Semaine du  21 au 27 juin 2006

Civilisation

C'est en le musulman que se trouve le secret tout entier

Entretien avec Mustapha Cherif*

« La liberté d'expression un merveilleux acquis »

 

 
 
 Culture  

Accueil

Civilisation

C'est en le musulman que se trouve le secret tout entier

Une crise sans précèdent menace les relations entre le monde musulman et l'Occident. Cette grave dissonance s'inscrit, de l'avis même de Mustapha Cherif, dans la crise générale des valeurs d'une époque lourdement ébranlée par des visées hégémoniques où la négation de l'autre occupe une place de choix. Pour sortir de la crise, du spectre du choc des civilisations brandi ça et  mettre fin à l'ignorance, en somme pour apprendre à vivre ensemble, il convient, et c'est toujours la même source qui souligne, de répondre à la question suivante : Aujourd'hui que peuvent apporter l'un à l'autre le monde musulman et l'Occident? Question de l'heure, en ce que les discours dominants, de l'autre côté de la rive, soutiennent que les religions, en général et l'Islam, en particulier, se situent aux antipodes de la modernité, intolérantes et rétrogrades qu'elles seraient. Bien plus, l'Islam est injustement présenté par quelques esprits chagrins comme un danger planétaire. Des idées clés et un raccourci régulièrement rappelés au bon souvenir des uns et des autres  par l'ancien ministre de l'Enseignement Supérieur  à l'occasion des conférences qu'il aura données récemment à l'Institut du Monde Arabe à Paris comme à l'Institut d'Interprétariat de  l'Université d'Alger. S'inspirant le plus souvent de la démarche de Mohieddîne Ibn Arabî, surtout lorsque le grand maître soufi souligne - Ô toi qui cherches le chemin qui conduit au secret, reviens sur tes pas, car c'est en toi que se trouve le secret tout entier -   le professeur Mustapha Cherif rejette avec force et détermination la logique d'un prétendu choc.  Pour lui rien n'est moins sûr car, dès le 8 ème siècle, l'Islam a su intégrer sa pensée dans une perspective de mondialisation. La pensée et l'œuvre d'Ibn Rochd dans l'histoire de la pensée humaine ne peuvent que le confirmer. L'expérience du grand savant andalou, son savoir encyclopédique, son appartenance à la culture arabe islamique en ont fait le grand interprète de son temps. Il a su en même temps faire de ces spécificités les bases d'une réflexion universelle qui a duré longtemps et qui est loin d'avoir été épuisée. 

Le Coran, le Fikh et les sciences les plus enracinées dans la culture arabo-islamique de l'époque ont été l'objet de sa part de contributions originales, fécondes et essentielles. Sa connaissance approfondie et unique de la pensée antique, grecque, alexandrine, latine, syriaque et persane, est-il souligné dans plusieurs écrits, l'a conduit à une maîtrise quasi totale de la pensée humaine de l'époque. L'esprit d'analyse s'appuie chez lui fortement et utilement sur l'esprit de synthèse. En sorte que le passage de la culture andalouse spécifique à l'universalité de la pensée se fait chez lui, font remarquer de nombreux chercheurs, avec une telle aisance et un tel bonheur que l'on reste confondu de constater comment un savoir encyclopédique de cette ampleur ait pu donner chez lui lieu à une synthèse aussi large. En s'appuyant sur l'héritage laissé par Ibn Rochd et Ibn Khaldoun, l'approche du professeur Mustapha Cherif a le mérite d'être judicieuse à bien des égards tant elle suscite un intérêt particulier dans les milieux concernés par les questions civilisationnelles. A commencer par le mensuel français Le Monde diplomatique qui, dans son édition du mois de juin de l'année en cours, a consacré une intéressante analyse au dernier ouvrage de l'ancien ministre de l'Enseignement Supérieur L'Islam tolérant ou intolérant. Paru chez les éditions Odile Jacob, cet ouvrage met expressément l'accent sur les dangers d'une mondialisation conçue pour asseoir la négation du musulman et le fait avéré que ses idéologues néo conservateurs, de Bernard Lewis à Samuel Huntington, veulent à tout pris dépersonnaliser le musulman par son occidentalisation pour mieux l'assujettir à leurs propres visions des choses. Pour Le Monde diplomatique, l'auteur a su mettre en exergue trois dangers immédiats susceptibles d'être engendrés, quand ils ne le sont pas profondément déjà, par cette monstruosité au demeurant plus politique que religieuse : le terrorisme des faibles, savamment orchestré comme ces curieuses attaques en Irak contre les mosquées et les musulmans chiites ; la violence disproportionnée des puissances occidentales et des Etats contre les populations ; et celui, dilué, subtil et insidieux, du « laisser mourir », de l'exploitation, du pillage, des inégalités paupérisantes : «  Il faut rechercher une alternative à ce système faustien, horizon sans monde et monde sans horizon. Elle est dans la poursuite de l'harmonisation de la logique de la raison avec les questions du sens, en particulier autour des thèmes de la liberté et de la résistance positive. »  

La logique d'un prétendu choc                                  

A l'Institut du Monde Arabe, l'orateur n'a pas caché son indignation s'agissant de la culture de l'oubli imposée au monde musulman par ceux-là mêmes qui tentent désespérément de dédouaner et de justifier les crimes sionistes en Palestine, coalisés en Afghanistan, en Irak et bientôt en Somalie : «  L'oubli que nos fondements sont judéo-islamo-chrétiens et gréco-arabes et que notre devenir est commun, est préoccupant. D'un autre côté, des discours critiques, en rive Sud et dans le reste du monde, disent que la logique de l'Occident actuel est déshumanisante, hégémonique et destructrice. Les revendications des peuples, de la Palestine à l'Irak, relèvent du politique, face aux agressions et à l'occupation. La logique d'un prétendu choc, les politiques de l'exclusion et de la répression  sont en train de gagner du terrain, comme diversion aux problèmes politiques et économiques. La stigmatisation et les surenchères préparent de sombres lendemains. L'islamophobie s'accompagne de religiophobie. Heureusement que des forces créatrices résistent de l'intérieur de l'Occident. Celles de la recherche d'une altermondialisation, celles des défenseurs de la Nature et de l'environnement, celles attachées à l'exercice heureux de la pensée, sans concessions à la raison calculante. Des forces soucieuses de justice et de sens existent en rive Nord. Au Sud, le refus légitime de l'occidentalisation s'accompagne de la crainte de l'exercice de la raison sans conditions. Les musulmans, en général, résistent fortement, intérieurement, en profondeur  et par bon sens, en fidélité aux orientations du Coran. Ils refusent la déspiritualisation de la vie, autant que les injustices. Mais leurs bases commencent aussi à être ébranlées.  Ils résistent et prétendent même être porteur actuellement d'un renouveau. Cependant, le bon sens et une référence religieuse  singulière, s'ils sont vitaux, suffisent –ils ?  » Le socle de l'humanité, la nature humaine, la spiritualité, l'existence telle que vécue depuis des millénaires, et l'aptitude à résorber le multiculturel sont remis en cause par le dogmatisme et l'unilatéralisme, martèle l'orateur qui n'omettra pas de préciser que   contrairement au terrorisme des puissants et aux effets de la mondialisation du Marché sauvage, de la loi du plus fort, une sorte de fascisme libéral  qui déshumanise, le terrorisme des faibles, cet extrémisme politico-religieux, malgré ses dégâts, n'est pas capable de changer le cours de l'Histoire.  A contrario de ce que veut faire croire la propagande dominante qui exploite les difficultés du monde musulman contemporain, la singularité de l'Islam, son humanisme et l'originalité de sa spiritualité pourraient être bénéfiques, si le dialogue reprenait ses droits, notamment autour d'une vraie réflexion autour des enseignements du Coran que ses détracteurs par trop zélés ne prennent : «  Un certain monde moderne, amnésique, désenchanté, semble comme une terre aride qui ne veut pas de la pluie. En procédant de la sorte l'Occident ne fait que marginaliser la spiritualité, le droit à la différence et la justice. En d'autres termes et contrairement aux règles élémentaires de l'idéal démocratique, il ne fait que renvoyer aux calendes grecques le dialogue fécond auquel aspirent les forces éprises de paix et de justice dans une région qui fut le berceau de toutes les religions . » Les griefs de l'orateur ne sont pas pour autant à sens unique : « Un certain monde musulman, crispé, semble comme un corps malade qui ne veut pas de médicaments. Il marginalise les possibilités de la culture élaborée, l'efficacité et la démocratie. Pourtant, pour le monde musulman comme pour l'Occident, on ne peut pas vivre sans interconnaissance, sans accueil de l'autre et sans horizon devant soi. Il nous faut apprendre à discerner. Notamment entre les systèmes dominants injustes et les peuples, les forces et les acquis majeur de l'Occident, capables de  contribuer à l'émancipation. Discerner entre un certain pouvoir américain et l'Europe. Le Maghreb de l'ouverture et l'Europe du Droit peuvent ensemble faire face aux dérives  et autres incertitudes, d'où quelles viennent, du Machrek à l'Atlantique. L'Histoire montre que l'on peut vivre ensemble. S'imaginer que l'on peut seul relever les défis est illusion. De plus, nos minorités respectives, chrétiennes en terre d'islam et musulmanes en terre d'Occident, ont besoin d'apaisement, d'espérance et de considération. Leur présence prouve que tout n'est pas perdu.  Elles continuent de croire en l'autre, malgré les difficultés . » Comme Mohieddîne Ibn Arabî, Mustapha Cherif donne l'impression de lancer une historique invitation au dialogue et à  la tolérance : « Mon cœur est devenu apte à recevoir tous les êtres. 

Seul le renforcement de l'idéal démocratique

L'authenticité et la modernité est le titre générique de la conférence donnée à l'invitation de l'Institut d'Interprétariat de l'Université d'Alger. Reprenant les grands thèmes qui lui sont particulièrement chers, Mustapha Cherif a mis l'accent, une fois n'est pas coutume, sur le rôle historique de l'intellectuel musulman. A un moment où le monde qui nous entoure semble particulièrement impitoyable.  Le débat a porté donc sur le rôle de l'élite et de sa démarche d'ensemble pour jeter les bases de nouveaux horizons. Des perspectives susceptibles de favoriser une large autant que consciente mobilisation autour de la réalisation concrète des nobles idéaux en relation avec le projet de société nous tenant à cœur.  Pour parvenir à ce stade suprême de la raison il convient, soutiendra-t-il, de renforcer l'idéal démocratique en commençant d'abord par une autocritique salutaire en mesure de clarifier sereinement la problématique à l'honneur: «  Pour sérier les problèmes pluriels auxquels est confrontée la société musulmane, il nous faut apprendre à penser de manière objective et sereine. A fortiori lorsque nous avons présent à l'esprit que le repli sur soi est loin d'être la solution idoine, une sortie de crise. Il constitue, bien au contraire, un terrain de prédilection pour le développement   des mouvements intégristes et l'instrumentalisation de la religiosité. De la même manière, nous devons rester insensibles voire hermétiques aux chants de sirènes occidentales qui, en mettant   en avant l'idée que la conception européocentriste est la seule alternative pour la  mise à mort du sous-développement et l'accession  au progrès, ne font que nourrir une autre forme d'intégrisme. Cette attitude est celle de l'imitation servile et aliénée. Sous le poids des pressions irriguées insidieusement par les pouvoirs européens en place, de nombreux intellectuels modernistes renient leurs origines et abordent les valeurs ancestrales avec un regard réducteur, simplificateur et scientiste. Ils sont invités sur tous les plateaux de télévisions pour proférer des accusations et des contre vérités, afin de préserver leur fonds de commerce.  En d'autres termes. Mustapha Cherif invite la communauté musulmane à prendre conscience de sa réalité objective et de ses énormes possibilités de s'en sortir Il nous faut garder raison et dignité, et pratiquer la critique de nos dérives et de nos contradictions, a-t-il affirmé, sans avoir besoin de jeter le bébé avec l'eau du bain. «  Critiquer, déconstruire ce n'est pas se transformer en imposteur intellectuel ou en agent de propagande au service  des forces dominantes. Ces chercheurs fourvoient l'Occident. Ce dernier a besoin qu'on lui dise la vérité, c'est à dire lui traduire ce qui touche les gens de partout, le spirituel authentique, et leurs aspirations au progrès et à la justice. Leur refus de la dépersonnalisation prônée par de pseudo modernistes comme celui de l'enfermement préconisé par les forces intégristes . » 

Riche et animé à bien des égards, le débat fut marqué par une soif de savoir et d'apprendre. Mustapha Cherif a repondu avec clarté et passion aux nombreuses questions. Apprendre à dialoguer, à reconnaître que l'autre a aussi une part de vérité, vivre ensemble dans la reconnaissance du droit à la différence, telles étaient les idées forces du penseur. Des idées du reste amplement développées dans son dernier livre, paru aux éditions Odile Jacob, écrit en réponse à la propagande fumeuse  du choc des civilisations et où il analyse en profondeur la question de la tolérance réciproque et l'alternative qu'elle propose pour l'émergence d'un monde meilleur.

Abdelhakim Meziani

Haut

 

Entretien avec Mustapha Cherif*

« La liberté d'expression un merveilleux acquis »

L'ancien ministre de l'Enseignement Supérieur n'est pas un intellectuel comme les autres. Pour défendre sa foi en Dieu et en l'être humain, il n'hésite pas à reprendre son bâton de pèlerin pour sillonner le monde et rétablir la vérité. Dans l'entretien qu'il a bien voulu nous accorder, il fait part de ses préoccupations mais aussi de ses espoirs en l'homme, en les capacités du monde musulman d'initier une remise en cause salutaire.

 

Les Débats : Dans une de vos nombreuses déclarations et interventions rapportées par la presse, qu'elle soit nationale ou internationale, vous n'aviez pas manqué, s'agissant de l'affaire des caricatures, de mettre l'accent sur les dangers qui menaçaient les peuples musulmans. Vous aviez même fait état d'une nouvelle forme d'agression psychologique, de propagande, fondée sur la provocation…

Mustapha Cherif : L'affaire des caricatures danoises, en soi vulgaire, et les surenchères et  théories fumeuses des tenants du choc des civilisations, des deux cotés,  en sont le reflet.  Le sentiment légitime de réprobation, s'il verse dans la violence n'est pas pour autant la solution ; il ne va pas sans s'embourber dans un piège savamment orchestré. Alors que le sentiment d'indignation peut s'exprimer pacifiquement au niveau de l'opinion internationale et  des instances professionnelles et juridiques à l'effet de circonscrire la haine distillée tel un venin par   les ennemis de la paix et de la religion. En d'autres termes, il fallait à tout prix démontrer aux Européens et au monde entier que ces caricatures, grotesques à bien des égards, n'avaient rien à voir avec la liberté d'expression qui est un merveilleux acquis dont peut s'enorgueillir l'humanité entière. 

 LD : Vous aviez même parlé, sans pour autant que les pays européens où vous étiez allés porter la contradiction n'en soient offusqués, d'islamophobie. Est-il possible de connaître les raisons à l'origine d'une prise de position particulièrement sentencieuse ?

MC : L'amalgame entre Islam et terrorisme à l'honneur dans ces pays ne peut que susciter une telle attitude. A plus forte raison lorsque ce même amalgame en arrive jusqu'à viser la référence fondatrice, pourtant au cœur de la conviction de tant  de peuples. Que dire alors lorsque de nombreux titres européens auront poussé l'outrecuidance, au nom semble-t-il d'une solidarité corporatiste et d'une lutte contre l'intégrisme religieux, jusqu'à reprendre à leur actif les mêmes caricatures blasphématoires. N'est-ce pas de l'islamophobie lorsque ces mêmes médias irriguent par leur haine une campagne outrancière autant que mensongère contre les croyances ?

 LD : Comment jugez-vous la réaction de la presse nationale contre cette campagne menée insidieusement contre l'Islam et les musulmans ?

MC : L'attitude de la presse nationale a été ce qu'il y a de plus honorable. Tous les titres et tous les médias, sans exception aucune, ont été à la hauteur de l'événement. Fidèle en cela à ses positions courageuses contre le terrorisme intégriste, elle n'a pas manqué, en effet , de stigmatiser cette nouvelle forme de terrorisme, intégriste à bien des égards, imposée au monde musulmans par quelques nostalgiques des croisades. Fort heureusement, et cette même presse s'en est faite l'écho, des prises de   position objectives de certaines personnalités du monde occidental ont été fortement appréciées par les peuples agressés. Particulièrement celles du Pape, des présidents Jacques Chirac et Bill Clinton qui, en dénonçant cette dérive, n'ont pas manqué de démontrer que ladite dérive relève plus d'un acte délibéré de stigmatisation, avec intention de nuire, que d'un de problème de figuration du sacré, sujet que l'on peut discuter, encore moins d'humour, thème que l'on peut admettre.

 

LD : Mais cette façon de procéder de certains milieux nostalgiques ne date pourtant pas d'aujourd'hui. Est-ce la goutte qui aura fait déborder un vase musulman jusque-là troué ?

MC : Certes, il  y a eu d'autres affaires d'injures, de pratiques des deux poids et deux mesures, d'attaques par le passé, à l'encontre de nos valeurs. Mais cette campagne est la goutte qui a fait débordé le vase, le symbole des symboles d'une frange de l'humanité que certains esprits chagrins vouent aux gémonies quand ils n'affublent pas de crimes.  Sous couvert de la liberté d'expression, noble valeur trahie et travestie, certains s'inventent de nouveaux ennemis, acte de diversion s'il en est, sur le dos  de symboles qui les dépassent. La haine est vouée à l'échec. Tout comme est  vouée à l'échec la tentative de récupération de la légitime indignation populaire par la violence aveugle,  par ceux-là  mêmes qui, hier , défiguraient l'image de l'Islam par leurs pratiques inhumaines, commises au nom de la religion . Tout cela est  condamnable. En d'autres termes, nous sommes en présence là d'un acte répréhensible qui n'est pas sans fâcheuse conséquence : le dopage  de l'intégrisme, le rejet du modèle moderne européen des libertés, et l'installation d'une crise  entre les deux rives de la Méditerranée.

 

LD : Que faire en pareille cacophonie qui profite plus aux extrémismes qu'aux velléités de dialogues initiées çà et là ?

MC : Il nous faut prendre attache  avec les forces qui, de par le monde,  s'opposent à l'amalgame, à la mondialisation du vulgaire,  du sectarisme et de la perversion des libertés, mais aussi à l'instrumentalisation de la religion. Résistons à l'aide de moyens civilisés, légitimes et pacifiques.  En premier lieu, par la prise de parole  de manière réfléchie, le dialogue avec  les forces soucieuses de droit, d'équité et de paix. S'agissant des médias qui, par la force du mensonge, de l'insulte et de la propagande de choc, tentent   de brouiller les cartes pour mieux masquer les  dérives de l'ordre mondial, il est aisé de dire que le piège se refermera sur eux,  si bien sûr nous savons résister en profondeur, en  coordination avec d'autres mouvements. Leurs attaques répétées et leur théorie du choc ont pour visée d'empêcher toute jonction, toute coordination, tout lien entre nous et les forces, de par   le monde attachées au droit,  au droit à la différence, à la justice, en somme aux valeurs universelles de la démocratie. Notre culture de la résistance, nos références fondatrices, ouvertes sur la marche du temps, notre histoire fondée sur le principe cardinal de la dignité, notre attachement à un sens de la vie qui ne démissionne pas facilement face aux chants des sirènes, ou face aux pressions, et notre position géopolitique, nos richesses, par delà nos faiblesse bien connues, font de nous des dissidents, que l'on redoute. Ou des réfractaires, au model dominant, qu'il faut, disent-ils ,  isoler. Même si nous sommes agressés, de plus en plus,  par la propagande islamophobe  et que nous subissons  les contradictions du désordre mondial doublement, une fois comme les autres peuples et une deuxième fois, en tant que musulman, pour les prétextes invoqués. Il ne faut pas s'enfermer dans le sentiment de la victime éplorée  et de la communauté assiégée.

LD : Ne pensez-vous pas que les capacités du monde musulman s'émoussent chaque jour davantage à l'instigation de contradiction secondaires et que le mal est plutôt en nous ?

M.C : Nos contradictions internes donnent de l'eau au moulin des ennemis de la paix et du rapprochement entre les peuples. Premièrement, l'intégrisme religieux,  qui se situe aux antipodes de l'Islam,  a fait des dégâts immenses en pratiquant le terrorisme, sous prétexte de s'opposer au terrorisme des puissances   impérialistes et  sionistes.  L'intégrisme parle au nom de l'Islam, c'est une usurpation, une escroquerie qui fait le jeu des  racistes et néo-colonialistes qui l'ont souvent favorisés et manipulés. Deuxièmement, les régimes arabes , par delà leur caractère  hétérogène, et des efforts pour certains, comme notre pays, de se reformer,  sont archaïques. Ils donnent une image négative de notre réalité. Troisièmement, le courant  arabe dit « moderniste », dont la ligne générale consiste à s'opposer systématiquement aux forces rétrogrades, ne représente pas réellement le peuple pourtant acquis à l'authenticité et à la modernité.  Certaines de ses composantes semblent plus préoccupées par le mimétisme et l'alignement aveugle sur l'Occident que par  une réalité concrète.

LD : De quoi a besoin concrètement la société musulmane ?

MC : L'Islam a besoin de vrais réformateurs, d'intellectuels critiques, de vrais combattants de la liberté respectueux de la foi des autres.

* M. Mustapha CHERIF Universitaire et Ecrivain

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche