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Référendum du 29 septembre
Silencieuse dissension
Pour
le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem, la machine d’Etat
est lancée, et rien ne l’arrêtera avant qu’elle n’ait bouleversé les
« grands équilibres nationaux ». Elle poursuivrait sur sa vitesse
acquise son œuvre de terrassement, réduisant en un seul effort
soutenu ce qui reste d’obstacles placés en travers du chemin du
président Bouteflika, dont on sait qu’il est tendu vers un troisième
mandat autant dire depuis l’instant où il a assuré sa réélection, ce
qui a dû remonter plus loin que le 8 avril. Le représentant
personnel du Président n’a pas en effet caché aux élus de son parti,
réunis jeudi dernier, que sitôt la charte pour la paix et la
réconciliation approuvée par le peuple, ce qui ne fait à ses yeux
pas l’ombre d’un doute, il faudra s’attaquer à une autre question
essentielle, qui est la nature du régime, d’après lui restée
imprécise de l’indépendance à ce jour. Ce qui, chacun en conviendra,
constitue une effarante singularité du pays. Et qui ne peut plus
durer. Entre le régime présidentiel et le régime parlementaire, il
ne convient plus de balancer, l’hésitation du pays n’ayant que trop
duré.
Ainsi
parle un protagoniste de premier plan de la scène politique (du
moins aussi longtemps qu’il n’est pas frappé de disgrâce, comme il
semble que ce soit dès maintenant le cas de cet autre personnage
important au sein des institutions : le président de l’Assemblée,
Amar saïdani), qui a pour particularité d’être enclin à prendre des
allures d’homme d’Etat, pour dire à ses cadres, qui n’accepteraient
sans doute qu’avec beaucoup de réticence de se définir pour leur
part comme ses subordonnés, que l’heure est venue pour eux de se
faire à l’idée que le président Bouteflika restera en poste au-delà
de 2009, et qu’il est vain de chercher à s’y opposer. A vrai dire,
le représentant personnel n’a d’autre fonction que celle-ci : avoir
raison des dernières résistances qui se manifestent, à l’occasion,
dans les rangs de son parti, le FLN, contre cette perspective, et
qui risquent, si elles ne sont traitées à temps, c’est-à-dire dès
maintenant, de raviver la crise provoquée par la dernière élection
présidentielle, qui a failli faire éclater le parti, ou bien le
faire condamner à la relégation au musée de l’Histoire.
Car,
en effet, la question se pose de savoir pourquoi A. Belkhadem a
réuni les élus du FLN à deux semaines d’une échéance qui ne concerne
pas directement la classe politique. Avait-il besoin à ce point de
mobiliser ses troupes en faveur du projet présidentiel, comme si
leur soutien n’allait pas de soi, ou qu’elles ne montraient pas un
grand enthousiasme pendant cette campagne, et au risque de faire
douter de leur détermination dans le cas présent, et, plus grave
encore, de donner à penser en haut lieu que non seulement elles
manquent de bonne volonté, mais qu’elles travaillent secrètement au
rejet par le peuple de la charte pour la paix et la réconciliation ?
Il ne viendrait pas, par exemple, à l’idée du chef du gouvernement,
Ahmed Ouyahia, de faire le même aveu de faiblesse, celui-ci
serait-il mieux maquillé en démonstration de force, à une encablure
d’une consultation d’un grand intérêt non pour son parti, mais pour
le Président lui-même, ce qui immanquablement paraîtrait à ce
dernier comme une tentative de rattraper un retard dans la
mobilisation, ce qui est déjà en soi une négligence grave, si
toutefois il ne l’interprétait pas comme une réaction en catastrophe
destinée à mettre le holà à des agissements d’une teneur encore
moins avouable.
Veut-on une preuve que tout le monde ne tend pas vers le même
objectif au sein du FLN ? Et que la crise qui a failli l’emporter
est loin d’être surmontée ? Il n’y a pas à chercher très loin, il
suffit de s’en tenir à ce qui s’est passé à cette réunion des élus,
convoquée d’ailleurs de façon impromptue, comme en urgence, comme
s’il s’agissait d’inverser le cours naturel d’une tendance plutôt
marquée et assez contraire aux vœux du secrétaire général et des ses
proches au sein de la direction. Pendant tout le temps où A.
Belkhadem expliquait à l’auditoire que le sort en était jeté, qu’il
fallait en venir immédiatement après le référendum à la révision
constitutionnelle- euphémisme limpide pour dire que le président
Bouteflika n’est pas près de lâcher le morceau, qu’il est, en homme
prévoyant, déjà partant pour un troisième mandat, à peine entamé le
deuxième - et qu’étant donné que le FLN était sa monture, sinon la
seule du moins sa préférée, celui-ci est tout disposé à la ménager,
pendant tout ce développement pour initiés, les élus scandaient une
seule et même chose : houkouma, houkouma ! Or, s’il est une chose
qui n’est pas du ressort du secrétaire général du parti majoritaire,
serait-il majoritaire au point de pouvoir gouverner tout seul, comme
c’est justement le cas, c’est d’attribuer la chefferie du
gouvernement, ou de la faire attribuer, vu que c’est là une
prérogative du président de la République, au FLN, à qui elle est
censée revenir de droit, du moins au point de vue de ses militants.
On ne comprendra rien à ce malentendu entre le secrétaire général et
ses troupes, si l’on ne se rappelle pas d’une chose, c’est qu’il est
déjà arrivé au premier d’expliquer ce qui distingue un régime
parlementaire d’un régime présidentiel. Dans le premier, a-t-il dit,
le poste de chef du gouvernement revient de droit au parti
majoritaire, donc au FLN en l'occurrence, et dans le second, le chef
de l’Etat y appelle qui bon lui semble, ce qui est précisément le
cas. Logiquement donc, A. Belkhadem devrait conclure, en droit fil
des prémisses qu’il s’est données, que le régime algérien est tout à
fait défini, et qu’il est on ne peut plus présidentiel. Or, comme on
le sait, tel n’est pas le sentiment de A. Bouteflika, qui le trouve
malgré cela pas assez présidentiel- encore qu’il n’ait jamais pris
le temps d’exposer devant les Algériens ses vues constitutionnelles,
de sorte qu’on attend toujours son discours de Bayeux, pour ainsi
dire. Car à voir comment son représentant personnel s’embrouille
dans ce dossier, il y a urgence à ce qu’il intervienne en personne
et éclaire une bonne fois pour toutes l’opinion nationale sur les
amendements qu’il compte introduire dans la Constitution. Retenons
pour le moment qu’une divergence existe au sein du FLN, qu’elle
relève de la cassure qui l’a affecté dans la phase antérieure,
laquelle n’est de toute évidence pas surmontée, et que la direction
de ce parti craint qu’elle soit d’un effet négatif le jour de la
consultation.
Il n’
y a pourtant pas que le FLN qui donne le sentiment d’être entré dans
une dissidence silencieuse, dans quelque chose qui ressemble à de la
résistance passive, et qui risque de faire défection sinon
totalement, du moins dans une proportion appréciable, le 29
septembre. Il y aussi le RND, dont rien ne dit que ses militants,
ses adhérents, et ses sympathisants suivront massivement la consigne
de vote de leur direction. Le plus probable est qu’ils
s’abstiendront de voter, et ce sera en ce qui les concerne
principalement pour des raisons politiques. Ils ne doivent pas
croire un mot de ce que leur raconte leur secrétaire général, qu’ils
auraient évincés d’ailleurs depuis longtemps si cela ne dépendait
que d’eux. Et si A. Ouyahia tente dès maintenant de faire endosser
au FLN la responsabilité d’une forte abstention, c’est parce qu’il
sait bien que l’accusation peut lui être retournée, pour des motifs
certes différents, mais en fin de compte tout aussi convaincants que
ceux auxquels il commence à faire allusion dans ses discours de
campagne en défaveur du FLN. Quand il parle d’une campagne sourde
menée à l’intérieur des appareils de l’Etat, entre autres par des
présidents d’APC et des fonctionnaires, c’est évidemment vers le FLN
qu’il veut orienter les soupçons. La réponse de ce dernier ne s’est
pas fait attendre, la réunion de ses élus jeudi dernier ayant fourni
à A. Belkhadem l’occasion à la fois d'appeler ses troupes à la
discipline et d’apporter le démenti aux allégations à peine enrobées
du RND.
M.
Habili
Rentrée scolaire
Les syndicats mécontents
Si la
rentrée s'est passée sans encombre pour les sept millions d'élèves
qui ont repris le chemin de l'école, il n'en va pas de même pour les
syndicats autonomes de l'éducation et la Fédération nationale des
parents d'élèves, qui crient haut et fort leur refus de voir le
ministère de l'Education prendre des décisions sans penser à les
consulter.
En
effet, la contestation risque de s'envenimer et de prendre des
proportions alarmantes. Les syndicats autonomes de l'éducation – le
Syndicat national des travailleurs de l'éducation (SNTE), l'Union
nationale des professionnels de l'éducation et de la formation (UNPEF),
le CNAPEST et le Conseil des lycées d'Alger (CLA) – se préparent à
une lutte syndicale serrée. Ils n'attendent pour cela que le
référendum du 29 septembre soit passé pour faire enfin front commun
contre ce qu'ils appellent "la déliquescence généralisée qui a
touché l'encadrement, tous paliers confondus". Une allusion aux
quatorze proviseurs de lycée suspendus de leurs fonctions par le
ministère de l'Education, qui a motivé cette décision par les
mauvais résultats enregistrés dans les établissements qu'ils
dirigeaient. Cette décision est qualifiée d'injuste par l'UNPEF, qui
croient dur comme fer qu'à chaque rentrée scolaire, la tutelle agit
de même en provoquant le corps des enseignants et les élèves
eux-mêmes et ce, en créant à chaque fois de nouveaux problèmes qui
perturbent pour un temps l'école algérienne.
Pour
le président du SNTE, la rentrée scolaire, cette année, sera encore
plus mouvementée que par le passé. Si on prend en compte tous les
désordres qui règnent dans le secteur de l'éducation, à commencer
par la session du 20 septembre pour l'examen d'entrée en 1re année
moyenne (7e AF), qui est considéré par le président du SNTE comme
"suicidaire" pour des élèves qui auront des difficultés à assurer
leur passage de la 7e à la 8e année fondamentale.
Le
CLA n'est pas en reste et prend part à cette lutte en faisant d'ores
et déjà savoir le rejet des enseignants de la décision du ministère
de l'Education qui vise à supprimer les travaux pratiques. Une
décision qui, affirment les enseignants, aura un effet négatif sur
la compréhension des cours, surtout que les travaux dirigés se font
dans des classes qui regroupent un nombre réduit d'élèves et sont
donc mieux assimilés. Cette décision aura aussi pour effet de
réduire le nombre des enseignants, et peut-être même leur mutation
dans d'autres lycées, ce qui n'est pas sans conséquence sur eux.
Le
CLA s'insurge aussi sur la décision prise, à la veille de la rentrée
scolaire, d'ajouter une heure de cours d'histoire et d'en supprimer
une de physique.
Les
enseignants des sciences islamiques profitent, pour leur part, de
toute cette agitation, pour signifier leur refus de réduire le
volume horaire destiné à l'enseignement de leur matière, ce qui est,
affirme le coordinateur de ce mouvement, en totale contradiction
avec le Conseil des ministres où il était question de renforcer
l'enseignement de l'éducation religieuse. La coordination des
enseignants des sciences islamiques attend que la date du référendum
soit passée pour reprendre son mouvement de protestation à travers
le territoire national.
La
Fédération nationale des parents d'élèves compte se battre sur un
autre volet : celui du livre scolaire. En effet, la décision du
ministère de mettre fin à la location de livres n'était pas du tout
au goût des parents, qui se retrouvent contraints de payer des notes
astronomiques. C'est ce qui a sans doute provoqué la décision de
réunir un conseil national avant la fin du mois en cours, afin de
prendre les décisions à même d'obliger le ministère à revoir cette
formule, ou alors essayer d'imaginer des formules pour aider les
parents qui croulent sous le poids des dépenses trop élevées de la
rentrée scolaire.
Le
secrétaire général de la Fédération nationale des parents d'élèves
estime que les parents sont vraiment choqués par cette décision,
surtout quand on sait que le Conseil du gouvernement a établi,
l'année passée, un budget de 550 milliards de centimes pour
l'impression du livre scolaire et sa distribution à tous les élèves,
y compris ceux dont les familles sont nécessiteuses.
Pour
cette année, les parents ont du débourser des sommes importantes
pour que leurs enfants puissent disposer des manuels scolaires. Pour
un élève du cycle élémentaire, le prix des livres scolaires varie
entre 1 000 et 1 500 DA, disent les parents ; ce qui n'est pas rien.
Mais il faut savoir que les manuels pour un élève de 1re année
secondaire, série sciences naturelles, coûtent 2 200 DA, et ceux
d'un élève de 3e année secondaire coûtent 3 000 DA.
La
nouveauté pour cette rentrée scolaire, mis à part toutes les
protestations et les revendications qui s'élèvent çà et là, c'est
incontestablement l'officialisation des écoles privées. En effet,
sur 300 écoles privées, 54 ont ouvert leurs portes en même temps que
les écoles publiques. Les écoles privées sont astreintes désormais à
obtenir une autorisation du ministère de l'Education à dispenser
leur enseignement en langue arabe dans toutes les disciplines et à
tous les niveaux, à harmoniser leurs programmes avec les écoles
publiques, et à respecter la périodicité des vacances. Les écoles
privées qui ne répondent pas aux dispositions de l'ordonnance n°
05-07 du 23 août 2005, qui régit les établissements privés
d'éducation, se voient retirer leur agrément, ce qui est nouveau
aussi pour cette rentrée scolaire, c'est le sort réservé à ceux qui
oseraient défier l'Etat et ouvrir leurs établissements sans
autorisation. Pour ces récalcitrants, il est prévu une peine
d'emprisonnement de six à douze mois et une amende pouvant atteindre
500 000 dinars.
La
nouveauté dans l'enseignement public, cette année, se situe au
niveau de l'enseignement secondaire et technologique où, à partir de
la première année secondaire, l'élève se retrouve dans une classe de
tronc commun, qui est soit lettres qui découle sur deux filières
langues étrangères et lettres-philosophie), soit dans une classe de
sciences et technologie qui comporte quatre filières :
mathématiques, sciences expérimentales, gestion économie et la
filière techniques mathématiques qui offre quatre options (génie
électrique, génie civil, génie mécanique et génie des procédés).
Khadidja Mohamed Bouziane
Le FLN dans ses œuvres.
(2° partie)
Dans
la première partie de cette étude, nous avons essayé de retracer le
parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir
que par lui seul et pour toujours et qui après en avoir été éjecté
a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir leur
courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant
usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à commettre la faute…
Les hommes du FLN dans l’ANP
Chargé du protocole durant les premières années de la présidence de
Chadli Bendjedid, Mouloud Hamrouche aura eu tout le temps nécessaire
pour gagner sa confiance et se rendre absolument indispensable de
deux façons distinctes. D’abord en déployant une énergie et un
savoir faire indéniable en matière d’organisation et de gestion des
ressources humaines, ce que sait faire à peu prés tout commandant de
la sécurité militaire qui se respecte, et ensuite en présentant le
profil du gendre idéal porteur de surcroît d’un discours réformiste
qui sonne avantageusement aux oreilles d’un Président qui cache mal
ses penchants libéraux, pour ne pas dire libertaires. Profitant du
manque d’expérience de Chadli Bendjedid en matière de politique,
ce qui est tout à fait compréhensible pour un colonel de l’ANP
ancien officier de l’ALN qui ne s’est jamais spécialement intéressé
à cela, Hamrouche réussira progressivement à s’imposer comme
l’alter ego de Larbi Belkheir à la Présidence de la République
dans le cadre de la traditionnelle division des tâches, instaurée,
elle aussi depuis les premiers jours de l’indépendance, entre un
chef de cabinet plutôt proche de l’orbite française et un secrétaire
général, plutôt proche des intérêts anglo-américains. Hamrouche
présentant cette fois l’immense avantage d’être proche des deux
centres d’influence par son ancrage dans la social-démocratie qui
était au pouvoir dans la plupart des Etats de la planète à ce
moment-là, puisque même les USA et l’Angleterre étaient à l’orée des
années 90, grosses d’une arrivée au pouvoir de régimes
sociaux-démocrates. Parfaitement en phase avec le parti socialiste
français et espagnol, il saura tirer également profit des liens
qu’il a tissé en Angleterre où il a soutenu un magistère en sciences
politique portant sur la technique du coup d’Etat. Chadli verra en
cet homme providentiel le moyen de se libérer de la tutelle
encombrante de Larbi Belkheir qui risquait par finir de le faire
passer pour un parfait hizb frança, ce qu’il n’a jamais été même si
beaucoup de membres de sa belle famille traînaient cette réputation
pas toujours surfaite. Cependant par delà les liens et affinités au
plan international, inévitables en ces eaux là, Hamrouche était lui
aussi un pur produit de la maison FLN, présentant comme son mentor
et prédécesseur la caractéristique de ne pas avoir automatiquement
la gueule de l’emploi. Ne répugnant pas à parler ouverture, réforme
et indépendance (de la presse et de la magistrature) il laissera
comprendre à qui voulait bien se bercer d’illusion, qu’il était
démocrate, libéral et libre penseur. Un profil qui ne trompera pas
que Chadli Bendjedid d’ailleurs, puisqu’il réussira à mettre dans sa
poche, avec le concours discret mais efficace de la presse française
de gauche et de la presse britannique, une bonne partie des
intellectuels et hommes politiques algériens, de gauche comme de
droite, laïcs et islamistes confondus. Le FLN était en train de
réussir avec Mouloud Hamrouche, l’une de ses plus belles réussites
de contrôle du pouvoir après celle effectuée avec brio pendant prés
de dix ans par Larbi Belkheir. Le seul problème étant la présence de
Kashi Merbah dans les rouages du pouvoir. Une présence qui
contribuait fortement à faire de l’ombre aux deux hommes lige
(militaires) du FLN, car il était tout l’inverse des deux autres,
c’est à dire plutôt l’homme de l’ANP dans le FLN. Une position qu’il
ne réussira évidemment pas à garder bien longtemps, puisqu’il sera
contraint plus tard à quitter l’ancien parti unique pour monter son
propre parti politique, le MAJD. Une organisation qui servira plutôt
de lieu de recyclage des anciens officiers de la SM et
accessoirement de courroie de transmission des orientations de la
haute hiérarchie militaire au sein de la classe politique
algérienne. Ce qui expliquerait en tout cas son assassinat en 1993
par les terroristes désireux de réduire le rôle et l’influence de
l’armée sur la scène politique à un moment où il n’était guère
possible pour elle, de faire autrement en l’absence d’institutions
civiles solides.
Seulement il faut bien admettre que les militaires avaient fini par
acquérir une sérieuse expérience en matière de double jeu exercé par
certains de leurs collègues et ne tenaient pas du tout à revivre
avec Hamrouche ce qu’ils étaient encore en train de vivre avec
Larbi Belkheir . Aussi profitèrent-ils de la première incartade
sérieuse du premier pour lui faire subir le 4 juin 1991, le sort
qui attendait le second quelques mois plus tard. Et il est
d’ailleurs assez significatif que les deux aient été éjectés des
circuits officiels quasiment en même temps que le parti auquel ils
appartenaient et appartiennent toujours tous deux.. Une éjection
qui prendra presque une année pour être totalement effective,
puisqu’elle s’étalera de janvier 1992, date de la démission de
Chadli Bendjedid et mise sur pied du HCE au départ de Sid Ahmed
Ghozali en août 1993. Il est d’ailleurs symptomatique que le
lendemain de la nomination de Belaid Abdessalem, -qui n’a jamais
fait mystère de ses profonds désaccords avec le FLN-, à la tête du
gouvernement, Kasdi Merbah soit exécuté avec une rare cruauté en
plein jour au beau milieu d’un cortège de véhicules de protection.à
la proche périphérie de la capitale.
Le
fait est que de ce moment, l’ancien parti unique allait quitter
complètement et pour plus de sept longues années, de 1992 à 1999,
les travées du pouvoir, entièrement occupées alors par l’ANP et de
nouveaux acteurs politiques, tels que le RND, le MSP et Enahda. Une
période durant laquelle la violence terroriste se déchaîna d’une
façon absolument hallucinante, en une politique de la terre brûlée
qui n’ira pas sans rappeler la folie destructrice des anciens
maîtres de l’Algérie au moment de leur départ du palais du
gouvernement. Nous parlons, vous l’aurez compris de l’OAS en 1962,
bien sûr.
Seulement, si la France est bien vite revenue par la fenêtre après
être sortie par la porte, le FLN, lui, subira un implacable exil
intérieur qui ne prendra fin qu’avec le départ précipité de Liamine
Zeroual sur fond d’une campagne de presse menée des deux côtés de la
Méditerranée par les nostalgiques d’un retour aux anciennes
allégeances. L’équipe qui lui succédera au pouvoir sera alors
l’artisan opiniâtre et persévérant d’une remontée en surface qui
s’effectuera sur fond d’ambiguïtés et d’équivoques servies par une
maîtrise sans égal de l’art de dire une chose et de faire son
exact contraire. Ali Benflis ne sera pas le dernier à prouver une
maestria hors pair dans ce périlleux exercice, mais restera tout de
même loin derrière son prestigieux maître à penser qui finira
d’ailleurs rapidement par reprendre un poste qui lui appartient
quasiment de droit divin. Et il faudra d’ailleurs toute cette somme
de roublardise à la Présidence de la République pour tromper un haut
commandement militaire qui pensait sans trop y croire que le FLN
avait fini par comprendre la leçon et qu’il accepterait dans son
propre intérêt de jouer le jeu de la collégialité si ce n’est celui
de la démocratie. C’était évidemment compter sans l’instinct
hégémonique d’un parti qui ne peut exister au pouvoir que seul et de
façon éternelle.
(Suite au prochain numéro)
Abderrahmane Mahmoudi
La réconciliation nationale vue par la LADDH
« Pas de pardon sans vérité et justice »
La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH) ne
veut pas d'une demi réconciliation. Elle ne veut pas que l'on donne
l'illusion au peuple algérien que la crise qu'il a vécue depuis 1992
sera définitivement close au lendemain du référendum du 29 septembre
2005. Pour les responsables de la LADDH, il ne saurait y avoir de
réconciliation ni d'amnistie sans justice et vérité. C'est,
d'ailleurs, la principale différence entre le refus la Ligue avec
celui exprimé par le RCD, le MDS et d'autres.
Interrogez Me Ali Yahia Abdennour sur la portée et l'intérêt de la «
Charte pour la paix et la réconciliation », et il vous répondra
systématiquement : « elle ne règlera rien ». Quant au référendum : «
il ne fera que donner plus de pouvoir à un pouvoir qui en a déjà
trop ».
Souvent accusée de « faire le jeux des terroristes », en particulier
depuis 1995 date de la signature du « Contrat National », la LADDH a
une fois de plus l'occasion de montrer le contraire. Elle refuse
systématiquement toute amnistie qui sera accordée aux membres des
groupes armés avant que justice ne soit faite. Elle s'oppose à une «
solution sécuritaire » qui ne « ramènera pas la paix ». « La preuve,
affirme Me Ali Yahia Abdennour, la concorde civile de 1999 et la
grâce amnistiante qui l'a suivie en janvier 2000 n'ont pas apporté
la paix ». Citant un décompte de presse, il fait état de 850 à 1200
morts depuis cette date. Nous sommes, en effet, loin des milliers de
morts par an durant les années 93 à 98, mais le fait est que les
tueries continuent. C'est ce que Ali Yahia Abdennour appelle « gérer
le nombre de morts comme de simples statistiques ».La démonstration
a de quoi convaincre, d'autant plus que 5 ans après la concorde
civile, l'Etat éprouve le besoin de relancer une telle démarche sans
pour autant y apporter des modifications pour éviter les erreurs du
passé. La plus importante parmi ces erreurs, c'est l'opacité qui a
entouré les « comités de probation » ainsi que le nombre exact des
membres des groupes armés qui en ont bénéficié et leurs affiliations
(AIS, GIA.). La gestion de la concorde civile a, donc, de quoi
donner à réfléchir sur les véritables intentions derrière la Charte
proposée au référendum du 29 septembre.
Globalement, la position de la LADDH reste très attachée au principe
de la vérité et de la justice. Elle n'écarte pas le recours à une
amnistie générale, mais pas avant l'accomplissement de ces étapes.La
vérité d'abord sur les assassinats et les attentats commis par les
groupes armés. Chaque postulant à l'amnistie (si la charte n'évoque
pas clairement le recours à cette mesure, ses dispositions ne s'en
écartent pas beaucoup) doit nécessairement être jugé et doit
également dire la vérité sur les crimes qu'il a commis, pense-t-on à
la LADDH.
Concernant l'autre volet de la crise, et à la différence des autres
position est plutôt proche de celle du FFS), la LADDH insiste
également sur la responsabilité des services de sécurité dans
les disparitions et la torture. Complètement élaguée par le texte de
la charte, le dossier des disparus est parmi les dossiers clés de la
Ligue qui considère, en réponse à Me Ksentini, que « l'Etat est
responsable et coupable ». Pour Me Ali Yahia, il est impensable que
des milliers de
disparitions aient eu lieu sans l'on soit informé en haut lieu. «
Les commanditaires de ces actes, dit-il, sont au plus haut niveau de
la hiérarchie du pouvoir ».
De manière générale, la LADDH est très critique sur le rôle joué par
les différents corps des services de sécurité depuis le début de la
crise en 1992. Son président reproche à Bouteflika de ne pas avoir
pris en compte ce volet. « Un gendarme, un policier ou un militaire
a le droit de vous dire "au nom de la loi je vous arrête", mais il
n'a pas le droit de vous tuer ou de vous torturer », répond Me Ali
Yahia à la démarche présidentielle qui fait fit d'une réalité que
même des personnalités anti-islamistes ont eu à dénoncer
publiquement. C'est le cas de Me Miloud Brahimi qui avait affirmé
(lors d'une précédente rencontre au Forum du quotidien El Moudjahid)
que la torture était devenue « systématique » durant les années de
crise.
Qui
va répondre de ces graves atteintes aux droits de l'homme, si le
premier magistrat du pays considère qu'il n'y a pas eu d'atteintes
et que tout s'est déroule dans le strict respect de la loi de la
république ?
C'est en ce sens qu'un des avocats membres de la LADDH considère que
le projet de la charte « n'écarte du champ du pardon qu'une partie
des crimes contre l'humanité » comme les massacres, les assassinats
collectifs et les viols, mais il ne souffle mot sur d'autres crimes
comme la torture et les disparition forcées.
Cet avocat rappelle, à ce titre, que la possibilité existe pour les
victimes de déposer plainte contre des membres des services de
sécurité accusés de torture ou de disparition, dans des pays
signataires comme l'Algérie de la convention internationale contre
la torture. Sur ce même registre de la torture Me Ali Yahia martèle
: « Pourquoi nier la pratique de la torture pour un pouvoir qui en a
déjà fait l'usage en 1988 ». A ce titre, il rappelle au président de
la république qu'il a été, au lendemain des événements d'octobre
1988, co-signataire avec 17 autres personnalités d'une déclaration
dans laquelle il s'était élevé contre la torture pratiquée pendant
et après ses événements sanglants, et a demandé « le châtiment
exemplaire de ces auteurs ». Le président de la Ligue s'étonne, par
conséquent, « du silence envers ces mêmes atteintes aux droits de
l'homme ».
Une campagne sans débat
Et ce n'est pas la manière avec laquelle se déroule la campagne
référendaire qui diminuera de la pertinence des critiques et des
craintes exprimées à l'endroit de la charte. La campagne étant
quasiment interdite aux opposants du projet, laisse penser que ses
promoteurs ont peur de l'avis contraire.« Nous ne sommes pas contre
la paix mais il faut créer les conditions favorables », affirme Me
Ali Yahia. Pour lui, il y a certains préalables à assurer. Le plus
important reste « la levée de l'état d'urgence » que la LADDH
revendique depuis plus de deux ans, et « le respect des libertés
d'association, de réunion, et d'expression » avec comme corollaire
«l'ouverture des médias publics au débat public ».Ce n'est qu'après
la réalisation de tous ces préalables qu'interviendra l'étape de la
« conférence nationale pour la paix » (une idée partagée avec le FFS
et le PT) qui doit être, selon Me Ali Yahia Abdennour, « ouverte à
tout le monde ». Entendre par là, la participation d'une des
principales partie de la crise, à savoir les dirigeants du FIS.
Mais les craintes de la LADDH s'inscrivent plus dans l'après
référendum du 29 septembre. Pour Me Hocine Zehouane, vice-président
de la Ligue, « on nous dira "stop et fin, vous n'avez plus le droit
de parler des crimes commis en Algérie, ni de réclamer justice, à
partir du moment où le peuple a tranché ». Une éventualité à ne pas
écarter.
Abdelkader Djalil
Haut
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