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Libéralisation de l’économie algérienne
En arrière
toute !
On ne peut
s’empêcher de noter, non sans étonnement, un recul certain sur la
volonté d’ouverture économique, tendance dont le point d’orgue a été
l’amendement de la loi sur les hydrocarbures, qui contraste avec un
discours libéral longtemps entretenu. Pourquoi un tel revirement ?
Le dernier Conseil
des ministres a approuvé un projet d’ordonnance (encore une qui
éludera tous les débats superflus) modifiant et complétant la loi
n°05-07 du 28 avril 2005 relative aux hydrocarbures. Officiellement,
les amendements proposés à cette loi visent à «l’adapter aux
évolutions enregistrées au niveau du marché international de
l’énergie et à renforcer la gestion de nos ressources afin de les
préserver au bénéfice des générations futures». Pour le chef de
l’Etat, il y a «impérieuse nécessité» pour la génération actuelle
d’exploiter rationnellement les ressources de notre sous-sol
«en tenant compte à la fois des besoins induits par les efforts d’un
développement croissant et durable et par les besoins nécessairement
plus importants des générations futures».
Malgré le discours
rassurant aussi du ministre de l’Energie lors de sa conférence de
presse, ce samedi, il va sans dire que cela représente un net recul
par rapport au texte initial de la loi sur les hydrocarbures,
laquelle devait constituer une déréglementation qui dépasserait de
loin celles opérées dans de nombreux pays, ne serait-ce que parce
que l’Algérie, à la différence de beaucoup d’autres, dépend
entièrement de ses revenus pétroliers. De même, la compagnie
Sonatrach devait passer au rang de concurrent au même titre que les
autres après avoir été confondue avec la puissance publique, et se
soumettre au jeu de la compétition sous l’œil des organes de
régulation. Tel était l’esprit de la loi de 2005 qui ne fera jamais
date. Désormais, c’est au contraire auquel il faut s’attendre.
Sonatrach prendra une plus large part dans l’accès aux contrats de
d’exploration, d’exploitation et de transport des hydrocarbures,
passant à 51%, entretenant ainsi la mainmise de l’Etat.
C’est pourtant un
paradoxe de voir les autorités jouer volontairement la carte du
libéralisme dans les temps de disette et de les voir reprendre leur
statut monopoliste une fois revenues à une situation financière
confortable. Ainsi, on peut dire que les années 1990 n’ont été celle
de l’ouverture que précisément parce que les caisses de l’Etat
étaient vides et c’est seulement alors que l’Etat a fait semblant de
laisser intervenir le privé, le temps que ce dernier remplisse le
vide laissé par son incapacité. Mais passées les conditionnalités du
FMI et le choc pétrolier de 1998 dus à la crise du Sud-Est
asiatique, la remontée du prix du baril a réveillé une nouvelle fois
la tentation centraliste et farouchement opposée à la moindre brèche
dans le carcan bureaucratique qui anime les maîtres de la décision
économique.
Et parfois, cela
prend la tournure d’un rattrapage sur tout ce que le capital privé,
national ou étranger, a pu soustraire comme revenus à un système
rentier des plus hermétiques. N’est-ce pas ainsi qu’il faut
interpréter le chapitre de la fiscalité dans les amendements de la
loi Khelil ? Les aménagements fiscaux au titre des contrats engagés
sous le régime fiscal de la loi n° 86-14 sont prévus, dit-on,
«pour tenir compte de l’évolution des prix sur le marché
international des hydrocarbures». On entend bien par là qu’il
sera question de revoir à la hausse le produit de la fiscalité à
tirer des opérateurs étrangers. On ne voit donc plus aucun motif à
attirer les investisseurs étrangers, alors que pendant plusieurs
années, les services concernés étaient parfaitement au courant,
comme l’a révélé publiquement Chakib Khelil, que les opérateurs
étrangers au Sud du pays ne cessent de pratiquer la surfacturation
comme tremplin à une fuite massive des capitaux. Mais pourquoi donc
nul n’était dérangé par cette situation, du moment qu’aucune
compagnie n’a jamais été inquiétée en aucune façon ?
Et puis si l’on
voulait vraiment penser aux générations futures, ne serait-ce pas
relever le défi que de leur laisser une économie diversifiée
et une grande capacité à l’exportation plutôt que de se replier pour
la décennie à venir sur le pétrole et le gaz uniquement ? Sur ce
plan – les secteurs hors hydrocarbures – on donne l’impression de
baisser les bras. Car au lieu que l’Etat puise dans les ressources
générées par ses exportations pour conforter son rôle de premier
investisseur (limité jusque-là dans l’équipement au bénéfice des
populations), il reste totalement absent de la sphère économique
réelle, laissant les entreprises se débattre contre toutes sortes de
problèmes. Aujourd’hui, un dispositif de disculpation réciproque a
été installé comme réponse à la pression du monde des affaires et le
plus souvent à la clientèle du pouvoir : ces derniers ne paient
rien, donc n’exigent plus rien de l’Etat, ni réformes ni même un
programme économique. Cela, en se ménageant l’excuse d’avance
d’avoir favorisé l’émergence du plus important paradis fiscal de la
région Euromed, publiquement dénoncé pourtant par le FMI et la
Banque mondiale. L’allusion est faite, justement, au sujet du régime
dérogatoire de l’ANDI qui consacre non pas l’avantage comparatif,
mais l’illégalité devant l’impôt.
Dans la forme,
cela ressemble à de la stimulation : dans le fond, c’est de la
neutralisation. Or, un bon dispositif d’investissement doit
permettre des économies d’échelle et faire en sorte que chaque
nouveau pan économique créé puisse servir d’appui à celui à venir.
De même, chaque niveau de maîtrise technologique et managériale doit
servir d’antichambre au niveau supérieur. Cela, exactement comme
l’ont fait les pays asiatiques en s’appuyant sur un système fiscal
dynamique et qui n’est favorable qu’au prorata de l’efficacité et de
la promotion de l’emploi et non pas, comme en Algérie, sous forme
d’avantages concédés à l’avance sans garantie de succès, bien que
tout le monde sache que depuis l’APSI de 1993, seuls 6% des projets
ont vu le jour (combien ont survécu ?).
Et alors que l’on
attendait une réforme de fond du dispositif de promotion de
l’investissement, c’est-à-dire celui non pas qui dispense
l’entreprise d’avoir des impôts, mais bel et bien celui qui la mette
en situation d’assurer pleinement ses obligations, un nouvel
amendement de l’ordonnance 01-03 est venu renforcer davantage les
mesures de facilitation de l’investissement. L’amendement propose,
pour faire taire les experts du FMI, que le système dérogatoire
contractuel soit assujetti à des critères clairs. Mais l’on oublie
au passage de dire que ce régime, applicable dans les zones à
promouvoir, n’est accompagné par aucune liste de ces zones ni de
leur emplacement. Autrement dit, si on devait appliquer la loi,
personne ne pourrait bénéficier du régime dérogatoire. Mais c’est
justement le contraire qui se passe, depuis 2001 au moins.
Ainsi, par petites
touches, nous assistons à une complexification du paysage économique
algérien, qui rend illisibles les raisons des contradictions entre
les discours et les décisions. Veut-on du privé ? Veut-on du privé
étranger ? Si oui, pourquoi veut-on que l’un et l’autre soient sans
cesse mis dans la situation où soit ils perpétuent les mécanismes
rentiers, soit ils restent en dehors du coup ?
Aujourd’hui, les
craintes d’un retour au centralisme bureaucratique inhibitoire de
toute initiative privée sont fortes. Elles le sont doublement
sachant l’incapacité de l’Etat à revenir au socialisme qui
s’accommodait alors de la culpabilisation permanente des forces
soutenant l’ouverture économique. Mais sommes-nous en économie ou en
politique pure ? A quoi obéit ce repli inattendu qui, visiblement,
ne cible que les partenaires occidentaux ? Si la loi sur les
hydrocarbures, promise à faire les beaux jours des majors
américaines, britanniques et françaises a été modifiée pour que cela
n’arrive pas, on s’étonne de voir que l’accès des compagnies de même
origine soit en parallèle quelque peu rétréci. Le jour même où l’on
apprend que le contrat avec ADP (Aéroports de Paris) sera revu,
alors que le contrat de Suez environnement n’est toujours pas en
vigueur six mois après sa signature.
S’agissant du
contrat de gré à gré relatif à la gestion de l’aéroport
international d’Alger – Houari-Boumediene, négocié par l’EGSA, il a
été transformé en assistance technique pure et simple visant à
permettre à cette dernière de pouvoir assurer, au bout de deux ans
seulement, un management qu’elle voudrait du même niveau que sa
consœur de l’Hexagone.
Ces quelques
exemples de recul sur les possibilités d’ouverture sur l’économie
mondiale interviennent dans un contexte marqué par le grand retard
du programme de soutien à la croissance économique, alors que les 60
milliards de dollars devaient, en grande partie, tomber dans
l’escarcelle des firmes étrangères accréditées d’une capacité de
réalisation que les entreprises algériennes n’auraient pas.
Curieusement, des projets annoncés en grande pompe, comme
l’aménagement de la capitale ou encore le gros de l’autoroute
Est-Ouest, sont remportés en dernier ressort par les investisseurs
arabes et asiatiques. Le tout, on y fait de moins en moins
attention, sur fond de panne avérée du processus de privatisation.
Nabil Benali
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Débat timide autour de la révision de la Constitution
Fait-elle déjà l'unanimité ?
Quel débat autour de la Constitution ? En fait, celui-ci a d'abord
été limité aux seuls artisans du texte garantis du soutien d'une
alliance présidentielle et d'une classe politique tombée dans le
coma. Ensuite, comme après un long réveil, quelques partis sont
montés au créneau pour dénoncer d'abord la non-application des lois
existantes, préalable à la mise en place de nouveaux textes.
Qui va débattre de l'opportunité d'une nouvelle Constitution ? Les
partis politiques ? Les élites ? La presse ? Les Algériens dans leur
grande majorité ? La question mérite d'autant d'être posée au moment
où la Constitution précédente, qui avait eu l'aval d'un vote
largement favorable, est remise en question sans que ses artisans ne
viennent défendre leur cause* et justifier les raisons qui ont
prévalu à sa rédaction.
Contrairement à ce
qu'on pourrait croire, la Constitution de 1996 n'est pas venue du
néant.
Il s'agit là d'un des aspects les plus évidents du débat autour de
la Constitution, dans la mesure ou tout autre controverse semble
inutile aux yeux des politiques et même des intellectuels tant ils
paraissent réticents à s'y engager puisque politiquement, en
l'absence d'une élite politique agissante et convaincante, il n y a
plus rien à faire.
En fait, ce qui saute aux yeux, c'est surtout la propension des
formations politiques à prendre leurs distances quand elles
n'adhérent pas au projet qui, soit dit en passant, est loin d'être
connu. On notera que jusque-là, c'est une mouture FLN qui est
présentée et non la version définitive du projet. Cela expliquerait
il la prudence de «l'opposition», certes laminée depuis l'élection
présidentielle en 2004.
Pourtant, c'est à
l'occasion de ce débat attendu sur la Constitution que Saïd Sadi,
chef de fil du RCD, est sorti de sa réserve.
«Ce n'est pas le fait en soi qui me gêne. Je n'ai rien contre la
proposition du FLN, mais le problème qui se pose c'est que toutes
les Constitutions élaborées depuis l'Indépendance n'ont pas été
appliquées. Donc il faut plutôt songer à une instauration d'une
culture d'application des lois des Constitutions qu'on met en place»,
a déclaré Sadi lors d'une rencontre avec la presse, au siège du
bureau national du RCD à El-Biar. Mais Sadi a souligné aussi qu'il
n'était pas possible de «se prononcer sur une Constitution dont
la mouture reste confidentielle». Le même Saïd Sadi, prudent, ne
s'est pas gêné pour qualifier le régime actuel de «dictateur». Mais
dans tout cela le patron du RCD, sorti de sa torpeur, profite de
l'occasion pour se replacer à la tête d'un front démocratique uni
encore à faire.
Les démocrates
se réveillent
Au FFS, pratiquement même son de cloche. «Chaque Président s'est
taillé une Constitution à sa mesure mais cela n'a pas empêché les
coups d'Etat. La tendance mondiale actuelle tend vers des mandats
moins longs et consacrent davantage l'alternance au pouvoir !»,
a indiqué le secrétaire national chargé de la communication du Front
des forces socialistes, Karim Tabbou, à l'occasion d'une conférence
de presse tenue au siège du parti.
Sans se prononcer sur le principe de l'amendement de la
Constitution, Tabbou met en évidence la question du non-respect des
lois en vigueur en Algérie qui pose problème : «Aujourd'hui, les
Algériens ont-ils un quelconque mécanisme de participation à la
prise de décision politique tant ils ont été dépossédés de leur
droit à avoir des droits ?».
Pour en revenir à la Constitution encore en vigueur, le président
Bouteflika a indiqué, dans son discours du 4 juillet dernier, que
celle-ci avait été "élaborée sous la pression de l'épreuve
difficile que le pays avait traversé", souhaitant désormais que
l'Algérie, ayant "dépassé la situation de crise (…),
soulever la question de l'amendement de la Constitution". Il n’y
a rien d'étrange dans la déclaration du Président dans la mesure où,
dès son investiture pour son premier mandat en 1999, il avait
indiqué que cette Constitution – celle de 1996 – avait pris le plus
mauvais du système parlementaire et le plus mauvais du système
présidentiel.
Certes ce texte n'avait pas suscité de grandes discussions au moment
où il était proposé car il est vrai aussi que l'Algérie, à cette
époque, revenait de loin. Plongée dans une violence inouïe, elle
raccommodait ses institutions. On avait élu le président Zeroual une
année auparavant après trois ans de transition sanglante. Dans le
non-Etat qu'était de devenue l'Algérie, la Constitution de 1996
ouvrait la voie à la remise en place des institutions mais en
mettant aussi des garde-fous en rapport avec la période précédente.
Que ce soit la mise en place du Conseil de la nation ou la
limitation à deux mandats de cinq ans pour le Président.
Mais pour autant y a-t-il un projet ficelé prêt à être voté ? Pas si
sûr. Le président Bouteflika a indiqué dans son discours que la
Constitution envisagée «renforcera davantage les droits et les
libertés fondamentales ainsi que le contrôle constitutionnel, doit
définir les règles d'un régime politique aux contours clairs,
préciser davantage les prérogatives et les responsabilités, veiller
au respect du principe de la séparation des pouvoirs, mettre fin aux
interférences entre les prérogatives des institutions ainsi qu'à
l'amalgame entre le régime parlementaire et le régime présidentiel».
Il s'agit de l'énoncé des enjeux institutionnels de cette
Constitution. Les nouveautés qu'elle portera devraient passer par ce
débat attendu et auquel le président Bouteflika invite tous les
Algériens à participer. Autrement, c'est bien de son application
qu'il s'agira de parler, une fois cette constitution votée.
Amine Esseghir
*On peut citer à ce propos la contribution de Smaïl Saïdani, ancien
député et membre du comité de rédaction de la Constitution de 1996,
parue dans l'édition du 15 juillet 2006 du quotidien
El Watan.
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Des Présidents et des Constitutions
Quelle est cette
étrange coïncidence qui fait que chez nous, à chaque nouvelle
Constitution promulguée, on remarque que le chef de l’Etat en
exercice cède le pas, d’une façon ou d’une autre, à un nouveau
président ? En effet, pour qui prend la peine d’observer et de faire
un retour en arrière, il n’y a aucun doute que cette coïncidence
s’est répétée à chaque fois, depuis la première Constitution de 1963
jusqu’à celle de 1996. Une question tout de même. Est-ce que les
choses prennent cette tournure d’une façon toute naturelle ou y
a-t-il d’autres paramètres qui entrent en jeu ?
Quand l’Algérie
est devenue indépendante, en juillet 1962, les décideurs de l’époque
ont attendu à peine quelques mois pour organiser des élections
législatives, le 20 septembre 1962. L’Assemblée, élue pour un mandat
d’une année, avait notamment pour but de promulguer la loi
fondamentale du pays. Ce qui donna naissance à la Constitution du 10
septembre 1963. Cette Constitution consacrait le principe
monocaméral pour le Parlement algérien. Conformément à l’article 77
de la Constitution, le mandat de l’Assemblée nationale se vit
prolongé d’une année. Mais le président de la République, Ahmed Ben
Bella, recourt à l’article 59 de la Constitution qui lui donne les
pleins pouvoirs et gèle les activités de l’Assemblée nationale.
La Constitution
qui devait tracer la loi fondamentale du pays était en fin de compte
un outil entre les mains du Président. Un outil qui lui permettait
d’exercer les pleins pouvoirs sans tenir compte des institutions de
l’Etat. Mais ce que Ben Bella n’avait pas imaginé, c’était que ce
pouvoir n’allait durer que deux petites années. Trop peu pour un
président qui s’était octroyé tous les pouvoirs.
Le 19 juin 1965,
le ministre de la Défense de l’époque, Houari Boumediène, décide de
prendre le renverser et se proclame Président. De 1965 jusqu’en 1976
est institué au sommet de l’Etat algérien un Conseil de la
révolution, dépositaire de l’autorité souveraine. Ce Conseil gère
les affaires courantes de l’Etat en attendant l’année 1976 où une
nouvelle Constitution est promulguée le 22 novembre, considérée
comme le parachèvement des institutions de l’Etat algérien.
Une chambre
unique, dénommée Assemblée populaire nationale (APN), chargée
d’exercer le pouvoir législatif, est élue le 25 février 1977 pour un
mandat de cinq ans, régulièrement renouvelé en 1982 et 1987.
La Constitution de
1976 consacre l’option du socialisme déjà choisie par la
Constitution de 1963. Elle assure que le socialisme est la seule
voie pour parachever l’indépendance nationale, d’établir la justice
sociale et enfin de favoriser l’épanouissement du citoyen. Mais la
maladie était là, qui guettait le président Houari Boumediène. Une
maladie rare du sang au nom imprononçable, waldenström, du patronyme
du médecin suédois qui l’a découverte. Les premiers symptômes de la
maladie sont décelés en septembre 1978. Des examens pratiqués à
Alger sont passés sous silence. Une hospitalisation prolongée en
URSS pousse la presse occidentale à se poser des questions, puis à
parler carrément de sa maladie.
Le 27 décembre
1978, Houari Boumediène s’éteint à l’âge de 46 ans, après neuf jours
de coma profond, deux années après avoir promulgué la Constitution
de 1976.
En 1979, Chadli
Bendjedid est élu président de la République. Son règne est surtout
marqué par le Plan anti-pénurie (PAP) qui permettra aux citoyens
d’acheter toutes sortes de produits et d’équipements électroménagers
qui étaient plutôt rares avant.
En novembre 1988,
un référendum a lieu pour approuver la révision constitutionnelle
proposée par le chef de l’Etat. La Constitution qui voit le jour
confère au président de la République de nombreux pouvoirs : il est
le chef suprême des forces armées de la République, il est
responsable de la défense nationale, il arrête la politique
extérieure de la nation, il nomme le chef du gouvernement et met fin
à ses fonctions… Des pouvoirs presque illimités.
Une révision
constitutionnelle a lieu après les événements d’octobre 1988. Les
données politiques changent. Le peuple ne se contente plus d’acheter
des réfrigérateurs ou des téléviseurs, il veut une plus grande
liberté d’expression. Ainsi, plusieurs associations et partis
politiques voient le jour. Ils sont tellement nombreux que c’est la
confusion totale.
En 1991, les
islamistes remportent les élections face à des démocrates plutôt
timides. Les islamistes ont utilisé tous les moyens pour atteindre
ce résultat. Tout de suite après, c’est l’arrêt du processus
électoral. Le président Chadli est prié de démissionner. Tous les
pouvoirs qu’il s’était arrogé ne lui servent plus à rien. Un Haut
comité d’Etat (HCE) est alors mis en place pour gérer les affaires
courantes.
En 1996, un
militaire est élu au pouvoir, Liamine Zeroual. Son arrivée est
accompagnée d’une incroyable montée de violence. Les islamistes
menaçaient ceux et celles qui voteraient des pires représailles.
Mais c’était compter sans la détermination des Algériens qui en
avaient ras-le-bol de la violence meurtrière dans laquelle le pays
était plongé.
L’Algérie avait
enfin un président élu. Cela mettait fin à la confusion qui avait
régné des années durant.
Pour parachever
cet équilibre tant attendu, il fallait une Constitution. Durant la
même année 1996, un texte qui consacre la sauvegarde de
l’indépendance, l’intégrité territoriale et l’unité nationale, est
promulgué. La lutte contre le terrorisme est alors enclenchée. Des
ratissages se font un peu partout, des embuscades pour piéger les
terroristes qui avaient élu domicile dans des endroits d’accès
difficile sont organisées.
Si la violence est
toujours de mise, les terroristes sont traqués et commencent à
sentir le danger. Mais Liamine Zeroual, qui avait des soucis de
santé et se disait plus militaire qu’homme politique, exprime le vœu
de quitter le pouvoir. Pour cela, il organise en 1999 des élections
présidentielles où Abdelaziz Bouteflika est élu dans la liesse
populaire. Les gens étaient heureux de voir cet ancien ministre du
gouvernement Boumediène arriver au pouvoir. Il leur rappelait les
années où le pays était bien loin de la violence et de l’insécurité.
Abdelaziz
Bouteflika promet aux Algériens de rendre au pays son image de
marque. Et il tient sa promesse. A l’échelle internationale,
l’Algérien n’est plus automatiquement désigné comme un terroriste.
C’est déjà une avancée importante. A l’échelle nationale, la
sécurité revient peu à peu. Concorde civile, réconciliation
nationale et autres mesures de clémence conjuguées aux frappes des
forces de sécurité et de l’armée nationale apportent la paix. Les
gens ne vivent plus dans la terreur qui a prévalu des années durant.
Après un premier
mandat consacré à instaurer la paix, le chef de l’Etat commence un
deuxième mandat et promet des réalisations qui permettront aux
Algériens de mieux vivre. Un autre projet en cours est la révision
constitutionnelle qui, selon les déclarations du Président à un
hebdomadaire londonien, permettra de clarifier le type de système
politique et de préciser les prérogatives de chaque pouvoir « afin
de mettre fin aux interférences des prérogatives des institutions,
ainsi qu’à la confusion entre le système parlementaire et le système
présidentiel », affirme-t-il.
En somme, plus de
démocratie et de liberté.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
Après quatre ans passés au Canada, un Algérien raconte…
«Le bonheur,
c’est relatif»
2e
partie
Il était cadre
dans le secteur bancaire. L’idée de partir lui est venue, comme à
tant d’autres Algériens qui ont quitté le pays à la recherche d’un
sol plus accueillant. D’une atmosphère plus respirable. C’est que la
décennie rouge a laissé des traces indélébiles. Marwan El-Andaloussy
émigre avec sa famille à Montréal, au Canada. Quatre ans après son
départ, il revient au pays à l’occasion des vacances d’été, pour se
ressourcer dans son quartier natal de Meissonnier, auprès de ses
proches.
Dans cet
entretien dont nous publions la seconde partie, Marwan El-Andaloussy
nous raconte ses impressions d’Algérien qui redécouvre son pays, sa
ville natale, Alger, après des années d’absence. Il nous raconte
aussi sa nouvelle vie au Canada, ce qu’il apprécie et ce qu’il n’est
pas prêt d’adopter comme mode de vie même s’il devait passer le
reste de sa vie au Canada.
Malgré toutes les
critiques qu’il porte à l’endroit de la société canadienne, notre
interlocuteur trouve que l’essentiel est que c’est un pays de droit
et d’organisation. Ce sont, d’ailleurs, les principales différences
qu’il voit entre l’Algérie et son pays d’accueil. Pour le reste, il
trouve que le «le bonheur est relatif» et qu’on peut aussi bien le
trouver ici qu’ ailleurs.
Les Débats : Les
animaux sont des sujets de discussion…
Marwan El-Andaloussy :
Ah oui, c’est incroyable. Les gens en parlent à table, dans la rue,
au boulot : le chat, le chien, ses problèmes médicaux, le
vétérinaire, les injections, les comprimés… Et même la psychologie
de l’animal, la dépression… Dans une discussion de rue, on a même
entendu parler d’un chien à qui on a prescrit un antidépresseur.
D’ailleurs, pour
te faire rire, on a remarqué que les chats ne miaulent pas de la
même façon, là-bas, comme s’ils avaient muté parce qu’ils ne vivent
plus dans leur milieu naturel ; ils n’ont pas besoin de chasser ni
de survivre. Ils sont choyés, ils ont leur lit, leur nourriture…
Par contre, de
plus en plus de gens adoptent des enfants, généralement à
l’étranger. Il faut savoir qu’au Canada il y a une certaine
sensibilité aux problèmes du monde. Par exemple, les jeunes et les
moins jeunes s’investissent beaucoup (de leur personne et
financièrement) dans les ONG humanitaires pour venir en aide à des
pays d’Amérique Latine, d’Afrique ou d’Asie.
Les Canadiens
ont-ils le même rapport à la politique que les Algériens ? Sont-ils
plus ou moins désintéressés que nos compatriotes ?
C’est
pratiquement la même chose. Je pense que ça s’explique par ce fameux
ultralibéralisme qui tient le monde. Il y a tellement de matraquage,
la politique a tellement été dévalorisée que les gens n’y croient
plus. D’ailleurs les politiques canadiens sont très vieux. Les
jeunes ne s’intéressent pas beaucoup à la politique. Tout le monde
constate, en fait, que la politique ne sert pas à grand-chose,
puisque c’est l’entreprise qui dirige tout et a le dernier mot. Par
contre, les Canadiens s’investissent plus volontiers dans la société
civile. Les gens sont très impliqués dans les associations de
quartiers, de villes, de certains secteurs… Ils essayent de changer
les choses à travers le mouvement associatif.
Tu écrirais un
article sur la politique en Occident ou au Canada en particulier, la
conclusion en serait « l’inutilité de la politique». Ça ne sert
vraiment à rien.
Je te raconte une
histoire. Dans un coin perdu du Québec, le gros distributeur Walmart
ouvre un magasin ; après un certain temps, les employés ont voulu
créer un syndicat. Ce qui est tout à fait légal puisqu’ils étaient
au nombre requis pour se constituer en syndicat. La direction de
l’entreprise a rejeté la décision des travailleurs. Ces derniers ont
recouru à la justice et aux organismes du travail qui leur ont donné
raison. Résultat des courses : le magasin a carrément fermé. Les
employés se sont retrouvés au chômage. Et c’est devenu un véritable
dilemme dans la région. Fallait-il maintenir le syndicat pour
défendre les droits des travailleurs avec pour conséquence leur mise
au chômage, ou alors fallait-il se taire et accepter les conditions
de l’employeur pour garder son travail ? Dans ce genre de
situation, le gouvernement et les élus ne peuvent absolument rien
faire. Du coup, les gens se disent à quoi cela sert-il de
s’impliquer en politique et d’élire des représentants du peuple
puisque ce sont les multinationales qui dirigent ?
Mais ce qu’il
faut savoir, c’est que ces grosses boites sont souvent
subventionnées par les gouvernements et ont beaucoup de facilités
fiscales pour créer de l’emploi.
C’est un problème
auquel les politiciens doivent trouver des solutions.
Actuellement, il
y a un grand débat sur les salaires en Algérie. Est-ce qu’un salarié
canadien peut bien vivre ?
Avec un salaire
moyen, oui. Au Canada on est payé à l’heure, ce n’est pas un salaire
mensuel. La rémunération dépend donc du nombre d’heures travaillées.
Et puis, l’employeur décide de t’employer à mi-temps ou à plein
temps. Donc si tu es payé au salaire minimum d’environ 7 dollars
canadiens de l’heure, c’est vraiment difficile de joindre les deux
bouts. Par contre, les loyers des logements sont relativement
abordables. Tout dépend des quartiers et de la superficie du
logement, c’est en moyenne 500 à 600 dollars par mois. Ce qui est
correct pour un couple qui travaille. En plus, le logement ce n’est
pas un problème monstre comme chez nous. Si ça ne te plaît pas, tu
peux en changer une fois par an.
Qu’en est-il de
la situation des femmes aux Canada. Sont-elles «heureuses» ?
Heureuses ? Je ne
sais pas. Mais au Québec et au Canada en général, il y a un très
fort mouvement féministe qui a établi les droits entiers de la
femme. Il n’y a aucune sorte de discrimination. Mais bizarrement, il
y a toujours des associations qui défendent les droits des femmes,
ce qui veut dire que ce n’est pas si acquis qu’on peut le penser et
qu’il y a encore des mentalités qui doivent changer. Bizarrement
aussi, il y a une inégalité salariale. Aux mêmes postes, les femmes
touchent moins que les hommes. C’est un combat qui dure des années,
mais ce n’est pas encore réglé y compris dans la fonction publique.
Sinon, du point
de vu de la loi, la femme est tout à fait l’égale de l’homme. Mais
dans la réalité, certaines choses ne sont pas réglées. Outre le
salaire, il y a aussi la question des femmes battues. Les rapports
sont alarmants à ce propos. Les familles monoparentales (femmes sans
époux ou conjoint) vivent des situations difficiles et très souvent
les enfants ont des difficultés à l’école.
La femme est-elle
obligée de ramener sa quote-part dans le financement du foyer ?
C’est totalement
inconcevable autrement. La femme est l’égale de l’homme, donc elle
amène sa part dans le budget familial. Il n’y a pas de couples qui
tiennent si la femme ne travaille pas. C’est valable aussi pour
l’homme.
Les émigrés issus
de la sphère arabo-musulmane s’adaptent-ils à cette culture ?
Pas forcément.
Généralement, les Algériens essayent de maintenir leur conception de
la vie. Tu trouves énormément de couples où c’est l’homme qui
travaille alors que la femme s’occupe des enfants et de la maison.
Même si là-bas elle peut travailler à mi-temps ou faire des choses
simples qui ne l’éloignent pas de son foyer.
Par contre,
certaines difficultés apparaissent lorsque c’est la femme qui trouve
du travail et pas le mari. Ça finit généralement par un divorce.
L’homme se sent diminué et n’accepte pas cette situation.
Une autre
difficulté est d’être confronté à des mœurs qui nous sont totalement
étrangères. Mais je pense qu’avec le temps, les gens vont s’adapter
et trouver des compromis.
En général, les
Algériens résidant au Canada tiennent à leur culture. Mais en même
temps, ils s’adaptent très facilement sur le plan professionnel et
dans leurs rapports avec les gens.
Vivez-vous en
«ghetto» à Montréal ?
Montréal est une
ville cosmopolite. Quand tu marches dans la rue, tu as l’impression
de regarder une publicité de Benetton «United Colors». Il n’y a pas
de ghettos au sens propre du terme, mais les communautés se forment
d’une manière toute simple. Les Algériens, comme les autres
immigrants, s’entraident en matière de logement. Donc je trouve un
appartement pas très loin de chez moi à un autre Algérien qui vient
juste d’arriver. Ça fonctionne comme ça. Il n’y a pas une volonté
dès le départ de s’installer entre immigrants d’une même
nationalité.
D’ailleurs, dans
les quartiers fréquentés par les Algériens tu trouves beaucoup de
Marocains. Ils s’organisent autour de certaines activités, comme la
boucherie, la coiffure, les cafés, les «music stores», etc.
Et je peux citer
d’autres exemples, comme celui des Italiens. Dans leurs cafés, c’est
la musique italienne, la télé italienne, ça parle italien. Voilà,
ils gardent leur culture tout en devenant des citoyens canadiens.
Qu’en est-il de
l’éducation au Canada ?
Il y a
pratiquement autant d’écoles privées que d’écoles publiques. Le
constat que je peux faire, c’est que le niveau de l’école publique
n’est pas aussi terrible qu’on aurait tendance à le penser. Comparé
à d’autres pays comme la France, l’Angleterre ou l’Allemagne, ça ne
vole pas haut.
Les Algériens qui
vivent au Canada s’investissent beaucoup dans l’éducation de leurs
enfants. Nombre d’entre eux arrivent à les inscrire dans des
établissements privés. Ils font tout pour qu’ils réussissent et
arrivent à des niveaux supérieurs dans leurs études. D’ailleurs,
c’est un des traits de caractère des émigrés algériens et maghrébins
en général : ils ne veulent pas que leurs enfants commencent à
travailler en faisant de petits boulots dès l’âge de 18 ans.
Il parait que la
période du ramadan est un des moments les plus durs qu’on vit dans
l’émigration, car on pense beaucoup à l’ambiance du pays…
C’est tout à faut
vrai, mais on finit par s’y habituer. On apprend à travailler le
jour de l’Aïd, à avoir des horaires pas possibles pendant le
ramadan, etc. C’est difficile. Mais il suffit de rentrer dans ton
quartier, où il y a beaucoup d’Algériens, pour que tout rentre dans
l’ordre. Un café et un qelbalouz, des visites entre familles, et tu
oublie tout… ou presque !
En tout cas,
c’est moins dur qu’il y a 15 ou 20 ans, quand les premiers émigrés
se sentaient vraiment isolés.
Le jour de l’Aïd
El Adha, pratiquement tout le monde égorge le mouton. D’ailleurs,
les fermes dans la région de Montréal s’en sortent très bien grâce à
ces fêtes annuelles qui sont devenues une source non négligeable de
revenus. Idem pour les magasins qui vendent des gâteaux
traditionnels, surtout pendant le ramadan ; les gens font la chaîne,
discutent et se disputent… comment ils le font ici !
Le seul truc qui
est vraiment pénible, c’est le climat qui pèse très lourd pour les
Algériens habitués à voir du soleil 10 mois sur 12. Voir la neige
pendant six mois, c’est déprimant. C’est moins pénible au début
parce que c’est nouveau, mais au fil des années ça devient embêtant.
Garde-t-on le
caractère méditerranéen (rire…) même après des années d’émigration ?
Oui, parce que
les gens sont partis âgés. Leur personnalité était déjà construite.
Par contre, ceux qui sont partis très jeunes, qui sont allés à
l’école dès les premiers paliers, ça va être différent. Ce serait
d’ailleurs intéressant de voir ce que ça va donner dans quelques
années. Alors on verra si les Algériens sont capables du maintien
d’une double culture, des langues maternelles (arabe et/ou kabyle),
de maîtriser le français et l’anglais, et les valeurs auxquelles on
tient. On verra si, par exemple, la culture de l’individualisme va
déteindre sur notre culture plus communautaire.
Le plus
intéressant sera également de voir ce que sera le Canada dans 20 ou
25 ans.
Tu ne regrettes
pas d’être parti ?
Non, pas du tout.
C’est très dur au début, c’est le déchirement, mais ça vaut le coup
d’essayer. Il faut de la volonté. Connaître d’autres modes de vie,
ça permet de relativiser. Tout est relatif. Ce n’est pas noir et
blanc.
Les Algériens
emmènent-ils leurs clivages politiques au Canada ?
Oui, ils se
rencontrent, ils discutent. Ils s’expriment librement, parce qu’ils
sont dans un état de droit où chacun a le droit de dire ce qu’il
pense tout en respectant les opinions des autres.
Abdelkader Djalil
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