Semaine du 21 au 27 septembre 2005

 

Référendum du 29 septembre

Silencieuse dissension

Rentrée scolaire

Les syndicats mécontents

Le FLN dans ses œuvres.  (2° partie)

La réconciliation nationale vue par la LADDH
« Pas de pardon sans vérité et justice »

 

 
 
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Référendum du 29 septembre

Silencieuse dissension

Pour le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem, la machine d’Etat est lancée, et rien ne l’arrêtera avant qu’elle n’ait bouleversé les « grands équilibres nationaux ». Elle poursuivrait sur  sa vitesse acquise son œuvre de terrassement, réduisant en un seul effort soutenu ce qui reste d’obstacles placés en travers du chemin du président Bouteflika, dont on sait qu’il est tendu vers un troisième mandat autant dire depuis l’instant où il a assuré sa réélection, ce qui a dû remonter plus loin que le 8 avril. Le représentant personnel du Président n’a pas en effet caché aux élus de son parti, réunis jeudi dernier, que sitôt la charte pour la paix et la réconciliation approuvée par le peuple, ce qui ne fait à ses yeux pas l’ombre d’un doute, il faudra s’attaquer  à une autre question essentielle, qui est la nature du régime, d’après lui restée imprécise de l’indépendance à ce jour. Ce qui, chacun en conviendra, constitue une effarante singularité du pays. Et qui ne peut plus durer. Entre le régime présidentiel et le régime parlementaire, il ne convient plus de balancer, l’hésitation du pays n’ayant que trop duré.

Ainsi parle un protagoniste de premier plan de la scène politique (du moins aussi longtemps qu’il n’est pas frappé de disgrâce, comme il semble que ce soit dès maintenant le cas de cet autre personnage important au sein des institutions : le président de  l’Assemblée, Amar saïdani), qui a pour particularité d’être enclin à prendre des allures d’homme d’Etat, pour dire à ses cadres, qui n’accepteraient sans doute qu’avec beaucoup de réticence de se définir pour leur part comme ses subordonnés, que l’heure est venue pour eux de se faire à l’idée que le président Bouteflika restera en poste au-delà de 2009, et qu’il est vain de chercher à s’y opposer. A vrai dire, le représentant personnel n’a d’autre fonction que celle-ci : avoir raison des dernières résistances qui se manifestent, à l’occasion, dans les rangs de son parti, le FLN, contre cette perspective, et qui risquent, si elles ne sont traitées à temps, c’est-à-dire dès maintenant, de raviver la crise provoquée par la dernière élection présidentielle, qui a failli faire éclater le parti, ou bien le faire condamner à la relégation au musée de l’Histoire.

Car, en effet, la question se pose de savoir pourquoi A. Belkhadem a réuni les élus du FLN à deux semaines d’une échéance qui ne concerne pas directement la classe politique. Avait-il besoin à ce point de mobiliser ses troupes en faveur du projet présidentiel, comme si leur soutien n’allait pas de soi, ou qu’elles ne montraient pas un grand enthousiasme pendant cette campagne, et au risque de faire douter de leur détermination dans le cas présent, et, plus grave encore, de donner à penser en haut lieu que non seulement elles manquent de bonne volonté, mais qu’elles travaillent secrètement au rejet par le peuple de la charte pour la paix et la réconciliation ? Il ne viendrait pas, par exemple, à l’idée du chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, de faire le même aveu de faiblesse, celui-ci serait-il mieux maquillé en démonstration de force, à une encablure d’une consultation d’un grand intérêt non pour son parti, mais pour le Président lui-même, ce qui immanquablement paraîtrait à ce dernier comme une tentative de rattraper un retard dans la mobilisation, ce qui est déjà en soi une négligence grave, si toutefois il ne l’interprétait pas comme une réaction en catastrophe destinée à mettre le holà à des agissements d’une teneur encore moins avouable.

Veut-on une preuve que tout le monde ne tend pas vers le même objectif au sein du FLN ? Et que la crise qui a failli l’emporter est loin d’être surmontée ? Il n’y a pas à chercher très loin, il suffit de s’en tenir à ce qui s’est passé à cette réunion des élus, convoquée d’ailleurs de façon impromptue, comme en urgence, comme s’il s’agissait d’inverser le cours naturel  d’une tendance plutôt marquée et assez contraire aux vœux du secrétaire général et des ses proches au sein de la direction. Pendant tout le temps où A. Belkhadem expliquait à l’auditoire que le sort en était jeté, qu’il fallait en venir immédiatement après le référendum à la révision constitutionnelle- euphémisme limpide pour dire que le président Bouteflika n’est pas près de lâcher le morceau, qu’il est, en homme prévoyant, déjà partant pour un troisième mandat, à peine entamé le deuxième - et qu’étant donné que le FLN était sa monture, sinon la seule du moins sa préférée, celui-ci est tout disposé à la ménager, pendant tout ce développement pour initiés, les élus  scandaient une seule et même chose : houkouma, houkouma ! Or, s’il est une chose qui n’est pas du ressort du secrétaire général du parti majoritaire, serait-il majoritaire au point de pouvoir gouverner tout seul, comme c’est justement le cas, c’est d’attribuer la chefferie du gouvernement, ou de la faire attribuer, vu que c’est là une prérogative du président de la République, au FLN, à qui elle est censée revenir de droit, du moins au point de vue de ses militants. On ne comprendra rien à ce malentendu entre le secrétaire général et ses troupes, si l’on ne se rappelle pas d’une chose, c’est qu’il est déjà arrivé au premier d’expliquer ce qui distingue un régime parlementaire d’un régime présidentiel. Dans le premier, a-t-il dit, le poste de chef du gouvernement revient de droit au parti majoritaire, donc au FLN en l'occurrence, et dans le second, le chef de l’Etat y appelle qui bon lui semble, ce qui est précisément le cas. Logiquement donc, A. Belkhadem devrait conclure, en droit fil des prémisses qu’il s’est données, que le régime algérien est tout à fait défini, et qu’il est on ne peut plus présidentiel. Or, comme on le sait, tel n’est pas le sentiment de A. Bouteflika, qui le trouve malgré cela  pas assez présidentiel- encore qu’il n’ait jamais pris le temps d’exposer devant les Algériens ses vues constitutionnelles, de sorte qu’on attend toujours son discours de Bayeux, pour ainsi dire. Car à voir comment son représentant personnel s’embrouille dans ce dossier, il y a urgence à ce qu’il intervienne en personne et éclaire une bonne fois pour toutes l’opinion nationale sur les amendements qu’il compte introduire dans la Constitution. Retenons  pour le moment qu’une divergence existe au sein du FLN, qu’elle relève de la cassure qui l’a affecté dans la phase antérieure, laquelle n’est de toute évidence pas surmontée, et que la direction de ce parti craint qu’elle soit d’un effet négatif le jour de la consultation.

Il n’ y a pourtant pas que le FLN qui donne le sentiment d’être entré dans une dissidence silencieuse, dans quelque chose qui ressemble à de la résistance passive, et qui risque de faire défection sinon totalement, du moins dans une proportion appréciable, le 29 septembre. Il y aussi le RND, dont rien ne dit que ses militants, ses adhérents, et ses sympathisants suivront massivement la consigne de vote de leur direction. Le plus probable est qu’ils s’abstiendront de voter, et ce sera en ce qui les concerne principalement pour des raisons politiques. Ils ne doivent pas croire un mot de ce que leur raconte leur secrétaire général, qu’ils auraient évincés d’ailleurs depuis longtemps si cela ne dépendait que d’eux. Et si A. Ouyahia tente dès maintenant de faire endosser au FLN la responsabilité d’une forte abstention, c’est parce qu’il sait bien que l’accusation peut lui être retournée, pour des motifs certes différents, mais en fin de compte tout aussi convaincants que ceux auxquels il commence à faire allusion dans ses discours de campagne en défaveur du FLN. Quand il parle d’une campagne sourde menée à l’intérieur des appareils de l’Etat, entre autres par des présidents d’APC et des fonctionnaires, c’est évidemment vers le FLN qu’il veut orienter les soupçons. La réponse de ce dernier ne s’est pas fait attendre, la réunion de ses élus jeudi dernier ayant fourni à A. Belkhadem l’occasion à la fois d'appeler ses troupes à la discipline et d’apporter le démenti aux allégations à peine enrobées du RND.

M. Habili  

 

Rentrée scolaire

Les syndicats mécontents

Si la rentrée s'est passée sans encombre pour les sept millions d'élèves qui ont repris le chemin de l'école, il n'en va pas de même pour les syndicats autonomes de l'éducation et la Fédération nationale des parents d'élèves, qui crient haut et fort leur refus de voir le ministère de l'Education prendre des décisions sans penser à les consulter.

En effet, la contestation risque de s'envenimer et de prendre des proportions alarmantes. Les syndicats autonomes de l'éducation – le Syndicat national des travailleurs de l'éducation (SNTE), l'Union nationale des professionnels de l'éducation et de la formation (UNPEF), le CNAPEST et le Conseil des lycées d'Alger (CLA) – se préparent à une lutte syndicale serrée. Ils n'attendent pour cela que le référendum du 29 septembre soit passé pour faire enfin front commun contre ce qu'ils appellent "la déliquescence généralisée qui a touché l'encadrement, tous paliers confondus". Une allusion aux quatorze proviseurs de lycée suspendus de leurs fonctions par le ministère de l'Education, qui a motivé cette décision par les mauvais résultats enregistrés dans les établissements qu'ils dirigeaient. Cette décision est qualifiée d'injuste par l'UNPEF, qui croient dur comme fer qu'à chaque rentrée scolaire, la tutelle agit de même en provoquant le corps des enseignants et les élèves eux-mêmes et ce, en créant à chaque fois de nouveaux problèmes qui perturbent pour un temps l'école algérienne.

Pour le président du SNTE, la rentrée scolaire, cette année, sera encore plus mouvementée que par le passé. Si on prend en compte tous les désordres qui règnent dans le secteur de l'éducation, à commencer par la session du 20 septembre pour l'examen d'entrée en 1re année moyenne (7e AF), qui est considéré par le président du SNTE comme "suicidaire" pour des élèves qui auront des difficultés à assurer leur passage de la 7e à la 8e année fondamentale.

Le CLA n'est pas en reste et prend part à cette lutte en faisant d'ores et déjà savoir le rejet des enseignants de la décision du ministère de l'Education qui vise à supprimer les travaux pratiques. Une décision qui, affirment les enseignants, aura un effet négatif sur la compréhension des cours, surtout que les travaux dirigés se font dans des classes qui regroupent un nombre réduit d'élèves et sont donc mieux assimilés. Cette décision aura aussi pour effet de réduire le nombre des enseignants, et peut-être même leur mutation dans d'autres lycées, ce qui n'est pas sans conséquence sur eux.

Le CLA s'insurge aussi sur la décision prise, à la veille de la rentrée scolaire, d'ajouter une heure de cours d'histoire et d'en supprimer une de physique.

Les enseignants des sciences islamiques profitent, pour leur part, de toute cette agitation, pour signifier leur refus de réduire le volume horaire destiné à l'enseignement de leur matière, ce qui est, affirme le coordinateur de ce mouvement, en totale contradiction avec le Conseil des ministres où il était question de renforcer l'enseignement de l'éducation religieuse. La coordination des enseignants des sciences islamiques attend que la date du référendum soit passée pour reprendre son mouvement de protestation à travers le territoire national.

La Fédération nationale des parents d'élèves compte se battre sur un autre volet : celui du livre scolaire. En effet, la décision du ministère de mettre fin à la location de livres n'était pas du tout au goût des parents, qui se retrouvent contraints de payer des notes astronomiques. C'est ce qui a sans doute provoqué la décision de réunir un conseil national avant la fin du mois en cours, afin de prendre les décisions à même d'obliger le ministère à revoir cette formule, ou alors essayer d'imaginer des formules pour aider les parents qui croulent sous le poids des dépenses trop élevées de la rentrée scolaire.

Le secrétaire général de la Fédération nationale des parents d'élèves estime que les parents sont vraiment choqués par cette décision, surtout quand on sait que le Conseil du gouvernement a établi, l'année passée, un budget de 550 milliards de centimes pour l'impression du livre scolaire et sa distribution à tous les élèves, y compris ceux dont les familles sont nécessiteuses.

Pour cette année, les parents ont du débourser des sommes importantes pour que leurs enfants puissent disposer des manuels scolaires. Pour un élève du cycle élémentaire, le prix des livres scolaires varie entre 1 000 et 1 500 DA, disent les parents ; ce qui n'est pas rien. Mais il faut savoir que les manuels pour un élève de 1re année secondaire, série sciences naturelles, coûtent 2 200 DA, et ceux d'un élève de 3e année secondaire coûtent 3 000 DA.

La nouveauté pour cette rentrée scolaire, mis à part toutes les protestations et les revendications qui s'élèvent çà et là, c'est incontestablement l'officialisation des écoles privées. En effet, sur 300 écoles privées, 54 ont ouvert leurs portes en même temps que les écoles publiques. Les écoles privées sont astreintes désormais à obtenir une autorisation du ministère de l'Education à dispenser leur enseignement en langue arabe dans toutes les disciplines et à tous les niveaux, à harmoniser leurs programmes avec les écoles publiques, et à respecter la périodicité des vacances. Les écoles privées qui ne répondent pas aux dispositions de l'ordonnance n° 05-07 du 23 août 2005, qui régit les établissements privés d'éducation, se voient retirer leur agrément, ce qui est nouveau aussi pour cette rentrée scolaire, c'est le sort réservé à ceux qui oseraient défier l'Etat et ouvrir leurs établissements sans autorisation. Pour ces récalcitrants, il est prévu une peine d'emprisonnement de six à douze mois et une amende pouvant atteindre 500 000 dinars.

La nouveauté dans l'enseignement public, cette année, se situe au niveau de l'enseignement secondaire et technologique où, à partir de la première année secondaire, l'élève se retrouve dans une classe de tronc commun, qui est soit lettres qui découle sur deux filières langues étrangères et lettres-philosophie), soit dans une classe de sciences et technologie qui comporte quatre filières : mathématiques, sciences expérimentales, gestion économie et la filière techniques mathématiques qui offre quatre options (génie électrique, génie civil, génie mécanique et génie des procédés).

Khadidja Mohamed Bouziane

 

Le FLN dans ses œuvres.                            (2° partie)

Dans la première partie de cette étude, nous avons essayé de retracer le parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir que  par lui seul et pour toujours et qui après en avoir été éjecté a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir leur courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à  commettre la faute…

Les hommes du FLN dans l’ANP

Chargé du protocole durant les premières années de la présidence  de Chadli Bendjedid, Mouloud Hamrouche aura eu tout le temps nécessaire pour gagner sa confiance et se rendre absolument indispensable de deux façons distinctes. D’abord en déployant une énergie et un savoir faire indéniable en matière d’organisation et de gestion des ressources humaines, ce que sait faire à peu prés tout commandant de la sécurité militaire qui se respecte, et ensuite en présentant le profil du gendre idéal porteur  de surcroît d’un discours réformiste qui sonne avantageusement aux oreilles d’un Président qui cache mal ses penchants libéraux, pour ne pas dire libertaires. Profitant du manque d’expérience de Chadli Bendjedid  en matière de  politique, ce qui est tout à fait compréhensible pour un colonel de l’ANP ancien officier de l’ALN qui ne s’est jamais spécialement intéressé à cela, Hamrouche réussira progressivement à  s’imposer comme l’alter ego   de Larbi Belkheir à la Présidence de la République dans le cadre de la traditionnelle division des tâches, instaurée, elle aussi depuis les premiers jours de l’indépendance, entre un chef de cabinet plutôt proche de l’orbite française et un secrétaire général, plutôt proche des intérêts anglo-américains. Hamrouche présentant cette fois l’immense avantage d’être proche des deux centres d’influence par son ancrage dans la social-démocratie qui était au pouvoir dans la plupart des Etats de la planète à ce moment-là, puisque même les USA et l’Angleterre étaient à l’orée des années 90, grosses d’une arrivée au pouvoir de régimes sociaux-démocrates. Parfaitement en phase avec le parti socialiste français et espagnol, il saura tirer également profit des liens qu’il a tissé en Angleterre où il a soutenu un magistère en sciences politique portant sur la technique du coup d’Etat.  Chadli verra en cet homme providentiel le moyen de se libérer de la tutelle encombrante de Larbi Belkheir qui risquait par finir de le faire passer pour un parfait hizb frança, ce qu’il n’a jamais été même si beaucoup de membres de sa belle famille traînaient cette réputation pas toujours surfaite. Cependant par delà les liens et affinités au plan international, inévitables en ces eaux là, Hamrouche était lui aussi un pur produit de la maison FLN, présentant comme son mentor et prédécesseur la caractéristique de ne pas avoir automatiquement la gueule de l’emploi. Ne répugnant pas à parler ouverture, réforme et indépendance (de la presse et de la magistrature) il laissera comprendre à qui voulait bien se bercer d’illusion, qu’il était démocrate, libéral et libre penseur.  Un profil qui ne trompera pas que Chadli Bendjedid d’ailleurs, puisqu’il réussira à mettre dans sa poche, avec le concours discret mais efficace de la presse française de gauche et de la presse britannique, une bonne partie des intellectuels et hommes politiques algériens, de gauche comme de droite, laïcs et islamistes confondus.  Le FLN était en train de réussir avec Mouloud Hamrouche, l’une de ses plus belles réussites de contrôle du pouvoir après celle effectuée avec brio pendant prés de dix ans par Larbi Belkheir. Le seul problème étant la présence de Kashi Merbah dans les rouages du pouvoir. Une présence qui contribuait fortement à faire de l’ombre aux deux hommes lige (militaires) du FLN, car il était tout l’inverse des deux autres, c’est à dire plutôt l’homme de l’ANP dans le FLN. Une position qu’il ne réussira évidemment pas à garder bien longtemps, puisqu’il sera contraint plus tard  à quitter l’ancien parti unique pour monter son propre parti politique, le MAJD. Une organisation qui servira plutôt de lieu de recyclage des anciens officiers de la SM et accessoirement de courroie de transmission des orientations de la haute hiérarchie militaire au sein de  la classe politique algérienne. Ce qui expliquerait en tout cas son assassinat en 1993 par les terroristes désireux de réduire le rôle et l’influence de l’armée sur la scène politique à un moment où il n’était guère possible pour elle, de faire autrement en l’absence d’institutions civiles solides.

Seulement il faut bien admettre que les militaires avaient fini par acquérir une sérieuse expérience en matière de double jeu exercé par certains de leurs collègues  et ne tenaient pas du tout à revivre avec Hamrouche ce qu’ils étaient encore en train de vivre  avec Larbi Belkheir . Aussi profitèrent-ils de la première incartade sérieuse du premier pour lui faire subir le 4 juin 1991,  le sort qui attendait le second quelques mois plus tard. Et il est d’ailleurs assez significatif que les deux aient été éjectés des circuits officiels quasiment en même temps que le parti auquel ils appartenaient et appartiennent toujours tous deux.. Une éjection  qui prendra presque une année pour être totalement effective, puisqu’elle s’étalera de janvier 1992, date de la démission de Chadli Bendjedid et mise sur pied du HCE au départ de Sid Ahmed Ghozali en août 1993. Il est d’ailleurs symptomatique que le lendemain de la nomination de Belaid Abdessalem, -qui n’a jamais fait mystère de ses profonds désaccords avec le FLN-, à la tête du gouvernement, Kasdi Merbah soit exécuté avec une rare cruauté en plein jour au beau milieu d’un cortège de véhicules de protection.à la proche périphérie de la capitale.

Le fait est que de ce moment,  l’ancien parti unique allait quitter complètement et pour plus de sept longues années, de 1992 à 1999, les travées du pouvoir, entièrement occupées alors par l’ANP et de nouveaux acteurs politiques, tels que le RND, le MSP et Enahda. Une période durant laquelle la violence terroriste se déchaîna d’une façon absolument hallucinante, en une politique de la terre brûlée qui n’ira pas sans rappeler la folie destructrice des anciens maîtres de l’Algérie au moment de leur départ du palais du gouvernement. Nous parlons, vous l’aurez compris de l’OAS en 1962, bien sûr.

Seulement, si la France est bien vite revenue par la fenêtre après être sortie par la porte, le FLN, lui, subira un implacable exil intérieur qui ne prendra fin qu’avec le départ précipité de Liamine Zeroual sur fond d’une campagne de presse menée des deux côtés de la Méditerranée par les nostalgiques d’un retour aux anciennes allégeances. L’équipe  qui lui succédera au pouvoir sera alors l’artisan opiniâtre et persévérant d’une remontée en surface qui s’effectuera sur fond d’ambiguïtés et d’équivoques servies par une maîtrise   sans égal de l’art de dire une chose et de faire son exact contraire. Ali Benflis ne sera pas le dernier à prouver une maestria hors pair dans ce périlleux exercice, mais restera tout de même loin derrière son prestigieux maître à penser qui finira d’ailleurs rapidement par reprendre un poste qui lui appartient quasiment de droit divin. Et il faudra d’ailleurs toute cette somme de roublardise à la Présidence de la République pour tromper un haut commandement militaire qui pensait sans trop y croire que le FLN avait fini par comprendre la leçon et qu’il accepterait dans son propre intérêt de jouer le jeu de la collégialité si ce n’est celui de la démocratie. C’était évidemment compter sans l’instinct hégémonique d’un parti qui ne peut exister au pouvoir que seul et de façon éternelle.

(Suite au prochain numéro)

Abderrahmane Mahmoudi

 

 

 

La réconciliation nationale vue par la LADDH
« Pas de pardon sans vérité et justice »

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH) ne veut pas d'une demi réconciliation. Elle ne veut pas que l'on donne l'illusion au peuple algérien que la crise qu'il a vécue depuis 1992 sera définitivement close au lendemain du référendum du 29 septembre 2005. Pour les responsables de la LADDH, il ne saurait y avoir de réconciliation ni d'amnistie sans justice et vérité. C'est, d'ailleurs, la principale différence entre le refus la Ligue avec celui exprimé par le RCD, le MDS et d'autres.
Interrogez Me Ali Yahia Abdennour sur la portée et l'intérêt de la « Charte pour la paix et la réconciliation », et il vous répondra systématiquement : « elle ne règlera rien ». Quant au référendum : « il ne fera que donner plus de pouvoir à un pouvoir qui en a déjà trop ».
Souvent accusée de « faire le jeux des terroristes », en particulier depuis 1995 date de la signature du « Contrat National », la LADDH a une fois de plus l'occasion de montrer le contraire. Elle refuse systématiquement toute amnistie qui sera accordée aux membres des groupes armés avant que justice ne soit faite. Elle s'oppose à une « solution sécuritaire » qui ne « ramènera pas la paix ». « La preuve, affirme Me Ali Yahia Abdennour, la concorde civile de 1999 et la grâce amnistiante qui l'a suivie en janvier 2000 n'ont pas apporté la paix ». Citant un décompte de presse, il fait état de 850 à 1200 morts depuis cette date. Nous sommes, en effet, loin des milliers de morts par an durant les années 93 à 98, mais le fait est que les tueries continuent. C'est ce que Ali Yahia Abdennour appelle « gérer le nombre de morts comme de simples statistiques ».La démonstration a de quoi convaincre, d'autant plus que 5 ans après la concorde civile, l'Etat éprouve le besoin de relancer une telle démarche sans pour autant y apporter des modifications pour éviter les erreurs du passé. La plus importante parmi ces erreurs, c'est l'opacité qui a entouré les « comités de probation » ainsi que le nombre exact des membres des groupes armés qui en ont bénéficié et leurs affiliations (AIS, GIA.). La gestion de la concorde civile a, donc, de quoi donner à réfléchir sur les véritables intentions derrière la Charte proposée au référendum du 29 septembre.
Globalement, la position de la LADDH reste très attachée au principe de la vérité et de la justice. Elle n'écarte pas le recours à une amnistie générale, mais pas avant l'accomplissement de ces étapes.La vérité d'abord sur les assassinats et les attentats commis par les groupes armés. Chaque postulant à l'amnistie (si la charte n'évoque pas clairement le recours à cette mesure, ses dispositions ne s'en écartent pas beaucoup) doit nécessairement être jugé et doit également dire la vérité sur les crimes qu'il a commis, pense-t-on à la LADDH.
Concernant l'autre volet de la crise, et à la différence des autres position est plutôt proche de celle du FFS), la LADDH insiste également sur la responsabilité des services de sécurité dans
les disparitions et la torture. Complètement élaguée par le texte de la charte, le dossier des disparus est parmi les dossiers clés de la Ligue qui considère, en réponse à Me Ksentini, que « l'Etat est responsable et coupable ». Pour Me Ali Yahia, il est impensable que des milliers de
disparitions aient eu lieu sans l'on soit informé en haut lieu. « Les commanditaires de ces actes, dit-il, sont au plus haut niveau de la hiérarchie du pouvoir ».
De manière générale, la LADDH est très critique sur le rôle joué par les différents corps des services de sécurité depuis le début de la crise en 1992. Son président reproche à Bouteflika de ne pas avoir pris en compte ce volet. « Un gendarme, un policier ou un militaire a le droit de vous dire "au nom de la loi je vous arrête", mais il n'a pas le droit de vous tuer ou de vous torturer », répond Me Ali Yahia à la démarche présidentielle qui fait fit d'une réalité que même des personnalités anti-islamistes ont eu à dénoncer publiquement. C'est le cas de Me Miloud Brahimi qui avait affirmé (lors d'une précédente rencontre au Forum du quotidien El Moudjahid) que la torture était devenue « systématique » durant les années de crise.

Qui va répondre de ces graves atteintes aux droits de l'homme, si le premier magistrat du pays considère qu'il n'y a pas eu d'atteintes et que tout s'est déroule dans le strict respect de la loi de la république ?
C'est en ce sens qu'un des avocats membres de la LADDH considère que le projet de la charte « n'écarte du champ du pardon qu'une partie des crimes contre l'humanité » comme les massacres, les assassinats collectifs et les viols, mais il ne souffle mot sur d'autres crimes comme la torture et les disparition forcées.
Cet avocat rappelle, à ce titre, que la possibilité existe pour les victimes de déposer plainte contre des membres des services de sécurité accusés de torture ou de disparition, dans des pays signataires comme l'Algérie de la convention internationale contre la torture. Sur ce même registre de la torture Me Ali Yahia martèle : « Pourquoi nier la pratique de la torture pour un pouvoir qui en a déjà fait l'usage en 1988 ». A ce titre, il rappelle au président de la république qu'il a été, au lendemain des événements d'octobre 1988, co-signataire avec 17 autres personnalités d'une déclaration dans laquelle il s'était élevé contre la torture pratiquée pendant et après ses événements sanglants, et a demandé « le châtiment exemplaire de ces auteurs ». Le président de la Ligue s'étonne, par conséquent, « du silence envers ces mêmes atteintes aux droits de l'homme ».
Une campagne sans débat
Et ce n'est pas la manière avec laquelle se déroule la campagne référendaire qui diminuera de la pertinence des critiques et des craintes exprimées à l'endroit de la charte. La campagne étant quasiment interdite aux opposants du projet, laisse penser que ses promoteurs ont peur de l'avis contraire.« Nous ne sommes pas contre la paix mais il faut créer les conditions favorables », affirme Me Ali Yahia. Pour lui, il y a certains préalables à assurer. Le plus important reste « la levée de l'état d'urgence » que la LADDH revendique depuis plus de deux ans, et « le respect des libertés d'association, de réunion, et d'expression » avec comme corollaire «l'ouverture des médias publics au débat public ».Ce n'est qu'après la réalisation de tous ces préalables qu'interviendra l'étape de la « conférence nationale pour la paix » (une idée partagée avec le FFS et le PT) qui doit être, selon Me Ali Yahia Abdennour, « ouverte à tout le monde ». Entendre par là, la participation d'une des principales partie de la crise, à savoir les dirigeants du FIS.
Mais les craintes de la LADDH s'inscrivent plus dans l'après référendum du 29 septembre. Pour Me Hocine Zehouane, vice-président de la Ligue, « on nous dira "stop et fin, vous n'avez plus le droit de parler des crimes commis en Algérie, ni de réclamer justice, à partir du moment où le peuple a tranché ». Une éventualité à ne pas écarter.

Abdelkader Djalil

 

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