Semaine du 20 au 26 avril 2005

 

La trame du mercredi

Hypothèse

 

 
 
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Une hypothèse que le président Bouteflika continue de ne pas vouloir prendre le décret de dissolution des assemblées en Kabylie, dont on se demande d’ailleurs pourquoi il n’est toujours pas pris, et ce seront les deux personnages les plus importants de l’Exécutif, Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, qui se retrouveront dans une situation peu enviable, tant dans le gouvernement qu’au sein de leur parti respectif. Quelques jours de plus d’hésitation, ou de réflexion présidentielle, et ceux des chefs des plus importants partis de la coalition soi-disant au pouvoir seront désormais comptés. On imagine les danses du scalp qui éclateraient autour d’eux si le désaveu du président se confirmait Au total, le secrétaire général du RND aura si bien manœuvré, certes pour des fins dernières difficiles à discerner dès maintenant, qu’il aura réussi à mettre en cause tout l’agencement mis en place après l’élection présidentielle sur un seul mouvement – faux ou calculé, telle est la question.

En fait, eu égard au désordre qui menace maintenant de partout en Kabylie, on est en droit de se demander s’il est déjà théoriquement possible qu’on puisse faire preuve d’une aussi mauvaise gouvernance que celle qu’on voit à l’œuvre dans le cas qui nous occupe. La question revient à se demander si un chef du gouvernement comme celui qui ressort de notre hypothèse de travail, est seulement concevable. La réponse s’impose d’elle-même : Ahmed Ouyahia est théoriquement impossible en tant que chef du gouvernement. Dans la réalité néanmoins, qui souvent dépasse la fiction, il existe, et peut-être qu’il lui arrive de décider. En l’espèce, il aurait voulu rallumer la crise en Kabylie qu’il n’aurait pas pu faire mieux.

Il renoue donc le dialogue avec les délégués des Archs, prenant de court ces derniers comme l’ensemble de l’opinion, le mouvement dit citoyen étant retombé depuis des mois, pour annoncer qu’il est disposé à satisfaire une de leurs revendications, la  moins significative politiquement parlant : la révocation des élus de Kabylie. Jusque-là, ça peut aller, encore que l’on sente déjà la manœuvre dans le fait qu’il ait invité des représentants d’un mouvement mort, non pour reprendre avec eux le dialogue là où il avait été interrompu, sur un désaccord, on s’en souvient, concernant la modalité à mettre en œuvre pour la reconnaissance de Tamazight, mais pour leur faire porter une part de la responsabilité dans une décision sûrement déjà prise, de son propre chef ou sur instruction du Président. Or, il savait que tout accord avec Belaïd Abrika et ses amis ne pouvait que déplaire au plus haut point aux partis implantés en Kabylie, et notamment au plus influent d’entre eux, le FFS, qui n’a pas de mots assez durs pour qualifier les interlocuteurs qu’il s’est donnés. Ne parlons pas alors de convenir d’élections, chose à discuter impérativement avec les partis, du moins pour tout responsable qui agit conformément à ce qu’il dit et seulement à ce qu’il dit.

Mais le chef du gouvernement ne s’est pas contenté d’exclure du dialogue le FFS, ses alliés de la coalition eux-mêmes ont ignoré ce qu’il tramait. Ceux-ci ont dû penser comme tout le monde, à la nouvelle de la reprise du dialogue, qu’il s’agissait de préparer le terrain et l’opinion en vue du référendum sur l’amnistie générale, à moins que ce ne soit sur la révision constitutionnelle, auquel le Président semblait tenir par-dessus tout au début de l’année.

De fait, seule cette hypothèse est susceptible de rendre compte des fautes commises en l’espèce par le chef du gouvernement. Ce ne serait pas pour aboutir à un accord sur des élections partielles qu’il aurait repris le dialogue, mais pour obtenir, en contrepartie de telle out telle concession, l’assurance qu’il n’y aurait pas appel au boycottage si une consultation d’intérêt national était programmée. Un changement de cap se serait produit brusquement, dans lequel Ahmed Ouyahia ne serait pour rien, qui aurait bouleversé l’agenda. Finalement, les événements ayant pris une tournure imprévue, force était d’improviser pour donner le change ; d’où la décision d’organiser des élections partielles en Kabylie, au risque de provoquer la reprise des troubles.

Dans la mesure où le chef du gouvernement n’a fait en l’occurrence que ce qui lui était demandé, il n’aura selon toute vraisemblance pas à subir seul les conséquences d’actes pour le moins irréfléchis. Sans parler de ce qui semble être une connaissance approximative des lois du pays. Le président Bouteflika, supposera-t-on, ne permettra pas qu’il soit sacrifié comme bouc émissaire sur l’autel de la stabilité nationale. Le même raisonnement vaut jusqu’à un certain point pour A. Belkhadem, qui se trouve embarqué dans la même galère depuis qu’il a engagé les élus FLN à suivre l’exemple de ceux du RND. Peut-être même, à la réflexion, en plus mauvaise position, étant donné que la contestation qu’il a suscitée pour sa part ne vient pas de l’extérieur de son parti, mais bien de l’intérieur.

M. Habili

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