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CINEMA
L’illumination soudaine selon Mahmoud Ben Mahmoud
Avec Les Siestes grenadines, son troisième long métrage, le
cinéaste tunisien Mahmoud Ben Mahmoud rompait assurément avec les
atermoiements et les non-dits. A l’évidence, il n’avait jamais été
autant explicite que dans cette œuvre majeure à bien des égards. Une
œuvre où il met savamment en scène une sorte d’été indien aux
conséquences dramatiques. Que de chemin parcouru depuis Traversées,
son premier film, un heureux essai qui lui permettait alors de
séduire par son refus de donner dans le misérabilisme et l’exotisme.
Réflexion pertinente sur l’affrontement Orient-Occident à travers
l’odyssée absurde d’un intellectuel arabe et d’un réfugié politique
des pays de l’Est, Traversées rejoint en cela Chich Khan,
surtout lorsque ce deuxième long métrage pose, lui aussi, la
problématique des minorités et leur incapacité à communiquer, bien
qu’il s’attarde singulièrement sur la question lancinante de la
mémoire et du patrimoine.
Un
patrimoine qu’il revisitera dans une trilogie consacrée au soufisme.
A travers sa dimension la plus séduisante, car pour ce talentueux
réalisateur il est toujours plus agréable d’entendre des croyants
chanter que jeter des bombes. Or, il existe à travers les pays
musulmans (même les plus “laïcisés” d’entre eux) un courant mystique
parallèle, toujours vivant, qui est incarné par le soufisme. C’est
la fameuse “silsila” ou chaîne maraboutique qui est tendue d’un bout
à l’autre du monde musulman, comme une espèce de pouvoir second plus
fort et plus vrai que l’islam officiel. Son expression est
esthétique et non politique et le chant y occupe une place centrale.
En
tant que scénariste, Mahmoud Ben Mahmoud a collaboré avec Kamel
Dehane à l’adaptation à l’écran du roman de Tahar Djaout Les
Vigiles, comme il a signé scénario du premier film de fiction
saoudien Les Années de la miséricorde de Salah Fouzan.
Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorde,r Mahmoud Ben
Mahmoud parle de son œuvre mais aussi et surtout de la place occupée
par le cinéma dans ses préoccupations. Des préoccupations
caractérisées le plus souvent par le fait que la société qui lui
tient le plus à cœur arrive difficilement à contenir ses velléités
de violence malgré une apparence pacifique…
Les
Débats : Vous est-il possible de nous entretenir sur votre intérêt
soudain pour le soufisme ?
Mahmoud Ben Mahmoud :
On m’a demandé à plusieurs reprises de consacrer un film à
l’héritage soufi que m’a légué mon père qui fut, pendant près de
quarante ans l’un des piliers de la confrérie mystique des
Châdhiliyyâ de Tunis. Si on m’a demandé cela, c’est aussi parce
qu’il se trouve que je suis l’un des rares cinéastes arabo-musulmans
non seulement à avoir cet ancrage soufi, mais surtout à l’entretenir
et à le revendiquer. En effet, chaque fois que je retourne à Tunis
ou que je me rends au Caire, je ne manque pas de renouer avec les
milieux soufis et j’assiste aux cérémonies qu’ils organisent. C’est
dans ce contexte que la proposition de faire un film est tombée. Le
caractère autobiographique que j’ai donné à ma démarche s’est donc
imposé à moi de façon très naturelle.
A
la faveur de ce voyage initiatique, êtes-vous parvenu à mieux situer
le rapport entre la musique et la religion ?
Il
m’a surtout permis de mieux comprendre mon père qui avait cette
particularité parfois jugée troublante d’un mystique capable de
“craquer” pour la musique profane. C’est dans cette ambivalence que
réside d’ailleurs toute la complexité de la “musique” en islam.
L’extase qu’elle génère distingue difficilement ce qui est sacré de
ce qui est profane. Oum Kalsoum, la fameuse cantatrice égyptienne,
qui a souvent chanté l’amour divin et celui du Prophète, a
merveilleusement incarné cette ambiguïté. Le génie du soufisme, qui
est l’une des expressions majeures de l’esthétique de l’islam, a
été justement de gommer cette dualité, ce qui se trouve correspondre
parfaitement à sa philosophie de ”l’unité de la création”. Du
reste, l’absence de liturgie chez les musulmans (la cantillation du
Coran étant elle-même née d’un plaisir qu’a éprouvé le Prophète à
écouter quelqu’un le chanter) a laissé le champ libre au soufisme
pour inventer tout un répertoire qui prend en charge les pulsions
des hommes dans leur quête de Dieu. De ce point de vue, ce courant,
qui se revendique directement du Prophète et de ses descendants,
incarne sans nul doute la dimension libérale de l’islam. Grâce à
lui, la célébration de Dieu en musique, en chant, en danse et en
transe, dans un élan où le mystique se mêle souvent à l’érotique,
peut se faire sans la moindre mauvaise conscience.
Ne
sommes-nous pas loin de cette image que certains esprits chagrins en
Occident ont de l’islam ?
C’est en réaction à une certaine conception de l’islam. Cet islam-là
est un islam politique et c’est donc forcément lui qui est à
l’avant-plan et qui fait l’actualité. L’islam soufi, lui, peut tout
au plus faire l’actualité culturelle. Il ne faut pas perdre de vue
que le soufisme reste avant tout une “idéologie privée”, même s’il
réunit parfois des millions de gens, car il privilégie la relation
directe et intime entre la créature et son Dieu et ne se préoccupe
pas de l’organisation politique de la cité. Pour autant, il ne prône
pas le renoncement au monde, comme chez les mystiques chrétiens.
L’attribut du Prophète Mohammed étant “l’ami d’Allah”, c’est l’Amour
qui est au cœur de la démarche soufie, l’amour dans sa dimension
mystique, voire charnelle.
En
termes plus concrets ?
Je
réalise, après avoir fait ce film, que s’il doit y avoir une
puissance islamique, elle devrait être davantage spirituelle que
politique. C’est du reste sa dimension la plus séduisante, car il
est toujours plus agréable d’entendre des croyants chanter que jeter
des bombes. Or, il existe à travers les pays musulmans (même les
plus “laïcisés” d’entre eux) un courant mystique parallèle, toujours
vivant, qui est incarné par le soufisme. C’est la fameuse “silsila”
ou chaîne maraboutique qui est tendue d’un bout à l’autre du monde
musulman, comme une espèce de pouvoir second plus fort et plus vrai
que l’islam officiel. Son expression est esthétique et non
politique, et le chant y occupe une place centrale. L’ordre des
Châdhiliyyâ constitue un des maillons importants de cette chaîne, il
est présent en Egypte, en Inde et jusqu’en Indonésie où il compte
près de cinq millions d’adeptes. Mon émotion et ma fierté étaient de
retrouver dans tous ces pays un écho de mon père et de constater que
sa confrérie est peut-être l’institution tunisienne la plus connue
au monde, alors qu’elle est devenue quasi-confidentielle à Tunis.
Qu’est-ce que le cinéma, pour vous ?
Vous avouer que j’ai tout abandonné pour cette passion indélébile,
cette raison d’être, cela vous suffira-t-il ? Ce que le cinéma
représente pour moi ? Qu’il me soit permis de dire tout simplement,
sans verser dans la prétention, que c’est le moyen le plus
approprié, le plus adéquat, donc le plus efficace que j’ai trouvé
pour m’exprimer. C’est l’espace d’expression où j’ai pu, à mon
niveau, conquérir le plus de liberté.
En
d’autres termes, le cinéma a pour vous aussi une fonction sociale…
Traversées est votre premier
long métrage. Vous est-il possible de le présenter à nos lecteurs, à
travers sa genèse, la place qu’il occupe dans votre filmographie,
son impact et sa carrière ?
Le
film est parti d’une mésaventure que j’avais vécue entre les
frontières belge et britannique, un jour que j’allais fêter le
réveillon en Angleterre. Pour me résumer, je me suis trouvé refoulé
par les autorités frontalières et avec moi un ressortissant slave.
En arrivant le lendemain à Ostende, sur le continent, le
ressortissant slave a été bloqué par la police, tandis que moi j’ai
pu regagner la Belgique. C’est là qu’est née l’idée du film.
Traversées a eu un impact extraordinaire. Son discours était
prophétique pour tout ce qui concerne la faillite des idéologies,
les rapports Est-Ouest et Nord-Sud. De même qu’il a réhabilité chez
les Arabes la notion de voyage (car le personnage central y est
présenté comme un voyageur arabe) jusque-là confisquée par celle de
l’émigration. Il a été primé onze fois, et c’est en Algérie qu’il a
eu l’écho le plus retentissant ; programmé cinq fois par la
télévision, il a fait l’objet de discussions dans les mosquées.
Les
minorités semblent constituer l’essentiel de vos préoccupations,
même vos documentaires n’échappent point à cette règle, s’il est
permis de faire référence à Italiani dell’altra riva ou à Anastasia
de Bizerte, sans oublier Siestes Grenadines, votre dernier long
métrage de fiction…
Dans Traversées, j’ai parlé des minorités arabes en Europe du Nord.
Dans Chich Khan, Fadhel Jaïbi, le co-scénariste, et moi-même, avons
parlé des minorités italiennes en Tunisie. Car nous considérons
qu’un pays qui tue ou élimine ses minorités est un pays qui devient
forcément monolithique. Plus précisément, nous avons voulu rendre
hommage à la minorité italienne de Tunisie qui, depuis deux siècles,
contribue valablement à la formation, au développement et à
l’enrichissement de notre identité méditerranéenne. Il en est de
même dans Siestes grenadines, où un hommage des plus appuyés est
rendu à la communauté noire de Tunisie.
Sauf que dans Chich Khan, le rapport à la mémoire est
particulièrement accentué…
Chich Khan est parti de la volonté de
parler de la déperdition de la mémoire, mémoire qu’un vieil
aristocrate, fin de race et orphelin dans la ville ruralisée,
s’acharne à vouloir sauver coûte que coûte.
Lyrique semble être le rapport à la mémoire et partiale apparaît
votre attitude à l’égard de personnages aussi controversés que Si
Abbès, Rénata et Kinza. Etes-vous, en somme, un nostalgique ?
C’est la force du cinéma que de pouvoir reproduire un vécu et celle
d’un homme que de restituer une tranche d’histoire avec une certaine
nostalgie. Il y a un brin de nostalgie dans Chich Khan, mais à aucun
moment je n’ai donné dans le passéisme rétrograde.
Justement, où situez-vous cette œuvre qui donne l’impression de
rompre avec une certaine thématique à l’honneur dans la production
cinématographique de votre pays ?
C’est un film que j’ai réalisé à une époque où le cinéma tunisien
commençait à s’ouvrir sur les questions identitaires. Et de ce point
de vue-là, d’aucuns n’ont pas manqué de souligner que Chich Khan
aura fait date dans l’histoire de la cinématographie de mon pays. Il
était grand temps pour nous d’aller vers d’autres types de
préoccupations afin que le cinéma tunisien ne se confonde pas, à
terme, avec une institution archéologique.
L’inconsistance de la communication entre les êtres, les
communautés, semble être une sorte de leitmotiv, pour ne pas dire
une obsession. Qu’en est-il exactement ?
Forcément. La vie est un tissu de malentendus. A fortiori lorsqu’il
y a des préjugés. C’est un peu la problématique commune à tous mes
films, y compris Siestes grenadines.
Dans le cas de Chich Khan, par exemple, la violence constatée dans
les rapports entre Si Abbès et Kraïm, le fils qu’il ne veut pas
reconnaître, explique-t-elle, à elle seule, cela ?
Le
monde fait de finesse, de richesse culturelle et de sensibilité,
véhiculé par Si Abbès, n’a rien de commun avec ce que représente
Kraïm, ce garçon bâtard qui est pour moi l’incarnation même de ce
que le pays est devenu : sans mémoire, sans racines. La bâtardise
est, ici, une allégorie. Autant Si Abbès tient désespérément à la
Tunisie de sa mémoire, de sa culture, de son enracinement à l’image
de Renata qui n’entrevoit le départ que dans la mort sur le sol
tunisien, autant Kraïm tient manifestement à l’Italie, terre de
business et de drogue mais aussi d’une certaine mémoire puisqu’il
est attaché à Renata qui l’a élevé.
La
problématique telle que développée dans ce film, comme dans
Traversées d’ailleurs, ne renvoie-t-elle pas à votre propre statut
de minoritaire en Belgique, un pays où vous vivez depuis plus de
trente-trois ans ?
Ce
qui est en relation avec mon statut de ”Belge”, c’est le fait que je
continue à interpeller les rapports entre les deux rives de la
méditerranée. Je vis entre la Belgique et la Tunisie. Ce qui se
traduit par un conditionnement de double appartenance. Géographique,
convient-il de souligner.
N’avez-vous pas l’intime conviction que l’illustration des rapports
violents que vos personnages entretiennent entre eux relève plus de
l’approximation que d’une explication rigoureuse ?
Je
veux me limiter au contexte de mes films. Puisque vous voulez que
j’aille au fond des problèmes, je dirai que notre société est
violente, malgré son apparence pacifique. Les dialogues entre les
générations, les classes sociales, les sexes, se font souvent dans
la douleur. Même s’il n’en paraît rien au niveau de la prise de
parole publique. Nous sommes une société en pleine mutation. Dans
ces conditions, celle-ci ne peut qu’accoucher dans la douleur, dans
la violence…
Chich Khan n’est pas sans nous rappeler
les énoncés chers à Luchino Visconti, notamment à des films aussi
merveilleux que Le Guépard ou Mourir à Venise…
La
seule référence consciente au réalisateur italien a concerné pour
moi la conception de l’éclairage, du jeu des lumières. Pour le
reste, comme je décrivais un monde crépusculaire, une aristocratie
agonisante, il n’est pas impossible de faire un tel lien.
Cette influence n’est-elle pas à mettre à l’actif des relations
existant entre la culture italienne et l’identité tunisienne,
rapports que vous revendiquez et assumez du reste pleinement ?
Cette influence est à mettre à l’actif de ma connaissance
personnelle du cinéma de Visconti, du cinéma italien et d’une
certaine identité entre le milieu social dans lequel mon cousin
Jaïbi et moi-même avons vécu et grandi, et celui d’une certaine
aristocratie italienne telle que décrite par le cinéma de Visconti.
Il
y a comme une certaine théâtralité qui se dégage de vos films. A
quoi attribuez-vous l’influence de l’expression dramaturgique ?
Je
me suis longtemps, et de très près, frotté à l’expérience du Nouveau
théâtre de Tunis. Vous savez que Fadhel Jaziri, membre principal de
cette troupe, a joué le premier rôle dans Traversées, et que j’ai
tourné Chich Khan avec Fadhel Jaïbi, l’autre membre fondateur de
cette troupe, sans oublier que l’acteur principal de Siestes
grenadines, Hichem Rostom, compte à son actif une riche carrière
internationale de comédien.
Plusieurs sources s’accordent pour dire que le rôle de Si Abbès
aurait été écrit spécialement pour un grand comédien tunisien…
Effectivement. Il a été écrit pour feu Hamadi al-Jaziri, le seul
acteur tunisien qui ait fait le Conservatoire de Paris et qui ait
été sociétaire de la Comédie française. Je voulais le réhabiliter,
surtout après une longue période où il avait fait n’importe quoi.
Malheureusement, il est mort pendant que nous étions en train de
terminer l’écriture du scénario. Nous avons dû nous tourner vers un
comédien non tunisien, étant donné qu’il ne se trouvait personne de
l’âge du protagoniste sur la place de Tunis pour jouer ce rôle.
Sont-ce les seules raisons qui vous ont poussé à choisir le grand
acteur égyptien Gamil Ratib ?
Le
choix de Gamil Ratib m’avait été inspiré par une émotion que j’avais
gardée de lui lorsqu’il était venu jouer Othello, en 1984, à
Hammamet. La condition de notre collaboration avec lui était qu’il
abandonne son jeu égyptien au profit de la pratique de son métier
tel qu’il l’avait exercé à Paris. Sa métamorphose, saluée à
l’unanimité par tous ceux qui le connaissent, provient de cette
exigence de départ.
Jalila Baccar a été transcendante à
bien des égards, pour ne pas dire époustouflante. N’avez-vous pas
rencontré quelques difficultés en la dirigeant ?
Loin s’en faut ! C’est une grande dame. Elle était mieux placée que
quiconque pour composer le personnage de Renata, bien qu’elle
vienne, elle aussi, du théâtre avec, cependant, deux expériences
cinématographiques, La Noce et Arab, du Nouveau théâtre de
Tunis dont elle est membre fondatrice.
Vous faites appel, pour les besoins de Siestes grenadines, à
Hichem Rostom pour camper le personnage de Wahid Haydar. Un autre
comédien, en somme, professeur d’art dramatique en plus. Le passage
des planches à l’écran ne pose-t-il pas quelques problèmes au niveau
de la direction artistique ?
Il
vaut mieux que les acteurs viennent du théâtre. Car ils nous
apportent un métier, une culture, un background qui généralement, du
moins dans nos pays, manquent aux acteurs qui ne font que du cinéma.
Le
plan ultime de Chich Khan n’annonçait-il pas déjà Les Siestes
grenadines ?
Ce
plan final représentant Si Abbès et la fillette de Kinza, c’est en
quelque sorte une passation de flambeau par dessus la tête de notre
propre génération qui n’a peut-être pas compris grand-chose à la
question du patrimoine et de la mémoire. Cela dit, vous avez
entièrement raison. C’est à la jeunesse, à cette frange importante
de la population que s’intéresse mon nouveau film, dont le titre
initial était Sophie et Soufiya.
Vous est-il possible de nous parler de sa genèse ?
Le
film raconte l’histoire du retour en Tunisie de Wahid Haïdar et de
sa fille après un long séjour en Afrique de l’Ouest. De mère
française dont elle est séparée depuis dix ans suite à un rapt
paternel, la jeune Soufiya débarque à Tunis fortement imprégnée de
son héritage africain, ce qui n’est plus du goût de son père qui
veut en faire une ”enfant du pays”. Mais le pays a beaucoup changé
en leur absence…
Cela justifie-t-il pour autant le choix du nouveau titre du film, à
savoir Les Siestes grenadines ?
Absolument. Les siestes grenadines ou kwaïl er-roumane désignent en
Tunisie les grosses chaleurs tardives, celles qui surviennent au
début de l’automne et qui font mûrir le fruit du grenadier.
Ne
pensez-vous pas que les siestes grenadines évoquent plus dans
l’imaginaire tunisois ?
Assurément… Elles évoquent des amours interdites ou fortement
sensuelles. Rouge et juteuse, la grenade est-elle même chargée d’une
forte symbolique sexuelle. C’est pourquoi la saison de son
mûrissement – jusqu’à l’éclatement – sera aussi celle des premiers
émois amoureux de Soufiya. En s’unissant à Chafik, dont c’est
peut-être aussi la première expérience, elle cessera d’être une rose
pas sentie et une grenade pas ouverte.
Elle découvrira surtout que l’été indien c’est aussi, et surtout, la
saison des orages…
Elle y connaîtra, en effet, mensonges et désillusions, trahisons et
coups bas. Autour d’elle, par exemple, son père et son vieil ami se
déchaînent et se déchirent. La jeune fille subit les avatars de leur
amitié finissante. De cette saison des grenades, marquée aussi bien
par les torpeurs d’un été languissant que par des conflits sanglants
de pouvoir et d’intérêt, Soufiya sort transformée. Elle se révèle
adulte, à même de décider de sa vie.
Entretien réalisé à Tunis par
Abdelhakim Meziani
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |