Semaine du 21 au 27 Décembre 2005

 

L’Amérique Latine poursuit son virage à gauche

 

L’ascension de Hugo Chavez, le nouveau trublion d’Amérique latine

 

 
 
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L’Amérique Latine poursuit son virage à gauche

L’Amérique latine s’apprête à renforcer son virage à gauche en 2006, entamé lors d’un cycle sans précédent de scrutin présidentiels dans onze pays en quatorze mois dont le Mexique et le Brésil, ses deux principales puissances.

Le Venezuela où le président Hugo Chavez s’affirme en dauphin de Fidel Castro comme le nouveau porte-drapeau de la « révolution socialiste du XXIe siècle » en Amérique Latine, conclut en décembre 2006 cette suite électorale dans la région où un effet de contagion n’est pas exclu.

Outre les scrutins ouverts ce mois-ci au Chili et en Bolivie, il y aura des élections en 2006 au Costa Rica (février), au Pérou (avril), en Colombie (mai), au Mexique (juillet), au Brésil (octobre) et au Nicaragua (novembre).

L’Equateur, plongé dans une crise politique après la destitution de son président en avril, pourrait se joindre au bal.

Après les années 90 marquées par les modèles néolibéraux sous l’égide du FMI, la région peut confirmer une émancipation, affichée lors du sommet des Amériques de Mar del Plata, où la zone de libre-échange des Amériques prônée par Washington s’est heurté à l’hostilité de l’axe composée des pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) et du Venezuela.

Jusqu’ici principal partisan des Etats-Unis pour défendre cette vaste union douanière de l’Alaska à la terre de feu, devenue une ligne de fracture latino-américaine, le Mexique semble sur le point de basculer à gauche. Andres Manuel Lopez Obrador, candidat du parti de la révolution socialiste (PRD) et ancien maire de Mexico trône depuis plusieurs mois en tête des sondages, malgré le populisme dont le taxent le parti d’action nationale (PAN), formation de la droite catholique au pouvoir, et la traditionnel Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui a régné pendant plus de sept décennies.

Divisée entre tenants plus ou moins radicaux, la gauche latino-américaine n’offre pas un seul visage dans les pays où elle a conquis le pouvoir, de l’Argentine au Brésil en passant par le Chili, le Panama, l’Uruguay, le Venezuela.

Au Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, incarnant un progressisme modéré, tentera d’arracher une réélection compromise par les scandales de corruption qui ont éclaboussé le parti des travailleurs. Son succès semble loin d’être assuré face à l’actuel maire de Sao Paulo, le social-démocrate José Serra. En revanche, le président Colombien Alvaro Uribe (droite conservatrice) ne devrait pas laisser échapper un second mandat qu’il veut consacrer à l’élimination des guérillas et la démobilisation des milices.

Troisième chef d’état à briguer son maintien, Hugo Chavez a déjà annoncé sa victoire après des élections législatives boycottées par une opposition exsangue qui vient d’offrir le Parlement à l’homme fort de Caracas. L’influence du géant pétrolier des Caraïbes, redoutée par Washington, pourrait s’étendre en Amérique centrale où les sandinistes de Daniel Ortega semblent bien partis pour récupérer le pouvoir au Nicaragua.

Il pourrait trouver un écho en Bolivie lors du scrutin provoqué par une « nouvelle guerre du gaz » autour des immenses gisements dont le leader Evo Morales, promet une plus stricte nationalisation.

Dans le reste de la région andine, deux femmes sont pressenties pour l’emporter, la socialiste Michelle Bachelet au Chili et le sociale-chrétienne Lourdes Flores au Pérou où l’élection s’annonce troublée par le retour d’exil surprise de l’ancien président Alberto Fujimori, poursuivi par la justice et candidat depuis sa prison….  

 

L’ascension de Hugo Chavez, le nouveau trublion d’Amérique latine

Le président du Venezuela, Hugo Chavez, a poursuivi en 2005 la « révolution socialiste du XXIe siècle » et son combat contre l’impérialisme des Etats-Unis en Amérique latine, en dauphin naturel de Fidel Castro, face à une opposition intérieure laminée.

Le locataire de Miraflores s’est affirmé comme le porte-drapeau de la gauche latino-américaine, nouvelle bête noire de Washington dont il a nargué la puissance devant le monde entier, du haut de la tribune de l’ONU, suggérant d’en transférer le siège vers le sous-continent.

Rien ne semble en mesure de freiner l’ascension de cet ancien officier parachutiste de 51 ans, élu en 1998 à la tête de l’Etat, qui n’a cessé de renforcer sa mainmise sur l’appareil institutionnel depuis le putsch avorté contre lui en avril 2002.

Contrôlant 23 des 24 postes de gouverneurs régionaux et 83% des mandats de conseillers municipaux et paroissiaux, ses partisans viennent de remporter l’intégralité des sièges au Parlement à l’issue d’élections législatives, boycottées par une  opposition divisée et exsangue. Le président vénézuélien, qui peut miser sans trop d’inquiétude sur sa réélection en décembre 2006, a désormais les moyens légaux de modifier la constitution du pays afin d’obtenir le droit de se présenter à nouveau en 2012. Hugo Chavez a déjà amorcé sa « révolution bolivarienne », fondée sur le contrôle des moyens de production, la priorité donnée aux coopératives d’Etat et la participation des travailleurs sur les sociétés privées, ainsi que l’expropriation des grands propriétaires fonciers.

Mais l’ambition du chef d’Etat, au-delà de son maintien au pouvoir, vise à bâtir une union latino-américaine, dont il prône avec Cuba un modèle de développement socialiste aux antipodes de la Zone de libre-échange des Am2riques (ZLEA) voulue par les Etats-Unis, qu’il a combattue lors du sommet des Amériques à Mar del Plata en novembre.

Sous son impulsion, le Venezuela, Le Venezuela, loin d’être isolé, s’apprête à intégrer le Mercosur, le marché commun du Sud de l’Amérique Latine, sous l’œil favorable de ses principaux membres, le Brésil et l’Argentine , avec lesquels le huitième producteur mondial de pétrole a déjà noué des accords énergétiques.

Assuré d’une manne substantielle en pleine période de crise pétrolière, Hugo Chavez peut se permettre d’utiliser « les pétrodollars » comme une arme diplomatique, au grand dam de l’administration américaine qui l’accuse de déstabiliser la région en finançant les mouvements révolutionnaires. Pendant ce temps, Fidel Castro, son « père spirituel », l’aide de tout son poids historique pour contrer l’influence de Washington.  

A 79ans, le leader maximo vient ainsi d’obtenir des 15 chefs d’état- et de gouvernement de la Communauté des Caraïbes, réunis avec lui à la Barbade, une déclaration aux forts accents anti-américains , très élogieuse pour Cuba.

Hugo Chavez ne s’embarrasse guère des inquiétudes américaines soutenant ouvertement le programme nucléaire iranien après avoir annoncé lui-même son intention de développer l’énergie atomique.

Persuadé que la Maison Blanche projette son renversement voire son assassinat, le trublion latino-américain a déjà préparé la mise sur pied d’une garde nationale pour repousser l’envahisseur.

 

 

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