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La trame du mercredi
Long et ennuyeux
Si la
campagne référendaire paraît longue et ennuyeuse, c’est évidemment
parce qu’elle ne donne pas lieu à un débat contradictoire.
Contrairement à ce qu’on pense d’ordinaire, conditionné qu’on est
par les flots de pensée unique qui se déversent quotidiennement et
par différents canaux, le refus de la contradiction, bien loin de
garantir le succès de la consultation du 29 septembre (bien entendu,
le succès selon les promoteurs de la manœuvre), la compromet plutôt,
en ce qu’il est susceptible de produire le jour j une large
abstention, les Algériens s’estimant en fin de compte ne pas avoir
été traités en l’occurrence en citoyens libres de sanctionner comme
ils l’entendent la proposition soumise à leur approbation. Une
campagne où il n’est question que de oui, plus d’ailleurs à une
personne qu’à un projet -lequel n’en est pas vraiment un, puisque
sa réalisation ne dépend de l’assentiment de personne, si ce n’est
des terroristes, qui ne voteront pas- donne une furieuse envie de
dire non. Et c’est ce qui risque beaucoup de se produire, au vu de
l’indifférence quasi générale dans laquelle baigne une campagne
assommante, où la dévotion au président Bouteflika est de règle. Ce
dernier trait est si marqué qu’on se croit revenir d’un bond à une
bien sombre préhistoire du pays, car aucun président algérien n’a
demandé jusque-là à être canonisé de son vivant. Un président, qui
plus est, qui a échoué dans toutes ses entreprises, qui n’a ramené
ni la paix, comme en témoigne le seul fait d’en venir à un deuxième
référendum sur un même sujet, ni la prospérité, à l'opposé de ce que
vont répétant jusqu’à la nausée les flagorneurs de service et la
foule des clients, qui prétendent, de plus - Ô scandale, Ô
impudence- s’exprimer au nom du peuple tout entier. Qui n’osent pas
encore, mais qui déjà l’insinuent, lui imputer l’aisance, la
bahbouha comme ils disent avec délectation, financière. Ce serait
par l’effet de sa baraka, et seulement par la grâce de celle-ci, si
le baril de pétrole sans cesse se renchérissait. D’ici à ce que l’un
d’eux demande non seulement sa nobélisation, ce qui semble la
moindre des choses, mais sa canonisation purement et simplement, il
n’y a qu’un pas, et qui serait déjà franchi s’il ne fallait pas
s’adresser à Benoît XVI pour cela, au chef d’une autre religion.
Voilà
une dérive, due entre autres à l’absence de contradiction (car à
parler seul et longtemps, on bascule fatalement dans le délire), qui
doit déplaire souverainement à l’écrasante majorité des Algériens,
qu’ils soient islamistes radicaux ou modérés, terroristes ou
pacifistes, musulmans pratiquants ou non, sans religion militants,
agnostiques ou seulement laïcs. Tous les Algériens doivent se sentir
excédés par cette espèce de chirk, qui se donne pour de la foi.
Ce
n’est pas tout. Comment comprendre qu’une initiative censée répondre
à une demande populaire, et par conséquent appelée à soulever
l’enthousiasme général, prenne concrètement les allures d’un passage
en force ? Les forces de l’ordre sont, on le sait maintenant avec la
tentative d’affichage du MDS dans la capitale et ailleurs, sur le
qui-vive, prêtes à fondre sur quiconque cherche à faire entendre une
voix discordante sur la place publique. Le monologue pesant qui nous
est imposé suffit à lui seul à prouver que plutôt que de demande
populaire, c’est de coup de force qu’il convient de parler. Le fait
de parler seul et en abondance n’a d’ailleurs pas empêché le
secrétaire général du FLN de demander aux opposants de se taire, à
croire qu’il entendait des voix quand il intimait cet ordre. En
fait, ne pas applaudir c’est déjà indisposer beaucoup A. Belkhdem,
c’est déjà se faire trop remarquer, c’est mener campagne contre une
demande populaire, crime inexpiable s’il en est. C’est quasiment de
l’apostasie. Il l’a d’ailleurs dit : le crime des crimes, ce n’est
pas d'assassiner les Algériens, ce n’est pas de violer leurs
filles, cela est certes une abomination, mais cela est pardonnable,
cela est amnistiable, mais ce qui par contre ne l’est pas et qui
mérite châtiment ici-bas comme dans l’au-delà, c’est de rejeter la
démarche présidentielle en vue de la paix et de la réconciliation.
Là, on sent bien que si ça ne dépendait que du représentant
personnel du chef de l’Etat et du patron du MSP, il n’y aurait pas
de charte qui tiendrait, il ferait donner sur le champ l'assaut,
avec l'ordre de réprimer sans faire de quartier
M.
Habili
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