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La défaite annoncée du FLN
Tant que le
président de la République n’aura pas pris officiellement position
sur la question d’une éventuelle révision de la Constitution, il y a
fort à craindre que le FLN fera tout ce qu’il pourra pour tenter de
mettre l’Algérie au diapason de sa nouvelle diversion politique
d’envergure. Après avoir perdu ses habituelles armes de guerre et
néanmoins juteux fonds de commerce idéologiques que sont la défense
des fameuses « constantes de la Nation », l’ancien parti unique se
retrouve en effet gravement démuni sur le plan politique. Plus
d’anathème à jeter, plus d’arbitrage à assurer entre des extrémismes
encouragés si ce n’est suscités, plus de hizb frança agité en
épouvantail pendant que comptes bancaires et progénitures
prospèrent à Paris, plus de danger Kabyle, plus de tentation
panarabiste sur fond de baâthisme irakien, rien ! Ce qui ne
signifie bien sûr pas que le FLN ne possède pas ou ne pourrait pas
posséder de programme politique au sens traditionnel du terme, mais
il se trouve tout simplement que ce parti n’a jamais exercé le
pouvoir sur la base d’un programme quel qu’il soit et ne songe pas
encore à le faire pour la bonne raison que son seul et unique
programme est l’accès à la rente. Ne se situant, ni à gauche, ni à
droite, mais dans un centre sans profondeur stratégique, les seules
batailles qu’il sait livrer sont celles qui lui permettent d’y
accéder et ensuite d’y rester, non pas pour le bien de la
collectivité mais pour le sien propre. Et le chantier qu’il vient
d’ouvrir, celui de la révision de la Constitution lui paraît pour
l’instant le meilleur moyen de réaliser cet objectif stratégique
entre tous, celui du contrôle du portail principal menant au
contrôle et à la distribution de la rente. Tant sa seule
participation au gouvernement lui semble insuffisante au regard de
ce que peut lui rapporter comme dividendes à court et à moyen terme,
le contrôle direct de la chefferie du gouvernement dans un contexte
où il détient tout de même la majorité dans la totalité des
représentations électorales du pays. Une majorité qui, faut-il le
préciser, n’a pu être obtenue que grâce aux manœuvres d’une
administration soumise à un chef du gouvernement FLN, Ali Benflis en
l’occurrence. Le challenge consistant pour Abdelaziz Belkhadem, à
présent, à s’en tenir à un mot d’ordre qui permet d’unifier un parti
gravement divisé, tout en lui ouvrant des perspectives de
redéploiement assez sérieuses alors qu’il s’est trouvé totalement
marginalisé sept années durant, de 1992 à 1999. C’est dire que le
chantier dit de la révision constitutionnelle ne connaîtra pas
d’arrêt de travail avant que le premier magistrat du pays ne tranche
définitivement dans ce dossier. Or le FLN a été suffisamment malin,
comme à son habitude, pour tenter d’intéresser Abdelaziz Bouteflika
à ce projet en lui faisant miroiter la possibilité d’une
suppression de l’article 74 qui l’empêche pour l’instant de briguer
un troisième mandat présidentiel. Au FLN la chefferie du
gouvernement, et à Bouteflika un troisième mandat, semble donc être
le deal qui est proposé à ce dernier. Un deal qui ne recueille
pourtant ni les faveurs du RND, pour des raisons faciles à
comprendre, ni celles de Nouredine Yazid Zerhouni, le ministre de
l’intérieur, réputé pour être pourtant un membre influent du premier
cercle présidentiel. Et c’est là évidemment que toute la partie se
joue, tant il paraît incertain d’imaginer que Zehouni puisse
s’exprimer sur un sujet aussi sensible que celui de la révision
constitutionnelle, sans l’assentiment tacite ou explicite du chef
de l’Etat. En langage clair cela signifierait évidemment que ce
dernier ne souhaite pas le moins du monde s’embarquer à nouveau sur
le même rafiot pourri que le FLN lui a déjà fait prendre quelques
mois avant l’adoption de la charte pour la paix et la
réconciliation nationale, en s’avançant imprudemment sur le terrain
de l’amnistie générale. Tant les combats menés par l’ancien parti
unique donnent depuis octobre 88, la nette impression d’être des
combats perdus d’avance, même s’il n’hésite pas à recourir aux pires
moyens pour tenter de les gagner. Sauf que cette fois, le choix des
moyens lui est compté et il ne lui reste plus que la tentative de
proposition alléchante à Président pour espérer réaliser son
coup. Sans compter que même au sein du FLN des voix dissonantes
commencent à se faire entendre pour indiquer que cette histoire de
révision de la Constitution est du ressort exclusif du Président de
la République…
A. M.
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