Semaine du 21 au 27 septembre 2005

 

La trame du mercredi

Long et ennuyeux

 

 
 
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La trame du mercredi

Long et ennuyeux

Si la campagne référendaire paraît longue et  ennuyeuse, c’est évidemment parce qu’elle ne donne pas lieu à un débat contradictoire. Contrairement à ce qu’on pense d’ordinaire, conditionné qu’on est par les flots de pensée unique qui se déversent quotidiennement et par différents canaux, le refus de la contradiction, bien loin de garantir le succès de la consultation du 29 septembre (bien entendu, le succès selon les promoteurs de la manœuvre), la compromet plutôt, en ce qu’il est susceptible de produire le jour j une large abstention, les Algériens s’estimant en fin de compte ne pas avoir été traités en l’occurrence en citoyens libres de sanctionner comme ils l’entendent la proposition soumise à leur approbation. Une campagne où il n’est question que de oui, plus d’ailleurs à une personne qu’à un projet  -lequel  n’en est pas vraiment un, puisque sa réalisation ne dépend de l’assentiment de personne, si ce n’est des terroristes, qui ne voteront pas- donne une furieuse envie de dire non. Et c’est ce qui risque beaucoup de se produire, au vu de l’indifférence quasi générale dans laquelle baigne une campagne assommante, où la dévotion au président Bouteflika est de règle. Ce dernier trait est si marqué qu’on se croit revenir d’un bond à une bien sombre préhistoire du pays, car aucun président algérien n’a demandé jusque-là à être canonisé de son vivant. Un président, qui plus est, qui a échoué dans toutes ses entreprises, qui n’a ramené ni la paix, comme en témoigne le seul fait d’en venir à un deuxième référendum sur un même sujet, ni la prospérité, à l'opposé de ce que vont répétant jusqu’à la nausée les flagorneurs de service et la foule des clients, qui prétendent, de plus - Ô scandale, Ô impudence- s’exprimer au nom du peuple tout entier. Qui n’osent pas encore, mais qui déjà l’insinuent, lui imputer l’aisance, la bahbouha comme ils disent avec délectation, financière. Ce serait par l’effet de sa baraka, et seulement par la grâce de celle-ci, si le baril de pétrole sans cesse se renchérissait. D’ici à ce que l’un d’eux demande non seulement sa nobélisation, ce qui semble la moindre des choses, mais sa canonisation purement et simplement, il n’y a qu’un pas, et qui serait déjà franchi s’il ne fallait pas s’adresser à Benoît XVI pour cela, au  chef d’une autre religion.

Voilà une dérive, due entre autres à l’absence de contradiction (car à parler seul et longtemps, on bascule fatalement dans le délire), qui doit déplaire souverainement à l’écrasante majorité des Algériens, qu’ils soient islamistes radicaux ou modérés, terroristes ou pacifistes, musulmans pratiquants ou non, sans religion militants, agnostiques ou seulement laïcs. Tous les Algériens doivent se sentir excédés  par cette espèce de chirk, qui se donne pour de la foi.

Ce n’est pas tout. Comment comprendre qu’une initiative censée répondre à une demande populaire, et par conséquent appelée à soulever l’enthousiasme général, prenne concrètement les allures d’un passage en force ? Les forces de l’ordre sont, on le sait maintenant avec la tentative d’affichage du MDS dans la capitale et ailleurs, sur le qui-vive, prêtes à fondre sur quiconque cherche à faire entendre une voix discordante sur la place publique. Le monologue pesant qui nous est imposé suffit à lui seul à prouver que plutôt que de demande populaire, c’est de coup de force qu’il convient de parler. Le fait de parler seul et en abondance n’a d’ailleurs pas empêché le secrétaire général du FLN de demander aux opposants de se taire, à croire qu’il entendait  des voix quand il intimait cet ordre. En fait, ne pas applaudir c’est déjà indisposer beaucoup A. Belkhdem, c’est déjà se faire trop remarquer, c’est mener campagne contre une demande populaire, crime inexpiable s’il en est. C’est quasiment de l’apostasie. Il l’a d’ailleurs dit : le crime des crimes, ce n’est pas  d'assassiner les Algériens, ce n’est pas de violer leurs filles, cela est certes une abomination, mais cela est pardonnable, cela est amnistiable, mais ce qui par contre ne l’est pas et qui mérite châtiment ici-bas comme dans l’au-delà, c’est de rejeter la démarche présidentielle en vue de la paix et de la réconciliation. Là, on sent bien que si ça ne dépendait que du représentant personnel du chef de l’Etat et du patron du MSP, il n’y aurait pas de charte qui tiendrait, il ferait donner sur le champ l'assaut, avec l'ordre de réprimer sans faire de quartier

M. Habili

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