Semaine du 21 au 27 septembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Diversions et provocation

 

 
 
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Diversions et provocation

L’intervention ce dimanche, du secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem, sur les ondes de la chaîne satellitaire El Moustakilla, a fini par apporter toute la lumière voulue sur une démarche qui ne recelait plus en vérité le moindre mystère. Il vient donc d’avouer que le projet du FLN est bien de déverrouiller la Constitution en supprimant l’article 74 qui empêche  le Président de la République de se présenter à un troisième mandat.  Une annonce qui intervient, ne l’oublions pas alors qu’un référendum autour d’un projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale est en préparation et qu’une campagne par ailleurs fort opaque en compromet d’ores et déjà gravement l’issue.  La moindre des retenues et de la courtoisie politique, aurait voulu que le FLN laisse passer le référendum qui est déjà sur le feu avant de songer à lancer une campagne dans la campagne. Le plus évident dans tout cela est que nous allons assister à un parasitage supplémentaire de l’une par l’autre.  Au vu de toutes les réserves émises par le FLN par rapport à un projet de charte déjà accepté du bout des lèvres, nous sommes alors légitimement en droit de nous demander si cela n’est pas fait exprès pour ajouter encore plus de confusion au climat politique ambiant. Tant il est vrai que ce qui pose vraiment problème, n’est pas le fait de remettre sur le chantier une nouvelle constitution,  mais de greffer cette revendication  à un processus politique en cours qui est déjà assez difficile à maîtriser comme cela.  Le plus inquiétant étant que Abdelaziz Belkhadem n’est pas seulement secrétaire général du FLN, mais aussi et surtout ministre d’Etat représentant personnel du Président de la République. En s’exprimant comme il le fait sur un sujet aussi délicat et qui concerne aussi directement la carrière du chef de l’Etat, il commet un autre impair aussi condamnable que le premier, car il laisse ainsi penser que c’est le Président lui-même qui le pousse à revendiquer en son nom la possibilité de postuler à un troisième mandat présidentiel. Ce qui en soit peut faire l’objet d’un débat, mais met Abdelaziz Bouteflika dans une position plus qu’inconfortable à un moment où il n’est déjà pas très à l’aise sur le sujet d’une réconciliation nationale qui ne veut pas aller aussi loin qu’il le souhaiterait.  Le fait est,  que mis ensemble, les discours développés par le secrétaire général et par le président du FLN s’orientent dans une direction qui n’a que peu à voir avec les nécessités d’une réconciliation nationale qui vise avant toute chose le rétablissement de la paix et de la sécurité dans le pays au milieu d’un climat politique apaisé. En plaçant au détour de la plupart de ses discours de campagne l’affirmation que l’Algérie est appelée  à connaître dans le futur d’autres étapes que celle-là sur le chemin de la réconciliation nationale et en laissant  s’ouvrir dés maintenant le débat sur une éventuelle révision de la Constitution, il est clair que le FLN nous conduit tout droit vers un affrontement politique qui est aux antipodes  de ce que cherche à atteindre l’actuel projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale. Un affrontement avec le RND d’abord,  qui refuse catégoriquement tout idée de nouvelle étape à venir  et en tout cas certainement pas celle d’une amnistie générale et d’un retour du Fis dissous, et avec le reste de la classe politique ensuite qui n’acceptera jamais que le jeu politique soit ainsi verrouillé au profit du Président en place, après que le Président Liamine Zeroual ait inauguré une tradition d’alternance au pouvoir qui a besoin de se voir renforcée pour devenir irréversible.  A quelques jours du 29 septembre, l’ouverture prématurée du front de la révision de la Constitution prend des allures de véritable diversion que certains peuvent même prendre pour une provocation pure et simple. Sachant que la partie est loin d’être gagnée au moment où le chef en exil du Fis dissous vient d’appeler ouvertement ses troupes à voter non lors du prochain référendum. Cet appel pèsera assurément très lourd dans la balance, sachant les formidables capacités de mobilisation d’une mouvance islamiste qui a réussi à réinvestir la société de façon discrète certes, mais bien réelle.  Une mouvance qui s’imposera inévitablement si en face, les esprits sont confus, les lièvres à courir multiples et les phrases sibyllines inquiétantes. Le mieux pour tout le monde étant que face aux  manœuvres du FLN qui est   en train de recréer les conditions de flottement et de démobilisation de la société civile de juin 1990 et de décembre 1991, ce référendum soit carrément reporté à une date ultérieure. Nous avons vu en effet ce qu’il nous en a coûté de tenir des élections pour le seul besoin de respecter un calendrier électoral officiel. L’autre solution étant d’interdire aux gens du FLN de continuer à faire campagne pour un texte qu’ils sont en train de vider de son contenu écrit pour lui substituer ce qu’ils veulent faire lire entre ses lignes et le rendre totalement haïssable.

A. M.

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