Semaine du 19 au 25 octobre 2005

 

La trame du mercredi

Réflexion faite

 

 
 
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La trame du mercredi

Réflexion faite

Les chefs de la coalition prétendument au pouvoir se sont bien efforcés de se donner, la semaine dernière à l’issue d’une réunion de routine, des airs particulièrement épanouis convenant à des gens parfaitement heureux, mais on sentait tout de même qu’ils étaient diminués par l’épreuve du 29 septembre, inquiets de ce que leur réserve le lendemain, que les sourires dont ils se fendaient étaient bien trop abondants pour être vrais. Bien entendu, personne ne s’attendait à ce qu’ils reconnaissent d’un mot que la campagne qu’ils avaient menée conjointement avec le Président s’était traduite par une abstention unique dans l’histoire électorale du pays, unique même en faisant généreusement sa part à la fraude, néanmoins on guettait un signe quelconque, un clin d’œil plus ou moins équivoque, sinon convenu entre tous, du moins personnel, susceptible d’être retenu en leur faveur plus tard, quand viendra le moment d’expier la faute commise qui avait amené le désaveu du 29 septembre, quand, en termes plus directs,  il faudra payer les pots qui avaient été cassés ce jour-là.

Oui mais, doivent-ils se dire maintenant en leur for intérieur, où est donc notre faute collective ? Nous avons fait exactement ce qu’on attendait de nous. Pour être tenu responsable de quelque chose, encore faut-il avoir fait preuve d’initiative à son propos, avoir soi-même conçu l’acte répréhensible, l’avoir exécuté de son propre chef, l’avoir porté moralement et dans les faits, l’avoir assumé de bout en bout ? Peut-on nous imputer ces différents moments du processus de décision débouchant sur la sanction qu’on connaît. Non. Alors ? Nous clamons, nous revendiquons notre innocence…mais silencieusement, ou plutôt par la bonne humeur, avec force sourires, elfa’ham yaf’ham, nous nous en remettons par ces simagrées à l’intelligence et à l’équité de notre société pour être compris. Mais en nous-mêmes, nous protestons. De nos véritables sentiments, qui ne sont pas si éloignés des vôtres, témoigne justement l’effort combien visible, combien éprouvant que nous faisons pour n’en rien laisser paraître. Sans doute aurait-il été plus gratifiant dans l’immédiat, et plus tard plus d’un plus grand secours, de faire sonner fort des paroles dissidentes, de rappeler que c’est forcés et contraints que nous avons appuyé, ou plus exactement que nous avons fait semblant de nous engager corps et âme aux côtés du Président dans l’aventure où il lui avait plu de s’engager à ses seuls risques et périls, sans nous laisser le choix, sans nous demander rien d’autre que notre obéissance, mais a-t-on songé un instant aux conséquences qui en auraient découlées ? Si on veut être plus tard juste à notre égard, on ne peut pas ne pas reconnaître que notre véritable motivation dans cette affaire, c’était la préservation de l’ordre public, c’était la sauvegarde de la cohésion nationale, c’était l’intérêt général, qui aurait été mis en grand péril, n’est-ce pas, si nous n’avions pas réprimé les sentiments réels qui nous animaient. Le non-dit pernicieux, l’implicite  traître, le coup de poignard donné dans le dos, la campagne subliminale en faveur de l’abstention, voilà l’exploit et notre fait. Nous rigolons sous cape quand nous attendons et lisons que les Algériens ne se sont pas rendus de leur propre initiative aux urnes ce 29 septembre. Nous savons bien nous que nous y sommes au moins pour quelque chose. Mais qu’on se demande un peu maintenant, à tête reposée et à la lumière des faits : à quels résultats fallait-il donc s’attendre en alignant ce trio d’enfer composé de Soltani, d’Ouyahia et de Belkhadem ? A un raz-de-marée le jour du vote ? Il suffit de se poser les bonnes questions pour entrevoir la lumière.

Quand on y réfléchit froidement, c’est-à-dire en tenant la bride à ses passions, on se met en position de comprendre que tout s’est finalement passé dans le strict respect de l’intérêt général, conformément aux grands équilibres dont avait parlé le Président : le pays s’est exprimé en faveur de la réconciliation nationale, soit, comme il se devait du reste, mais point trop cependant, avec beaucoup de retenue, les malveillants diront avec beaucoup d’abstention, car il ne s’agissait pas non plus de donner de fausses pensées au Président, de le caresser dans le sens du poil, comme le fait son représentant personnel, ou plutôt comme il feint de le faire, qui ne cherche pour sa part qu’une seule chose : une ouverture, que dis-je une ouverture, un boulevard, vers la révision constitutionnelle. Le message implicite dans la forme, mais très explicite dans le fond émis par le peuple à cette occasion dit en termes peu équivoques ceci : d’accord pour une réconciliation qui continue d’être aussi armée que précédemment, mais non à une révision dont les tenants et les aboutissants n’ont pas encore été minutieusement négociés. A supposer qu’ils le soient un jour.

M. Habili

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