Semaine du 19 au 25 Avril 2006

Démissions et révision des statuts du PT

Les prémices d’une crise

Intersyndicale

A la croisée des chemins ?

L’Université selon Bouteflika

Les critiques ne provoquent pas le changement

Après la visite à Alger de Philippe Douste Blazy
Le traité d’amitié avec la France en réanimation

 

 
 
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Démissions et révision des statuts du PT

Les prémices d’une crise

Faut-il croire Louisa Hanoune lorsqu’elle annonce, comme elle l’a fait ce 13 avril, qu’il n’y a pas de dissidence au sein de son parti ? Certes, on peut concéder à la porte-parole du Parti des travailleurs le souci de vouloir minimiser ce qui pourrait s’apparenter à une crise interne, mais il n’en demeure pas moins que la direction du  PT peut difficilement persuader les observateurs de son inexistence en tentant de leur faire  croire que tout va pour le mieux.

Le PT vit depuis quelques semaines une  crise interne qui risque de ne pas être sans conséquence sur son devenir immédiat. En effet, il est à craindre que dans la perspective des échéances électorales qui pointent à l’horizon, notamment les élections législatives et communales de 2007, le parti en fasse les frais et ne puisse pas, de ce fait, poursuivre sa courbe ascensionnelle entamée depuis 1997. Les derniers résultats enregistrés à l’issue des élections de 2002 témoignent, si besoin est, de la bonne santé de cette force montante dans le monde de la politique nationale. Car faut-il le rappeler, le 30 mai 2002, lors des élections législatives, le PT a fait mieux que défendre ses couleurs. Lors de cette consultation, le parti a remporté 21 sièges. Un score de loin supérieur à celui enregistré lors des élections du 5 juin 1997 où la formation aux longues dents n’avait glané que  4 sièges à l’Assemblée populaire nationale. L’initiation parlementaire a été fort bien assimilée.

Le discours de Louisa Hanoune a la singularité de s’adapter aux circonstances du moment. Du reste, nombreux sont ceux qui avaient mis cette nette avancée sur le compte d’une consigne de vote transmise par les leaders du FIS dissous en faveur du PT qui, faut-il le rappeler, avait fait sienne  la cause des chouyoukh en prison à cette époque. Et on affirme que les chouyoukh en question ont su être reconnaissants à l’égard de cette femme dont le parti est devenu un porte-voix de leurs revendications politiques. 

Mais quand bien même cette donne ne saurait être exclue pour expliquer les progrès politiques du PT, il reste que sa réussite a un nom, celui de sa porte-parole Louisa Hanoune ,  qui occupe ce poste depuis la création du parti en juin 1990. Sa réélection  au dernier congrès de 1997 n’a pas été une surprise pour les observateurs. En fait, Louisa Hanoune  personnifie aux yeux de l’opinion publique la lutte, côté partisan, des travailleurs et des catégories démunies du pays. Un engagement qui  aura été des plus payants, d’autant que l’UGTA, la puissante Centrale syndicale du temps de Benhamouda, a perdu au fil du temps de son verbe et de sa verve. C’est dire que  les Algériens ne  pouvaient que se reconnaître dans le discours  développé par la charismatique Louisa Hanoune et, partant, s’identifier à elle et à son combat  axé sur la défense des droits de tous les Algériens. Les causes à défendre n’auront pas manqué à cette femme, qui ne laisse personne indifférent. En réalité, Louisa Hanoune est tous  les fronts, de la défense des droits politiques des dirigeants du FIS dissous pendant leur emprisonnement à celle des disparus dont elle a pris à bras-le-corps la revendication en passant par  la citoyenneté.

L’hommage rendu par Abdelaziz Bouteflika, qui aurait souhaité qu’il y ait   une vingtaine de Louisa Hanoune dans le pays, est  à ce titre révélateur. Il y a lieu aussi de rappeler qu’elle aura été la première femme en Algérie et dans le monde arabe à postuler à la magistrature suprême. C’est dire aussi que rien ne rebute cette femme qui, bizarrement, ne symbolise pas l’émancipation de la femme algérienne. Loin d’être une féministe, elle a déclaré qu’elle était contre la discrimination positive, refusant ainsi l’idée prônée par certains d’accorder des quotas aux femmes afin d’assurer leur présence dans les instances élues ou dans les cercles de responsabilité.

Au plan  interne, le PT a toujours donné l’image d’une formation où la discipline n’est pas un mot creux. C’est l’organisation à la trotskiste qui y prévaut, aime-t-on à le rappeler. C’est derrière le rideau, loin des regards  indiscrets de la presse, que tout ce décide. C’est dire combien, pour l’opinion publique, l’idée d’une crise au sein du PT peut sembler difficile à croire. Mais force est de le reconnaître, la crise est bien là.  Pis encore, elle prend des proportions  telles qu’il a été difficile à la direction nationale  emmenée par Louisa Hanoune de garder la chose secrète.

Cette crise est, affirme-t-on, à l’origine de la transformation de la conférence nationale des cadres du parti fixée pour les    6,7 et 8 avril en un congrès extraordinaire. Ce  changement a ainsi permis aux dirigeants du parti de réviser les statuts. En fait, fera-t-on remarquer, l’objectif inavoué de cette modification  était de se donner les voies légales d’exclure les  élus accusés d’avoir exploité leur mandat à des fins personnelles. 

Ces derniers n’auront pas manqué de réagir. Le 10 avril, dans un communiqué qu’ils ont voulu être un droit de réponse, ces députés, MM. Boudjaoui, Groucene, Merrouche, Mme Nailaiaa Oukaci Zenati,  au sein du PT depuis, affirment-ils,  une vingtaine d’années, n’auront pas été avec le dos de la cuillère pour se défendre. La riposte aura été à la hauteur  des accusations portées. En réalité, ils ont inversé les griefs. Selon eux, ce sont  Hanoune et Djoudi, chef du groupe parlementaireà l’APN,  qui ont   «liquidé le parti en perdant non seulement la moitié des élus à l’APN et à l’APW, mais aussi les véritables militants politiques et syndicaux». Ces deux figures de proue du PT sont égalemennt accusées «d’avoir milité ou exploité leur mandat afin d’assurer leur prospérité sociale, d’avoir hypothéqué et pris les biens du parti pour s’offrir de hauts standings» ; ils auraient aussi, d’après leurs accusateurs, «confondu entre l’argent du parti et l’argent personnel», «acheté des militants en leur offrant des miettes  afin qu’ils se taisent à jamais»…

Les élus radiés des rangs du PT se défendent aussi d’avoir dévié des  principes programmatiques du parti. «Nous ne faisons pas de la dérive politique spectacles notre fond de commerce», ont-ils souligné. Pis encore, ils rappellent qu’ils ne sont nullement responsables de la dernière déviation politique flagrante du PT, qui a été  de «voter oui pour la loi de finances».

Selon eux et contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps, «nous n’avons pas été radiés ni exclus, nous avons démissionné» car «nous ne pouvions continuer à supporter le ‘zaïmisme’ bureaucrate, la soumission, le culte de la personnalité, nous ne pouvions continuer à militer dans un parti spectacle, un parti électoraliste, un parti où il est interdit d’avoir une opinion fruit de sa propre réflexion».

Il faut convenir que ce sont là de graves accusations portées à l’encontre de la principale dirigeante du PT, ponctuées par une menace à peine voilée  «de démontrer de façon nette et précise qui de nous utilise son mandat à des fins personnelles». Autant dire que le bras de fer est engagé.

Nadia Kerraz

 

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Intersyndicale

A la croisée des chemins ?

Les syndicats autonomes seraient-ils à la croisée des chemins ? On ne peut répondre par l’affirmative, mais à voir toute la volonté qui les anime et toutes les démarches qu’ils n’ont pas manqué d’entreprendre depuis qu’ils se sont constitués, il faut peut-être conclure que la lutte qu’ils mènent depuis n’a pas donné les résultats escomptés. Ceci est loin d’être un constat d’échec pour ces syndicats qui ont eu le courage de se démarquer de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), mais tout ceci signifie aussi que les réalités du terrain ne sont pas toujours faciles. Les syndicats autonomes l’ont compris et ne cessent, depuis, d’unir leurs forces et de mener une action commune pour faire front à toutes les difficultés qui ne manquent pas de surgir.

L’apprentissage de l’action syndicale en dehors de la Centrale n’a pas été une entreprise aisée pour les syndicalistes qui ont décidé de mener leur propre lutte, loin des auspices de l’UGTA, la seule organisation à défendre les intérêts des travailleurs et à négocier avec le gouvernement pendant de longues années.

Prendre ses distances par rapport à une organisation syndicale aussi forte que l’UGTA n’était pas chose facile, mais ces syndicalistes ne croient plus en les vertus de la Centrale syndicale, qu’ils comparent à «une coquille vide», sans forces ni substance quelconque, tout à fait acquise au gouvernement et aux pouvoirs publics ; ils ont pris le taureau par les cornes et ont constitué leurs propres syndicats, contre vents et marées, dans un environnement plutôt hostile à ce genre d’actions.

Au fil des années, de nombreux syndicats autonomes voient le jour dans plusieurs secteurs, éducation, santé, fonction publique, finances, etc. Mais quand ces structures entament la lutte, elles se rendent compte que les réalités du terrain ne sont pas toujours faciles et leurs revendications ne sont pas prises en compte par les tutelles. Autant dire que ce sont  des coups d’épée dans l’eau. Fallait-il pour autant baisser les bras et reconnaître l’inutilité de leurs actions ? Et reconnaître l’incontournable Centrale syndicale, en dehors de qui toute lutte syndicale est vaine ?

Si pareille idée a un moment effleuré les syndicats autonomes, ils n’ont pas pour autant montré leur découragement face aux entraves et aux écueils. De toutes les façons, une lutte suppose toujours beaucoup d’efforts, mais aussi et surtout beaucoup de patience.

Cette patience  n’a pas été sans résultat puisque les syndicats autonomes sont toujours sur le terrain. Mieux encore, ces syndicats ont, par la force des choses, compris qu’il était inutile de disperser leurs efforts dans des actions individuelles et qu’il était beaucoup plus important d’unir leurs efforts et de mener une action commune pour peser plus lourd dans les négociations. Et c’est ainsi que naissent les coordinations des syndicats autonomes. Ces coordinations se disent plus fortes et unies pour faire front à toutes les difficultés qui ne cessent d’entraver leurs actions.

Pourtant, il faut le dire, ces coordinations ont-elles eu plus de chances dans leurs négociations ? Ont-elles pu obtenir des résultats plus intéressants ?

Il est vrai que grâce aux coordinations des syndicats autonomes de l’éducation, les mouvements de protestation sont de plus en plus suivis. Mais cela veut-il dire pour autant que les revendications de ces syndicats, qui se résument en l’ouverture d’un dialogue sérieux et efficace avec le ministère de l’Education, sont enfin satisfaites ? Il faut croire que tel n’est pas le cas, car ces syndicats continuent à revendiquer la même chose et préparent une série de protestations pour les jours à venir, surtout quand on sait que le ministère de l’Education a pousuivi en justice des représentants des syndicats autonomes de l’éducation suite à la grève qu’ils ont déclenchée les 19, 20 et 21 février 2006. Donc un apaisement de la situation n’est pas pour demain et un autre mouvement de protestation est prévu pour les 23 et 24 avril.

Pour sa part, la Fédération de la santé, affiliée au SNAPAP, prévoit une journée de protestation le 30 avril, devant le siège du ministère de tutelle, pour remettre sur le tapis les problèmes socioprofessionnels du personnel de la santé et demander encore une fois des augmentations de salaires qui sont, paraît-il, dérisoires.

Tout ceci a donné aux syndicats autonomes l’idée de se regrouper encore, de sorte à peser réellement plus lourd sur les décisions des tutelles. Pour ce faire, ils ont décidé de se réunir en intersyndicale. Le SNAPAP a pu réunir dix syndicats qui comptent engager un grand mouvement de protestation durant le mois de mai prochain. Cette intersyndicale se réserve le droit, comme le précise le communiqué qu’elle a publié, d’engager toutes les dispositions qu’elle jugera nécessaires pour obtenir satisfaction des revendications qu’elle ne cesse d’exposer et qui sont l’augmentation des salaires du personnel de la Fonction publique, l’étude du  statut de la fonction publique et enfin la préservation du droit syndical.

L’intersyndicale de la Fonction publique, qui appelle à une rencontre avec le chef du gouvernement, avec pour ordre du jour le dossier des salaires, n’écarte pas la possibilité d’une explosion sociale dans le cas où le gouvernement et les pouvoirs publics se refusent à toute idée de dialogue et que les différents ministères ne répondent pas aux revendications de l’intersyndicale de la Fonction publique.

Tout ceci a fait dire aux syndicalistes de la Confédération générale du travail d’Espagne que l’exercice syndical en Algérie est très restreint : «Il y a des syndicats qui n’ont pas d’agrément alors qu’ils sont représentatifs. Le SNAPAP veut créer une intersyndicale, mais rencontre des entraves administratives dans le secteur économique. Alors qu’il y a une multitude de syndicats autonomes, il est anormal que ce soit un  syndicat unique qui négocie avec le gouvernement des problèmes des travailleurs.»

Le portrait que brosse Augustin Acosta, de la Confédération générale du travail espagnole, de la réalité de la lutte syndicale en Algérie n’est pas brillant. Ces syndicalistes qui affirment que la situation des syndicats en Espagne est un peu mieux lotie que celle des Algériens, car les pouvoirs publics ne limitent pas beaucoup leurs libertés, proposent aux syndicats algériens de se regrouper pour constituer un moyen de pression efficace, afin de pouvoir représenter les travailleurs et exprimer leurs soucis et leurs revendications.

Les syndicats autonomes, dans leur parcours, pour être enfin reconnus par les pouvoirs publics comme des représentants des travailleurs, arriveront-ils, à travers leur regroupement intersyndical, à être enfin des partenaires incontournables tout comme l’est l’UGTA, dans toute négociation sur les conditions de travail, l’augmentation des salaires ou tout autre problème ? Car maintenant, il n’est plus question de s’organiser encore, mais de passer à la vitesse supérieure.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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L’Université selon Bouteflika

Les critiques ne provoquent pas le changement

« Constat » ou simple « état d’âme » ? Les critiques portées par le président de la république à l’endroit de l’enseignement supérieur (d’autres secteurs ont eu leur part de réprimandes) lors de sa tournée d’inspection dans la capitale sonnent comme un aveux d’échec d’avoir raté la « réforme » de l’université. Car, il faut bien le rappeler, Bouteflika signe l’an 2 de son deuxième mandat présidentiel, soit 7 années de règne qui sont, sous d’autres cieux, largement suffisantes pour reformer sérieusement et convenablement les systèmes de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Pas tout à fait fausses, les remarques du président ne sont pas tout à fait vraies non plus. Elles sont incomplètes, du moins. Dévaloriser de cette manière le diplôme universitaire algérien mérite un débat.

Facile à critiquer qu’à réformer. L’université subit les contrecoups d’une absence de politique de développement socioéconomique basée en majorité sur les compétences nationales. L’Etat et ses hommes, se comportent comme des lycéens et des étudiants.  Les premiers n’aspirent qu’à avoir le bac même sans mention, et les seconds qu’à passer en année supérieure et obtenir « un » diplôme. La grande différence est que les hommes de l’Etat, ceux qui président à la destinée de ce pays, peuvent influencer le cours des choses, alors que les seconds subissent (on aurait souhaité qu’ils tentent d’agir pour améliorer leur sort) des politiques. Si, comme le dit Bouteflika, « il y a un problème qui se pose à tous les niveaux, aussi bien pour l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, c’est celui de la formation des formateurs » et si le « diplôme (algérien, ndlr) n’est pas valable, il y a lieu de sonner l’alarme générale et de mettre dehors pas moins de 95% du personnel dirigeant dans ce pays.

C‘est pour cela qu’il faut faire le distinguo entre le fait que les diplômés algériens n’arrivent pas à s’insérer dans le tissu économique algérien et la qualité de leurs diplômes. Si les jeunes diplômés algériens n’arrivent pas à « exploser » c’est du fait de l’environnement administratif et économique dans lequel est plongé le pays. Si les informaticiens algériens s’exportent facilement aux Etats-Unis et au Canada, c’est à cause de l’incapacité de leur pays à leur créer les conditions de création et d’épanouissement de leur savoir et de leurs capacités scientifiques. Beaucoup parmi ceux qui sont parti (informaticiens et universitaires d’autres disciplines) ne l’ont pas fait pour des raisons salariales (bien que ce volet ne doit pas être négligé) mais à cause des conditions de travail dans lesquelles ils ont évolué ici, particulièrement caractérisée par une bureaucratie paralysante et un manque asphyxiant de libertés au sein de l’université. Ce que Mme Khaoula Taleb-Ibrahimi appelle la « prédominance de l’administratif sur le pédagogique ».

Il ne suffit pas d’instaurer des « contrats d’engagement » avec les gens formés en Algérie pour s’assurer de leur fidélité et s’assurer de leur rendement positif. Il faut tracer des objectifs clairement définis de ce que l’on veut de l’université et y mettre les moyens humains, matériels et l’environnement nécessaire.

Ce n’est pas aux bureaucrates d’élaborer la politique future de l’université. C’est aux universitaires eux-mêmes de le faire. Charge à eux, par la suite, de trouver les arguments pour convaincre les pouvoirs publics de la justesse de leurs propositions afin d’obtenir les moyens qu’il faut. Mais tant que l’université fonctionne comme une caserne où l’on est sensé appliquer les ordres sans les discuter, tant que la communauté universitaire n’a pas le droit de s’exprimer sur son avenir, voire même d’élire ses propres dirigeants, et tant que les enseignants et les chercheurs universitaires (bac+10 et au-delà) sont encore confrontés à des problèmes de logement, de salaire et de statuts, il est illusoire de compter sur un rôle moteur de l’université dans la société.

Tant que les heures d’ouverture d’un laboratoire à l’université correspondent à celles d’une administration, tant que les recteurs de cette institution ne sont pas élus par leurs pairs (comme cela se passe dans le monde développé), et tant que le débat démocratique n’est pas encore permis dans les établissements de l’enseignement supérieur (franchises universitaires) sous prétexte de les éloigner et de les protéger, comme s’il s’agissait des mosquées, contre la politique, l’Université ne sera porteuse d’aucun rayonnement.

Quant à l’incompatibilité de la formation universitaire avec la demande du marché, il y a lieu de disséquer plus sereinement le problème. D’abord, les universités forment des généralistes dans plusieurs disciplines. Elles ne sont pas censées former des spécialistes dans tous les métiers. D’un autre côté, s’est-on d’abord interrogé, avant de conclure que les diplômes universitaires ne correspondent pas à la demande, sur la nature même des offres faites par le secteur industriel algérien, public et privé ?

L’université n’est pas souvent sollicitée pour apporter des solutions à des problèmes rencontrés par des industriels. Il ne semble pas que les opérateurs algériens soient pétris de cette culture. Beaucoup, pour ne pas dire tous, préfèrent acheter des solutions toutes prêtes à l’étranger. Des solutions payées chèrement, en devises sonnantes et trébuchantes, pour avoir été conçues dans un environnement qui a mis le prix qu’il faut pour valoriser des travaux de recherche. Les entreprises algériennes sont-elles capables d’investir dans ce domaine ? C’est la question qu’il faut poser avant de juger de l’incapacité de l’université à être la base du développement économique.

Par ailleurs, notons aussi que l’inexistence de grandes écoles en Algérie (les pouvoirs publics n’y jamais pensé !), a grandement handicapé l’émergence d’une élite parmi les diplômés du supérieur.

L’autre grand problème dont souffre l’université algérienne c’est la persistance, contre toute logique, d’un bilinguisme inopérant à l’air de la mondialisation. L’arabe pour les sciences sociales et humaines, et le français pour les sciences et technologies, ne suffisent plus pour rafraîchir les contenus pédagogiques de nos universités. La question est d’autant plus cruciale pour les sciences et technologies dont la production du savoir dans ces domaines, y compris par en France, se fait quasi exclusivement en anglais. La politique des langues doit être celle de l’Etat. Il faut se poser des questions comment est-ce qu’un Etat comme l’Iran a pu avancer aussi loin dans la recherche nucléaire. L’idéologie a, certes, été un moteur (le désir de l’Iran d’être une puissance régionale indépendante), mais c‘est essentiellement la maîtrise de l’ensemble des disciplines qui ont mené vers cette prouesse technologique (procédés de l’enrichissement de l’uranium). Une des politiques constantes de l’Iran c’est le transfert des connaissance à travers l’acquisition et (parfois) la traduction d’ouvrages récents dans les différentes disciplines scientifiques.

Alors, qui peut nous dire quels sont les objectifs de la politique algérienne en matière d’enseignement supérieur ? Quels sont, hormis les spécialisations liées à la pétrochimie et à l’ingénierie des hydrocarbures, les secteurs qui bénéficient d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics ? Difficile de répondre à cette question. L’Etat ayant abandonné l’investissement dans les autres secteurs de l’économie, il n’exprime pas de besoins particuliers.

C’est la raison pour laquelle qu’il faut être prudent avant de critiquer l’université algérienne, et sans surtout sans tenir en compte des conditions de travail dans lesquelles elle évolue et qui sont, de l’avis aussi bien des enseignants que des étudiants, « très loin des normes ».

Il n’y a qu’à voir le degré de réussite des étudiants algériens qui continuent leurs cursus universitaire sous d’autres cieux, et par fois dans des universités de très hautes factures, pour comprendre que le mal se trouve bien dans la gestion du secteur de l’enseignement supérieur et non pas dans la valeur des enseignants.

Abdelkader Djalil

 

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Après la visite à Alger de Philippe Douste Blazy
Le traité d’amitié avec la France en réanimation

Faut il enterrer le projet de traité d’amitié entre l’Algérie et laFrance ? Certainement pas, il reviendra de manière récurrente comme reviennent toutes les polémiques, les initiatives ou les projets qui imprègnent les relations entre l’Algérie et la France confirmant le « je t’aime moi non plus» qui défini le plus justement les relations entre l’ancien colonisateur et son ancienne colonie.
Philippe Douste-Blazy a certainement passé un sale quart d’heure (en fait cela a duré 2h30 , une éternité) à ElMouradia même s’il notait à la fin de l’audience accordée par le président Bouteflika que l'Algérie est «un partenairetrès important qui joue un rôle capital sur le plan international». Pourtant, si Douste Blazy était venu remettre sur rail le traité d’amitié devant être signé entre les deux pays, il va sans dire qu’il est retourné à Paris bredouille. Mieux il a confirmé de manière officielle ce qui courait depuis la fin de l’année 2005, c’est à dire le report sine die de la signature de ce traité.
Au Palais d’El Mouradia, il indiquait à l'issue de l'audience avoir «profité grandement de la vision internationale du président Bouteflika, à la fois sur les questions régionales et internationales». Douste-Blazy a affirmé également avoir «longuement parlé avec le président Bouteflika des relations bilatérales et particulièrement du partenariat d'exception entre l'Algérie et la France, pays très amis etliés très fortement par l'histoire et la géographie». Des liens d’amitié confirmés à chaque fois que ça se réchauffent entre les deux pays. La visite de Chirac à Alger en 2002 avait été marquée par les images fortes d’une population qui tient réellement à refonder ses relations avec l’ancien colonisateur sur des rapports d’amitié. Mais en fait comment fonder des relations d’amitié quand les griefs deviennent le seul sujet de discussion.
En fait tout à mal commencé. D’abord la loi du 23 février qui par son article 4 a vanté les mérites de la colonisation. Si ce texte a été effectivement inspiré par l’actuel ministre des affaires étrangères français, il reste que c’est la majorité parlementaire (droite) qui a voté ce texte alors que lesparlementaires français avaient eu le loisir de votre cet article dans sa première mouture, qui avait la décence de ne pas vanté les mérites supposée de la colonisation - le traité d’amitié Algérie France était dès lors sérieusement hypothéqué – et il aura fallu l’intervention du président Chirac pour abroger après avis du conseil constitutionnel de l’article de la honte.
L’épisode de la loi du 23 février a exprimé publiquement des griefs indiquant que rien n’est encore fini entre l’Algérie et la France concernant le passif alors que l’on a supposé que le traité d’amitié allait apparemment permettre d’engager les deux pays dans des rapports équilibrés et en tant que partenaires d’égale valeur.Cela est d’autant plus vrai que l’Algérie a dépassé depuis quelques années les turbulences et les difficultés diplomatiques. Le pays est courtisé par les Etats Unis, les Russes pour des raisons stratégiques, par les asiatiques pour des raisons économiques. S’il y a un lien sentimental entre Algérien et Français il faut bien se rendre à l’évidence qu’il n’est pas encore compris à sa juste mesure dans l’hexagone.
On a parlé de la question des visas, mais celle-ci finalement n’est que la partie visible de l’iceberg qui marque aujourd’hui le froid qui caractérise les relations entre les deux pays. Dans un article paru dans le quotidien Le Monde deux jours après la visite de Douste Blazy à Alger, Florence Beaugé reprenant les confidences d’un haut responsablealgérien indiquait justement cette propension de la France à se considérer en terrain conquis comme au XIX eme siècle. « J'ai essayé d'alerter mes interlocuteurs en France des problèmes qui s'accumulaient entre nous, notamment la question des visas, mais ils ne m'écoutaient pas. Il a fallu que ce soit le président Bouteflika qui le dise pour qu'on soit enfin entendu ! » aurait indiquait le responsable en question.
Blazy a quitté Alger en parlant d’un partenariat d’exception. On a du mal à imaginer sa forme alors qu’à quelques jours supposés de la signature du traité d’amitié les algériens continuaient d’attendre durant des semaines une réponse négative non motivée à une demande de visa. Leslobbies Algérie française ont été des plus actifs glorifiant en fait la face noire de la colonisation sans que les politiques impuissants ou même la société indifférente ne réagisse.
En fait, plus que jamais s’est posée la question de l’utilité du traité d’amitié même si Douste-Blazy a souligné lors de son passage à Alger que : « Le peuple français veut ce traité d'amitié ! Il a la volonté profonde d'être ami et lié à l'Algérie ! »
Amine Esseghir

Coopération dans le domaine médical
Parce qu’il est médecin ou bien parce qu’il était venu au chevet des relations entre son pays et l’Algérie, Douste Blazy a eu lors de sa visite à Alger une activité particulière inscrite au programme une visite au CHU Mustapha Pacha à Alger. Devant les médecins et responsables de la santé Douste-Blazy a indiqué qu'«il est absolument nécessaire qu'il y ait, entre nos réseaux de soins, un développement de la coopération et des formations communes».
Le ministre français des Affaires étrangères, a fait remarquer que la coopération dans ledomaine médical symbolise la coopération étroite entre les deux pays, soulignant «la nécessité» de la mise en place, dans le cadre des relations bilatérales, d'un cadre réglementaire «permettant aux personnels médicaux de nos deux pays de travailler ensemble».
Il est vrai que déjà des praticiens algériens de renom pratiquent en France de manière régulière.
Le chef de la diplomatie française souhaité voire créer une université algéro-française notamment dans le domaine médical et biotechnologique, estimant que cela permettrait aux jeunes des deux pays de travailler ensemble et d'être «au top» et probablement que bientôt le CHU Mustapha Pacha etl'hôpital de Toulouse seront jumelés. Douste Blazy voit surtout un possible «développement de la coopération algéro-française dans le domaine de cancérologie». Le ministre français a, à cette occasion, annoncé que «nous sommes en train de monter un pôle de cancérologie et nous pourrons, à terme, envisager un jumelage en matière d'équipements».
A.E.

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