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Un premier candidat pour 2009 ?
Rabah Kébir a donc
tranquillement entamé sa carrière politique en passant impunément
par-dessus les lois de la République. En toute sérénité, puisque,
malgré toute la confusion politico-médiatique entretenue sur le
sujet, rien d’objectif n’interdit à ce dernier d’exercer de la
politique, rien en tous cas de ce qui nourrit l’air du temps de la
réconciliation tous azimuts. Ni les condamnations dont il fait
l’objet ni la forclusion du délai de reddition des personnes
recherchées et vivant à l’étranger dans le cadre des dispositions de
la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qu’il a fait
exprès de dépasser avant sa venue, n’entament sa conviction que sa
légitimité lui suffit pour balayer d’un revers de main l’offre de la
main tendue. Il en est sûr, il a reçu des «garanties» : personne ne
pourra lui interdire de faire de la politique. C’est le Fis à
l’assaut des équilibres nationaux ? Même pas. Car si une disposition
serait susceptible de contrecarrer ses intentions, même les
moindres, il n’y a qu’à prendre en ligne de compte la décision des
pouvoirs publics qui ont décidé de passer outre les textes qu’ils
ont fait adopter et promulguer pour ne pas tenir des fameux délais.
Après tout, comme le dit si franchement Abou Djerra Soltani, les
Algériens ont voté sur un projet de réconciliation nationale et non
sur des délais qui sont le fait d’une ordonnance présidentielle. On
ne s’attardera pas donc sur ces considérations de légalité ou non,
surtout que l’avenir risque de déboucher sur l’amnistie générale ou
une de ses variantes possibles, sauf pour s’appesantir sur un
détail. Le seul article de la fameuse Charte qui aurait pu interdire
à un ancien dirigeant du Fis de renouer avec la politique tout court
ou avec la compétition politique (chose à laquelle il se destine
déjà, mais dans une second étape dont il se réserve le soin de
décider du début) est tout sauf un article de loi applicable sur le
terrain. L’article 26 de l’ordonnance d’Abdelaziz Bouteflika, qui
stipule l’interdiction de la vie politique aux personnes
responsables de la tragédie nationale ou ayant utilisé la religion à
des fins politiques est, convenons-en, aussi opaque que facile à
contourner. Il ne fait qu’évoquer un principe général, de la pure
philosophie, mais ne dit ni de quelles personnes il s’agit
exactement, ni par quel mécanisme il est possible de les définir, ni
encore, et c’est élémentaire, quelle sera le mode d’intervention de
la justice algérienne à ce propos. De la sorte, l’on pensait que
l’arrière-pensée de cet article était de garder une marge de
manœuvre qui permette de maintenir une épée de Damoclès sur les
têtes des dirigeants du Fis, qu’il s’agisse de ceux en liberté ici
ou encore à l’étranger. Il n’en est rien et de tous les textes
traitant de la question, aucun n’est respecté, tous piétinés. Mais
quoi de plus normal dans un contexte politique où la Constitution
elle-même est suspendue au moins depuis plusieurs mois, depuis que
l’APN a refusé à un chef du gouvernement le droit de présenter son
bilan et d’honorer ses obligations constitutionnelles ?
Pour rester dans
le cas qui nous préoccupe, Rabah Kébir, qui fait semblant de
promettre le retour du Fis et dit que ce n’est qu’une question de
temps, ne fait rien d’autre que de la politique. Ce n’est pas pour
lui une question inscrite dans l’avenir, c’est déjà sa réalité
d’aujourd’hui et ce n’est pas que pour cela qu’il s’est décidé à
rentrer. Sinon, qu’est le fait d’organiser des conférences de presse
et de donner les grands axes de ce qui n’est que son programme
politique ? Dans cette situation, son cas n’a rien de différent de
ceux de Madani Mezrag, Kertali et autres. Il n’y a que Ali Benhadj,
présenté comme le plus dangereux de tous, mais qui en fait n’a
compté que pour du beurre depuis sa relaxe, qui continue à faire
l’objet d’interdictions. Pour les dirigeants du Fis, en attendant
que d’autres figures bien en vue viennent amplifier l’effet Kébir,
c’est déjà la moitié du chemin qui est parcouru. Tout ce qui reste à
arracher présentement, c’est le droit de participer à des élections.
Ce n’est pas l’attitude de Kébir, qui se cherche déjà l’envergure
d’un présidentiable, qui suggère cette hypothèse. C’est davantage le
fait que s’il n’y a aucun intérêt pour eux, aussi parce que les
conditions ne sont pas réunies, à viser les législatives ou les
locales de 2007, rien ne dit que la présidentielle de 2009 ne
focalisera pas toute leur attention. Car même sous l’interdiction
d’y aller, ce serait alors une formidable occasion de mobiliser ce
qui reste des troupes et de dépasser le dispositif de l’état
d’urgence pour pouvoir éprouver l’état de ses forces. Mais aussi,
cela permettra de savoir s’il y a encore possibilité ou non
d’orienter le vote des Algériens ou d’y peser.
Ainsi donc, le
retour du premier parmi les dirigeants du Fis nous permet de
confirmer qu’à leur regard, l’équation reste la même, l’objectif
aussi. Et leur empressement également. Car dans la foulée d’une
course contre la montre où tout est fait pour imposer un décor très
vite avant que les forces républicaines, vidées lorsqu’elles ne sont
pas divisées ou corrompues, se réveillent, on oublie souvent que le
problème des Algériens n’est pas tant de ne pas pouvoir oublier ce
qu’on leur a fait, mais de savoir exactement ce qu’on leur réserve
encore.
N. B.
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