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Démissions et révision des statuts du PT
Les prémices
d’une crise
Faut-il croire
Louisa Hanoune lorsqu’elle annonce, comme elle l’a fait ce 13 avril,
qu’il n’y a pas de dissidence au sein de son parti ? Certes, on peut
concéder à la porte-parole du Parti des travailleurs le souci de
vouloir minimiser ce qui pourrait s’apparenter à une crise interne,
mais il n’en demeure pas moins que la direction du PT peut
difficilement persuader les observateurs de son inexistence en
tentant de leur faire croire que tout va pour le mieux.
Le PT vit depuis
quelques semaines une crise interne qui risque de ne pas être sans
conséquence sur son devenir immédiat. En effet, il est à craindre
que dans la perspective des échéances électorales qui pointent à
l’horizon, notamment les élections législatives et communales de
2007, le parti en fasse les frais et ne puisse pas, de ce fait,
poursuivre sa courbe ascensionnelle entamée depuis 1997. Les
derniers résultats enregistrés à l’issue des élections de 2002
témoignent, si besoin est, de la bonne santé de cette force montante
dans le monde de la politique nationale. Car faut-il le rappeler, le
30 mai 2002, lors des élections législatives, le PT a fait mieux que
défendre ses couleurs. Lors de cette consultation, le parti a
remporté 21 sièges. Un score de loin supérieur à celui enregistré
lors des élections du 5 juin 1997 où la formation aux longues dents
n’avait glané que 4 sièges à l’Assemblée populaire nationale.
L’initiation parlementaire a été fort bien assimilée.
Le discours de
Louisa Hanoune a la singularité de s’adapter aux circonstances du
moment. Du reste, nombreux sont ceux qui avaient mis cette nette
avancée sur le compte d’une consigne de vote transmise par les
leaders du FIS dissous en faveur du PT qui, faut-il le rappeler,
avait fait sienne la cause des chouyoukh en prison à cette époque.
Et on affirme que les chouyoukh en question ont su être
reconnaissants à l’égard de cette femme dont le parti est devenu un
porte-voix de leurs revendications politiques.
Mais quand bien
même cette donne ne saurait être exclue pour expliquer les progrès
politiques du PT, il reste que sa réussite a un nom, celui de sa
porte-parole Louisa Hanoune , qui occupe ce poste depuis la
création du parti en juin 1990. Sa réélection au dernier congrès de
1997 n’a pas été une surprise pour les observateurs. En fait, Louisa
Hanoune personnifie aux yeux de l’opinion publique la lutte, côté
partisan, des travailleurs et des catégories démunies du pays. Un
engagement qui aura été des plus payants, d’autant que l’UGTA, la
puissante Centrale syndicale du temps de Benhamouda, a perdu au fil
du temps de son verbe et de sa verve. C’est dire que les Algériens
ne pouvaient que se reconnaître dans le discours développé par la
charismatique Louisa Hanoune et, partant, s’identifier à elle et à
son combat axé sur la défense des droits de tous les Algériens. Les
causes à défendre n’auront pas manqué à cette femme, qui ne laisse
personne indifférent. En réalité, Louisa Hanoune est tous les
fronts, de la défense des droits politiques des dirigeants du FIS
dissous pendant leur emprisonnement à celle des disparus dont elle a
pris à bras-le-corps la revendication en passant par la
citoyenneté.
L’hommage rendu
par Abdelaziz Bouteflika, qui aurait souhaité qu’il y ait une
vingtaine de Louisa Hanoune dans le pays, est à ce titre
révélateur. Il y a lieu aussi de rappeler qu’elle aura été la
première femme en Algérie et dans le monde arabe à postuler à la
magistrature suprême. C’est dire aussi que rien ne rebute cette
femme qui, bizarrement, ne symbolise pas l’émancipation de la femme
algérienne. Loin d’être une féministe, elle a déclaré qu’elle était
contre la discrimination positive, refusant ainsi l’idée prônée par
certains d’accorder des quotas aux femmes afin d’assurer leur
présence dans les instances élues ou dans les cercles de
responsabilité.
Au plan interne,
le PT a toujours donné l’image d’une formation où la discipline
n’est pas un mot creux. C’est l’organisation à la trotskiste qui y
prévaut, aime-t-on à le rappeler. C’est derrière le rideau, loin des
regards indiscrets de la presse, que tout ce décide. C’est dire
combien, pour l’opinion publique, l’idée d’une crise au sein du PT
peut sembler difficile à croire. Mais force est de le reconnaître,
la crise est bien là. Pis encore, elle prend des proportions
telles qu’il a été difficile à la direction nationale emmenée par
Louisa Hanoune de garder la chose secrète.
Cette crise est,
affirme-t-on, à l’origine de la transformation de la conférence
nationale des cadres du parti fixée pour les 6,7 et 8 avril en un
congrès extraordinaire. Ce changement a ainsi permis aux dirigeants
du parti de réviser les statuts. En fait, fera-t-on remarquer,
l’objectif inavoué de cette modification était de se donner les
voies légales d’exclure les élus accusés d’avoir exploité leur
mandat à des fins personnelles.
Ces derniers
n’auront pas manqué de réagir. Le 10 avril, dans un communiqué
qu’ils ont voulu être un droit de réponse, ces députés, MM. Boudjaoui,
Groucene, Merrouche, Mme Nailaiaa Oukaci Zenati, au sein
du PT depuis, affirment-ils, une vingtaine d’années, n’auront pas
été avec le dos de la cuillère pour se défendre. La riposte aura été
à la hauteur des accusations portées. En réalité, ils ont inversé
les griefs. Selon eux, ce sont Hanoune et Djoudi, chef du groupe
parlementaireà l’APN, qui ont «liquidé le parti en perdant non
seulement la moitié des élus à l’APN et à l’APW, mais aussi les
véritables militants politiques et syndicaux». Ces deux figures de
proue du PT sont égalemennt accusées «d’avoir milité ou exploité
leur mandat afin d’assurer leur prospérité sociale, d’avoir
hypothéqué et pris les biens du parti pour s’offrir de hauts
standings» ; ils auraient aussi, d’après leurs accusateurs,
«confondu entre l’argent du parti et l’argent personnel», «acheté
des militants en leur offrant des miettes afin qu’ils se taisent à
jamais»…
Les élus radiés
des rangs du PT se défendent aussi d’avoir dévié des principes
programmatiques du parti. «Nous ne faisons pas de la dérive
politique spectacles notre fond de commerce», ont-ils souligné. Pis
encore, ils rappellent qu’ils ne sont nullement responsables de la
dernière déviation politique flagrante du PT, qui a été de «voter
oui pour la loi de finances».
Selon eux et
contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps,
«nous n’avons pas été radiés ni exclus, nous avons démissionné» car
«nous ne pouvions continuer à supporter le ‘zaïmisme’ bureaucrate,
la soumission, le culte de la personnalité, nous ne pouvions
continuer à militer dans un parti spectacle, un parti électoraliste,
un parti où il est interdit d’avoir une opinion fruit de sa propre
réflexion».
Il faut convenir
que ce sont là de graves accusations portées à l’encontre de la
principale dirigeante du PT, ponctuées par une menace à peine
voilée «de démontrer de façon nette et précise qui de nous utilise
son mandat à des fins personnelles». Autant dire que le bras de fer
est engagé.
Nadia Kerraz
Haut
Intersyndicale
A la croisée
des chemins ?
Les syndicats
autonomes seraient-ils à la croisée des chemins ? On ne peut
répondre par l’affirmative, mais à voir toute la volonté qui les
anime et toutes les démarches qu’ils n’ont pas manqué d’entreprendre
depuis qu’ils se sont constitués, il faut peut-être conclure que la
lutte qu’ils mènent depuis n’a pas donné les résultats escomptés.
Ceci est loin d’être un constat d’échec pour ces syndicats qui ont
eu le courage de se démarquer de l’Union générale des travailleurs
algériens (UGTA), mais tout ceci signifie aussi que les réalités du
terrain ne sont pas toujours faciles. Les syndicats autonomes l’ont
compris et ne cessent, depuis, d’unir leurs forces et de mener une
action commune pour faire front à toutes les difficultés qui ne
manquent pas de surgir.
L’apprentissage de
l’action syndicale en dehors de la Centrale n’a pas été une
entreprise aisée pour les syndicalistes qui ont décidé de mener leur
propre lutte, loin des auspices de l’UGTA, la seule organisation à
défendre les intérêts des travailleurs et à négocier avec le
gouvernement pendant de longues années.
Prendre ses
distances par rapport à une organisation syndicale aussi forte que
l’UGTA n’était pas chose facile, mais ces syndicalistes ne croient
plus en les vertus de la Centrale syndicale, qu’ils comparent à «une
coquille vide», sans forces ni substance quelconque, tout à fait
acquise au gouvernement et aux pouvoirs publics ; ils ont pris le
taureau par les cornes et ont constitué leurs propres syndicats,
contre vents et marées, dans un environnement plutôt hostile à ce
genre d’actions.
Au fil des années,
de nombreux syndicats autonomes voient le jour dans plusieurs
secteurs, éducation, santé, fonction publique, finances, etc. Mais
quand ces structures entament la lutte, elles se rendent compte que
les réalités du terrain ne sont pas toujours faciles et leurs
revendications ne sont pas prises en compte par les tutelles. Autant
dire que ce sont des coups d’épée dans l’eau. Fallait-il pour
autant baisser les bras et reconnaître l’inutilité de leurs
actions ? Et reconnaître l’incontournable Centrale syndicale, en
dehors de qui toute lutte syndicale est vaine ?
Si pareille idée a
un moment effleuré les syndicats autonomes, ils n’ont pas pour
autant montré leur découragement face aux entraves et aux écueils.
De toutes les façons, une lutte suppose toujours beaucoup d’efforts,
mais aussi et surtout beaucoup de patience.
Cette patience
n’a pas été sans résultat puisque les syndicats autonomes sont
toujours sur le terrain. Mieux encore, ces syndicats ont, par la
force des choses, compris qu’il était inutile de disperser leurs
efforts dans des actions individuelles et qu’il était beaucoup plus
important d’unir leurs efforts et de mener une action commune pour
peser plus lourd dans les négociations. Et c’est ainsi que naissent
les coordinations des syndicats autonomes. Ces coordinations se
disent plus fortes et unies pour faire front à toutes les
difficultés qui ne cessent d’entraver leurs actions.
Pourtant, il faut
le dire, ces coordinations ont-elles eu plus de chances dans leurs
négociations ? Ont-elles pu obtenir des résultats plus
intéressants ?
Il est vrai que
grâce aux coordinations des syndicats autonomes de l’éducation, les
mouvements de protestation sont de plus en plus suivis. Mais cela
veut-il dire pour autant que les revendications de ces syndicats,
qui se résument en l’ouverture d’un dialogue sérieux et efficace
avec le ministère de l’Education, sont enfin satisfaites ? Il faut
croire que tel n’est pas le cas, car ces syndicats continuent à
revendiquer la même chose et préparent une série de protestations
pour les jours à venir, surtout quand on sait que le ministère de
l’Education a pousuivi en justice des représentants des syndicats
autonomes de l’éducation suite à la grève qu’ils ont déclenchée les
19, 20 et 21 février 2006. Donc un apaisement de la situation n’est
pas pour demain et un autre mouvement de protestation est prévu pour
les 23 et 24 avril.
Pour sa part, la
Fédération de la santé, affiliée au SNAPAP, prévoit une journée de
protestation le 30 avril, devant le siège du ministère de tutelle,
pour remettre sur le tapis les problèmes socioprofessionnels du
personnel de la santé et demander encore une fois des augmentations
de salaires qui sont, paraît-il, dérisoires.
Tout ceci a donné
aux syndicats autonomes l’idée de se regrouper encore, de sorte à
peser réellement plus lourd sur les décisions des tutelles. Pour ce
faire, ils ont décidé de se réunir en intersyndicale. Le SNAPAP a pu
réunir dix syndicats qui comptent engager un grand mouvement de
protestation durant le mois de mai prochain. Cette intersyndicale se
réserve le droit, comme le précise le communiqué qu’elle a publié,
d’engager toutes les dispositions qu’elle jugera nécessaires pour
obtenir satisfaction des revendications qu’elle ne cesse d’exposer
et qui sont l’augmentation des salaires du personnel de la Fonction
publique, l’étude du statut de la fonction publique et enfin la
préservation du droit syndical.
L’intersyndicale
de la Fonction publique, qui appelle à une rencontre avec le chef du
gouvernement, avec pour ordre du jour le dossier des salaires,
n’écarte pas la possibilité d’une explosion sociale dans le cas où
le gouvernement et les pouvoirs publics se refusent à toute idée de
dialogue et que les différents ministères ne répondent pas aux
revendications de l’intersyndicale de la Fonction publique.
Tout ceci a fait
dire aux syndicalistes de la Confédération générale du travail
d’Espagne que l’exercice syndical en Algérie est très restreint :
«Il y a des syndicats qui n’ont pas d’agrément alors qu’ils sont
représentatifs. Le SNAPAP veut créer une intersyndicale, mais
rencontre des entraves administratives dans le secteur économique.
Alors qu’il y a une multitude de syndicats autonomes, il est anormal
que ce soit un syndicat unique qui négocie avec le gouvernement des
problèmes des travailleurs.»
Le portrait que
brosse Augustin Acosta, de la Confédération générale du travail
espagnole, de la réalité de la lutte syndicale en Algérie n’est pas
brillant. Ces syndicalistes qui affirment que la situation des
syndicats en Espagne est un peu mieux lotie que celle des Algériens,
car les pouvoirs publics ne limitent pas beaucoup leurs libertés,
proposent aux syndicats algériens de se regrouper pour constituer un
moyen de pression efficace, afin de pouvoir représenter les
travailleurs et exprimer leurs soucis et leurs revendications.
Les syndicats
autonomes, dans leur parcours, pour être enfin reconnus par les
pouvoirs publics comme des représentants des travailleurs,
arriveront-ils, à travers leur regroupement intersyndical, à être
enfin des partenaires incontournables tout comme l’est l’UGTA, dans
toute négociation sur les conditions de travail, l’augmentation des
salaires ou tout autre problème ? Car maintenant, il n’est plus
question de s’organiser encore, mais de passer à la vitesse
supérieure.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
L’Université selon
Bouteflika
Les critiques
ne provoquent pas le changement
« Constat » ou
simple « état d’âme » ? Les critiques portées par le président de la
république à l’endroit de l’enseignement supérieur (d’autres
secteurs ont eu leur part de réprimandes) lors de sa tournée
d’inspection dans la capitale sonnent comme un aveux d’échec d’avoir
raté la « réforme » de l’université. Car, il faut bien le rappeler,
Bouteflika signe l’an 2 de son deuxième mandat présidentiel, soit 7
années de règne qui sont, sous d’autres cieux, largement suffisantes
pour reformer sérieusement et convenablement les systèmes de
l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Pas tout à
fait fausses, les remarques du président ne sont pas tout à fait
vraies non plus. Elles sont incomplètes, du moins. Dévaloriser de
cette manière le diplôme universitaire algérien mérite un débat.
Facile à critiquer
qu’à réformer. L’université subit les contrecoups d’une absence de
politique de développement socioéconomique basée en majorité sur les
compétences nationales. L’Etat et ses hommes, se comportent comme
des lycéens et des étudiants. Les premiers n’aspirent qu’à avoir le
bac même sans mention, et les seconds qu’à passer en année
supérieure et obtenir « un » diplôme. La grande différence est que
les hommes de l’Etat, ceux qui président à la destinée de ce pays,
peuvent influencer le cours des choses, alors que les seconds
subissent (on aurait souhaité qu’ils tentent d’agir pour améliorer
leur sort) des politiques. Si, comme le dit Bouteflika, « il y a un
problème qui se pose à tous les niveaux, aussi bien pour
l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, c’est celui de la
formation des formateurs » et si le « diplôme (algérien, ndlr) n’est
pas valable, il y a lieu de sonner l’alarme générale et de mettre
dehors pas moins de 95% du personnel dirigeant dans ce pays.
C‘est pour cela
qu’il faut faire le distinguo entre le fait que les diplômés
algériens n’arrivent pas à s’insérer dans le tissu économique
algérien et la qualité de leurs diplômes. Si les jeunes diplômés
algériens n’arrivent pas à « exploser » c’est du fait de
l’environnement administratif et économique dans lequel est plongé
le pays. Si les informaticiens algériens s’exportent facilement aux
Etats-Unis et au Canada, c’est à cause de l’incapacité de leur pays
à leur créer les conditions de création et d’épanouissement de leur
savoir et de leurs capacités scientifiques. Beaucoup parmi ceux qui
sont parti (informaticiens et universitaires d’autres disciplines)
ne l’ont pas fait pour des raisons salariales (bien que ce volet ne
doit pas être négligé) mais à cause des conditions de travail dans
lesquelles ils ont évolué ici, particulièrement caractérisée par une
bureaucratie paralysante et un manque asphyxiant de libertés au sein
de l’université. Ce que Mme Khaoula Taleb-Ibrahimi appelle la
« prédominance de l’administratif sur le pédagogique ».
Il ne suffit pas
d’instaurer des « contrats d’engagement » avec les gens formés en
Algérie pour s’assurer de leur fidélité et s’assurer de leur
rendement positif. Il faut tracer des objectifs clairement définis
de ce que l’on veut de l’université et y mettre les moyens humains,
matériels et l’environnement nécessaire.
Ce n’est pas aux
bureaucrates d’élaborer la politique future de l’université. C’est
aux universitaires eux-mêmes de le faire. Charge à eux, par la
suite, de trouver les arguments pour convaincre les pouvoirs publics
de la justesse de leurs propositions afin d’obtenir les moyens qu’il
faut. Mais tant que l’université fonctionne comme une caserne où
l’on est sensé appliquer les ordres sans les discuter, tant que la
communauté universitaire n’a pas le droit de s’exprimer sur son
avenir, voire même d’élire ses propres dirigeants, et tant que les
enseignants et les chercheurs universitaires (bac+10 et au-delà)
sont encore confrontés à des problèmes de logement, de salaire et de
statuts, il est illusoire de compter sur un rôle moteur de
l’université dans la société.
Tant que les
heures d’ouverture d’un laboratoire à l’université correspondent à
celles d’une administration, tant que les recteurs de cette
institution ne sont pas élus par leurs pairs (comme cela se passe
dans le monde développé), et tant que le débat démocratique n’est
pas encore permis dans les établissements de l’enseignement
supérieur (franchises universitaires) sous prétexte de les éloigner
et de les protéger, comme s’il s’agissait des mosquées, contre la
politique, l’Université ne sera porteuse d’aucun rayonnement.
Quant à
l’incompatibilité de la formation universitaire avec la demande du
marché, il y a lieu de disséquer plus sereinement le problème.
D’abord, les universités forment des généralistes dans plusieurs
disciplines. Elles ne sont pas censées former des spécialistes dans
tous les métiers. D’un autre côté, s’est-on d’abord interrogé, avant
de conclure que les diplômes universitaires ne correspondent pas à
la demande, sur la nature même des offres faites par le secteur
industriel algérien, public et privé ?
L’université n’est
pas souvent sollicitée pour apporter des solutions à des problèmes
rencontrés par des industriels. Il ne semble pas que les opérateurs
algériens soient pétris de cette culture. Beaucoup, pour ne pas dire
tous, préfèrent acheter des solutions toutes prêtes à l’étranger.
Des solutions payées chèrement, en devises sonnantes et
trébuchantes, pour avoir été conçues dans un environnement qui a mis
le prix qu’il faut pour valoriser des travaux de recherche. Les
entreprises algériennes sont-elles capables d’investir dans ce
domaine ? C’est la question qu’il faut poser avant de juger de
l’incapacité de l’université à être la base du développement
économique.
Par ailleurs,
notons aussi que l’inexistence de grandes écoles en Algérie (les
pouvoirs publics n’y jamais pensé !), a grandement handicapé
l’émergence d’une élite parmi les diplômés du supérieur.
L’autre grand
problème dont souffre l’université algérienne c’est la persistance,
contre toute logique, d’un bilinguisme inopérant à l’air de la
mondialisation. L’arabe pour les sciences sociales et humaines, et
le français pour les sciences et technologies, ne suffisent plus
pour rafraîchir les contenus pédagogiques de nos universités. La
question est d’autant plus cruciale pour les sciences et
technologies dont la production du savoir dans ces domaines, y
compris par en France, se fait quasi exclusivement en anglais. La
politique des langues doit être celle de l’Etat. Il faut se poser
des questions comment est-ce qu’un Etat comme l’Iran a pu avancer
aussi loin dans la recherche nucléaire. L’idéologie a, certes, été
un moteur (le désir de l’Iran d’être une puissance régionale
indépendante), mais c‘est essentiellement la maîtrise de l’ensemble
des disciplines qui ont mené vers cette prouesse technologique
(procédés de l’enrichissement de l’uranium). Une des politiques
constantes de l’Iran c’est le transfert des connaissance à travers
l’acquisition et (parfois) la traduction d’ouvrages récents dans les
différentes disciplines scientifiques.
Alors, qui peut
nous dire quels sont les objectifs de la politique algérienne en
matière d’enseignement supérieur ? Quels sont, hormis les
spécialisations liées à la pétrochimie et à l’ingénierie des
hydrocarbures, les secteurs qui bénéficient d’une attention
particulière de la part des pouvoirs publics ? Difficile de répondre
à cette question. L’Etat ayant abandonné l’investissement dans les
autres secteurs de l’économie, il n’exprime pas de besoins
particuliers.
C’est la raison
pour laquelle qu’il faut être prudent avant de critiquer
l’université algérienne, et sans surtout sans tenir en compte des
conditions de travail dans lesquelles elle évolue et qui sont, de
l’avis aussi bien des enseignants que des étudiants, « très loin des
normes ».
Il n’y a qu’à voir
le degré de réussite des étudiants algériens qui continuent leurs
cursus universitaire sous d’autres cieux, et par fois dans des
universités de très hautes factures, pour comprendre que le mal se
trouve bien dans la gestion du secteur de l’enseignement supérieur
et non pas dans la valeur des enseignants.
Abdelkader
Djalil
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Après la visite à Alger
de Philippe Douste Blazy
Le traité d’amitié avec la France en réanimation
Faut il enterrer le projet de traité d’amitié entre l’Algérie et
laFrance ? Certainement pas, il reviendra de manière récurrente
comme reviennent toutes les polémiques, les initiatives ou les
projets qui imprègnent les relations entre l’Algérie et la France
confirmant le « je t’aime moi non plus» qui défini le plus justement
les relations entre l’ancien colonisateur et son ancienne colonie.
Philippe Douste-Blazy a certainement passé un sale quart d’heure (en
fait cela a duré 2h30 , une éternité) à ElMouradia même s’il notait
à la fin de l’audience accordée par le président Bouteflika que
l'Algérie est «un partenairetrès important qui joue un rôle capital
sur le plan international». Pourtant, si Douste Blazy était venu
remettre sur rail le traité d’amitié devant être signé entre les
deux pays, il va sans dire qu’il est retourné à Paris bredouille.
Mieux il a confirmé de manière officielle ce qui courait depuis la
fin de l’année 2005, c’est à dire le report sine die de la signature
de ce traité.
Au Palais d’El Mouradia, il indiquait à l'issue de l'audience avoir
«profité grandement de la vision internationale du président
Bouteflika, à la fois sur les questions régionales et
internationales». Douste-Blazy a affirmé également avoir «longuement
parlé avec le président Bouteflika des relations bilatérales et
particulièrement du partenariat d'exception entre l'Algérie et la
France, pays très amis etliés très fortement par l'histoire et la
géographie». Des liens d’amitié confirmés à chaque fois que ça se
réchauffent entre les deux pays. La visite de Chirac à Alger en 2002
avait été marquée par les images fortes d’une population qui tient
réellement à refonder ses relations avec l’ancien colonisateur sur
des rapports d’amitié. Mais en fait comment fonder des relations
d’amitié quand les griefs deviennent le seul sujet de discussion.
En fait tout à mal commencé. D’abord la loi du 23 février qui par
son article 4 a vanté les mérites de la colonisation. Si ce texte a
été effectivement inspiré par l’actuel ministre des affaires
étrangères français, il reste que c’est la majorité parlementaire
(droite) qui a voté ce texte alors que lesparlementaires français
avaient eu le loisir de votre cet article dans sa première mouture,
qui avait la décence de ne pas vanté les mérites supposée de la
colonisation - le traité d’amitié Algérie France était dès lors
sérieusement hypothéqué – et il aura fallu l’intervention du
président Chirac pour abroger après avis du conseil constitutionnel
de l’article de la honte.
L’épisode de la loi du 23 février a exprimé publiquement des griefs
indiquant que rien n’est encore fini entre l’Algérie et la France
concernant le passif alors que l’on a supposé que le traité d’amitié
allait apparemment permettre d’engager les deux pays dans des
rapports équilibrés et en tant que partenaires d’égale valeur.Cela
est d’autant plus vrai que l’Algérie a dépassé depuis quelques
années les turbulences et les difficultés diplomatiques. Le pays est
courtisé par les Etats Unis, les Russes pour des raisons
stratégiques, par les asiatiques pour des raisons économiques. S’il
y a un lien sentimental entre Algérien et Français il faut bien se
rendre à l’évidence qu’il n’est pas encore compris à sa juste mesure
dans l’hexagone.
On a parlé de la question des visas, mais celle-ci finalement n’est
que la partie visible de l’iceberg qui marque aujourd’hui le froid
qui caractérise les relations entre les deux pays. Dans un article
paru dans le quotidien Le Monde deux jours après la visite de Douste
Blazy à Alger, Florence Beaugé reprenant les confidences d’un haut
responsablealgérien indiquait justement cette propension de la
France à se considérer en terrain conquis comme au XIX eme siècle. «
J'ai essayé d'alerter mes interlocuteurs en France des problèmes qui
s'accumulaient entre nous, notamment la question des visas, mais ils
ne m'écoutaient pas. Il a fallu que ce soit le président Bouteflika
qui le dise pour qu'on soit enfin entendu ! » aurait indiquait le
responsable en question.
Blazy a quitté Alger en parlant d’un partenariat d’exception. On a
du mal à imaginer sa forme alors qu’à quelques jours supposés de la
signature du traité d’amitié les algériens continuaient d’attendre
durant des semaines une réponse négative non motivée à une demande
de visa. Leslobbies Algérie française ont été des plus actifs
glorifiant en fait la face noire de la colonisation sans que les
politiques impuissants ou même la société indifférente ne réagisse.
En fait, plus que jamais s’est posée la question de l’utilité du
traité d’amitié même si Douste-Blazy a souligné lors de son passage
à Alger que : « Le peuple français veut ce traité d'amitié ! Il a la
volonté profonde d'être ami et lié à l'Algérie ! »
Amine Esseghir
Coopération dans le domaine médical
Parce qu’il est médecin ou bien parce qu’il était venu au chevet
des relations entre son pays et l’Algérie, Douste Blazy a eu lors de
sa visite à Alger une activité particulière inscrite au programme
une visite au CHU Mustapha Pacha à Alger. Devant les médecins et
responsables de la santé Douste-Blazy a indiqué qu'«il est
absolument nécessaire qu'il y ait, entre nos réseaux de soins, un
développement de la coopération et des formations communes».
Le ministre français des Affaires étrangères, a fait remarquer que
la coopération dans ledomaine médical symbolise la coopération
étroite entre les deux pays, soulignant «la nécessité» de la mise en
place, dans le cadre des relations bilatérales, d'un cadre
réglementaire «permettant aux personnels médicaux de nos deux pays
de travailler ensemble».
Il est vrai que déjà des praticiens algériens de renom pratiquent en
France de manière régulière.
Le chef de la diplomatie française souhaité voire créer une
université algéro-française notamment dans le domaine médical et
biotechnologique, estimant que cela permettrait aux jeunes des deux
pays de travailler ensemble et d'être «au top» et probablement que
bientôt le CHU Mustapha Pacha etl'hôpital de Toulouse seront
jumelés. Douste Blazy voit surtout un possible «développement de la
coopération algéro-française dans le domaine de cancérologie». Le
ministre français a, à cette occasion, annoncé que «nous sommes en
train de monter un pôle de cancérologie et nous pourrons, à terme,
envisager un jumelage en matière d'équipements».
A.E.
Haut
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