Semaine du 19 au 25 Avril 2006

 Pour rétablir une image de bonne gouvernance

La Banque d’Algérie veut oublier Khalifa

 

 
 
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 Pour rétablir une image de bonne gouvernance

La Banque d’Algérie veut oublier Khalifa

Il a fallu près de deux ans à l’autorité monétaire pour dépasser l’onde de choc de l’affaire Khalifa. Deux ans pour ”assainir” le secteur bancaire privé, avec la conséquence d’avoir liquidé tout le privé national sans ménagement aucun. Est-ce déjà le début d’une nouvelle ère pour la place financière ?

C’est avec une grande assurance que le gouverneur de la Banque d’Algérie a réuni, au début du mois d’avril, les P-DG des banques pour leur faire part de son exposé vantant les mérites d’une gouvernance on ne peut plus proche des standards internationaux. L'Algérie est classée parmi les pays ayant enregistré le meilleur rythme de croissance en terme d'excédent de ses balances de paiements qui est passé du simple au double entre 2004 et 2005, a affirmé jeudi le gouverneur de la Banque d'Algérie, Mohamed Laksaci.

En langage chiffré, nous apprenons qu’après une période de viabilité progressive et soutenue de la balance des paiements, l'année 2005 s'est caractérisée par un excédent record du compte courant de la balance des paiements extérieurs. Cet excédent a doublé en l'intervalle d'une année en se chiffrant à 21,72 milliards de dollars en 2005 contre 11,12 milliards de dollars en 2004 et seulement 8,84 milliards de dollars en 2003.

Les crédits à l'économie ont ainsi augmenté pour atteindre 1 778,2 milliards de dinars en 2005 (+13,9%) contre 1 535 milliards (+ 9,1%). La structure de ces crédits montre que près de la moitié (883 milliards de dinars) a été affectée au secteur privé. Le gouverneur de la Banque d'Algérie a également indiqué que l'encours de dette extérieure algérienne est tombé à 16,4 milliards de dollars à fin 2005, dont 71,2% au titre de la dette publique. Cette dette publique extérieure a baissé à 13,9% du PIB en 2005 contre 20,3% en 2004 et 25,1% en 2003, a encore indiqué M. Laksaci, qui table sur un encours de la dette à 4% du PIB à fin 2006 grâce à la politique de désendettement, y compris par les paiements anticipés.

Par ailleurs, le taux d'intérêt moyen versé sur la dette extérieure durant l'année 2005 est de 4,13% l'an contre 4,51% en 2004, témoignant des économies réalisées en matière de paiements d'intérêts, a-t-il constaté.

Quant au Fonds de régulation des recettes, créé en 2001 comme amortisseur des chocs externes, il a atteint 1 843 milliards de dinars à fin 2005. Selon M. Laksaci, ce fonds a permis de rembourser par anticipation une bonne partie de la dette publique externe tout en préservant l'équilibre budgétaire à moyen terme.

Mais pour Mohamed Laksaci, il n’y a aucune baraka, pas même celle du pétrole. Il y a eu avant toute chose une gestion pleine de bon sens et de sagesse. Faisant sien l’adage qui veut que la modestie soit le seul éclat qu’il convient d’ajouter à la gloire, le gouverneur ne déroge pas à la pudeur pour s’en attribuer les mérites, mais ce qu’il dit n’est pas loin de cela non plus.

C’est ce qu’il faut entendre lorsqu’il affirme, s’agissant des facteurs à l'origine de l'amélioration de la position financière extérieure de l'Algérie, que l'augmentation des revenus tirés des hydrocarbures n'est pas, à son avis, le seul paramètre qui viendrait expliquer cette tendance positive. Outre la conjoncture favorable sur le marché pétrolier, le renforcement de la viabilité de la balance des paiements durant l'année 2005 s'explique aussi par la réduction de l'encours de la dette extérieure et une gestion saine des recettes provenant des exportations d’hydrocarbures.

Il abonde dans le même sens à propos de l’analyse concernant l’inflation. Celle-ci ayant reculé à 1,6% en moyenne annuelle en 2005 contre 3,6% en 2004, le gouverneur a considéré que la maîtrise de l'inflation témoigne de la consolidation de la stabilité monétaire en Algérie”.  La baisse de l'inflation reflète une politique budgétaire et monétaire prudente, mais prudence ne signifie pas restriction puisque les crédits à l'économie enregistrent une tendance haussière, a-t-il affirmé. Ainsi, le rôle d’une bonne gouvernance dans laquelle la Banque d’Algérie s’attribue une part non négligeable est à déduire.

L’agenda ne pouvait être d’aussi bonne coïncidence. Tout, ou presque, est totalement ficelé et les choses ont progressivement repris leur ordre initial au sein de cette grande maison hermétique qu’est la Banque d’Algérie, après deux années cauchemardesques qui lui ont coûté son indépendance relative et le retour de certaines de ses prérogatives sous la coupe du ministère des Finances. C’est qu’il a fallu tellement de temps pour laver l’affront du scandale Khalifa et ses petits avatars qui ont fait de la place financière algérienne un cimetière sans pareil pour le capital privé national, sans compter l’atteinte à un renom qu’il sera désormais très difficile de reconquérir. A coups de retraits d’agréments, parfois avec un zèle inattendu, la commission bancaire a éliminé les mauvais banquiers, ceux qui ont mis leurs établissements en faillite ou détourné des sommes qui donnent le vertige. Pourtant, ils n’ont pas fait pire que ce qui se fait dans les banques de l’Etat où les montants des dilapidations et des vols s’élèvent à des milliers de milliards pendant que les instances chargées du contrôle n’y voyaient que du feu. Des banques publique qui, elles aussi, ont bouffé plusieurs fois leur capital social et qui, pour pouvoir être présentables, ont nécessité plus d’une recapitalisation, sans compter la circulaire Ouyahia obligeant les entreprises et organismes publics à placer leurs fonds dans les établissements dont l’Etat est propriétaire, ce qui a permis de renflouer leurs caisses et de redresser leur comptabilité.

Mais il faut surtout voir dans cette politique des demi-mesures l’incapacité de l’institut d’émission de se départir des vieux réflexes de l’économie administrée, lesquels les amènent à rejeter génétiquement le privé non pas pour des considérations idéologiques, mais précisément par refus de céder la moindre parcelle de la décision.

La série noire

Qu’à cela ne tienne, la grande lessive a eu lieu et tout le cauchemar des mauvais banquiers est derrière. Finies la BCIA pourtant coulée par la BEA, l’Union Bank, la CA Bank et d’autres encore dont les activités auraient pu être gérées par des administrateurs qui tiennent compte de la spécificité de l’activité et des intérêts des clients, des déposants et des dispositions de la Loi sur la monnaie et le crédit (LMC). Cela, d’autant plus que les gestionnaires de ces banques (Brahim Hadjas, Omar Dachemi, Ahmed Kherroubi et autres) avaient travaillé à l’ombre de l’ancienne LMC avant son amendement en 2003 qui, elle, n’interdisait pas aux actionnaires de banques de financier des projets où ils seraient actionnaires ou détenteurs de parts sociales. On peut aussi citer l’étrange cas de l’Arab International bank (AIB), laissée en administration provisoire pendant deux ans à cause d’une mésentente entre actionnaires, désaccord qui, pour sérieux et long qu’il fut, ne signifiait rien d’autre dans les faits que le report de l’entrée en activité de cet établissement.

Finie aussi l’affaire Khalifa dont la Banque centrale jure aujourd’hui de tout faire pour recouvrer ce qu’elle peut comme argent détourné à l’étranger. On n’insistera jamais assez, à ce titre, pour dire qu’il n’y pas eu de débat, parlementaire ou autre, sur la responsabilité réelle de la Banque d’Algérie dans ce dossier. On ne peut, en effet, se suffire de l’explication de celle-ci (datant de 2003 et consultable sur son site Internet) soutenant que tout a été fait dans les règles de l’art et que la faute entière incombe aux dirigeants de cette banque.

 

Trois ans sans bilan

Disons à ce propos qu’il convient plutôt de laisser le procès de l’affaire – annoncé pour les quelques semaines à venir du moment que l’instruction judiciaire est désormais arrivée à son terme – nous éclairer dans le bon sens. Nous savons déjà que l’ancien gouverneur, en la personne de Abdelwahab Keramane, est inculpé dans ce dossier pour avoir signé l’agrément de Abdelmoumène Khalifa, alors que ce dernier avait déjà une condamnation qui figurait dans son casier judiciaire. Mais comment interpréter le fait que pendant trois ans, la Khalifa Bank n’a soumis aucun bilan aux autorités monétaires, alors que c’est là une exigence élémentaire ? A l’époque, Abdelmoumène Khalifa prétextait la jeunesse de son établissement, mais était-ce suffisant pour obtenir le délai qui lui permis de faire un nombre incalculable de malversations qui ont provoqué la sinistre chute de son groupe ? Pour être juste, on pourrait se rappeler que la surmédiatisation, l’illusion savamment entretenue d’avoir des appuis au sommet de l’Etat et la réussite à l’étranger du milliardaire en fuite ont peut-être tétanisé les instances de contrôle. Mais est-ce recevable en soi ?

Il n’y a pas que Khalifa Bank

Pour le sceptiques de cette piste, laissons de côté l’affaire Khalifa qui a peut-être une connotation trop politique et citons un autre exemple : le FAKI. C’est de la bouche de l’ancien ministre des Finances, non moins conseiller à la Présidence de la république présentement, Abdellatif Benachenhou, que l’on apprendra la découverte d’un escroc hors pair, qui n’aurait pu arriver à ses fins sans avoir bénéficié d’un laxisme des plus évidents. Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’ancien directeur général du Fonds algéro-koweïtien d’investissement (FAKI), actionnaire à 30% de la stratégique Saidal, qui a commis un important détournement de fonds en 2004. Comment ? Ce dernier a tout bonnement bénéficié d’une disposition l’autorisant à opérer, sans trop avoir à rendre de comptes, un transfert allant jusqu’à 100 000 dollars en une fois. Pour boucler son budget, soit un montant de 30 millions de dollars, ce dernier a dû procéder en 300 opérations (si le compte est bon) qu’il a effectuées en un délai très court. N’y avait-il pas là de quoi éveiller des soupçons ?

Enfin, dernier exemple, sans doute aux griefs plus légers, mais tout aussi révélateur, l’épisode de Rayan Bank à qui fut délivré son agrément de conformité avec la nouvelle loi, avant que cette autorisation ne soit retirée sans que la Banque d’Algérie ne juge opportun de livrer une explication à l’opinion. C’est que l’agrément fut donné à la Rayan sur simple déclaration de son intention d’augmenter son capital social à 500 millions de dinars comme requis par la LMC.

Il ne s’agit de chercher des poux sur la tête de personne, mais certaines vérités devaient être dites au vu de l’ampleur du traumatisme laissé par le scandale Khalifa tant sur la place financière algérienne dans son ensemble que sur certains cadres de la Banque centrale dont on comprend, sous cet angle, l’extrémisme expéditif dont ils ont eu à faire montre par la suite dans le traitement de certains dossiers qui, eux, n’avaient sans doute rien de similaire, avec pour objectif unique et primordial de se redonner patte blanche.

Nabil Benali

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