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Le
FLN dans ses œuvres (6e partie)
Dans les cinq
premières parties de cette étude, nous avons essayé de retracer le
parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir
que par lui seul et pour toujours et qui, après en avoir été
éjecté, a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir
leur courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant
usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à commettre la faute…
Ensuite, nous avons suivi les hommes du FLN au sein de l’ANP, puis
ceux de l’ANP dans le FLN. Puis nous avons abordé la question du
fameux mouvement de redressement dont personne n’a vraiment d’abord
compris d’où il sortait et essayé de savoir jusqu’où il peut aller.
Dans le dernier numéro, nous avons ensuite essayé de comprendre
pourquoi et comment aucun parti concurrent au FLN n’a jamais réussi
à s’implanter hormis le RND. Et enfin dans cette dernière partie de
notre longue étude, nous évaluerons les chances de ce même RND et
ensuite celles de l’alliance présidentielle à assurer la lourde
tâche d’être la force politique au nom de laquelle peut être
gouverné le pays dans les années à venir.
Le casse-tête du
RND
Cependant, il faut
bien admettre que le RND, même s’il constitue une force organique
non négligeable implantée dans la quasi-totalité des communes du
pays, n’a guère réussi à agglomérer autour de lui autant de cadres
politiques qu’il faut pour espérer faire pièce au FLN, d’un strict
point de vue politique. La faiblesse de son encadrement ne pouvant
guère être éternellement compensée par le seul engagement
républicain de ses militants. Car si pour l’instant nous en sommes
encore à une compétition sur le terrain électoral, les batailles à
venir seront de plus en plus politiques et nécessiteront des
apports intellectuels plus consistants, notamment au plan
programmatique. Ce qui ne signifie pas évidemment que le FLN soit
une fourmilière de ce point de vue, mais sa longue expérience de
gouvernement, trente années durant, lui a permis de bénéficier des
moyens humains et matériels mis à sa disposition par l’Etat et
d’apprendre à donner de l’importance à la production
intellectuelle quelle que soit sa forme. Nous n’oublierons pas de
relever à cet égard que la plus importante commission de l’ancien
parti unique était la commission économique et que celle-ci a
toujours été confiée aux meilleurs économistes du pays. Sans parler
d’un encadrement hors pair constitué par les anciens cadres de la
guerre d’indépendance nationale, qui cumuleront au fil du temps une
expérience et un savoir-faire de grande qualité qui feront du FLN
un adversaire très difficile à battre sur le terrain de la manœuvre
et de l’intrigue politique. Possédant par ailleurs des militants
implantés dans l’ensemble des secteurs aussi bien sociaux,
économiques que sécuritaires et diplomatiques, le plus vieux parti
du pays a de ce fait une vue d’ensemble qui lui permet d’élaborer
des stratégies de pouvoir à long terme et de développer un système
d’alliance qui se révèle toujours infaillible. Puisque pendant que
l’aile gauche du FLN entretient de bonnes relations avec les anciens
du PAGS, l’aile barbéfélène, elle, tisse de solides liens avec la
mouvance islamiste la plus radicale.
Tout cela n’existe
malheureusement pas au RND, où les traditions partisanes les plus
basiques sont quasi-inexistantes et où l’activité la mieux partagée
semble être la réunion épisodique des bureaux locaux à l’échelle de
la commune et de la wilaya. Ce qui est, convenons-en, assez maigre
pour constituer une vie organique digne de ce nom et espérer donner
au parti une consistance politique de haut niveau. Une conséquence
directe de la disparition précoce de Abdelhak Benhamouda, qui devait
donner au RND une orientation beaucoup plus politique que celle que
tente de lui imprimer Ahmed Ouyahia qui, en sa qualité de haut
commis de l’Etat, ne peut guère apporter plus que ce que son
parcours personnel lui permet d’apporter.
Une alliance en
attendant mieux
Entre-temps les
choses n’ont par ailleurs pas beaucoup évolué sur la scène
partisane qui puisse faire songer à changer de fusil d’épaule et
opter pour une autre solution que celle qui a finalement été retenue
à travers la mise en place de la fameuse alliance présidentielle.
Le FLN a encore son
utilité malgré sa nocivité et ses limites objectives, le RND n’est
pas encore prêt à assumer à lui tout seul la totalité du pouvoir
exécutif et le MSP ne bénéficie pas d’un consensus assez large
pour être accepté par une trop grande partie de la société. Au vu
de l’état actuel de la classe politique algérienne, il est assez
difficile d’imaginer que les choses puissent changer de façon
substantielle dans les toutes prochaines années à venir, de même
qu’il ne faut pas faire l’erreur tragique de croire un seul instant
que cette alliance puisse faire office d’attelage politique du
pouvoir pendant longtemps encore. Le montage actuel ne tenant bien
sûr pas par la grâce de quelconques atomes crochus entre ses trois
composantes actuelles, mais bien plutôt par la force d’une volonté
qui leur est transcendante. Les trois hypothèses de travail les
plus plausibles pour trouver une solution durable à moyen terme,
seraient alors :
1- Une hypothétique
rénovation du FLN qui a autant de chance de se réaliser que de voir
ce parti de la rente et de la bureaucratie devenir l’authentique
parti social-démocrate de centre gauche dont rêvent les stratèges du
pouvoir.
2- Une évolution
qualitativement supérieure qui verrait le RND devenir un vrai parti
de centre droite. Ce qui n’est pas à proprement parler à exclure,
mais qui nécessite la mise en œuvre d’un plan de redéploiement
beaucoup plus sérieux que ce qui se fait à présent.
3- La poursuite du
processus de sécularisation du MSP qui, tout en continuant à
s’inspirer de la religion, possède sans aucun doute les capacités
d’évoluer vers une formation islamo-démocrate sur le modèle de la
démocratie chrétienne italienne du XXe siècle où des
sociaux chrétiens allemands. Seul handicap, mais de taille, un
enfermement culturel qui le prive de l’apport d’une élite
francophone qui pourrait placer le MSP un ou plusieurs crans au
dessus du niveau qui est le sien actuellement.
En vérité, tout
indique que le FLN aura de plus en plus de mal à se maintenir dans
la course bien longtemps encore. En tout cas, pas plus longtemps
que ce que lui permet l’accompagnement du mandat du président de la
République. Le retrait de l’un entraînant automatiquement le retrait
de l’autre, comme nous avons eu à le vérifier à l’occasion de
l’élection présidentielle de 2004.
Comme nous pouvons
aisément le comprendre, le phénomène politique dit de l’alliance
présidentielle, n’est donc pas une solution pérenne pour les raisons
que nous avons évoqué plus haut, mais aussi parce précisément, elle
est liée à un programme qui n’est celui d’aucun des partis la
composant et, plus important encore, parce que le Président dont
s’inspire le dit programme n’est pas éternel à son poste. Au mieux,
dans le cas où le président de la République réussit à faire changer
la Constitution et obtient un troisième mandat, l’alliance
constituée autour de sa personne durerait 9 ans. S’il n’est pas
question de troisième mandat, il faut réduire la durée à quatre
ans. Et après ? Au nom de quelle force politique suffisamment
crédible, le pays pourra-t-il être gouverné ? Sera-t-il possible de
donner alors leur chance à des formations plus jeunes, comme l’UDR
de Amara Benyounès ou Essabil de Abdessalam Ali Rachedi, par
exemple, qui bénéficient de l’expérience de leurs aînés et
pourraient faire l’économie de leurs erreurs ? Sachant par ailleurs
que le temps n’est plus aux positionnements étroits en terme
politique et idéologique, mais aux grands rassemblements politiques
qui s’inscrivent dans la perspective de la mondialisation et de la
modernité. La dernière consultation électorale en Allemagne montre,
à ce titre, que les électeurs ne suivent plus les doctrines mais les
programmes économiques et sociaux et que ce qui leur importe le plus
est la compétence mise à résoudre un problème plutôt que
l’inclination idéologique de celui qui se propose de le faire. D’où
l’acheminement de la plupart des nations européennes, surtout les
plus développées d’entre elles, vers des coalitions gouvernementales
regroupant souvent des forces politiques opposées. C’est dire que
nos hommes et nos femmes politiques peuvent saisir la chance qui se
présente à eux d’envisager leur action sous les auspices de
programmes aux perspectives plus larges que celles auxquelles nous
ont habitué les formations nées du party-boom de 1990 et se
placer comme les alternatives de demain au semi-vide politique
actuel.
Abderrahmane
Mahmoudi
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