, dénommée Assemblée populaire nationale (APN), chargée d’exercer le pouvoir législatif, est élue le 25 février 1977 pour un mandat de cinq ans, régulièrement renouvelé en 1982 et 1987.

La Constitution de 1976 consacre l’option du socialisme déjà choisie par la Constitution de 1963. Elle assure que le socialisme est la seule voie pour parachever l’indépendance nationale, d’établir la justice sociale et enfin de favoriser l’épanouissement du citoyen. Mais la maladie était là, qui guettait le président Houari Boumediène. Une maladie rare du sang au nom imprononçable, waldenström, du patronyme du médecin suédois qui l’a découverte. Les premiers symptômes de la maladie sont décelés en septembre 1978. Des examens pratiqués à Alger sont passés sous silence. Une hospitalisation prolongée en URSS pousse la presse occidentale à se poser des questions, puis à parler carrément de sa maladie.

Le 27 décembre 1978, Houari Boumediène s’éteint à l’âge de 46 ans, après neuf jours de coma profond, deux années après avoir promulgué la Constitution de 1976.

En 1979, Chadli Bendjedid est élu président de la République. Son règne est surtout marqué par le Plan anti-pénurie (PAP) qui permettra aux citoyens d’acheter toutes sortes de produits et d’équipements électroménagers qui étaient plutôt rares avant.

En novembre 1988, un référendum a lieu pour approuver la révision constitutionnelle proposée par le chef de l’Etat. La Constitution qui voit le jour confère au président de la République de nombreux pouvoirs : il est le chef suprême des forces armées de la République, il est responsable de la défense nationale, il arrête la politique extérieure de la nation, il nomme le chef du gouvernement et met fin à ses fonctions… Des pouvoirs presque illimités.

Une révision constitutionnelle a lieu après les événements d’octobre 1988. Les données politiques changent. Le peuple ne se contente plus d’acheter des réfrigérateurs ou des téléviseurs, il veut une plus grande liberté d’expression. Ainsi, plusieurs associations et partis politiques voient le jour. Ils sont tellement nombreux que c’est la confusion totale.

En 1991, les islamistes remportent les élections face à des démocrates plutôt timides. Les islamistes ont utilisé tous les moyens pour atteindre ce résultat. Tout de suite après, c’est l’arrêt du processus électoral. Le président Chadli est prié de démissionner. Tous les pouvoirs qu’il s’était arrogé  ne lui servent plus à rien. Un Haut comité d’Etat (HCE) est alors mis en place pour gérer les affaires courantes.

En 1996, un militaire est élu au pouvoir, Liamine Zeroual. Son arrivée est accompagnée d’une incroyable montée de violence. Les islamistes menaçaient ceux et celles qui voteraient des pires représailles. Mais c’était compter sans la détermination des Algériens qui en avaient ras-le-bol de la violence meurtrière dans laquelle le pays était plongé.

L’Algérie avait enfin un président élu. Cela mettait fin à la confusion qui avait régné des années durant.

Pour parachever cet équilibre tant attendu, il fallait une Constitution. Durant la même année 1996, un texte qui consacre la sauvegarde de l’indépendance, l’intégrité territoriale et l’unité nationale, est promulgué. La lutte contre le terrorisme est alors enclenchée. Des ratissages se font un peu partout, des embuscades pour piéger les terroristes qui avaient élu domicile dans des endroits d’accès difficile sont organisées.

Si la violence est toujours de mise, les terroristes sont traqués et commencent à sentir le danger. Mais Liamine Zeroual, qui avait des soucis de santé et se disait plus militaire qu’homme politique, exprime le vœu de quitter le pouvoir. Pour cela, il organise en 1999 des élections présidentielles où Abdelaziz Bouteflika est élu dans la liesse populaire. Les gens étaient heureux de voir cet ancien ministre du gouvernement Boumediène arriver au pouvoir. Il leur rappelait les années où le pays était bien loin de la violence et de l’insécurité.

Abdelaziz Bouteflika promet aux Algériens de rendre au pays son image de marque. Et il tient sa promesse. A l’échelle internationale, l’Algérien n’est plus automatiquement désigné comme un terroriste. C’est déjà une avancée importante. A l’échelle nationale, la sécurité revient peu à peu. Concorde civile, réconciliation nationale et autres mesures de clémence conjuguées aux frappes des forces de sécurité et de l’armée nationale apportent la paix. Les gens ne vivent plus dans la terreur qui a prévalu des années durant.

Après un premier mandat consacré à instaurer la paix, le chef de l’Etat commence un deuxième mandat et promet des réalisations qui permettront aux Algériens de mieux vivre. Un autre projet en cours est la révision constitutionnelle qui, selon les déclarations du Président à un hebdomadaire londonien, permettra de clarifier le type de système politique et de préciser les prérogatives de chaque pouvoir « afin de mettre fin aux interférences des prérogatives des institutions, ainsi qu’à la confusion entre le système parlementaire et le système présidentiel », affirme-t-il.

En somme, plus de démocratie et de liberté.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

 

Haut

Après quatre ans passés au Canada, un Algérien raconte…

«Le bonheur, c’est relatif» 2e partie

Il était cadre dans le secteur bancaire. L’idée de partir lui est venue, comme à tant d’autres Algériens qui ont quitté le pays à la recherche d’un sol plus accueillant. D’une atmosphère plus respirable. C’est que la décennie rouge a laissé des traces indélébiles. Marwan El-Andaloussy émigre avec sa famille à Montréal, au Canada. Quatre ans après son départ, il revient au pays à l’occasion des vacances d’été, pour se ressourcer dans son quartier natal de  Meissonnier, auprès de ses proches.

Dans cet entretien dont nous publions la seconde partie, Marwan El-Andaloussy nous raconte ses impressions d’Algérien qui redécouvre son pays, sa ville natale, Alger, après des années d’absence. Il nous raconte aussi sa nouvelle vie au Canada, ce qu’il apprécie et ce qu’il n’est pas prêt d’adopter comme mode de vie même s’il devait passer  le reste de sa vie au Canada.

Malgré toutes les critiques qu’il porte à l’endroit de la société canadienne, notre interlocuteur trouve que l’essentiel est que c’est un pays de droit et d’organisation. Ce sont, d’ailleurs, les principales différences qu’il voit entre l’Algérie et son pays d’accueil. Pour le reste, il trouve que le «le bonheur est relatif» et  qu’on peut aussi bien le trouver ici qu’ ailleurs.

 

Les Débats : Les animaux sont des sujets de discussion…

Marwan El-Andaloussy : Ah oui, c’est incroyable. Les gens en parlent à table, dans la rue, au boulot : le chat, le chien, ses problèmes médicaux, le vétérinaire, les injections, les comprimés… Et même la psychologie de l’animal, la dépression… Dans une discussion de rue, on a même entendu parler d’un chien à qui on a prescrit un antidépresseur.

D’ailleurs, pour te faire rire, on a remarqué que les chats ne miaulent pas de la même façon, là-bas, comme s’ils avaient muté parce qu’ils ne vivent plus dans leur milieu naturel ; ils n’ont pas besoin de chasser ni de survivre. Ils sont choyés, ils ont leur lit, leur nourriture…

Par contre, de plus en plus de gens adoptent des enfants, généralement à l’étranger. Il faut savoir qu’au Canada il y a une certaine sensibilité aux problèmes du monde. Par exemple, les jeunes et les moins jeunes s’investissent beaucoup (de leur personne et financièrement) dans les ONG humanitaires pour venir en aide à des pays d’Amérique Latine, d’Afrique ou d’Asie.

 

 

Les Canadiens ont-ils le même rapport à la politique que les Algériens ? Sont-ils plus ou moins désintéressés que nos compatriotes ?

C’est pratiquement la même chose. Je pense que ça s’explique par ce fameux ultralibéralisme qui tient le monde. Il y a tellement de matraquage, la politique a tellement été dévalorisée que les gens n’y croient plus. D’ailleurs les politiques canadiens sont très vieux. Les jeunes ne s’intéressent pas beaucoup à la politique. Tout le monde constate, en fait, que la politique ne sert pas à grand-chose, puisque c’est l’entreprise qui dirige tout et a le dernier mot. Par contre, les Canadiens s’investissent plus volontiers dans la société civile. Les gens sont très impliqués dans les associations de quartiers, de villes, de certains secteurs… Ils essayent de changer les choses à travers le mouvement associatif.

Tu écrirais un article sur la politique en Occident ou au Canada en particulier, la conclusion en serait « l’inutilité de la politique». Ça ne sert vraiment à rien.

Je te raconte une histoire. Dans un coin perdu du Québec, le gros distributeur Walmart ouvre un magasin ; après un certain temps, les employés ont voulu créer un syndicat. Ce qui est tout à fait légal puisqu’ils étaient au nombre requis pour se constituer en syndicat. La direction de l’entreprise a rejeté la décision des travailleurs. Ces derniers ont recouru à la justice et aux organismes du travail qui leur ont donné raison. Résultat des courses : le magasin a carrément fermé. Les employés se sont retrouvés au chômage. Et c’est devenu un véritable dilemme dans la région. Fallait-il maintenir le syndicat pour défendre les droits des travailleurs avec pour conséquence leur mise au chômage, ou alors fallait-il se taire et accepter les conditions de l’employeur pour garder son travail ?  Dans ce genre de situation, le gouvernement et les élus ne peuvent absolument rien faire. Du coup, les gens se disent à quoi cela sert-il de s’impliquer en politique et d’élire des représentants du peuple puisque ce sont les multinationales qui dirigent ?

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que ces grosses boites sont souvent subventionnées par les gouvernements et ont beaucoup de facilités fiscales pour créer de l’emploi.

C’est un problème auquel les politiciens doivent trouver des solutions.

 

Actuellement, il y a un grand débat sur les salaires en Algérie. Est-ce qu’un salarié canadien peut bien vivre ?

Avec un salaire moyen, oui. Au Canada on est payé à l’heure, ce n’est pas un salaire mensuel. La rémunération dépend donc du nombre d’heures travaillées. Et puis, l’employeur décide de t’employer à mi-temps ou à plein temps. Donc si tu es payé au salaire minimum d’environ 7 dollars canadiens de l’heure, c’est vraiment difficile de joindre les deux bouts. Par contre, les loyers des logements sont relativement abordables. Tout dépend des quartiers et de la superficie du logement, c’est en moyenne 500 à 600 dollars par mois. Ce qui est correct pour un couple qui travaille. En plus, le logement ce n’est pas un problème monstre comme chez nous. Si ça ne te plaît pas, tu peux en changer une fois par an.

 

Qu’en est-il de la situation des femmes aux Canada. Sont-elles «heureuses» ?

Heureuses ? Je ne sais pas. Mais au Québec et au Canada en général, il y a un très fort mouvement féministe qui a établi les droits entiers de la femme. Il n’y a aucune sorte de discrimination. Mais bizarrement, il y a toujours des associations qui défendent les droits des femmes, ce qui veut dire que ce n’est pas si acquis qu’on peut le penser et qu’il y a encore des mentalités qui doivent changer. Bizarrement aussi, il y a une inégalité salariale. Aux mêmes postes, les femmes touchent moins que les hommes. C’est un combat qui dure des années, mais ce n’est pas encore réglé y compris dans la fonction publique.

Sinon, du point de vu de la loi, la femme est tout à fait l’égale de l’homme. Mais dans la réalité, certaines choses ne sont pas réglées. Outre le salaire, il y a aussi la question des femmes battues. Les rapports sont alarmants à ce propos. Les familles monoparentales (femmes sans époux ou conjoint) vivent des situations difficiles et très souvent les enfants ont des difficultés à l’école.

 

La femme est-elle obligée de ramener sa quote-part dans le financement du foyer ?

C’est totalement inconcevable autrement. La femme est l’égale de l’homme, donc elle amène sa part dans le budget familial. Il n’y a pas de couples qui tiennent si la femme ne travaille pas. C’est valable aussi pour l’homme.

 

Les émigrés issus de la sphère arabo-musulmane s’adaptent-ils à cette culture ?

Pas forcément. Généralement, les Algériens essayent de maintenir leur conception de la vie. Tu trouves énormément de couples où c’est l’homme qui travaille alors que la femme s’occupe des enfants et de la maison. Même si là-bas elle peut travailler à mi-temps ou faire des choses simples qui ne l’éloignent pas de son foyer.

Par contre, certaines difficultés apparaissent lorsque c’est la femme qui trouve du travail et pas le mari. Ça finit généralement par un divorce. L’homme se sent diminué et n’accepte pas cette situation.

Une autre difficulté est d’être confronté à des mœurs qui nous sont totalement étrangères. Mais je pense qu’avec le temps, les gens vont s’adapter et trouver des compromis.

En général, les Algériens résidant au Canada tiennent à leur culture. Mais en même temps, ils s’adaptent très facilement sur le plan professionnel et dans leurs rapports avec les gens.

 

Vivez-vous en «ghetto» à Montréal ?

Montréal est une ville cosmopolite. Quand tu marches dans la rue, tu as l’impression de regarder une publicité de Benetton «United Colors». Il n’y a pas de ghettos au sens propre du terme, mais les communautés se forment d’une manière toute simple. Les Algériens, comme les autres immigrants, s’entraident en matière de logement. Donc je trouve un appartement pas très loin de chez moi à un autre Algérien qui vient juste d’arriver. Ça fonctionne comme ça. Il n’y a pas une volonté dès le départ de s’installer entre immigrants d’une même nationalité.

D’ailleurs, dans les quartiers fréquentés par les Algériens tu trouves beaucoup de Marocains. Ils s’organisent autour de certaines activités, comme la boucherie, la coiffure, les cafés, les «music stores», etc.

Et je peux citer d’autres exemples, comme celui des Italiens. Dans leurs cafés, c’est la musique italienne, la télé italienne, ça parle italien. Voilà, ils gardent leur culture tout en devenant des citoyens canadiens.

 

Qu’en est-il de l’éducation au Canada ?

Il y a pratiquement autant d’écoles privées que d’écoles publiques. Le constat que je peux faire, c’est que le niveau de l’école publique n’est pas aussi terrible qu’on aurait tendance à le penser. Comparé à d’autres pays comme la France, l’Angleterre ou l’Allemagne, ça ne vole pas haut.

Les Algériens qui vivent au Canada s’investissent beaucoup dans l’éducation de leurs enfants. Nombre d’entre eux arrivent à les inscrire dans des établissements privés. Ils font tout pour qu’ils réussissent et arrivent à des niveaux supérieurs dans leurs études. D’ailleurs, c’est un des traits de caractère des émigrés algériens et maghrébins en général : ils ne veulent pas que leurs enfants commencent à travailler en faisant de petits boulots dès l’âge de 18 ans.

 

Il parait que la période du ramadan est un des moments les plus durs qu’on vit dans l’émigration, car on pense beaucoup à l’ambiance du pays…

C’est tout à faut vrai, mais on finit par s’y habituer. On apprend à travailler le jour de l’Aïd, à avoir des horaires pas possibles pendant le ramadan, etc. C’est difficile. Mais il suffit de rentrer dans ton quartier, où il y a beaucoup d’Algériens, pour que tout rentre dans l’ordre. Un café et un qelbalouz, des visites entre familles, et tu oublie tout… ou presque !

En tout cas, c’est moins dur qu’il y a 15 ou 20 ans, quand les premiers émigrés se sentaient vraiment isolés.

Le jour de l’Aïd El Adha, pratiquement tout le monde égorge le mouton. D’ailleurs, les fermes dans la région de Montréal s’en sortent très bien grâce à ces fêtes annuelles qui sont devenues une source non négligeable de revenus. Idem pour les magasins qui vendent des gâteaux traditionnels, surtout pendant le ramadan ; les gens font la chaîne, discutent et se disputent… comment ils le font ici !

Le seul truc qui est vraiment pénible, c’est le climat qui pèse très lourd pour les Algériens habitués à voir du soleil 10 mois sur 12. Voir la neige pendant six mois, c’est déprimant. C’est moins pénible au début parce que c’est nouveau, mais au fil des années ça devient embêtant.

 

Garde-t-on le caractère méditerranéen (rire…) même après des années d’émigration ?

 

Oui, parce que les gens sont partis âgés. Leur personnalité était déjà construite. Par contre, ceux qui sont partis très jeunes, qui sont allés à l’école dès les premiers paliers, ça va être différent. Ce serait d’ailleurs intéressant de voir ce que ça va donner dans quelques années. Alors on verra si les Algériens sont capables du maintien d’une double culture, des langues maternelles (arabe et/ou kabyle), de maîtriser le français et l’anglais, et les valeurs auxquelles on tient. On verra si, par exemple, la culture de l’individualisme va déteindre sur notre culture plus communautaire.

Le plus intéressant sera également de voir ce que sera le Canada dans 20 ou 25 ans.

 

Tu ne regrettes pas d’être parti ?

Non, pas du tout. C’est très dur au début, c’est le déchirement, mais ça vaut le coup d’essayer. Il faut de la volonté. Connaître d’autres modes de vie, ça permet de relativiser. Tout est relatif. Ce n’est pas noir et blanc.

 

Les Algériens emmènent-ils leurs clivages politiques au Canada ?

Oui, ils se rencontrent, ils discutent. Ils s’expriment librement, parce qu’ils sont dans un état de droit où chacun a le droit de dire ce qu’il pense tout en respectant les opinions des autres.

Abdelkader Djalil

 

 

Haut

E-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche