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Pour
rétablir une image de bonne gouvernance
La Banque
d’Algérie veut oublier Khalifa
Il a fallu près de
deux ans à l’autorité monétaire pour dépasser l’onde de choc de
l’affaire Khalifa. Deux ans pour ”assainir” le secteur bancaire
privé, avec la conséquence d’avoir liquidé tout le privé national
sans ménagement aucun. Est-ce déjà le début d’une nouvelle ère pour
la place financière ?
C’est avec une
grande assurance que le gouverneur de la Banque d’Algérie a réuni,
au début du mois d’avril, les P-DG des banques pour leur faire part
de son exposé vantant les mérites d’une gouvernance on ne peut plus
proche des standards internationaux. L'Algérie est classée parmi les
pays ayant enregistré le meilleur rythme de croissance en terme
d'excédent de ses balances de paiements qui est passé du simple au
double entre 2004 et 2005, a affirmé jeudi le gouverneur de la
Banque d'Algérie, Mohamed Laksaci.
En langage
chiffré, nous apprenons qu’après une période de viabilité
progressive et soutenue de la balance des paiements, l'année 2005
s'est caractérisée par un excédent record du compte courant de
la balance des paiements extérieurs. Cet excédent a doublé en
l'intervalle d'une année en se chiffrant à 21,72 milliards de
dollars en 2005 contre 11,12 milliards de dollars en 2004 et
seulement 8,84 milliards de dollars en 2003.
Les crédits à
l'économie ont ainsi augmenté pour atteindre 1 778,2 milliards de
dinars en 2005 (+13,9%) contre 1 535 milliards (+ 9,1%). La
structure de ces crédits montre que près de la moitié (883 milliards
de dinars) a été affectée au secteur privé. Le gouverneur de la
Banque d'Algérie a également indiqué que l'encours de dette
extérieure algérienne est tombé à 16,4 milliards de dollars à fin
2005, dont 71,2% au titre de la dette publique. Cette dette publique
extérieure a baissé à 13,9% du PIB en 2005 contre 20,3% en 2004 et
25,1% en 2003, a encore indiqué M. Laksaci, qui table sur un encours
de la dette à 4% du PIB à fin 2006 grâce à la politique de
désendettement, y compris par les paiements anticipés.
Par ailleurs, le
taux d'intérêt moyen versé sur la dette extérieure durant l'année
2005 est de 4,13% l'an contre 4,51% en 2004, témoignant des
économies réalisées en matière de paiements d'intérêts, a-t-il
constaté.
Quant au Fonds de
régulation des recettes, créé en 2001 comme amortisseur des chocs
externes, il a atteint 1 843 milliards de dinars à fin 2005. Selon
M. Laksaci, ce fonds a permis de rembourser par anticipation une
bonne partie de la dette publique externe tout en préservant
l'équilibre budgétaire à moyen terme.
Mais pour Mohamed
Laksaci, il n’y a aucune baraka, pas même celle du pétrole. Il y a
eu avant toute chose une gestion pleine de bon sens et de sagesse.
Faisant sien l’adage qui veut que la modestie soit le seul éclat
qu’il convient d’ajouter à la gloire, le gouverneur ne déroge pas à
la pudeur pour s’en attribuer les mérites, mais ce qu’il dit n’est
pas loin de cela non plus.
C’est ce qu’il
faut entendre lorsqu’il affirme, s’agissant des facteurs à l'origine
de l'amélioration de la position financière extérieure de l'Algérie,
que l'augmentation des revenus tirés des hydrocarbures n'est pas, à
son avis, le seul paramètre qui viendrait expliquer cette tendance
positive. Outre la conjoncture favorable sur le marché pétrolier, le
renforcement de la viabilité de la balance des paiements durant
l'année 2005 s'explique aussi par la réduction de l'encours de la
dette extérieure et une gestion saine des recettes provenant des
exportations d’hydrocarbures.
Il abonde dans le
même sens à propos de l’analyse concernant l’inflation. Celle-ci
ayant reculé à 1,6% en moyenne annuelle en 2005 contre 3,6% en 2004,
le gouverneur a considéré que ”la maîtrise de l'inflation
témoigne de la consolidation de la stabilité monétaire en Algérie”.
”La baisse de l'inflation reflète une politique budgétaire et
monétaire prudente, mais prudence ne signifie pas restriction
puisque les crédits à l'économie enregistrent une tendance haussière”,
a-t-il affirmé. Ainsi, le rôle d’une bonne gouvernance dans laquelle
la Banque d’Algérie s’attribue une part non négligeable est à
déduire.
L’agenda ne
pouvait être d’aussi bonne coïncidence. Tout, ou presque, est
totalement ficelé et les choses ont progressivement repris leur
ordre initial au sein de cette grande maison hermétique qu’est la
Banque d’Algérie, après deux années cauchemardesques qui lui ont
coûté son indépendance relative et le retour de certaines de ses
prérogatives sous la coupe du ministère des Finances. C’est qu’il a
fallu tellement de temps pour laver l’affront du scandale Khalifa et
ses petits avatars qui ont fait de la place financière algérienne un
cimetière sans pareil pour le capital privé national, sans compter
l’atteinte à un renom qu’il sera désormais très difficile de
reconquérir. A coups de retraits d’agréments, parfois avec un zèle
inattendu, la commission bancaire a éliminé les mauvais banquiers,
ceux qui ont mis leurs établissements en faillite ou détourné des
sommes qui donnent le vertige. Pourtant, ils n’ont pas fait pire que
ce qui se fait dans les banques de l’Etat où les montants des
dilapidations et des vols s’élèvent à des milliers de milliards
pendant que les instances chargées du contrôle n’y voyaient que du
feu. Des banques publique qui, elles aussi, ont bouffé plusieurs
fois leur capital social et qui, pour pouvoir être présentables, ont
nécessité plus d’une recapitalisation, sans compter la circulaire
Ouyahia obligeant les entreprises et organismes publics à placer
leurs fonds dans les établissements dont l’Etat est propriétaire, ce
qui a permis de renflouer leurs caisses et de redresser leur
comptabilité.
Mais il faut
surtout voir dans cette politique des demi-mesures l’incapacité de
l’institut d’émission de se départir des vieux réflexes de
l’économie administrée, lesquels les amènent à rejeter génétiquement
le privé non pas pour des considérations idéologiques, mais
précisément par refus de céder la moindre parcelle de la décision.
La série noire
Qu’à cela ne
tienne, la grande lessive a eu lieu et tout le cauchemar des mauvais
banquiers est derrière. Finies la BCIA pourtant coulée par la BEA,
l’Union Bank, la CA Bank et d’autres encore dont les activités
auraient pu être gérées par des administrateurs qui tiennent compte
de la spécificité de l’activité et des intérêts des clients, des
déposants et des dispositions de la Loi sur la monnaie et le crédit
(LMC). Cela, d’autant plus que les gestionnaires de ces banques
(Brahim Hadjas, Omar Dachemi, Ahmed Kherroubi et autres) avaient
travaillé à l’ombre de l’ancienne LMC avant son amendement en 2003
qui, elle, n’interdisait pas aux actionnaires de banques de
financier des projets où ils seraient actionnaires ou détenteurs de
parts sociales. On peut aussi citer l’étrange cas de l’Arab
International bank (AIB), laissée en administration provisoire
pendant deux ans à cause d’une mésentente entre actionnaires,
désaccord qui, pour sérieux et long qu’il fut, ne signifiait rien
d’autre dans les faits que le report de l’entrée en activité de cet
établissement.
Finie aussi
l’affaire Khalifa dont la Banque centrale jure aujourd’hui de tout
faire pour recouvrer ce qu’elle peut comme argent détourné à
l’étranger. On n’insistera jamais assez, à ce titre, pour dire qu’il
n’y pas eu de débat, parlementaire ou autre, sur la responsabilité
réelle de la Banque d’Algérie dans ce dossier. On ne peut, en effet,
se suffire de l’explication de celle-ci (datant de 2003 et
consultable sur son site Internet) soutenant que tout a été fait
dans les règles de l’art et que la faute entière incombe aux
dirigeants de cette banque.
Trois ans sans
bilan
Disons à ce propos
qu’il convient plutôt de laisser le procès de l’affaire – annoncé
pour les quelques semaines à venir du moment que l’instruction
judiciaire est désormais arrivée à son terme – nous éclairer dans le
bon sens. Nous savons déjà que l’ancien gouverneur, en la personne
de Abdelwahab Keramane, est inculpé dans ce dossier pour avoir signé
l’agrément de Abdelmoumène Khalifa, alors que ce dernier avait déjà
une condamnation qui figurait dans son casier judiciaire. Mais
comment interpréter le fait que pendant trois ans, la Khalifa Bank
n’a soumis aucun bilan aux autorités monétaires, alors que c’est là
une exigence élémentaire ? A l’époque, Abdelmoumène Khalifa
prétextait la jeunesse de son établissement, mais était-ce suffisant
pour obtenir le délai qui lui permis de faire un nombre incalculable
de malversations qui ont provoqué la sinistre chute de son groupe ?
Pour être juste, on pourrait se rappeler que la surmédiatisation,
l’illusion savamment entretenue d’avoir des appuis au sommet de
l’Etat et la réussite à l’étranger du milliardaire en fuite ont
peut-être tétanisé les instances de contrôle. Mais est-ce
recevable en soi ?
Il n’y a pas
que Khalifa Bank
Pour le sceptiques
de cette piste, laissons de côté l’affaire Khalifa qui a peut-être
une connotation trop politique et citons un autre exemple : le FAKI.
C’est de la bouche de l’ancien ministre des Finances, non moins
conseiller à la Présidence de la république présentement, Abdellatif
Benachenhou, que l’on apprendra la découverte d’un escroc hors pair,
qui n’aurait pu arriver à ses fins sans avoir bénéficié d’un laxisme
des plus évidents. Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’ancien
directeur général du Fonds algéro-koweïtien d’investissement (FAKI),
actionnaire à 30% de la stratégique Saidal, qui a commis un
important détournement de fonds en 2004. Comment ? Ce dernier a tout
bonnement bénéficié d’une disposition l’autorisant à opérer, sans
trop avoir à rendre de comptes, un transfert allant jusqu’à 100 000
dollars en une fois. Pour ”boucler son budget”, soit
un montant de 30 millions de dollars, ce dernier a dû procéder en
300 opérations (si le compte est bon) qu’il a effectuées en un délai
très court. N’y avait-il pas là de quoi éveiller des soupçons ?
Enfin, dernier
exemple, sans doute aux griefs plus légers, mais tout aussi
révélateur, l’épisode de Rayan Bank à qui fut délivré son agrément
de conformité avec la nouvelle loi, avant que cette autorisation ne
soit retirée sans que la Banque d’Algérie ne juge opportun de livrer
une explication à l’opinion. C’est que l’agrément fut donné à la
Rayan sur simple déclaration de son intention d’augmenter son
capital social à 500 millions de dinars comme requis par la LMC.
Il ne s’agit de
chercher des poux sur la tête de personne, mais certaines vérités
devaient être dites au vu de l’ampleur du traumatisme laissé par le
scandale Khalifa tant sur la place financière algérienne dans son
ensemble que sur certains cadres de la Banque centrale dont on
comprend, sous cet angle, l’extrémisme expéditif dont ils ont eu à
faire montre par la suite dans le traitement de certains dossiers
qui, eux, n’avaient sans doute rien de similaire, avec pour objectif
unique et primordial de se redonner patte blanche.
Nabil Benali
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