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Regarder là où cela marche
Incroyable tout de
même que tout se focalise autour du sempiternel thème de la
privatisation, de l’investissement direct étranger et des recettes
pétrolières et qu’on relègue systématiquement la situation de notre
agriculture au dernier plan des préoccupations de nos gouvernants,
de nos médias et de nos hommes politiques. Véritable parent pauvre
de l’action gouvernementale, l’agriculture est pourtant le seul
secteur qui marche dans notre pays et qui marche même très fort.
D’année en année, depuis que le président Chadli Bendjedid a réussi
à casser le principe de la collectivisation des terres, ce secteur
vole de succès en réussites malgré la faible intervention de l’Etat
et justement à cause de cette faible intervention. Les raisons de ce
succès tenant précisément au fait que ce n’est pas le gouvernement
qui en est à l’origine, mais les dizaines de milliers d’Algériens et
parfois d’Algériennes qui se sont investis de toute leur âme dans un
travail certes harassant, mais ô combien plein de satisfactions et
de promesses à chaque fois tenues.
Cette année, pour
ne prendre que celle-là, la production de pomme de terre est si
abondante qu’il aurait été possible d’en exporter des milliers de
tonnes si les circuits commerciaux et d’exportation avaient été
préparé à cet effet. Bien entendu il n’en est rien et notre
magnifique pomme de terre, de Mascara notamment, va pourrir au fond
des oueds ou, au mieux, servir d’engrais pour d’autres cultures qui,
si elles sont abondantes, iront pourrir à leur tour au fond des
oueds. C’est ainsi que nous nous retrouvons avec une économie qui
marche et dont nous désintéressons royalement et une économie qui ne
marche pas du tout que nous continuons à entretenir à coups de
centaines de milliards de dinars et dont nous continuons à faire
l’objet principal de nos préoccupations. Un peu comme s’il avait été
décidé, au plus haut niveau de notre appareil de décision
économique, que le seul moyen de créer de la richesse était de
passer par l’industrie de façon exclusive. Cela pendant qu’au même
moment, l’Organisation mondiale du commerce n’est agitée que par un
seul débat, l’agriculture. Il ne faut certes pas voir le mal
partout, mais il est peut-être utile de se demander à présent si la
crise qui secoue l’OMC à propos de l’agriculture et ce, depuis une
dizaine d’années maintenant, n’explique pas que notre pays ait été
progressivement détourné de sa vocation agricole pour le contraindre
à n’envisager sa survie que grâce aux hydrocarbures ou de façon plus
chimérique encore grâce à une industrialisation coupée de son
terreau agricole. Et de fait, le débat sur les investissements
directs étrangers et surtout celui sur la privatisation des
entreprises économiques a malencontreusement occupé tous les espaces
de concertation et de confrontation qui auraient permis de mieux
exploiter notre formidable potentiel agricole pour en faire la base
de toute relance économique réelle.
Ce qui explique
que notre délégation présente au sommet ministériel de HongKong
n’ait pas eu l’occasion de manifester son existence pour tenter
d’arracher quelques débouchés sur le marché international des
fruits et légumes, mais qu’elle a tout simplement été enregistrer
les nouvelles contingences décidées par les grands puissances pour
des produits que notre industrie ne va pas fournir de sitôt.
Sans aller jusqu’à
inverser l’ordre de nos priorités, il serait, en tout cas, peut-être
temps aujourd’hui de faire de notre agriculture l’objet de notre
plus vigilante attention et de miser sur l’activité qui est la mieux
prise en charge par la partie la plus dynamique et la plus autonome
de notre population active. Car c’est de toute évidence cette frange
sociale qui a été la moins atteinte par la mentalité d’assistanat
qui a par ailleurs gravement sclérosé le reste de la société
algérienne qui ne voit de salut que dans l’intervention de l’Etat ou
de… l’étranger. Il est d’ailleurs significatif que ce n’est que
maintenant, c’est-à-dire depuis quelques jours seulement, que le
ministre de l’Agriculture, Saïd Barkat, évoque pour la première fois
la possibilité de l’élaboration d’une loi d’orientation agricole. Un
texte imposé par un succès qui ne se dément pas depuis plus de
quatre années maintenant et qui peut rendre justice à un secteur qui
a su nous rendre totalement autosuffisants sur le plan de la
consommation des produits agricoles. A condition bien sûr que les
résistances intérieures à un authentique développement national
porté par les nationaux ne se mettent encore une fois en travers de
cette loi.
A. M.
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