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La maladie de Boumediene
Histoire d’un
secret d’Etat
Houari Boumediene
de son vrai nom Mohamed Ben Brahim Boukharouba, au-delà d’avoir
inscrit dans l’histoire son nom de guerre aura laissé cette étrange
sentiment de non dit sur sa maladie et sa mort qui persiste depuis
27 ans. Un aspect symptomatique d’une période riche en réalisation
mais que la culture du secret a complètement soustrait à
l’appropriation des algériens.
De quoi est mort
le président Boumediène ? Comme si le mystère n’était pas
suffisamment épais. Il a fallu que le nom de sa maladie soit si
compliqué qu’on ne puisse le retenir que si on est un habitué du
vocabulaire médical. Syndrome de Waldenström (1), une rare maladie
du sang du nom imprononçable du médecin suédois qui la découverte et
qui a posé lui-même le diagnostique en se déplaçant au chevet du
président Boumediène. Le second président algérien qui avait marqué
pour une longue période son passage à la tête de l’état algérien
s’est éteint officiellement le 27 décembre 1978 à l'âge de 46 ans
après 9 jours de coma profond.
Mais ce que l’on
sait aujourd’hui et que les témoins de l’époque racontent sans trop
insister est passé pour un véritable secret d’Etat, laissant dans
l’opinion le fâcheux sentiment que l’on a voulu éloigner le
président du peuple, le même peuple qui a suivi dans un mouvement de
foule indescriptible le cortège funèbre le jour de l’enterrement.
L’hospitalisation
même du président Boumediene avait été entourée d’un secret
extraordinaire tendant même à faire croire que le président
effectuait un invraisemblable « voyage de travail et d’amitié » de
six semaines à Moscou. Il est vrai que l’ancienne union soviétique
avait pris l’habitude de maintenir en vie des premiers secrétaires
de parti le plus longtemps possible. La série des Brejnev, Andropov
et Tchernenko confirmait que la médecine soviétique était capable de
réaliser de miracles. Un miracle dont ne bénéficiera pas le
président Boumediene même si à l’époque le magazine Afrique Asie
s’évertuait à présenter une image en noir et blanc du président
Boumediene en compagnie de chefs d’Etats africains. Dans un pays où
il ne se passait pas un jour sans que l’on montre les images du
président inaugurant, discourant, se réunissant donnat des
directives, un voyage de six semaines à l’étranger était couvert de
manière assez peu habituelle (2).
Le président
Boumediene avait commencé à présenter les premiers symptômes de sa
maladie en septembre 1978. Les premiers examens à Alger, passés sous
silences seront suivis de l’hospitalisation prolongée en ex URSS.
Ce sera la presse
occidentale, essentiellement française qui commencera à évoquer
d’abord l’absence de l’image du président algérien avant de parler
de la maladie du président Boumediene que confirmera à l’AFP le
ministre des Affaires étrangères de l’époque Abdelaziz Bouteflika.
Est-ce que pour autant les dirigeants du monde ignoraient que le
président algérien était souffrant? Certainement pas et les
relations internationales de l’Algérie particulièrement denses et
dynamiques de cette période glorieuse ont été gérés avec cette
donnée durant un long moment. Les seuls à qui on s’évertuait de
cacher la maladie de leur président ce sont les algériens. Une fois
connue la maladie, l’information devenait subitement source
d’inquiétude et de vœux de bonne santé officiels émanant de toutes
les Kasma et sections des organisations de masse de l’époque, comme
si le président était tombé malade du jour au lendemain.
Au-delà du coup
d’Etat du 19 juin 1965, la réduction des tensions intérieurs nées de
la guerre de libération, la récupération par l’Algérie de Mers El
Kebir en 1967 (avant terme selon les accords d’Evian en fait), la
mise en place d’un plan de développement ambitieux, la
nationalisation des hydrocarbures, les actions des l’Algérie dans le
cadre des non alignés ou de l’OPEP, ce qui reste de Boumediene c’est
cette propension à cultiver le secret autour d’une personne que
finalement tout le monde semble connaître.
Amine Esseghir
1 - La maladie de
Waldenström est selon les encyclopédies médicales une prolifération
maligne de lymphocytes B aboutissant à des plasmocytes sécrétant un
anticorps particulier (immunoglobuline M monoclonale). Ses signes
symptomatiques sont une grande fatigue, souvent une importante
anémie, un amaigrissement, un aspect émacié, la présence de
ganglions, parfois un gros foie et une gosse rate.
La maladie est
détectée par des examens approfondis notamment le comptage des
globules rouges qui se présentent sont en rouleaux érythrocytaires,
une thrombopénie, une hyperlymphocytose discrète alors que la
vitesse de sédimentation est très élevée.
Le myélogramme
(analyse de la moelle osseuse au microscope) montre une moelle
envahie par les cellules lymphoïdes (lymphocytes et plasmocytes).
On a recours aussi
à l'électrophorèse (séparation de molécules chargées : protéines,
peptides, acides aminés, acides nucléiques et nucléotides) pour
mettre en évidence un pic étroit anormal. Mais Boumediene est
décédés en 1978 et a été examiné par le professeur suédois Jan
Walndenström, décédé en 1996, lui-même qui a posé le diagnostique.
Le même professeur de l’hôpital de Malmö qui avait décrit le premier
la maladie en 1944.
2 – Faut il
s’étonner aujourd’hui qu’on ne puisse illustrer la maladie du
président Boumediene par allusion, aucune photo officielle de cette
période n’existe ou bien est disponible publiquement. Par ailleurs,
certains témoins indiquent qu’à cette époque le président prenait
des notes sur un carnet. Que contenait ce carnet et qu’est-il
devenu ?
A. E.
27
décembre 1978 - 27 décembre 2005
Boumediène
est-il mort ?
La dernière chose
à faire pour aborder un sujet comme celui de Houari Boumediene
serait de verser dans le culte de la personnalité et, pire encore,
de tout faire pour abonder dans le sens contraire. Car par delà
l’homme, il y a une phase politique et sociale, jamais consensuelle,
certes, mais dont l’analyse est toujours à faire. Car du socialisme
totalitaire d’hier à la démocratisation balbutiante dans un
capitalisme en achèvement aujourd’hui, seules vingt cinq années nous
séparent, pas plus d’une génération en fait. Trop peu pour dire que
la page du «système Boumediene» est déjà complètement tournée.
Indéniablement, le
contexte de la prise du pouvoir par Houari Boumediene était celui de
la phase post-indépendance durant laquelle l’Algérie se
caractérisait par une lenteur patente de la construction de
l’édifice institutionnel de l’Etat. Cet handicap se juxtaposait à la
réalité d’un Etat aux frontières héritées du colonialisme, un
partage territorial injuste au regard des voisins de l’est et de
l’ouest (épisode de Bizerte avec la Tunisie en 1960 et en 1963 avec
la guerre des sables face au le Maroc de Hassan II, «rassembleur des
terres et des hommes») qui précipitait l’Etat algérien dans
l’urgence et l’exigence d’être suffisamment fort pour survivre en
tant que tel. De ce point de vue, il reste difficile de nier que le
coup d’Etat de 1965 peut paraître comme répondant à une nécessité
historique. Il s’est traduit par l’assise de l’hégémonie de l’armée
dans la décision politique dans les deux domaines intérieur et
extérieur avec le mobile en premier degré que la gestion antérieure
par Ahmed Ben Bella, à tout le moins dans l’esprit des auteurs du
putsch du 19 juin, était chaotique, voire velléitaire pour ce qui
est des grandes questions nationales, donc dangereuse.
Ouvrons une
parenthèse ici pour dire que les clivages insolubles qui minent
aujourd’hui les relations inter maghrébines n’étaient pas de la même
nature ni de la même gravité que dans la période post-indépendance
qui avait été le terreau d’une solidarité totale des peuples et des
dirigeants maghrébins. Historiquement, cependant, le Maroc et la
Tunisie ont eu de grandes dynasties qui, en dépit de périodes de
troubles et de révoltes, ont établi un pouvoir central fort. Cela
n’a pas été le cas de l’Algérie. Houari Boumediene qui a
manifestement voulu faire de l’Algérie l’Etat le plus puissant du
Maghreb, n’a eu de cesse de se montrer intransigeant sur la question
des frontières, considérant que les Algériens avaient « payé le prix
du sang » pour les défendre.
Mais par delà cet
aspect, la prise de pouvoir par Boumediene n’a pas moins
comporté plusieurs autres réalités, certains ont longtemps constitué
la molécule de base du système politique algérien, d’autres sont
encore en vigueur. La première et la plus évidente a trait au rôle
de l’armée dans gestion du pays.
On le sait, les
conditions de l’exercice du pouvoir liées au processus historique de
formation de l’État et l’absence d’une administration suffisante,
ont conduit l’armée à assumer plus ou moins directement les rênes du
pouvoir. Cette identification de l’armée au gouvernement a posé pour
l’avenir un problème de fond, celui lié au risque de contradiction
entre la fonction citoyenne, la mission d’ordre public et la gestion
du pouvoir. En Algérie, le rôle prépondérant de l’armée, son lien
consubstantiel à la nature de l’État est le fruit d’un processus
historique unique en son genre. Pendant la guerre de libération, le
résultat des confrontations entre l’ALN et l’armée française avait
tôt fait de placer, très probablement dès 1959, l’armée des
frontières en position de direction de la guerre de libération.
Cela, même si politiquement, la notoriété et la légitimité
appartenaient aux chefs historiques prisonniers et notamment à Ahmed
Ben Bella qui faisait figure de leader charismatique. C’est entre
ces chefs et ceux de l’armée dont Houari Boumediene notamment
qu’allait se jouer la bataille pour le pouvoir. Ce qui a permis à
Boumediene de la remporter a été son grand atout : si beaucoup
savent aujourd’hui qu’en 1962, l’armée était la seule force
organisée du pays et la seule administration capable de le
structurer dans l’attente de la production des nouvelles élites,
Boumediene, lui, a été le premier à le comprendre.
L’armée au cœur
du système
Ce même colonel
qui déposera Ben Bella a pris en charge la destinée de l’Algérie
nouvelle sous la direction plurielle du Conseil de la Révolution et
c’est sous sa direction que s’est opéré l’investissement par l’armée
de l’État et, dans une certaine mesure, de la société. Ce processus
s’est fait sur plusieurs modes. Idéologiquement, en fusionnant le
concept de militant et de militaire. Politiquement, en assurant la
réalité du pouvoir, tout en déléguant l’exercice du gouvernement au
parti unique. Certes, en apparence, l’armée n’a pas exercé
directement le pouvoir, mais est passé par le filtre de fiction du
parti unique.
Structurellement
enfin, en s’installant aux principaux leviers de commande de la
société civile et des entreprises nationales.
Mais l’armée, qui
avait placé toute sa confiance en Houari Boumediene dont il était le
chef incontesté, et surtout incontestable, pouvait-elle faire
autrement ? On ne peut nier que l’entrée des militaires en politique
tient à l’absence de bourgeoisie dominante, lui faisant assumer les
fonctions d’administration et de gestion de l’État en transition.
Car à défaut d’un passage du pouvoir vers une élite issue des
classes moyennes, l’armée ne pouvait que continuer à être l’unique
institution capable d’assurer la médiation entre l’État et ses
rouages. Pouvait-il en être autrement puisque les multiples
obstacles à la création d’une forte élite locale par la France en
Algérie a été la cause principale de l’implantation de l’armée dans
toutes les strates de l’administration et du pouvoir. Il n’est pas
utile d’aller plus loin dans les rappels historiques pour dire,
qu’au bout du compte, la nature du système politique qui a fondé le
socle du pouvoir de Boumediene recherchait la concrétisation d’une
équation simple : c’est le chef de l’armée qui est le chef de
l’Etat.
Cet objectif a été
atteint en deux temps. L’appui total au coup de force de l’été 1962
qui a été, on peut le dire avec du recul, un coup d’Etat du
présidentialisme incarné par Ahmed Ben Bella contre le
parlementarisme, illustré par la Constituante. La seconde phase,
datant du 19 juin 1965, survivra à Boumediene : en 1978, la logique
du système politique se manifestera au grand jour, et l’armée
affichera la réalité de son pouvoir en nommant directement comme son
successeur le colonel Chadli Benjedid, le plus ancien au plus grade,
pour être le troisième président de la République algérienne.
L’Algérie, voix
des pauvres
L’une des grandes
options stratégiques de Houari Boumediene a été d’avoir reconduit
puis renforcé l’orientation de l’appareil diplomatique algérien. En
1965, l’Algérie est un État récent, mais pourtant doté d’une
diplomatie aux fortes traditions. Sa stabilité politique ancrée par
un système totalitaire a permis la permanence aux affaires de la
génération des jeunes militants formés pendant la guerre de
libération nationale dans les rangs de l’ALN et du FLN et de l’UGEMA.
L’apport de Boumediene a été capital de n’avoir pas marqué de repli
dans ce domaine, ce qui aurait décidé tout à fait autrement pour des
générations de la place de l’Algérie dans le monde. Entendons nous
bien que le rôle international de l’Algérie a commencé dès 1954,
c’est-à-dire avant son indépendance. L’action diplomatique de
l’Algérie n’est pas une conséquence de l’existence de l’État
algérien : au contraire, c’est la diplomatie du FLN et le combat de
l’ALN qui ont provoqué l’indépendance de l’Algérie. On comprend bine
pourquoi de 1954 à nos jours, l’Algérie a fondé son action
internationale sur son appartenance à plusieurs cercles
géopolitique, par rapport auxquels elle se définit : le Maghreb, le
monde arabe, le monde musulman, l’Afrique, le Tiers monde. A travers
ses positions officielles, l’Algérie de Boumediene a tracé le sillon
d’un appel permanent à la solidarité et développe une politique qui
vise à libérer le Tiers monde de ses ennemis : le colonialisme, le
racisme, le sionisme, l’impérialisme (au sens politique et
économique) et à construire «un nouvel ordre économique
international favorable aux intérêts des nations prolétaires
exportatrices de sources d’énergie et de matières premières». Ainsi
l’Algérie ne défend pas seulement ses intérêts nationaux et ne
compte pas sur ses seules forces : elle veut mobiliser et rassembler
l’ensemble des forces des pays pauvres, dont elle reconnaît
éternellement sa dette envers plusieurs d’entre eux. L’Algérie sous
Boumediene se situait donc dans une vision du monde à logique
binaire, où la distinction fondamentale oppose les nations pauvres
aux nations riches. L’Algérie se présentait, en fait, comme le
porte-parole des petits contre les grands. Par de multiples
décisions, comme en soutenant à bout de bras les mouvements
nationaux de décolonisation ou en lançant l’idée du nouvel ordre
économique international, Boumediene a eu le mérite de préserver ce
qui marquait l’identité internationale de l’Algérie. Une tradition à
laquelle aucun chef d’Etat n’a voulu, su ou pu déroger, au risque de
confisquer aux un élément aussi capital relevant du mythe fondateur
de la nation algérienne elle-même. Mais en 1975, Boumediene aura
mesuré les limites des possibilités du pays, avec la guerre du
Sahara occidental, les difficultés de l’OPEP et l’échec du projet
d’un nouvel ordre économique international. C’était cela le prix du
litige permanent avec les voisins maghrébins avec lesquels un bloc
homogène était impossible, essentiellement pour les raisons évoquées
plus haut.
Nationaliste et
socialiste ?
Aujourd’hui, qui
oserait encore revendiquer Boumediene ? Cela ne reviendrait-il pas à
célébrer la dictature à l’heure du multipartisme ou le socialisme
spécifique dans un pays rythmé par l’économie de marché ? Et
pourtant, deux courants, au moins, paraissent les mieux indiqués
pour le faire : les «nationalistes» et la gauche, à qui, il nous
semble il a pratiquement beaucoup donné. On ne peut que le penser si
l’on énumère, pêle-mêle, le panarabisme, l’arabisation, la
valorisation permanente de Novembre pour les premiers et la
démocratisation de l’enseignement, la gratuité de la santé publique,
la recherche du plein emploi, les nationalisations pour la seconde.
Mais qui se souvent encore de Boumediene ?
Dans le premier
camp, la référence à Novembre est omniprésente, mais de toutes les
composantes du courant nationaliste, seules quelques anciennes
organisations de masse, telles que l’UNEA, tient encore et de façon
annuelle son colloque sur Houari Boumediene, versant par la force
des choses dans un folklore stérile et une absence de la critique
objective. L’abandon de la référence à Houari Boumediene est,
cependant, davantage perceptible dans le cadre des appareils de
l’ex-parti unique que dans les propos des individus qui en font
partie, surtout qui furent de la génération de l’époque. Il est vrai
que l’entreprise de déboumedienisation impulsée par Chadli Bendjedid,
à laquelle ont pris part de nombreux cadres qui ont compris le
bénéfice à tirer du retournement de veste exigé a fini par gommer de
l’imaginaire collectif tout regard par-dessus l’épaule. Mais, ce
n’est pas la seule raison qui amène les nostalgiques de la pensée
unique et les forces anti-démocratiques à taire le nom de celui qui
illustra le mieux le système dans lequel ils auraient aimé vivre
encore : toute entreprise du restauration d’un système affaibli doit
nécessairement tenir compte de l’irréversibilité de la perspective
démocratique et faire en sorte que le schéma totalitaire puisse se
réaliser en dépit de celle-ci et surtout sans l’accélérer. Ce n’est
donc pas le fruit d’un aggiornamento, mais par instinct de survie
que les nationalistes de tout bord ont décidé de faire
définitivement l’impasse sur toute la symbolique que peut encore
représenter Boumediene.
Quant à la gauche,
prise dans sa totalité, surtout parmi ses composantes qui avaient
grandi et activé à l’ombre de Boumediene, celle-ci vit à ce jour le
clivage que lui imposa le système d’alors : qui du socialisme ou de
la démocratie devait être le combat prioritaire, lequel fallait-il
sacrifier dans l’immédiat ? Il est facile de comprendre que ceux qui
ont opté pour la seconde cultivent encore la rancune. On peut
difficilement admettre que ceux qui disent défendre les principes de
la justice sociale, estiment maintenant que les politiques de
Boumediene ont été la cause de tous les maux et malheurs du pays.
Nabil Benali
Entretien avec Paul Balta
“Boumediène allait faire de grandes choses !”
Pour avoir approché l’ancien président Houari Boumediène, Paul Balta reste une référence incontournable s’agissant d’un sujet qui, historiquement, n’a pas encore
dévoilé toutes ses facettes. Dans cette interview exclusive, il mêle le témoignage objectif à l’anecdote sincère pour nous faire une somme de révélations...
Les Débats :
Pensez-vous, vingt-sept ans après la disparition de l’ancien
Président, que l’Algérie soit sortie de ce qu’on pourrait appeler
le système Boumediène ?
Paul Balta :
Avant de répondre, je voudrais rappeler que, correspondant du
journal Le Monde au Maghreb, résidant à Alger de 1973 à 1978, j’ai
rencontré Houari Boumediène pour la première fois deux jours avant
la 4e conférence des chefs d’Etat des pays non alignés (Alger, 5-9
septembre 1973). Ce premier contact, déterminant pour la suite de
nos relations, éclaire sa personnalité. Je venais de publier La
politique arabe de la France (1) et des articles sur
l’enseignement de l’arabe (2) ; le tout était sur son bureau. Un
tour d’horizon, en français, m’a prouvé qu’il connaissait mon
parcours et savait que ma mère était égyptienne. Avant de
commencer l’interview en arabe, je lui ai demandé de parler plus
lentement lorsqu’il aborderait les problèmes économiques. Grand
seigneur, il avait répondu : ”Monsieur Balta, vous avez beaucoup
fait dans vos écrits pour la culture des Arabes et leur dignité.
Nous avons commencé en français, nous continuerons donc en
français !” Et il en fut ainsi pendant nos cinquante-cinq heures
d’entretiens en tête-à-tête, d’une grande liberté de ton.
A l’époque,
c’étaient les militaires qui détenaient de fait le pouvoir et, à
bien des égards, ils le conservent encore.
Cela dit, je
pense que l’Algérie d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec
celle de Boumediène. La période Chadli Bendjedid a introduit la
corruption à grande échelle et a fait perdre au pays son rang sur
la scène internationale, rang que le président Bouteflika a
contribué à lui rendre. Boumediène s’intéressait beaucoup aux
jeunes. Il était très fier d’avoir généralisé la scolarisation, y
compris celle des filles, et il m’avait dit à diverses reprises :
”La vraie révolution, ce sera quand nos petites paysannes
entreront à l’université.” Désormais, il y a plus de 50% de filles
à l’université !
Il s’agissait
d’un système politique qui, en apparence, était entièrement
concentré autour du chef de l’Etat. N’y avait-il pas d’autres
forces en présence dans la gouvernance du pays ?
Il y avait
certes d’autres forces, mais Boumediène a joué un rôle hors du
commun. Ayant rencontré et interviewé tous les chefs d’Etats
arabes, du Golfe à la Mauritanie, je le situe parmi les plus
visionnaires, au côté de Nasser, Bourguiba, Hassan II. Qu’il ait
pris goût au pouvoir, c’est certain. Néanmoins, ce dernier
n’était pas pour lui un moyen de s’enrichir ou une fin en soi,
mais un instrument pour faire évoluer les structures du pays et
peser sur l’ordre international afin de le transformer. Cette
attitude fut le résultat d’un long cheminement.
Au départ, ce
fils de paysan est animé par un nationalisme exacerbé centré sur
l’Algérie. Devenu chef de l’ALN, il découvre la multiplicité des
problèmes à résoudre mais il sait être à l’écoute et pratique le
travail en équipe avant de prendre les décisions.
A
l’indépendance, son horizon s’élargit au contact des réalités
régionales et internationales. Soucieux d’assurer l’indépendance
économique de l’Algérie, il constate la complexité des relations
avec l’ancienne puissance coloniale soutenue par les Etats-Unis et
les pays occidentaux qui sont aussi ses rivaux, l’ambiguïté des
rapports avec l’URSS et les Etats d’Europe orientale qui jouent la
coexistence pacifique mais sont engagés dans le guerre froide, la
difficulté d’établir des liens durables avec les pays du Tiers-
Monde, trop souvent divisés au lieu d’être solidaires. Devenu
président du mouvement des non-alignés, il élabore une stratégie
planétaire. Ainsi, comme je l’ai écrit (3), il est passé “des
intuitions spontanées aux analyses argumentées, de l’incantation à
l’action, de la dénonciation des situations iniques à
l’organisation de la lutte”. En effet, c’est lui qui, lors de
l’assemblée générale de l’ONU sur les matières premières, en avril
1974, a défini ce que devrait être le ”nouvel ordre économique
international” et, par voie de conséquence, le nouvel ordre
politique et le nouvel ordre culturel.
Houari
Boumediène était-il l’homme politique qu’on s’est plu à décrire en
le qualifiant de dictateur, de despote ?
Discret mais
efficace, timide mais fier, réservé mais volontaire, autoritaire
mais humain, généreux mais exigeant, prudent dans l’audace, tel
m’est apparu Boumediène. Il travaillait avec acharnement sans se
soucier de ce qu’on pensait de lui à l’étranger. Il avait une
passion : édifier l’Etat centralisé que l’Algérie n’avait pas eu
dans le passé, contrairement au Maroc et à la Tunisie. Il voulait
forger l’unité nationale face au “wilayisme” et aux intrigues
politiciennes. Homme intègre, Boumediène a certes fermé les yeux
sur les abus commis, notamment par des chefs militaires
(détournements de fonds ou de terres agricoles, abus de pouvoir,
etc.) mais il a veillé à limiter au maximum le phénomène de la
corruption.
Les Algériens le
jugeaient distant et même cassant, mais ils reconnaissaient son
austérité, son intégrité et son patriotisme. Il a certes fait des
erreurs, mais combien de chefs d’Etat n’en ont pas commis ? Les
centaines de milliers d’Algériens qui se sont précipités
spontanément dans la rue pour lui rendre hommage, quand il est
mort, sont une preuve d’admiration. Dans sa majorité, le peuple ne
le considérait pas comme un despote.
Pensez-vous
que si Boumediène était encore en vie, il serait encore au pouvoir
? Je veux dire avait-il, probablement à l’étape de la charte de
1976, des intentions d’ouverture démocratique qu’il n’aurait pas
eu le temps de concrétiser ?
Lors de nos
entretiens, plusieurs réflexions laissaient penser qu’il
envisageait de libéraliser le régime, dès 1976. Le Monde ayant
décidé mon rappel pour m’envoyer en Iran couvrir la révolution, je
l’avais rencontré, fin août 1978, pour l’en informer et lui faire
mes adieux. Il avait exprimé sa consternation et insisté pour que
je reste : “Vous avez vécu la mise en place des institutions, il
faut aller jusqu’au bout. Il va y avoir des changements
importants. J’envisage pour la fin de l’année ou le début de 1979,
un grand congrès du FLN. Nous devons dresser le bilan, passer en
revue ce qui est positif mais surtout examiner les causes de nos
échecs, rectifier nos erreurs et définir les nouvelles options.
Témoin de notre expérience vous êtes le mieux placé pour juger
ces évolutions.” Intrigué, je lui avais posé ces questions :
envisagez-vous d’instaurer le multipartisme ? D’accorder plus de
place au secteur privé ? De libéraliser la presse ? De favoriser
le mouvement associatif ? La façon dont il avait souri allait
dans le sens d’une approbation, puis il m’avait dit : ”Vous êtes
le premier à qui j’en parle, je ne peux être plus explicite pour
le moment, mais faites-moi confiance, vous ne serez pas déçu.”
J’ai dû néanmoins partir à Téhéran où j’ai appris sa maladie puis
sa mort, le 27 décembre.
Du temps de Boumediène, les rapports algéro-français étaient en
tension permanente. La culpabilisation de l’ancien colonisateur
faisait partie intégrante du discours officiel et la révolution
socialiste s’inspirait constamment de la Guerre de libération
remportée face à la France. Quelle comparaison est-elle possible
avec la polémique d’aujourd’hui sur la loi de 23 février portant
glorification du colonialisme ? Les deux pays en seraient-ils, en
définitive, au même point dans leurs relations ?
L’expérience m’a appris que la réalité était plus complexe. Malgré
le contexte difficile dû aux passions suscitées sur les deux
rives par la guerre d’Algérie, le général De Gaulle cherchait à
préserver l’avenir de la coopération. Il avait de la considération
pour le chef du nouveau régime et me l’avait dit “off the record”.
En effet, après son retour au pouvoir, en 1958, un de ses
collaborateurs lui avait soumis une liste des chefs de l’ALN
accompagnée de commentaires. Pour Boumediène, il avait écrit :
”Obscur colonel qui ne semble pas voué à un grand avenir.” Le
général avait rajouté : “Je pense exactement le contraire.” En
fait, l’homme du 18 juin 1940 avait compris les motivations de
celui qui allait devenir l’homme du 19 juin 1965 ! Dès 1967, il
lui avait adressé une invitation pour une visite de travail à
Paris. Boumediène l’avait déclinée car il voulait une visite
d’Etat, avec cortège sur les Champs-Elysées et dépôt de gerbe à
l’Arc de triomphe de l’Etoile. Un tel cérémonial était alors
prématuré compte tenu des blessures non encore cicatrisées.
Georges Pompidou avait renouvelé l’offre, mais la tension
provoquée par la nationalisation des hydrocarbures, en février
1971, entraîna l’ajournement du projet. Il renouvela l’invitation
en 1973, mais mourut peu après.
Finalement,
c’est Boumediène qui recevra, en avril 1975, le président Giscard
d’Estaing. Toutefois, l’amitié qui liait ce dernier à Hassan II
n’a pas permis à cette visite historique, la première d’un chef
d’Etat français, d’atteindre les objectifs proposés par Boumediène
dans son discours d’accueil. Bien que les relations entre Alger et
Paris aient été jalonnées de crises, Boumediène leur accordait une
grande importance. Certes, il a diversifié les liens avec les
autres pays d’Europe et les Etats-Unis, mais il appréciait la
politique arabe de De Gaulle et le rôle que la France pouvait
jouer pour inciter la Communauté économique européenne (CEE) à
être une troisième force entre les deux blocs américain et
soviétique. Un diplomate français ayant suggéré de “banaliser les
relations bilatérales”, Boumediène m’avait confirmé lui avoir
répondu : ”On ne peut ignorer le poids de l’histoire. Les
relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou
mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales !”
Au début de
1978, une solution avait été imaginée dans les chancelleries :
Boumediène, invité au niveau européen, se rendrait en Allemagne,
puis au siège de la CEE à Bruxelles et terminerait par la France.
“C’est une combine diplomatique”, m’avait-il dit. “Soyons sérieux.
Il est évident, qu’au nom de l’histoire, de la géopolitique et des
relations humaines, culturelles et économiques qui nous lient à la
France, si je fais une tournée européenne, c’est par Paris que
je dois commencer !”
Le succès des
visites du président Chirac à Alger et de l’Année de l’Algérie en
France, en 2003, prouvent qu’il y a de part et d’autre le désir
de “tourner la page sans pour autant la déchirer”, comme disait
Boumediène. L’article 4 de la loi du 23 février est, à mon avis,
une erreur et les nombreuses réactions négatives qu’il a suscitées
en France le confirment. Je crois qu’en Algérie comme en France,
il y a maintenant une majorité favorable au traité d’amitié entre
nos deux pays, dès qu’auront été réglés les problèmes qui ont
retardé sa signature.
Après l’ère
des grands leaders et de l’hégémonie du nationalisme, c’est la
question démocratique qui reste centrale dans le monde arabe.
Pensez-vous aujourd’hui qu’un projet comme le Grand Moyen-Orient
(GMO) soit une option jouable ?
En tant que
spécialiste de la Méditerranée et du monde arabe, je suis hostile
au GMO pour plusieurs raisons. D’abord, il recouvre une réalité
hétérogène qui est l’aboutissement de cheminements historiques
différents : les 22 pays de la Ligue des Etats arabes, 5 Etats
non-arabes (Turquie, Israël, Iran, Afghanistan, Pakistan) soit un
ensemble de plus de 600 millions d’habitants, 10% de la
population mondiale et près de 4% de la richesse globale. En
outre, sous prétexte de favoriser la démocratie, les Etats-Unis
veulent, en réalité : assurer la liberté totale des capitaux,
contrôler les marchés des ressources énergétiques et
hydrologiques, empêcher l’émergence d’une puissance régionale
autonome. Enfin, avec le GMO, Washington s’oppose au partenariat
euroméditerranéen qui, malgré ses lacunes, propose de meilleures
solutions. En outre, on n’insiste pas suffisamment sur le rôle de
la société civile des pays arabes qui contribue à faire évoluer
les régimes en place vers plus de démocratie.
Une dernière
question, si vous le permettez, concerne l’attribution de la
médaille du mérite à la journaliste et écrivaine Oriana Fallaci
par le Président italien, qui a nourri une certaine polémique née
de l’étiquette d’islamophobe qu’elle s’est attirée suite à ses
ouvrages La rage et l’orgueil et La force de la raison. Peut-on
connaître votre sentiment ?
A mes yeux,
cette décoration est un scandale. Dans ces deux livres, Oriana
Fallaci veut faire croire que tous les musulmans – 1,5 milliard
dans le monde – sont des Ben Laden et des talibans. En réalité,
les islamistes sont une toute petite poignée et leurs discours ne
me paraissent pas conformes à l’enseignement du Coran. C’est
d’ailleurs ce que j’explique, notamment dans mon dernier livre, L’Islam
(4).
Interview
réalisée par
Nabil Benali
1-
Paul Balta, Claudine Rulleau, La politique arabe de la France,
Sindbad, Paris, 1973.
2- Paul Balta, Les études arabes en France, I - Indifférence ou malveillance ? II - Les moyens d’un renouveau, Le Monde des 1, 2 et 3 avril 1973.
3- Paul Balta, Claudine Rulleau, La stratégie de Boumediène, Sindbad, Paris, juin 1978. Boumediène a lu ce livre avant que je rentre en France, en août, d’où j’ai été
envoyé en Iran couvrir la révolution.
4- Paul Balta, L’Islam, Le Cavalier Bleu, collection “Idées reçues”, Paris, 2e édition 2005.
Relations algéro-françaises
Côté cour, côté
jardin
"Les relations
entre la France et l'Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en
aucun cas elles ne peuvent être banales." En disant cela en 1974,
feu le président Houari Boumediène avait bien résumé la nature des
liens qu'entretiennent les deux pays depuis toujours. Tantôt
houleuses, tantôt relativement apaisées, ces relations restent, la
plupart du temps, passionnées.
En effet, que
peut-on attendre d'une relation dont le premier contact a été établi
sur le mode de la domination, une domination qui allait durer
130 ans ? Quand les Français débarquèrent sur le territoire
algérien, en 1830, s'attendaient-ils à être reçus à bras ouverts ?
Certainement pas, mais ils étaient bien loin d'imaginer toute la
résistance qui allait leur être opposée par le peuple algérien. A
tel point qu'ils durent désagréablement faire face, pas toujours
avec succès, à la résistance organisée par l'Emir Abdelkader et
qu'ils n'ont pu réellement coloniser le pays qu'après une lutte qui
a duré dix-sept années. D'autres résistances ont vu ensuite le jour,
mais ont fini par être réprimées par l'armée française. Une armée
plus nombreuse et avantageusement lotie.
L'indépendance est
enfin là, à l'issue d'une guerre qui a duré presque huit ans et a
fait un million et demi de martyrs.
Qu'attendre de ces
deux pays qui se sont affrontés si durement pendant de longues
années, quand la France a, de temps en temps, essayé de dominer le
peuple algérien et de le réduire à néant et que ce dernier n'a pas
cessé un moment de revendiquer son droit à une vie plus digne ?
Doit-on s'attendre à ce qu'ils établissent des liens d'amitié ou de
coopération tout court ? Les choses ne sont pas aussi simples que
cela.
En effet, quand
l'Algérie a décidé de nationaliser ses ressources pétrolières, le
Parti socialiste français a montré de l'intérêt pour l'Algérie,
suivant de près la négociation franco-algérienne, mais sa position
est restée plutôt ambiguë. Pour le PS, la politique de M. Pompidou
se voulait aussi conciliante que celle du général De Gaulle. En
procédant ainsi, les deux pays arriveront certainement à un
compromis, mais aux dépens de qui ? s'interroge-t-on au sein du PS.
C'est encore une fois un bras de fer entre l'Algérie et la France.
En 1972, le PS
propose à l'Etat algérien "des conversations destinées à régler les
contentieux existants sur la base d'une reconnaissance de leurs
intérêts nationaux légitimes et à donner un nouvel essor à la
coopération". Même si depuis 1971 la coopération technique, les
aides aux investissements, les avantages commerciaux, les aides
financières… caractérisent les relations entre l'Algérie et la
France, il faut croire que celles-ci sont loin d'être très
chaleureuses. Les tentatives pour adoucir ces liens sont nombreuses
et c'est ainsi qu'entre 1972 et 1980, le PS et le FLN établissent
des liens. Avant cette date, il était question de rapport entre
Etats.
L'Algérie est
alors citée comme le régime le plus progressiste des pays arabes.
Grâce aux deux fronts qu'elle mène : lutte contre le
sous-développement et mise en œuvre dans la voie du socialisme.
Notre pays se retrouve de fait dans le camp anti-impérialiste.
En 1977, le FLN
assiste au congrès du Parti socialiste, tenu à Nantes. Les
conditions nécessaires sont réunies pour que dans le projet
socialiste, l'Algérie soit présentée comme "un partenaire de choix"
et que les relations franco-algériennes soient "une des clés d'un
dialogue euro-arabe".
Toujours est-il
qu'on remarque, durant la période qui s'étend entre 1972 et 1981,
que les rapports politiques entre l'Algérie et la France sont en
constante amélioration. Mais il n'était nullement question d'un
rapprochement tout à fait réussi, l'Algérie restant intraitable sur
tout ce qui touchait à sa politique intérieure et, d'une manière
plus générale, à la question des droits politiques.
Des observateurs
de cette époque tendent à affirmer que les relations entre la gauche
française et le FLN sont l'initiative de la partie française, qui
voyait en l'Algérie un Etat pétrolier arabe qui se proclamait
progressiste et qui, de plus, était une source potentielle de
revenus directs ou indirects. Il fallait à tout prix avoir de bons
rapports avec ce pays pour s'assurer des approvisionnements en
produits énergétiques.
Ce rapprochement
politique n'était donc en aucun cas désintéressé. Et les relations
seront toujours marquées par des hauts et des bas, jusqu'à l'arrivée
au pouvoir, en 1999, du président Bouteflika. Depuis, un nouveau
climat prévaut entre les deux pays. La visite d'Etat du Président
algérien en France, en juin 2000, puis celle du président de la
République française en Algérie, du 2 au 4 mars 2003, la première
d'un président français depuis 1962, constituent des pas importants
pour la création d'une relation nouvelle.
La "déclaration
d'Alger" signée par les deux chefs d'Etat est aussitôt considérée
comme la "feuille de route" pour la relance des relations
bilatérales. Tous les domaines y sont abordés : approfondissement du
dialogue politique ; soutien aux réformes ; renforcement de la
présence économique française en Algérie ; amélioration des
conditions de circulation des personnes.
La visite du
président Chirac en Algérie, le 15 avril 2004, après la réélection
de Bouteflika, et l'annonce de discussions sur un traité d'amitié
renforcent la coopération sur les grands projets d'infrastructures.
On annonce aussi la prochaine instauration d'un dialogue régulier,
dont les axes essentiels sont l'intégration maghrébine, le
partenariat euroméditerranéen, le développement en Afrique, la
sécurité en Méditerranée, les migrations, la démocratisation et les
droits de l'homme.
Les relations
commerciales ont connu une nette progression depuis 1999. La France
est ainsi considérée comme le premier partenaire commercial de
l'Algérie avec un flux croisé de 6,7 millions d'euros en 2003. Les
investissements français en Algérie restent, par contre, modestes,
même si ces quatre dernières années, on note des décisions
d'implantation. C'est ainsi qu'on remarque le retour en Algérie des
grands groupes français dans le secteur des détergents (Henkel
France en partenariat avec l'entreprise publique ENAD), dans
l'agroalimentaire (Castel, Danone, Bel) ou dans le secteur des
transports (Michelin).
"L'aide-mémoire
sur le partenariat pour la croissance et le développement" signé en
juillet 2004 par le ministre de l'Economie, des Finances et de
l'Industrie et son homologue algérien, M. Benachenhou, prévoit, pour
sa part, un ensemble de mesures de soutien à la présence économique
française en Algérie, d'un volume cumulé de plus de deux milliards
d'euros.
La coopération
culturelle, scientifique et technique s'est traduite par la
réouverture des centres culturels français, d'abord celui d'Alger en
janvier 2000, puis ceux d'Annaba et d'Oran en mars 2002. L'ouverture
des CCF de Constantine et de Tlemcen a eu lieu en 2005.
D'autres projets
sont engagés, à savoir la création d'un haut conseil de coopération
universitaire et de recherche et celle d'une école supérieure
algérienne des affaires.
Mais quoi que ces
deux pays fassent, ils sont aussitôt rattrapés par le passé. En
effet, depuis que le Parlement français a adopté la loi du 23
février 2005 qui exige que les programmes scolaires reconnaissent le
rôle positif de la présence française outre-mer, les relations entre
l'Algérie et la France ont plutôt tiédi. Le traité d'amitié entre
les deux pays, qui devait être signé au cours de cette année, ne
semble pas vouloir aboutir.
Arrivera-t-on à
trouver un compromis entre la condition sine qua non de Bouteflika
pour que la France reconnaisse son passé colonial et cette loi du 23
février qui insiste sur la présence positive des Français en Algérie
? En mars 2005, un groupe de parlementaires, dont Philippe
Douste-Blazy, ont déposé une proposition de loi dans laquelle il
était écrit : "C'est en grande partie grâce à leur courage ('eux' ce
sont, bien sûr, les Français) et leur goût d'entreprendre que le
pays s'est développé." Malgré tous les remous provoqués par cette
loi, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères,
Jean-Baptiste Matteï, persiste à déclarer que les négociations en
vue de la signature du traité d'amitié se poursuivaient. "Nous
sommes confiants dans leur aboutissement, selon les délais prévus",
a-t-il assuré.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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