|
Accueil
Pauvreté
Des chiffres et une
réalité
11,1% des familles
algériennes sont pauvres. C’est le résultat d’une enquête sur la
pauvreté réalisée par le CENEAP en 2005, pour le compte du ministère
de la Solidarité nationale, qui s’appuie sur ce genre d’enquêtes
pour mieux adapter sa stratégie de lutte contre la précarité. Ce
résultat signifie sans aucun doute qu’il y a moins de pauvres en
Algérie, puisqu’ils étaient 22% en 1995. Mais faut-il accorder du
crédit à ces chiffres qui ont de plus en plus tendance à minimiser
ce phénomène ? Car c’est beau de dire que tout va pour le mieux,
mais qu’en est-il de la réalité, celle que personne ne peut
occulter ?
L’enquête réalisée par
le CENEAP était élargie à 42 wilayas. Elle avait pris comme
échantillon 5 080 familles, y compris celles vivant en milieu rural.
Si l’axe principal de cette enquête était basé sur le revenu moyen
des familles, il fallait aussi étudier d’autres aspects, à savoir
les conditions dans lesquelles elles vivent. C’est-à-dire le
logement, l’accès aux soins, les loisirs… car ce sont autant de
paramètres qui indiquent que l’on vit à l’aise ou alors dans des
conditions déplorables, et c’est ainsi que l’enquête a fait
ressortir que 42 % de ces familles vivent dans des maisons
traditionnelles, pas toujours équipées en eau potable et en gaz
naturel, 24,6 % dans des villas et 16,3 % dans des appartements.
L’enquête n’indique pas
toutefois l’occupation de l’espace, car l’on sait tous que souvent,
au moins deux familles occupent le même logement. Ce qui fait que de
nombreuses familles algériennes vivent à l’étroit.
L’accès aux soins
médicaux n’est pas toujours aisé pour ces familles, surtout celles
qui habitent dans des régions enclavées. Cela n’est pas sans
répercussion sur la santé, surtout quand on sait que 96,6 femmes sur
100 000 parturientes meurent en couches parce qu’elles accouchent
chez elles et ne bénéficient d’aucune assistance ou suivi médical.
96% des accouchements ont lieu dans des hôpitaux, affirme le
ministre de la Solidarité nationale, et ces hôpitaux ne sont pas
équipés comme il se doit, sans oublier que l’hygiène y fait souvent
défaut. Résultat : les parturientes développent de graves infections
qui provoquent la mort.
L’enquête fait également
ressortir que 4% des familles interrogées ont tendance à développer
des maladies respiratoires ; 3,2% développent des maladies
cardio-vasculaires et 2,1 % des affections articulaires, ce qui
signifie clairement que de nombreuses familles vivent dans des
logements où l’aération fait défaut et l’humidité s’installe en
maîtresse des lieux. Cela signifie aussi que l’emplacement de ces
logements n’est pas toujours bien choisi. Il peut être à côté d’un
oued, d’une décharge publique ou d’une usine et dans ces cas, les
habitants souffrent de la pollution et de l’humidité. Cela veut dire
aussi que les gens habitent comme ils le peuvent, en l’absence d’une
politique rigoureuse de l’urbanisme et d’un contrôle suivi et
sérieux.
Comment ces familles
gèrent-elles leurs budgets, quelle est la priorité de leurs
dépenses ? Il va de soi que la première nécessité est la
nourriture : 58,2 % des dépenses lui sont accordées, tandis que
23,6 % sont consacrés au loyer et autres charges, à savoir l’eau et
l’électricité, 16,45 % servent à assurer le transport et enfin
15,9 % sont consentis aux soins médicaux. Autrement dit, les
Algériens dépensent vraiment utile car ils n’ont pas les moyens de
faire autrement.
Face à un pouvoir
d’achat qui se dégrade comme peau de chagrin et une vie toujours
plus chère, le choix n’est pas très grand. Les loisirs sont absents
de la vie de beaucoup d’Algériens, car ils sont considérés comme une
dépense superflue. Il est normal que quand on a du mal à assurer le
minimum, l’on ne pense même pas à s’amuser. Résultat : la crise
devient une série d’actions que l’on répète sans trop réfléchir,
comme un automate. Les jours qui se suivent et se ressemblent
deviennent d’une monotonie incroyable.
Mais si l’enquête
réalisée par le CENEAP affirme que la pauvreté a nettement régressé
de façon générale, elle est encore très présente dans un certain
nombre de wilayas à savoir Tiaret, Tissemsilt et Adrar, puisque l’on
y retrouve 36% des familles pauvres. La wilaya de Tiaret est
considérée comme la plus pauvre, elle est même, selon les dires d’un
expert économique, une région sinistrée car le niveau de vie des
familles qui y vivent atteint un seuil intolérable. Toutes les
commodités manquent et la situation sociale est tout bonnement
catastrophique. Cette situation peut-elle s’expliquer par les
années où la violence régnait, surtout quand on sait que cette
wilaya a été sérieusement éprouvée par les actes terroristes et
qu’elle était considérée comme l’un des axes du triangle de la
mort ? Il est donc normal que les gens quittent biens et terres pour
se rapprocher des centres urbains, fuyant la mort. Ces familles se
retrouvent à vivre dans des conditions déplorables et la pauvreté a
vite fait son chemin.
Mais les gens préfèrent
vivre mal que de ne pas vivre du tout. Instinct de conservation
oblige, ils acceptent la misère, pourvu qu’ils aient la paix. Une
paix chèrement payée, car nombreux étaient ceux qui vivaient
aisément du bien de leurs terres.
La wilaya de Relizane,
l’un des autres axes du triangle de la mort, est elle aussi pauvre.
On y retrouve un taux de 32 %, ce qui est un peu moins que Tiaret
mais beaucoup plus que Tipaza, Médéa, Tlemcen ou Oran, où l’on ne
trouve, selon l’enquête du CENEAP, que 5% des pauvres.
Pour arriver à de tels
résultats, les enquêteurs du CENEAP ont-ils vraiment pris la peine
de faire un tour du côté des pauvres ? A travers les résultats de ce
sondage, ou suppose que les familles interrogées répondent au profil
de la famille algérienne moyenne. Pour preuve 10,76 % d’entre elles
ont un père qui travaille et empoche un salaire et 27,9 % ont un
père retraité. A aucun moment on ne retrouve un chef de famille
chômeur. Les conditions de vie de ces familles sont moyennes, elles
habitent toutes une villa, une maison traditionnelle ou alors un
appartement. Les enquêteurs ne sont pas allés voir du côté des
bidonvilles, peut-être parce que ceux qui y vivent ont toujours
tendance à se présenter plus pauvres qu’ils ne le sont en réalité.
Il y a une chose à dire.
La pauvreté existe bel et bien chez nous et pas seulement dans les
régions éloignées, elle existe dans les grandes villes où des
familles habitent dans des caves, des garages et même des
buanderies, où des mères et des pères de famille n’hésitent pas à
fouiller les ordures à la recherche de quelques biens récupérables.
Nous les avons tous vu, aux abords des marchés, essayer de récupérer
un fruit ou un légume pour en faire un repas. La pauvreté est là,
présente parmi nous, absente pour celui qui ne veut pas la voir pour
se donner bonne conscience.
avanne
Khadidja Mohamed
Bouziane
Haut
La pauvreté en «baisse» en Algérie
Tout est
question de définition
Il n’y a aucune
raison de douter des résultats de la récente enquête menée par le
CENEAP sur «le niveau de vie et la mesure de la pauvreté» qui révèle
une «baisse» de la pauvreté et de l’inégalité en Algérie, mais l’on
ne peut s’empêcher de s’interroger sur les critères retenus pour
définir les contours de la pauvreté.
La première
remarque concerne la nature de l’étude. Menée sur un échantillon de
5 080 ménages, répartis sur 42 wilayas, cette enquête ressemble
beaucoup plus à un sondage d’opinion qu’à une évaluation précise de
la pauvreté. La faute ne revient pas au CENEAP, mais aux pouvoirs
publics qui semblent incapables de se doter d’outils fiables de
statistiques pour pouvoir mesurer la véritable étendue de la
pauvreté.
Un échantillon,
fut-il «représentatif» du point de vu statistique, n’est qu’un
échantillon, donc loin de renseigner sur un phénomène donné. Dire
que «11,1% de ménages sont pauvres» dont «8% de ménages urbains
contre 15,2% pour le milieu rural» ne suffit pas.
Entendons-nous
sur la définition. Manger à sa faim, vivre sous un toit (ou plutôt
ne pas vivre dans la rue), envoyer ses enfants à l’école sont-ils
des éléments suffisants pour dire que la pauvreté est en recul ?
Peut-on avoir les mêmes définitions de la pauvreté à une époque où
l’on parle de société de l’information, de gap électronique
et de la nécessité de maîtriser au moins trois langues étrangères
pour ne pas entrer dans le club des analphabètes ? C’est cela,
l’ambition que devraient avoir nos gouvernants pour leurs citoyens
afin de les hisser au plus haut niveau.
Maintenant,
considérer qu’une famille qui mange à sa faim et n’a pas de problème
de logement n’est pas pauvre, c’est vraiment un profil bas qui n’est
pas digne d’une nation qui prétend aspirer à entrer dans la
mondialisation et dans la cour des grands.
Lors de la
présentation de l’enquête du CENEAP, le représentant de l’ONU, M. De
Bernis, a eu raison de convier les experts algériens à une
clarification de la méthode de mesure de la pauvreté en Algérie.
Car l’enquête
n’explique pas pourquoi les gens sont pauvres dans un pays qui
regorge de richesses. Elle n’explique pas comment on peut devenir
riche sans efforts (et pourtant ça existe). Elle ne s’attarde pas
sur l’échec scolaire comme corollaire de la pauvreté et de la
malnutrition. Elle n’évoque pas la faiblesse du pouvoir d’achat des
Algériens dans les domaines de la connaissance (livres,
micro-ordinateurs et autres outils didactiques). Le taux de
connexion des ménages à l’Internet ? Elément totalement absent de
cette étude, qui ne s’arrête qu’à la vieille définition qui fait de
l’Algérien un éternel «tube digestif».
Ce sont,
pourtant, des éléments à prendre en charge dans toute évaluation de
la pauvreté. Un citoyen pauvre est d’abord un citoyen vulnérable,
pas seulement celui qui dort dans la rue et qui ne mange pas à sa
faim. Une famille qui écourte les études supérieures de sa fille (ou
de son fils) parce qu’il ne peut pas supporter les frais de
déplacements et de livres surtout est une famille pauvre, même si le
réfrigérateur ne désemplit pas.
L’enquête du
CENEAP ne doit pas être une finalité. Elle devrait, au contraire,
permettre de lancer un débat national, multidisciplinaire, sur la
notion de pauvreté par rapport à des objectifs de citoyenneté en ce
XXIe siècle.
Abdelkader Djalil
Haut
Retour au week-end universel
Quel impact sur
l’économie ?
« Le
retour au week-end universel est une nécessité économique.» C’est
l’argument des partisans du retour au samedi-dimanche. Le problème
n’est pas dans le changement du repos hebdomadaire, mais plutôt dans
les raisons évoquées. Que l’on passe au week-end dominical soit,
mais de grâce qu’on trouve des justifications plus palpables et
rationnelles pour que le changement ne soit pas à caractère
idéologique comme l’a été celui de 1976. Sinon, ce ne sera qu’une
affaire de lobbying qui risque de basculer du jour au lendemain.
La
rencontre-débat organisée récemment par le Forum des chefs
d’entreprise (FCE) sur la question du retour au week-end universel a
permis au moins d’arriver à un consensus, celui d’aller vers une
étude sectorielle sur les répercussions et les effets du week-end
actuel (jeudi-vendredi) sur l’économie nationale. Il y a, peut-être,
des entreprises ou des secteurs qui seraient intéressés par le
maintient du repos hebdomadaire en vigueur, comme l’ont suggéré deux
intervenants (dont un Français) lors de la soirée ramadanesque
organisée par le FCE sur cette question.
Jusque-là, il n’y
a aucune estimation sérieuse et chiffrée sur le manque à gagner
qu’on évoque généralement pour revendiquer le retour au week-end dit
«universel». Le patronat privé estime, à juste titre, qu’il est
«inconcevable d’avoir uniquement trois jours par semaine de contacts
économiques et commerciaux avec les pays européens».
Cette seule
lecture ne permet pas d’avoir une explication complète de notre
incapacité à émerger en tant que puissance économique régionale. Le
fait que nous ne travaillions pas le jeudi-vendredi n’explique pas
que nous ne soyons pas en mesure de conquérir des marchés extérieurs
pour nos produits. Il doit y avoir d’autres explications et d’autres
réponses à donner afin d’aborder la question du week-end universel
avec honnêteté.
Car comment
expliquer que les milliers d’importateurs algériens arrivent à
réaliser un volume de transactions de l’ordre de 18 milliards de
dollars (en 2005) avec seulement trois jours de connexion économique
et commerciale avec le monde ? Pourquoi sommes nous aussi actifs
quand il s’agit de faire le tour des supermarchés du monde, alors
que nous sommes incapables de vendre nos produits ? Qu’est-ce qui
empêche les autres opérateurs économiques (les exportateurs en
l’occurrence) d’en faire autant – ou au moins le dixième – que les
importateurs ?
C’est dire que la
nature du week-end en Algérie n’a rien à voir avec l’inefficacité de
notre économie ni avec les difficultés que nous avons à placer nos
produits à l’étranger. Pour convaincre du contraire, il faut
montrer, chiffres à l’appui, quels sont les secteurs les plus
touchés par le décalage des week-ends avec l’Europe. Oui, l’Europe
uniquement, car avec le reste du monde c’est le décalage horaire qui
nous pose problème (à nous seulement et pas aux pays qui désirent
vraiment relancer leurs économies). Car le problème qui se pose
vraiment, c’est de considérer nos relations économiques qu’avec
l’Union européenne. Entretenir des relations commerciales avec la
Chine, le Japon, l’Australie, le Singapour, les Etats-Unis, le
Mexique, le Brésil, l’Argentine où les décalages horaires varient de
GMT-8 à GMT+8 demande une toute autre organisation du travail des
services concernés par les contacts avec l’étranger au sein des
entreprises mais aussi, et surtout, au niveau des banques
algériennes. On a certainement tort de penser que du simple retour
au samedi-dimanche découlerait un fonctionnement normalisé de nos
banques.
C’est surtout
cette mauvaise impression qu’il faut éviter de donner lorsqu’on
milite pour l’abandon du week-end actuel pour passer au week-end
universel. Il y a d’autres choses encore plus importantes à régler
avant de changer de repos hebdomadaire. Revoir nos méthodes de
travail, se mettre aux langues étrangères (pas uniquement le
français), obtenir des banques un minimum d’efficacité, réduire
autant que possible les entraves à l’investissement (banques,
bureaucratie, foncier) et rendre plus transparente notre économie
(institution d’une véritable Bourse). Après cela, nous passerons au
samedi-dimanche avec une plus grande facilité. A noter l’existence
d’un «risque» important que tous les Algériens se découvrent des
âmes de «prieurs du vendredi» afin de bénéficier d’un… long
week-end !
Abdelkader Djalil
Haut
Calculs astronomiques et dates hégiriennes
L’exemple
viendra-t-il d’Amérique ?
La question des dates
hégiriennes, notamment pour déterminer deux périodes dans la vie
religieuse des musulmans, le ramadan et le pèlerinage, se pose
chaque année avec cette propension au folklore qui soumet, en
apparence, les institutions de la République aux pouvoirs
chamaniques de quelques vieux imams scrutant le ciel comme au bon
vieux temps des caravanes, contredisant, au vu et au su de tous, une
des valeurs essentielles de l’islam, une religion valable en tous
lieux et en tous temps.
Des musulmans américains
ont pris, cette année, la décision historique de se fier aux seuls
calculs astronomiques pour fixer les début et la fin du ramadan. Il
ne s’agit pas de musulmans réunis dans un quelconque mosquée de
quartier du New Jersey, mais de l’honorable association Islamic
Society of North America (ISNA). Se fondant sur les recommandations
du Fiqh Council of North America, une des plus importantes – mais
néanmoins indépendante –concentrations en Amérique du Nord d’érudits
musulmans et de spécialistes de l’exégèse et des études islamiques,
ces croyants ont décidé de suivre les calculs astronomiques dans la
détermination des mois lunaires en Amérique du Nord. Le madjlis
ash-shura de l’ISNA, instance suprême de cette association, a décidé
de suivre la résolution du Fiqh Council. Ainsi, l’Aïd El-Fitr, le
premier jour de chawwal, est prévu en Amérique du Nord le 23 octobre
2006. Il est intéressant de noter dans ce contexte que l’autorité
«scientifique» ne peut ignorer toute la rigueur qui sied à une telle
fatwa et la responsabilité religieuse qui lui revient si l’avis est
fondé sur une erreur d’appréciation car, de toute évidence, le Fiqh
Council a pris un gros risque du point de vue religieux. Mais n’y
a-t-il pas dans cet exemple matière à chercher ce qui a motivé la
décision du Fiqh Council et, dès lors, instaurer le débat à ce sujet
dans les autres pays musulmans et essayer de faire prévaloir la
raison et l’intérêt collectif ? Il faut bien se rendre à
l’évidence que la décision de soumettre les fêtes religieuses à
l’observation effective du croissant est une décision éminemment
politique.
L’unanimité loin
d’être atteinte
Il reste que ces
décisions et résolutions américaines ont eu du mal à faire
l’unanimité, si bien que le Fiqh Council a publié un communiqué dans
lequel il précise que sa démarche vise la compréhension et
l’harmonie et que ses avis restent des recommandations et non pas
des décisions définitives dans la mesure où cette association
n’exerce aucun pouvoir sur les musulmans d’Amérique. Prévoyant le
coup, le Fiqh Council a d’ailleurs conseillé aux musulmans de suivre
l’avis de l’imam de leur mosquée et surtout de ne pas entrer dans
des polémiques et des débats inutiles.
Quant à l’ISNA, loin de
recueillir l’assentiment de tous, elle passe aux yeux de certains
pour une institution de laïques et de progressistes (avec tout ce
que ces mots comportent comme connotations négatives chez des
intégristes) et, qui plus est, élit une femme* (qui porte le voile)
à sa tête. L’ISNA n’est pas digne de confiance aux yeux de quelques
rigoristes musulmans aux Etats-Unis même, qui n’ont pas manqué de
critiquer ouvertement l’option de cette institution et du Fiqh
Council de privilégier le calcul astronomique pour fixer les dates
hégiriennes.
Cette accusation de
laïcisme est autant valable pour la Turquie où la détermination des
dates est fixée à l’avance par le biais des calculs astronomiques.
Si le but est d’unir les
musulmans au moment de leurs rites les plus importants, il reste que
l’on donne chaque année à l’humanité l’image d’une nation de plus
d’un milliard d’être humains incapables de se mettre d’accord sur
une date de jour férié.
A quand un calendrier
unifié ?
Ailleurs, des musulmans
qui s’interrogent à propos de l’unification des dates et qui
essayent de trouver des réponses aux questions des prévisions des
dates sont légion. Il est vrai que la difficulté de l’exégèse,
notamment des hadiths et de la Tradition, est de savoir quand
s’attacher à la lettre du message et quand il faut parler
d’allégories, d’images ou de principes généraux. La question a été
débattue lors de plusieurs sommets de l’Organisation de la
conférence islamique (OCI). Si les recommandations tendent à unifier
les dates des rites musulmans, on préconise toutefois l’observation
physique du croissant pour décider du jour du début de ramadan, des
mois de chawwal et de dhou el-hidja.
Un ingénieur en
télécommunications marocain, amateur d’astronomie, a aussi écrit un
ouvrage particulièrement intéressant et novateur sur le Calendrier
lunaire islamique unifié (CLIU).
Djamel Eddine Abderrazik
a démarré du fait qu’un calendrier lunaire dont les débuts de mois
sont tributaires d’une observation effective et physique du
croissant ne peut être considéré comme un véritable calendrier dans
la mesure où un calendrier a une dimension prévisionnelle
fondamentale. Cette même observation n’est valable et légale qu’en
fonction de méthodes de légalisation qui diffèrent d’un pays à un
autre. Cette situation fait qu’aujourd’hui, les musulmans ne jeûnent
pas tous le même jour et tous, à la veille du ramadan ou de l’Aïd,
ne savent pas s’ils vont jeûner ou pas le lendemain. Quant aux
différences, elles peuvent atteindre jusqu’à deux jours d’un pays à
un autre. Abderrazik a ainsi revu tous les projets de calendriers
unifiés et même certaines démarches particulièrement audacieuses,
puisqu’on prévoyait de lancer un satellite d’observation du
croissant de lune qui unifierait ainsi les dates des musulmans hors
du territoire d’un Etat ou d’un pays. Le livre passe au crible les
aspects religieux de la question en interrogeant les spécialistes de
la question tout en mettant en évidence trois questions relevant de
la jurisprudence (fiqh) et sept critères de validité d’ordre
astronomique, esquissant un début de réponse religieuse à une
question finalement fondamentalement terrestre. Les conclusions de
Abderrazik, qui présente également un calendrier lunaire unifié
unique, sont sans détours. Sans recours au calcul, et au calcul
seul, et sans volonté de consacrer le principe de «transfert de la
visibilité» dans les conditions énoncées et sans l’adoption du
système international du temps, les musulmans risquent d’attendre
longtemps un calendrier lunaire islamique unifié, et mettre une
croix (il n y’a aucune allusion religieuse dans ces propos) sur leur
espoir de voir les fêtes et célébrations musulmanes unifiées.
En Algérie, «le rite» de
la nuit du doute semble désuet tant la raison a du mal à céder aux
contraintes aussi mal expliquées que mal comprises d’une référence à
la lettre du message du Prophète (SAWS) quand on sait toute
l’importance des dates et du temps à l’ère de l’horloge atomique. Si
cette question taraude les esprits, elle est aussi le sujet d’un
passionnant débat qui associe savants religieux, scientifiques,
sociologues, politiques et certainement la société dans son
ensemble. Mais on sait que ce qu’on sait faire le moins, c’est bien
débattre de ce qui nous concerne le plus.
Amine Esseghir
* Le 23 août, The
Islamic Society of North America a élu le Dr Ingrid Mattson en
tant que présidente et première femme à occuper ce poste au sein de
cette organisation. Cette enseignante universitaire canadienne,
convertie à l’islam, possède un PhD en études islamiques de
l’université de Chicago ; elle est professeur d’études islamiques au
centre MacDonald des études islamiques et des relations entre
musulmans et chrétiens au séminaire de Hartford, dans le
Connecticut. Cette élection n’a pas manqué de soulever des critiques
dans la communauté musulmane américaine. Il reste que l’ISNA est
l’organisation la plus représentative des musulmans en Amérique du
Nord ; elle active depuis 1963 et regroupe annuellement 40 000
personnes pour sa convention annuelle.
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |