Semaine du  21 au 27 juin 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

La stratégie du RND

 

 
 
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La stratégie du RND

La plupart des  observateurs sont aujourd’hui complètement désorientés par le comportement pour le moins intrigant du RND à la suite de la démission de leur secrétaire général de la chefferie du gouvernement.  Une démission assimilée par tout le monde à un limogeage en bonne et due forme, au vu de la férocité de la campagne de dénigrement du FLN qui était allé jusqu’à menacer de voter une motion de défiance contre Ahmed Ouyahia au cas où il aurait l’outrecuidance de se présenter à l’APN pour lire sa déclaration de politique générale. Une campagne et des menaces qui se sont également heurtées au mutisme assez dérangeant du chef de l’Etat qui n’a pas levé le petit doigt pour mettre à l’abri son chef du gouvernement. Rien donc qui puisse expliquer que le patron du RND continue à soutenir avec autant de ferveur le programme d’un Président avec lequel il ne s’entend apparemment plus. Peut-on en effet être en désaccord avec son supérieur au point de le quitter et continuer à défendre ses idées ? La démarche paraît pour le moins assez inhabituelle, si ce n’est totalement originale. Sauf si nous sortons du domaine des apparences pour aller vers celui des stratégies à long terme. Et pour cela il faut donc sonder les quatre parties en présence, que sont le FLN, le Président de la République, le RND et le MSP et voir quels sont leurs plans en prévision de deux événements décisifs à venir, les élections législatives de 2007 et l’élection présidentielle de 2009.  Nous commencerons donc par le FLN qui a décidé de jouer la vitesse et l’effronterie en jetant tout son poids dans la bataille d’une révision de la Constitution qu’il essaye d’imposer à la nation tout entière en usant de tous les moyens qu’il pense être à sa disposition. L’enjeu en vaut évidemment la chandelle puisque si cette révision qu’il a taillé à sa mesure était réellement adoptée, il contrôlerait alors pratiquement  toutes les institutions du pays sauf l’armée, qu’il entend par ailleurs réduire à des tâches quasiment de garde-champêtre. Il compte pour ce faire sur le fait qu’il reste effectivement la seule force politique encore présente sur le terrain après l’usure de toutes les autres formations politiques, y compris le RND et qu’il est le seul à pouvoir l’emporter à n’importe quelle consultation électorale qui se présenterait dans les trois ans à venir. Surtout qu’il a réussi à faire jonction avec la totalité des anciennes figures du Fis dissous qui lui apporteront aide et assistance en cas de besoin. Aussi était-il vital pour le FLN d’éliminer Ahmed Ouyahia de son chemin pour mener à bien son entreprise révisionniste, grâce notamment à sa mainmise sur l’APN et réaliser le coup d’Etat institutionnel qui lui permettra de bouleverser en sa faveur les « équilibres nationaux » établis au lendemain de la victoire sur le terrorisme  et sur les tenants du contrat de Rome. Pour ce qui est du RND, le calcul est évidemment tout autre, puisque son contrôle de la chefferie du gouvernement ne lui apporte en réalité aucun dividende politique sérieux, bien au contraire. L’ébullition du front social, embrasé de surcroît par la demande démagogique du FLN d’une hausse volontariste des salaires, ne pouvant que se répercuter négativement sur le Rassemblement national démocratique qui subit de plein fouet les effets de la politique rigoriste appliquée par son chef. D’un autre côté l’opposition de ce dernier à une quelconque révision de la Constitution, étant de nature à le mettre en porte à faux avec les visées réelles ou supposées du Président de la République, il devenait clair que le mieux pour Ouyahia était de quitter un poste à problème et totalement improductif pour se consacrer à une tâche beaucoup plus urgente qui est celle de redonner au parti une puissance de mobilisation qu’il a totalement perdu au cours de ces huit dernières années, essentiellement depuis le départ de Liamine Zeroual. Sans programme clair, sans cadres expérimentés, sans communication offensive  et surtout sans chef  à plein temps, il ne fait aucun doute que le RND ne pouvait que péricliter face à la longue expérience du terrain et des appareils d’un FLN plus motivé que jamais par la reconquête totale du pouvoir. Le départ de Ouyahia de son poste gouvernemental devenait alors une urgence vitale pour le RND qui aurait été bien en peine d’affronter les prochaines échéances électorales avec un secrétaire général accusé de tous les maux de la terre par ses propres alliés politiques au sein de l’Alliance et confronté au silence énigmatique du chef de l’Etat. Pour ce qui est du MSP, les choses sont quant à elles, tout autres. Ayant perdu depuis longtemps tout espoir de fonder une dawla islamya en Algérie, ni même de nous faire entrer dans la oumma du même nom, son seul objectif est de jouer sur les contradictions du pouvoir pour s’y maintenir le plus longtemps possible. Se vendant au plus offrant, il joue tantôt le FLN contre le RND, tantôt l’inverse, au gré de ce qui lui est offert comme perspectives d’avenir. Il marchera ainsi dans l’éviction de Ouyahia, pour aussitôt se rendre compte qu’il venait de se faire flouer par l’ancien parti unique qui au lieu de respecter ses propres engagements d’avoir un chef du gouvernement neutre, saute  sur le poste aussitôt qu’il lui est proposé. Ce jeu de balancier auquel s’adonne le MSP, qui n’influe que modérément sur les luttes politiques véritables à cependant la capacité de brouiller un paysage politique déjà suffisamment opaque comme cela et de retarder des décantation nécessaires.

Reste à présent le Président Abdelaziz Bouteflika qui est avant tout un homme de pouvoir au sens noble du terme, c'est-à-dire qu’il est l’incarnation la plus exacte possible des équilibres nationaux qui le déterminent. Ni de gauche, ne de droite, ni islamiste ni laïc, ni conservateur ni moderniste, il est avant tout le commandant de bord d’un gros porteur qui se fixe pour seul objectif  de faire arriver son appareil à bon port avec tous ses occupants sains et saufs. Il se doit donc d’éviter les perturbations atmosphériques de toute nature, il se doit également de n’aller ni trop vite ni trop lentement  et surtout de ne pas se substituer à la météo pour décréter s’il fait beau ou mauvais temps. En pilote aguerri il se contentera de tenir compte de toutes les données en sa possession, pour remplir au mieux sa tâche. Ce qui explique que face à la poussée putschiste du FLN et devant le peu de résistance du RND il a tout naturellement laissé les choses se faire en permettant aux deux partis de continuer leur petit bonhomme de chemin pacifiquement, plutôt que d’intervenir de façon trop volontariste et provoquer une tension qui peut se révéler lourde de conséquences. Aussi n’est-il guère étonnant alors que Ahmed Ouyahia continue à apporter son soutien au programme du Président de la République ainsi que Belkhadem et Soltani d’ailleurs.

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