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La stratégie du RND
La plupart des
observateurs sont aujourd’hui complètement désorientés par le
comportement pour le moins intrigant du RND à la suite de la
démission de leur secrétaire général de la chefferie du
gouvernement. Une démission assimilée par tout le monde à un
limogeage en bonne et due forme, au vu de la férocité de la campagne
de dénigrement du FLN qui était allé jusqu’à menacer de voter une
motion de défiance contre Ahmed Ouyahia au cas où il aurait
l’outrecuidance de se présenter à l’APN pour lire sa déclaration de
politique générale. Une campagne et des menaces qui se sont
également heurtées au mutisme assez dérangeant du chef de l’Etat qui
n’a pas levé le petit doigt pour mettre à l’abri son chef du
gouvernement. Rien donc qui puisse expliquer que le patron du RND
continue à soutenir avec autant de ferveur le programme d’un
Président avec lequel il ne s’entend apparemment plus. Peut-on en
effet être en désaccord avec son supérieur au point de le quitter et
continuer à défendre ses idées ? La démarche paraît pour le moins
assez inhabituelle, si ce n’est totalement originale. Sauf si nous
sortons du domaine des apparences pour aller vers celui des
stratégies à long terme. Et pour cela il faut donc sonder les quatre
parties en présence, que sont le FLN, le Président de la République,
le RND et le MSP et voir quels sont leurs plans en prévision de deux
événements décisifs à venir, les élections législatives de 2007 et
l’élection présidentielle de 2009. Nous commencerons donc par le
FLN qui a décidé de jouer la vitesse et l’effronterie en jetant tout
son poids dans la bataille d’une révision de la Constitution qu’il
essaye d’imposer à la nation tout entière en usant de tous les
moyens qu’il pense être à sa disposition. L’enjeu en vaut évidemment
la chandelle puisque si cette révision qu’il a taillé à sa mesure
était réellement adoptée, il contrôlerait alors pratiquement toutes
les institutions du pays sauf l’armée, qu’il entend par ailleurs
réduire à des tâches quasiment de garde-champêtre. Il compte pour ce
faire sur le fait qu’il reste effectivement la seule force politique
encore présente sur le terrain après l’usure de toutes les autres
formations politiques, y compris le RND et qu’il est le seul à
pouvoir l’emporter à n’importe quelle consultation électorale qui se
présenterait dans les trois ans à venir. Surtout qu’il a réussi à
faire jonction avec la totalité des anciennes figures du Fis dissous
qui lui apporteront aide et assistance en cas de besoin. Aussi
était-il vital pour le FLN d’éliminer Ahmed Ouyahia de son chemin
pour mener à bien son entreprise révisionniste, grâce notamment à sa
mainmise sur l’APN et réaliser le coup d’Etat institutionnel qui lui
permettra de bouleverser en sa faveur les « équilibres nationaux »
établis au lendemain de la victoire sur le terrorisme et sur les
tenants du contrat de Rome. Pour ce qui est du RND, le calcul est
évidemment tout autre, puisque son contrôle de la chefferie du
gouvernement ne lui apporte en réalité aucun dividende politique
sérieux, bien au contraire. L’ébullition du front social, embrasé de
surcroît par la demande démagogique du FLN d’une hausse volontariste
des salaires, ne pouvant que se répercuter négativement sur le
Rassemblement national démocratique qui subit de plein fouet les
effets de la politique rigoriste appliquée par son chef. D’un autre
côté l’opposition de ce dernier à une quelconque révision de la
Constitution, étant de nature à le mettre en porte à faux avec les
visées réelles ou supposées du Président de la République, il
devenait clair que le mieux pour Ouyahia était de quitter un poste à
problème et totalement improductif pour se consacrer à une tâche
beaucoup plus urgente qui est celle de redonner au parti une
puissance de mobilisation qu’il a totalement perdu au cours de ces
huit dernières années, essentiellement depuis le départ de Liamine
Zeroual. Sans programme clair, sans cadres expérimentés, sans
communication offensive et surtout sans chef à plein temps, il ne
fait aucun doute que le RND ne pouvait que péricliter face à la
longue expérience du terrain et des appareils d’un FLN plus motivé
que jamais par la reconquête totale du pouvoir. Le départ de Ouyahia
de son poste gouvernemental devenait alors une urgence vitale pour
le RND qui aurait été bien en peine d’affronter les prochaines
échéances électorales avec un secrétaire général accusé de tous les
maux de la terre par ses propres alliés politiques au sein de
l’Alliance et confronté au silence énigmatique du chef de l’Etat.
Pour ce qui est du MSP, les choses sont quant à elles, tout autres.
Ayant perdu depuis longtemps tout espoir de fonder une dawla islamya
en Algérie, ni même de nous faire entrer dans la oumma du même nom,
son seul objectif est de jouer sur les contradictions du pouvoir
pour s’y maintenir le plus longtemps possible. Se vendant au plus
offrant, il joue tantôt le FLN contre le RND, tantôt l’inverse, au
gré de ce qui lui est offert comme perspectives d’avenir. Il
marchera ainsi dans l’éviction de Ouyahia, pour aussitôt se rendre
compte qu’il venait de se faire flouer par l’ancien parti unique qui
au lieu de respecter ses propres engagements d’avoir un chef du
gouvernement neutre, saute sur le poste aussitôt qu’il lui est
proposé. Ce jeu de balancier auquel s’adonne le MSP, qui n’influe
que modérément sur les luttes politiques véritables à cependant la
capacité de brouiller un paysage politique déjà suffisamment opaque
comme cela et de retarder des décantation nécessaires.
Reste à présent le
Président Abdelaziz Bouteflika qui est avant tout un homme de
pouvoir au sens noble du terme, c'est-à-dire qu’il est l’incarnation
la plus exacte possible des équilibres nationaux qui le déterminent.
Ni de gauche, ne de droite, ni islamiste ni laïc, ni conservateur ni
moderniste, il est avant tout le commandant de bord d’un gros
porteur qui se fixe pour seul objectif de faire arriver son
appareil à bon port avec tous ses occupants sains et saufs. Il se
doit donc d’éviter les perturbations atmosphériques de toute nature,
il se doit également de n’aller ni trop vite ni trop lentement et
surtout de ne pas se substituer à la météo pour décréter s’il fait
beau ou mauvais temps. En pilote aguerri il se contentera de tenir
compte de toutes les données en sa possession, pour remplir au mieux
sa tâche. Ce qui explique que face à la poussée putschiste du FLN et
devant le peu de résistance du RND il a tout naturellement laissé
les choses se faire en permettant aux deux partis de continuer leur
petit bonhomme de chemin pacifiquement, plutôt que d’intervenir de
façon trop volontariste et provoquer une tension qui peut se révéler
lourde de conséquences. Aussi n’est-il guère étonnant alors que
Ahmed Ouyahia continue à apporter son soutien au programme du
Président de la République ainsi que Belkhadem et Soltani
d’ailleurs.
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