Semaine du 21 au 27 Décembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Regarder là où cela marche

 

 
 
 Editorial

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Regarder là où cela marche

Incroyable tout de même que tout se focalise autour  du sempiternel thème de la privatisation, de l’investissement direct étranger et des recettes pétrolières et qu’on relègue systématiquement la situation de notre agriculture au dernier plan des préoccupations de nos gouvernants, de nos médias et de nos hommes politiques. Véritable parent pauvre de l’action gouvernementale, l’agriculture est pourtant le seul secteur qui marche dans notre pays et qui marche même très fort. D’année en année,  depuis que le président Chadli Bendjedid a réussi à casser le principe de la collectivisation des terres, ce secteur vole de succès en réussites malgré la faible intervention de l’Etat et justement à cause de cette faible intervention. Les raisons de ce succès tenant précisément au fait que ce n’est pas le gouvernement qui en est à l’origine, mais les dizaines de milliers d’Algériens et parfois d’Algériennes qui se sont investis de toute leur âme dans un travail certes harassant, mais ô combien plein de  satisfactions et de promesses à chaque fois tenues.

Cette année, pour ne prendre que celle-là, la production de pomme de terre est si abondante qu’il aurait été possible d’en exporter des milliers de tonnes si les circuits commerciaux et d’exportation avaient été préparé à cet effet. Bien entendu il n’en est rien et notre magnifique pomme de terre, de Mascara notamment, va pourrir au fond des oueds ou, au mieux, servir d’engrais pour d’autres cultures qui, si elles sont abondantes, iront pourrir à leur tour au fond des oueds. C’est ainsi que nous nous retrouvons avec une économie qui marche et dont nous désintéressons royalement et une économie qui ne marche pas du tout que nous continuons à entretenir à coups de centaines de milliards de dinars et dont nous continuons à faire l’objet principal de nos préoccupations. Un peu comme s’il avait été décidé, au plus haut niveau de notre appareil de décision économique, que le seul moyen de créer de la richesse était de passer par l’industrie de façon exclusive. Cela pendant qu’au même moment, l’Organisation mondiale du commerce  n’est agitée que par un seul débat, l’agriculture. Il ne faut certes  pas voir le mal partout, mais il est peut-être utile de se demander à présent si la crise qui secoue l’OMC à propos de l’agriculture et ce, depuis une dizaine d’années maintenant, n’explique pas que notre pays ait été progressivement détourné de sa vocation agricole pour le contraindre à n’envisager sa survie que grâce aux hydrocarbures ou de façon plus chimérique encore grâce à une industrialisation coupée de son terreau agricole. Et de fait, le débat sur les investissements directs étrangers et surtout celui sur la privatisation des entreprises économiques a malencontreusement occupé tous les espaces de concertation et de confrontation qui auraient permis de mieux exploiter notre formidable  potentiel agricole pour en faire la base de toute relance économique réelle.

Ce qui explique que notre délégation présente au sommet ministériel de HongKong  n’ait pas eu l’occasion de manifester son existence pour tenter d’arracher quelques débouchés  sur le marché international des fruits et légumes, mais qu’elle a tout simplement été enregistrer les nouvelles contingences décidées par les grands puissances pour des produits que notre industrie ne va pas fournir de sitôt.

Sans aller jusqu’à inverser l’ordre de nos priorités, il serait, en tout cas, peut-être temps aujourd’hui de faire de notre agriculture l’objet de notre plus vigilante attention et de miser sur l’activité qui est la mieux prise en charge par  la partie la plus dynamique et la plus autonome de notre population active. Car c’est de toute évidence cette frange sociale qui a été la moins atteinte par la mentalité d’assistanat qui a par ailleurs gravement sclérosé le reste de la société algérienne qui ne voit de salut que dans l’intervention de l’Etat ou de… l’étranger.   Il est d’ailleurs significatif que ce n’est que maintenant, c’est-à-dire depuis quelques jours seulement, que le ministre de l’Agriculture, Saïd Barkat, évoque pour la première fois la possibilité de l’élaboration d’une loi d’orientation agricole. Un texte imposé par un succès qui ne se dément pas depuis plus de quatre années maintenant et qui peut rendre justice à un secteur qui a su nous rendre totalement autosuffisants sur le plan de la consommation des produits agricoles. A condition bien sûr que les résistances intérieures à un authentique développement national porté par les nationaux ne se mettent encore une fois en travers de cette loi.

A. M.

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