Semaine du 19 au 25 octobre 2005

 

Le FLN dans ses œuvres      (6e partie)

 

 
 
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 Le FLN dans ses œuvres      (6e partie)

Dans les cinq  premières  parties de cette étude, nous avons essayé de retracer le parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir que  par lui seul et pour toujours et qui, après en avoir été éjecté, a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir leur courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à  commettre la faute… Ensuite, nous avons suivi les hommes du FLN au sein de l’ANP, puis ceux de l’ANP dans le FLN.  Puis  nous avons abordé la question du fameux mouvement de redressement dont personne n’a vraiment d’abord compris d’où il sortait et essayé de savoir jusqu’où  il peut aller. Dans le dernier numéro, nous avons ensuite essayé de comprendre  pourquoi et comment aucun parti concurrent au FLN n’a jamais réussi à s’implanter hormis le RND. Et enfin dans cette dernière partie de notre longue étude, nous évaluerons les chances  de ce même  RND et  ensuite celles de  l’alliance présidentielle à assurer la lourde tâche d’être la force politique au nom de laquelle peut être gouverné le pays dans les années à venir.  

 

Le casse-tête du RND

Cependant, il faut bien admettre que le RND, même s’il constitue une force organique non négligeable implantée dans la quasi-totalité des communes du pays,  n’a guère réussi à agglomérer autour de lui autant de cadres politiques qu’il faut pour espérer faire pièce au FLN, d’un strict point de vue politique. La faiblesse de son encadrement ne pouvant guère être éternellement compensée par le seul engagement républicain de ses militants.  Car si pour l’instant nous en sommes encore à une compétition sur le terrain électoral, les batailles à venir seront de plus en plus politiques et  nécessiteront des apports intellectuels plus consistants, notamment au plan programmatique. Ce qui ne signifie pas évidemment que le FLN soit une fourmilière de ce point de vue, mais  sa longue expérience de gouvernement, trente années durant,  lui a permis de bénéficier des moyens humains et matériels  mis à sa disposition par l’Etat et  d’apprendre à donner de l’importance  à la production intellectuelle  quelle que soit sa forme. Nous n’oublierons pas  de relever à cet égard que  la plus importante commission de l’ancien parti unique était la commission économique et que celle-ci a toujours été confiée aux meilleurs économistes du pays. Sans parler d’un encadrement hors pair constitué par les anciens cadres de la guerre d’indépendance nationale, qui cumuleront au fil du temps une expérience et un savoir-faire de grande qualité  qui feront du FLN un adversaire très difficile à battre sur le terrain de la manœuvre  et de l’intrigue politique.  Possédant par ailleurs des militants implantés dans  l’ensemble des secteurs aussi bien sociaux, économiques que sécuritaires et diplomatiques, le plus vieux parti du pays a de ce fait une vue d’ensemble qui lui permet d’élaborer des stratégies de pouvoir à long terme et de développer un système d’alliance qui se révèle toujours  infaillible. Puisque pendant que l’aile gauche du FLN entretient de bonnes relations avec les anciens du PAGS, l’aile barbéfélène, elle, tisse de solides liens avec la mouvance islamiste la plus radicale.

Tout cela n’existe malheureusement pas au RND, où les traditions partisanes les plus basiques sont quasi-inexistantes et où l’activité la mieux partagée semble être la réunion épisodique des bureaux  locaux à l’échelle de la commune et de la wilaya.  Ce qui est, convenons-en, assez maigre pour constituer une vie organique digne de ce nom et espérer donner au parti une consistance politique de haut niveau. Une  conséquence directe de la disparition précoce de Abdelhak Benhamouda, qui devait donner au RND une orientation beaucoup plus politique que celle que tente de lui imprimer Ahmed Ouyahia qui, en sa qualité de haut commis de l’Etat, ne peut guère apporter plus que ce que son parcours personnel lui permet d’apporter. 

Une alliance en attendant mieux

Entre-temps les choses n’ont par ailleurs pas beaucoup évolué  sur la scène partisane qui puisse faire songer à changer de fusil d’épaule et opter pour une autre solution que celle qui a finalement été retenue à travers la mise en place de la fameuse alliance présidentielle.

Le FLN a encore son utilité malgré sa nocivité et ses limites objectives, le RND n’est pas encore prêt à assumer à lui tout seul la totalité du pouvoir exécutif et le MSP ne bénéficie pas d’un  consensus  assez large pour être accepté par une trop grande partie de la société.  Au vu de l’état actuel de la classe politique algérienne, il est assez difficile d’imaginer que les choses puissent changer de façon substantielle  dans les toutes prochaines années à venir, de même qu’il ne faut pas faire l’erreur tragique de croire un seul instant que cette alliance puisse faire office d’attelage politique du pouvoir pendant longtemps encore. Le montage actuel ne tenant bien sûr pas par la grâce de quelconques atomes crochus entre ses trois composantes actuelles, mais bien plutôt par la force d’une volonté qui leur est transcendante. Les trois  hypothèses  de travail les plus plausibles pour trouver une solution durable à moyen terme, seraient alors :

1- Une hypothétique rénovation du FLN qui a autant de chance de se réaliser que de voir ce parti de la rente et de la bureaucratie devenir l’authentique parti social-démocrate de centre gauche dont rêvent les stratèges du pouvoir.

2- Une évolution  qualitativement supérieure qui verrait le RND devenir un vrai parti de centre droite. Ce qui n’est pas à proprement parler à exclure, mais qui nécessite la mise en œuvre d’un plan de redéploiement beaucoup plus sérieux que ce qui se fait à présent.

3- La poursuite du processus de sécularisation du MSP qui, tout en continuant à s’inspirer de la religion, possède sans aucun doute les capacités  d’évoluer vers  une formation islamo-démocrate sur le modèle de la démocratie chrétienne italienne du XXe siècle où des sociaux chrétiens allemands.  Seul handicap, mais de taille,  un enfermement culturel qui le prive de l’apport d’une élite francophone qui pourrait placer le MSP un ou plusieurs crans au dessus du niveau qui est le sien actuellement.  

En vérité, tout indique  que le FLN aura de plus en plus de mal à se maintenir dans la course  bien longtemps encore. En tout cas, pas plus longtemps que ce que lui permet l’accompagnement du  mandat du président de la République. Le retrait de l’un entraînant automatiquement le retrait de l’autre, comme nous avons eu à le vérifier à l’occasion de l’élection présidentielle de 2004.

Comme nous pouvons aisément le comprendre, le phénomène politique dit de l’alliance présidentielle, n’est donc pas une solution pérenne pour les raisons que nous avons évoqué plus haut, mais aussi parce précisément, elle est liée à un programme qui n’est celui d’aucun des partis la composant et, plus important encore, parce que le Président dont s’inspire le dit programme n’est pas éternel à son poste. Au mieux, dans le cas où le président de la République réussit à faire changer la Constitution et obtient un troisième mandat,  l’alliance constituée autour de sa personne durerait 9 ans. S’il n’est pas question de troisième mandat, il faut réduire la durée à  quatre ans. Et après ?  Au nom de  quelle force politique suffisamment crédible, le pays pourra-t-il être gouverné ?  Sera-t-il possible de donner alors leur chance à des formations plus jeunes, comme l’UDR de Amara Benyounès ou Essabil de Abdessalam Ali Rachedi, par exemple, qui bénéficient de l’expérience de leurs aînés et pourraient faire l’économie de leurs erreurs ? Sachant par ailleurs que  le temps n’est plus aux positionnements étroits en terme politique et idéologique, mais aux grands rassemblements politiques qui s’inscrivent dans la perspective de la mondialisation et de la modernité. La dernière consultation électorale en Allemagne montre, à ce titre, que les électeurs ne suivent plus les doctrines mais les programmes économiques et sociaux et que ce qui leur importe le plus est la compétence mise à résoudre un problème plutôt que l’inclination idéologique de celui qui se propose de le faire. D’où l’acheminement de la plupart des nations européennes, surtout les plus développées d’entre elles, vers des coalitions gouvernementales regroupant souvent des forces politiques opposées. C’est dire que nos hommes et nos femmes politiques peuvent saisir la chance qui se présente à eux d’envisager leur action sous les auspices de programmes aux perspectives plus larges que celles auxquelles nous ont habitué les formations nées du  party-boom  de 1990 et  se placer comme les alternatives de demain au semi-vide politique actuel.

Abderrahmane Mahmoudi

 

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