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La trame du mercredi
Réflexion faite
Les chefs de la
coalition prétendument au pouvoir se sont bien efforcés de se
donner, la semaine dernière à l’issue d’une réunion de routine, des
airs particulièrement épanouis convenant à des gens parfaitement
heureux, mais on sentait tout de même qu’ils étaient diminués par
l’épreuve du 29 septembre, inquiets de ce que leur réserve le
lendemain, que les sourires dont ils se fendaient étaient bien trop
abondants pour être vrais. Bien entendu, personne ne s’attendait à
ce qu’ils reconnaissent d’un mot que la campagne qu’ils avaient
menée conjointement avec le Président s’était traduite par une
abstention unique dans l’histoire électorale du pays, unique même en
faisant généreusement sa part à la fraude, néanmoins on guettait un
signe quelconque, un clin d’œil plus ou moins équivoque, sinon
convenu entre tous, du moins personnel, susceptible d’être retenu en
leur faveur plus tard, quand viendra le moment d’expier la faute
commise qui avait amené le désaveu du 29 septembre, quand, en termes
plus directs, il faudra payer les pots qui avaient été cassés ce
jour-là.
Oui mais,
doivent-ils se dire maintenant en leur for intérieur, où est donc
notre faute collective ? Nous avons fait exactement ce qu’on
attendait de nous. Pour être tenu responsable de quelque chose,
encore faut-il avoir fait preuve d’initiative à son propos, avoir
soi-même conçu l’acte répréhensible, l’avoir exécuté de son propre
chef, l’avoir porté moralement et dans les faits, l’avoir assumé de
bout en bout ? Peut-on nous imputer ces différents moments du
processus de décision débouchant sur la sanction qu’on connaît. Non.
Alors ? Nous clamons, nous revendiquons notre innocence…mais
silencieusement, ou plutôt par la bonne humeur, avec force sourires,
elfa’ham yaf’ham, nous nous en remettons par ces simagrées à
l’intelligence et à l’équité de notre société pour être compris.
Mais en nous-mêmes, nous protestons. De nos véritables sentiments,
qui ne sont pas si éloignés des vôtres, témoigne justement l’effort
combien visible, combien éprouvant que nous faisons pour n’en rien
laisser paraître. Sans doute aurait-il été plus gratifiant dans
l’immédiat, et plus tard plus d’un plus grand secours, de faire
sonner fort des paroles dissidentes, de rappeler que c’est forcés et
contraints que nous avons appuyé, ou plus exactement que nous avons
fait semblant de nous engager corps et âme aux côtés du Président
dans l’aventure où il lui avait plu de s’engager à ses seuls risques
et périls, sans nous laisser le choix, sans nous demander rien
d’autre que notre obéissance, mais a-t-on songé un instant aux
conséquences qui en auraient découlées ? Si on veut être plus tard
juste à notre égard, on ne peut pas ne pas reconnaître que notre
véritable motivation dans cette affaire, c’était la préservation de
l’ordre public, c’était la sauvegarde de la cohésion nationale,
c’était l’intérêt général, qui aurait été mis en grand péril,
n’est-ce pas, si nous n’avions pas réprimé les sentiments réels qui
nous animaient. Le non-dit pernicieux, l’implicite traître, le coup
de poignard donné dans le dos, la campagne subliminale en faveur de
l’abstention, voilà l’exploit et notre fait. Nous rigolons sous cape
quand nous attendons et lisons que les Algériens ne se sont pas
rendus de leur propre initiative aux urnes ce 29 septembre. Nous
savons bien nous que nous y sommes au moins pour quelque chose. Mais
qu’on se demande un peu maintenant, à tête reposée et à la lumière
des faits : à quels résultats fallait-il donc s’attendre en alignant
ce trio d’enfer composé de Soltani, d’Ouyahia et de Belkhadem ? A un
raz-de-marée le jour du vote ? Il suffit de se poser les bonnes
questions pour entrevoir la lumière.
Quand on y
réfléchit froidement, c’est-à-dire en tenant la bride à ses
passions, on se met en position de comprendre que tout s’est
finalement passé dans le strict respect de l’intérêt général,
conformément aux grands équilibres dont avait parlé le Président :
le pays s’est exprimé en faveur de la réconciliation nationale,
soit, comme il se devait du reste, mais point trop cependant, avec
beaucoup de retenue, les malveillants diront avec beaucoup
d’abstention, car il ne s’agissait pas non plus de donner de fausses
pensées au Président, de le caresser dans le sens du poil, comme le
fait son représentant personnel, ou plutôt comme il feint de le
faire, qui ne cherche pour sa part qu’une seule chose : une
ouverture, que dis-je une ouverture, un boulevard, vers la révision
constitutionnelle. Le message implicite dans la forme, mais très
explicite dans le fond émis par le peuple à cette occasion dit en
termes peu équivoques ceci : d’accord pour une réconciliation qui
continue d’être aussi armée que précédemment, mais non à une
révision dont les tenants et les aboutissants n’ont pas encore été
minutieusement négociés. A supposer qu’ils le soient un jour.
M. Habili
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