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A vos marques
En quelques heures
seulement, le monde est passé de la stupéfaction, plus feinte
d’ailleurs que réelle, à l’incrédulité quant à la véracité du fait,
puis à la décision de sanctionner le coupable, sans avoir cependant
réussi à savoir avec certitude s’il s’agissait d’un providentiel
tremblement de terre ou bien d’une véritable explosion nucléaire,
comme annoncé triomphalement par Pyongyang. Normalement, quand il y
a un doute, il bénéficie à l’accusé. Que celui-ci ait pris lui-même
l’initiative de proclamer sa culpabilité ne dispense pas de s’en
tenir au principe. On peut penser raisonnablement qu’il n’a pu
s’empêcher de s’attribuer un exploit dont il est en réalité
incapable, faute de moyens. Il suffit pour cela que son équilibre
mental soit perturbé. Et quel est donc le régime qui garderait tout
son sang-froid quand la première puissance de feu au monde le fait
figurer en tête de sa liste noire, tout en lui promettant de
s’occuper bientôt de lui ? Etat plus voyou, aux termes de la
classification américaine, que la Corée du nord, ça n’existe pas ;
ou alors, il serait déjà vitrifié, rayé de la carte, ou, ce qui
revient au même, ramené à l’âge de pierre. Ainsi parle Bush. Et il
n’est pas homme à parler pour ne rien dire. Comme les Irakiens en
ont fait l’amère expérience.
Mais aussi, quel poison
que ce Pyongyang ! Narguer infiniment plus puissant que soi avec
pour seul argument une espèce de pétard mouillé, quand de plus on
avait tendance à l’oublier, occupé qu’on était à amener à
résipiscence un client d’une autre envergure que la sienne, et qu’il
était à couvert sous l’aile protectrice de la Chine, qui ne lui
demandait que de respecter certaines apparences, que de tenir en
respect ses pulsions suicidaires en veillant, notamment, à ne pas
répondre aux provocations américaines. Mais la tentation s’est
révélée trop forte, irrésistible. Résultat : une résolution adoptée
par le Conseil de sécurité que l’axe des amis n’a pas réussi à faire
rejeter.
Soit, mais était-il
vraiment plausible que la Russie et la Chine recourent l’une ou
l’autre, ou les deux à la fois, au droit de veto en de pareilles
circonstances ? C’était rompre brusquement avec la comédie qui se
joue depuis la fin de la guerre froide entre l’est et l’ouest, et
qui a fait croire pendant quelque temps à la coopération quasi
parfaite entre des puissances dont la rivalité passée entretenait un
climat de guerre permanent. Pourquoi prendre une si grande
responsabilité quand il est beaucoup plus simple de réserver à la
toute nouvelle résolution le sort de beaucoup d’autres : lui faire
échec sans jamais la renier. Or, l’on sait par avance qu’elle ne
sera pas d’un grand effet, car son application dépend du bon vouloir
de la Chine, c’est-à-dire de la puissance tutélaire, par les
frontières de laquelle passent l’essentiel des échanges commerciaux
de la Corée du nord, déjà en butte à des sanctions.
Mais que ce pays, il est
vrai d’un autre âge, ait réellement testé la bombe nucléaire ou
qu’il ait profité d’un tremblement de terre pour le faire croire,
dans l’idée que cela le sanctuariserait, une chose semble certaine :
c’en est fini du Traité de non prolifération nucléaire. En tout cas
dans sa forme actuelle. Par rapport à ce qui est d’ores et déjà un
impératif international pour beaucoup, ce sont les Américains qui
retardent sur la marche du monde, non pas Pyongyang, aussi
préhistorique et nuisible que celui-ci soit par ailleurs. Les
Américains, et les Occidentaux en général, n’empêcheront pas que de
nouveaux venus viennent forcer la porte du club des pays dotés de
l’arme nucléaire. C’est ainsi que les voisins de la Corée du nord,
en particulier le Japon, commencent à douter de la couverture
américaine, à l’ombre de laquelle ils sont depuis des décennies
maintenant. A moins d’une réaction décisive de la part des
Etats-Unis dans le cas présent, théoriquement toujours possible,
c’est la course à l’armement nucléaire qui commence. Ou plutôt qui
entame sa dernière ligne droite, car il est bien évident que cette
course est déjà bien engagée pour que certaines choses paraissent
maintenant à la surface.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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