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Hypothèses
Une hypothèse que le
président Bouteflika continue de ne pas vouloir prendre le décret de
dissolution des assemblées en Kabylie, dont on se demande d’ailleurs
pourquoi il n’est toujours pas pris, et ce seront les deux
personnages les plus importants de l’Exécutif, Ahmed Ouyahia et
Abdelaziz Belkhadem, qui se retrouveront dans une situation peu
enviable, tant dans le gouvernement qu’au sein de leur parti
respectif. Quelques jours de plus d’hésitation, ou de réflexion
présidentielle, et ceux des chefs des plus importants partis de la
coalition soi-disant au pouvoir seront désormais comptés. On imagine
les danses du scalp qui éclateraient autour d’eux si le désaveu du
président se confirmait Au total, le secrétaire général du RND aura
si bien manœuvré, certes pour des fins dernières difficiles à
discerner dès maintenant, qu’il aura réussi à mettre en cause tout
l’agencement mis en place après l’élection présidentielle sur un
seul mouvement – faux ou calculé, telle est la question.
En fait, eu égard au
désordre qui menace maintenant de partout en Kabylie, on est en
droit de se demander s’il est déjà théoriquement possible qu’on
puisse faire preuve d’une aussi mauvaise gouvernance que celle qu’on
voit à l’œuvre dans le cas qui nous occupe. La question revient à se
demander si un chef du gouvernement comme celui qui ressort de notre
hypothèse de travail, est seulement concevable. La réponse s’impose
d’elle-même : Ahmed Ouyahia est théoriquement impossible en tant que
chef du gouvernement. Dans la réalité néanmoins, qui souvent dépasse
la fiction, il existe, et peut-être qu’il lui arrive de décider. En
l’espèce, il aurait voulu rallumer la crise en Kabylie qu’il
n’aurait pas pu faire mieux.
Il renoue donc le
dialogue avec les délégués des Archs, prenant de court ces derniers
comme l’ensemble de l’opinion, le mouvement dit citoyen étant
retombé depuis des mois, pour annoncer qu’il est disposé à
satisfaire une de leurs revendications, la moins significative
politiquement parlant : la révocation des élus de Kabylie.
Jusque-là, ça peut aller, encore que l’on sente déjà la manœuvre
dans le fait qu’il ait invité des représentants d’un mouvement mort,
non pour reprendre avec eux le dialogue là où il avait été
interrompu, sur un désaccord, on s’en souvient, concernant la
modalité à mettre en œuvre pour la reconnaissance de Tamazight, mais
pour leur faire porter une part de la responsabilité dans une
décision sûrement déjà prise, de son propre chef ou sur instruction
du Président. Or, il savait que tout accord avec Belaïd Abrika et
ses amis ne pouvait que déplaire au plus haut point aux partis
implantés en Kabylie, et notamment au plus influent d’entre eux, le
FFS, qui n’a pas de mots assez durs pour qualifier les
interlocuteurs qu’il s’est donnés. Ne parlons pas alors de convenir
d’élections, chose à discuter impérativement avec les partis, du
moins pour tout responsable qui agit conformément à ce qu’il dit et
seulement à ce qu’il dit.
Mais le chef du
gouvernement ne s’est pas contenté d’exclure du dialogue le FFS, ses
alliés de la coalition eux-mêmes ont ignoré ce qu’il tramait.
Ceux-ci ont dû penser comme tout le monde, à la nouvelle de la
reprise du dialogue, qu’il s’agissait de préparer le terrain et
l’opinion en vue du référendum sur l’amnistie générale, à moins que
ce ne soit sur la révision constitutionnelle, auquel le Président
semblait tenir par-dessus tout au début de l’année.
De fait, seule cette
hypothèse est susceptible de rendre compte des fautes commises en
l’espèce par le chef du gouvernement. Ce ne serait pas pour aboutir
à un accord sur des élections partielles qu’il aurait repris le
dialogue, mais pour obtenir, en contrepartie de telle out telle
concession, l’assurance qu’il n’y aurait pas appel au boycottage si
une consultation d’intérêt national était programmée. Un changement
de cap se serait produit brusquement, dans lequel Ahmed Ouyahia ne
serait pour rien, qui aurait bouleversé l’agenda. Finalement, les
événements ayant pris une tournure imprévue, force était
d’improviser pour donner le change ; d’où la décision d’organiser
des élections partielles en Kabylie, au risque de provoquer la
reprise des troubles.
Dans la mesure où le
chef du gouvernement n’a fait en l’occurrence que ce qui lui était
demandé, il n’aura selon toute vraisemblance pas à subir seul les
conséquences d’actes pour le moins irréfléchis. Sans parler de ce
qui semble être une connaissance approximative des lois du pays. Le
président Bouteflika, supposera-t-on, ne permettra pas qu’il soit
sacrifié comme bouc émissaire sur l’autel de la stabilité nationale.
Le même raisonnement vaut jusqu’à un certain point pour A.
Belkhadem, qui se trouve embarqué dans la même galère depuis qu’il a
engagé les élus FLN à suivre l’exemple de ceux du RND. Peut-être
même, à la réflexion, en plus mauvaise position, étant donné que la
contestation qu’il a suscitée pour sa part ne vient pas de
l’extérieur de son parti, mais bien de l’intérieur.
M. Habili
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