Semaine du 20 au 26 septembre 2006

 « S’il vous plaît, n’oubliez pas le Darfour »

                                                       Dixit M. M. Brown

 

 
 
 La Trame

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« S’il vous plaît, n’oubliez pas le Darfour »

                                                       Dixit M. M. Brown

S’il ne fait pas de doute que des crimes sans nom ont été commis au Darfour, et se poursuivent peut-être en ce moment, à la veille de l’arrivée des

Casques bleus, on a toujours autant de peine à vraiment se reconnaître dans le conflit qui y a éclaté voilà trois ans, et qui a causé quelque 300 000 morts et 2 millions de déplacés. Les spécialistes eux-mêmes ne semblent pas  tout à fait sûrs de leur expertise, ni dans la définition des acteurs ni dans celle de leurs mobiles. D’où, semble-t-il, leur tendance à s’étaler sur l’histoire de la région depuis des temps reculés, à détailler sa composition tribale, à disséquer son paysage politique, ce qui a surtout pour effet de nous  encombrer l’esprit,  de rendre encore plus difficile la saisie  des causes réelles de la barbarie confinant au génocide, à supposer qu’il n’en soit pas un et des plus caractérisés, qui s’est montrée intraitable jusque-là.  C‘est ainsi que même maintenant que la communauté internationale a décidé de couper court à sa tentative de bien comprendre de quoi il retourne avant de rien entreprendre, ce qui est le choix juste (en effet, faut-il avant de s’attaquer à un incendie cerner son origine d’abord ?), il n’est toujours  pas possible de savoir si la crise du Darfour est un déchaînement de violence raciste ou s’il n’en est rien, si ce n’est là qu’un masque destiné justement à occulter les motifs bassement matérialistes, de tous les protagonistes ou de l’un d’entre eux seulement. Dans l’hypothèse, d’ailleurs, que ce ne sont pas des intérêts étrangers qui ont allumé le feu. C‘est qu’il y a du pétrole au Darfour, et l’on sait par expérience combien l’or noir attise les convoitises. Un signe à l’appui de ce soupçon méthodique : ces ombres chinoises qui s’activent furtivement à l’arrière-plan de la scène et qui scrutent le sol, avec le désir évident de passer inaperçues, reconnaissables pourtant car ce sont les mêmes qui opèrent sur tous les théâtres à forts relents pétroliers : les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne et la plus fuyante de toutes, la France.

Heureusement qu’il y a  Georges Clooney pour faire taire  tous ces mauvais doutes, pour achever d’emporter notre adhésion à l’initiative onusienne.

Il faut agir d’abord, étudier et comprendre ensuite. C’est le messianisme américain, leur bon sens, leur fameux pragmatisme, très porté à l’action, par définition. Reconnaissons que son simplisme, ou son apparente simplicité, est de bien meilleur aloi -qui n’exclut pas du tout un certain glamour, qui l’exige au contraire- que l’approche oblique, ondoyante, combien grimée et sophistiquée développée par d’autres explorateurs d’hydrocarbures.

Un acteur toutefois brille par son absence, c’est la Ligue arabe, dont le Soudan est membre. Mais si elle prend garde de ne gêner personne, et moins que tous les Américains, à l’origine de tout ce branle-bas, elle ne fait rien ni dit rien non plus qui puisse ressembler à une condamnation du régime à l’évidence criminel de Khartoum. La solidarité non par l’acte, car cela, hélas, est passé de mode, mais par le silence et le profil bas. C’est qu’il y a dans cette triste affaire le risque, ou plutôt la volonté marquée chez les Américains –pardon, la communauté internationale- que tout cela se aboutisse à la création d’un précédent qui deviendra la règle parmi les nations. Une vieille querelle, dont les ressorts sont  depuis longtemps cassés, comme celle mettant en présence les tribus africaines et les tribus arabes au Darfour, en réalité les unes aussi africaines, arabisées  islamisées et soudanaises que les autres, qui se rallume on ne sait trop comment, ajoutez à cela quelques milliers de morts, il faut bien écraser les rebelles, ces traîtres, ces mercenaires, et vous voilà sur la sellette, menacés de comparution devant le tribunal international pour génocide, en butte à l’occupation américaine bénie par l’ONU, vous voilà au ban de la communauté internationale, devenu un pestiféré, et voilà une vedette hollywoodienne qui rameute la société civile mondiale contre vous, sans même parler des ONG qui depuis sonnent l’hallali! Les pays frères eux-mêmes qui évitent de trop s’afficher avec vous, à supposer qu’ils n’excitent pas les Américains contre vous, qui vous condamnent par leur silence assourdissant et dégoulinant de lâcheté.

Décidément, le monde n’est plus le monde !

M. Habili

 

 

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