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Diversions et provocation
L’intervention ce dimanche, du secrétaire général du FLN, Abdelaziz
Belkhadem, sur les ondes de la chaîne satellitaire El Moustakilla, a
fini par apporter toute la lumière voulue sur une démarche qui ne
recelait plus en vérité le moindre mystère. Il vient donc d’avouer
que le projet du FLN est bien de déverrouiller la Constitution en
supprimant l’article 74 qui empêche le Président de la République
de se présenter à un troisième mandat. Une annonce qui intervient,
ne l’oublions pas alors qu’un référendum autour d’un projet de
charte pour la paix et la réconciliation nationale est en
préparation et qu’une campagne par ailleurs fort opaque en compromet
d’ores et déjà gravement l’issue. La moindre des retenues et de la
courtoisie politique, aurait voulu que le FLN laisse passer le
référendum qui est déjà sur le feu avant de songer à lancer une
campagne dans la campagne. Le plus évident dans tout cela est que
nous allons assister à un parasitage supplémentaire de l’une par
l’autre. Au vu de toutes les réserves émises par le FLN par rapport
à un projet de charte déjà accepté du bout des lèvres, nous sommes
alors légitimement en droit de nous demander si cela n’est pas fait
exprès pour ajouter encore plus de confusion au climat politique
ambiant. Tant il est vrai que ce qui pose vraiment problème, n’est
pas le fait de remettre sur le chantier une nouvelle constitution,
mais de greffer cette revendication à un processus politique en
cours qui est déjà assez difficile à maîtriser comme cela. Le plus
inquiétant étant que Abdelaziz Belkhadem n’est pas seulement
secrétaire général du FLN, mais aussi et surtout ministre d’Etat
représentant personnel du Président de la République. En s’exprimant
comme il le fait sur un sujet aussi délicat et qui concerne aussi
directement la carrière du chef de l’Etat, il commet un autre impair
aussi condamnable que le premier, car il laisse ainsi penser que
c’est le Président lui-même qui le pousse à revendiquer en son nom
la possibilité de postuler à un troisième mandat présidentiel. Ce
qui en soit peut faire l’objet d’un débat, mais met Abdelaziz
Bouteflika dans une position plus qu’inconfortable à un moment où il
n’est déjà pas très à l’aise sur le sujet d’une réconciliation
nationale qui ne veut pas aller aussi loin qu’il le souhaiterait.
Le fait est, que mis ensemble, les discours développés par le
secrétaire général et par le président du FLN s’orientent dans une
direction qui n’a que peu à voir avec les nécessités d’une
réconciliation nationale qui vise avant toute chose le
rétablissement de la paix et de la sécurité dans le pays au milieu
d’un climat politique apaisé. En plaçant au détour de la plupart de
ses discours de campagne l’affirmation que l’Algérie est appelée à
connaître dans le futur d’autres étapes que celle-là sur le chemin
de la réconciliation nationale et en laissant s’ouvrir dés
maintenant le débat sur une éventuelle révision de la Constitution,
il est clair que le FLN nous conduit tout droit vers un affrontement
politique qui est aux antipodes de ce que cherche à atteindre
l’actuel projet de charte pour la paix et la réconciliation
nationale. Un affrontement avec le RND d’abord, qui refuse
catégoriquement tout idée de nouvelle étape à venir et en tout cas
certainement pas celle d’une amnistie générale et d’un retour du Fis
dissous, et avec le reste de la classe politique ensuite qui
n’acceptera jamais que le jeu politique soit ainsi verrouillé au
profit du Président en place, après que le Président Liamine Zeroual
ait inauguré une tradition d’alternance au pouvoir qui a besoin de
se voir renforcée pour devenir irréversible. A quelques jours du 29
septembre, l’ouverture prématurée du front de la révision de la
Constitution prend des allures de véritable diversion que certains
peuvent même prendre pour une provocation pure et simple. Sachant
que la partie est loin d’être gagnée au moment où le chef en exil du
Fis dissous vient d’appeler ouvertement ses troupes à voter non lors
du prochain référendum. Cet appel pèsera assurément très lourd dans
la balance, sachant les formidables capacités de mobilisation d’une
mouvance islamiste qui a réussi à réinvestir la société de façon
discrète certes, mais bien réelle. Une mouvance qui s’imposera
inévitablement si en face, les esprits sont confus, les lièvres à
courir multiples et les phrases sibyllines inquiétantes. Le mieux
pour tout le monde étant que face aux manœuvres du FLN qui est en
train de recréer les conditions de flottement et de démobilisation
de la société civile de juin 1990 et de décembre 1991, ce référendum
soit carrément reporté à une date ultérieure. Nous avons vu en effet
ce qu’il nous en a coûté de tenir des élections pour le seul besoin
de respecter un calendrier électoral officiel. L’autre solution
étant d’interdire aux gens du FLN de continuer à faire campagne pour
un texte qu’ils sont en train de vider de son contenu écrit pour lui
substituer ce qu’ils veulent faire lire entre ses lignes et le
rendre totalement haïssable.
A. M.
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