|
Accueil.
Les
quotidiens témoins de leur époque
Le Président va
bien, l'Algérie va mal
"Le président gère
toujours les affaires du pays" annonce Le Jeune Indépendant en Une
de son édition du mercredi 14 décembre. Voilà qui rassure les
Algériens. "Le président de la République, M. Bouteflika, se porte
bien et sa convalescence se déroule normalement. Preuve en est sa
demande de veiller à la gestion des affaires courantes du pays
depuis l’hôpital parisien." Selon le quotidien, "c'est ce qu'a
révélé une source bien informée". Il poursuit en ajoutant que "cette
affirmation rejoint celles du ministre d'Etat, M. Belkhadem et,
avant lui, du chef du gouvernement et vient mettre un terme aux
doutes entretenus par certains cercles sur la santé du Président".
Pourtant dans
cette Algérie, en cette fin de l'année 2005, ce ne sont pas les
paradoxes qui manquent et qui pourraient susciter l'intérêt. A titre
d'exemple, El Khabar du même jour annonce, en deuxième ouverture de
son édition, qu'"en dépit des assurances des responsables de Naftal,
le prix de la bouteille de gaz butane a atteint les 300 dinars dans
plusieurs wilayas du pays". Et dire, rappelle ce quotidien, que
"l'entreprise Naftal avait donné toutes les assurances sur la
disponibilité de bouteilles de gaz".
Les Algériens
ont froid
Mais, est-il
remarqué, "les citoyens dans les campagnes de nombreuses wilayas du
pays trouvent des difficultés à s'approvisionner en bouteilles de
gaz et lorsqu'elles sont disponibles, elle sont cédées au double de
leur prix, comme c’est le cas à Jijel, Médéa, Tipasa, Mascara et
Relizane".
Ce même quotidien
revient, dans son édition du jeudi 15, sur les conditions dans
lesquelles les élèves poursuivent leur scolarité. "Des élèves
souffrent dans des classes sans chauffage" est-il indiqué, et ce,
"en dépit des promesses du ministre de l'Education nationale". Un
sujet auquel El Khabar a consacré un dossier de deux pages. Les
différents reporters dressent un tableau unanime : les élèves sont
dans des classes gelées. Même à Alger, 278 établissements scolaires
n’ont pas dotés de moyens de chauffage. Une situation qui a poussé
les parents d'élèves, dans certaines wilayas comme à Saïda, à
retirer leurs enfants de l’école.
Et puis il y a,
dans cette même Algérie, la banalisation de fléaux qui menacent la
cohésion sociale. Ainsi, relève El Watan du mercredi 14 décembre,
"la violence peut coûter 20 DA !". Ce quotidien met en garde contre
le fait que "la délinquance chez les jeunes s'installe dans la
banalisation". Pis encore, à en croire la rédactrice, les choses
iront en s'empirant puisque "la réconciliation nationale a fini par
jeter le trouble sur les normes sociales existantes".
Selon un
universitaire, chercheur, psychologue et socio- psychologue, "le
traitement politique qui est accordé à ces terroristes ne facilite
pas les choses puisqu'il crée des sentiments d'impunité et
d'injustice. Le moteur même de la délinquance". Et s'interroge-t-on
plus loin, "qu'en est-il d'une société qui essuie 75% d'échec au bac
sans que le système se remette en question ?". Et de rappeler que
"les chemins de la marginalisation sont nombreux".
Violence tous
azimuts
Samedi 17, le
phénomène de la violence est de nouveau évoqué par ce quotidien.
Cette fois, il s'est intéressé à celle exercée contre les femmes et
qui demeure, est- souligné, "impunie". En fait, estime El Watan,
c'est "l'inégalité appuyée par la loi". "La situation de la femme
continue, de par le monde, de susciter des débats serrés, parfois
houleux. En Algérie aussi, la question est d'actualité. D'autant
plus que le code de la famille vient d'être amendé. Sans débat
fructueux et élargi à toute la société." De fait, les questions
qu'il y a lieu de se poser sont de savoir si "la femme algérienne
surtout, est l'égale de l'homme", si elle a "la possibilité
d'accéder à ses droits" et "quelle est sa place dans la société".
Autant de questions auxquelles il ne sera pas difficile d'apporter
des réponses.
Sur un autre
registre, la Nouvelle République annonce, dans son édition du jeudi
15 décembre, que les recettes douanières sont en baisse "depuis
l'entrée en vigueur de l'Accord d'association". La Dépêche de
Kabylie donne le détail dans son édition du 15 décembre : "Une perte
de plus de 37 milliards de dinars pour les douanes", est-il
rapporté.
Le Soir d'Algérie
du même jour fait état des appréhensions des pharmaciens en raison
de la politique du tiers payant et du conventionnement avec la CNAS."La
nouvelle réglementation imminente a suscité un large débat au sein
de la corporation. Certains, surpris des mesures prises, d'autres,
choqués, accusent le département de Tayeb Louh d'ignorer les
demandes des officines sous prétexte de rationaliser les dépenses de
la CNAS". Pour rester dans le domaine de la santé, El fadjr
rapporte que huit nouveaux centres de lutte contre le cancer seront
créés à travers le territoire national dans le cadre du programme du
ministère pour les années 2005-2009".
El Djazair News
qui, faut-il le souligner, s'est distingué ces derniers temps par la
publication de dossiers qui n'ont pas manqué de choquer, consacre
celui de son édition du mercredi 14 au mouvement associatif. "C'est
l'heure des comptes", indique-il, en appuyant ce titre par les
photos des ministres de l'Intérieur et des Collectivités locales et
de la Jeunesse et des Sports. "Le département de l'Intérieur augure
d'un nouveau projet de loi pour les associations" qui ne manquera
pas de mettre de l'ordre dans ce dossier qui compte "73 000
associations nationales et locales".
Le Liban si
loin, si proche…
L'éditorialiste du
Jour d'Algérie (édition du 14 décembre) s'est, quant lui, intéressé
à la situation qui prévaut aujourd'hui au Liban. Une situation déjà
vécue par un autre pays. C'est du reste ce qui permet de poser
cette question :"Les services secrets syriens ont- ils à voir avec
le terrorisme qui a mis à feu et à sang l'Algérie douze ans
durant ?" La similitude est telle que la question ne pouvait ne pas
être posée. Et pour cause, est-il rappelé, "en Algérie comme au
Liban, des forces malfaisantes ont essayé de décapiter les élites
politiques et intellectuelles en suscitant une fitna telle qu'elle
puisse dégénérer en guerre civile et affaiblir durablement les deux
pays arabes les plus résolument engagés dans des processus de
démocratisation au sens réel du terme". Plus loin, il est ajouté que
"la problématique est la même, la violence terroriste frappe
toujours avec une grande rigueur chaque fois qu'un pays arabe ou
musulman essaye de s'engager sur la voie de la démocratie, et
faut-il vraiment le préciser, la Syrie n'y est pour rien".
L’éditorialiste a conclu en suggérant "de cesser de rester sous la
fascination d'un système médiatique mondial qui a décidé
unilatéralement de désigner les méchants et les bons selon une
logique qui n'a franchement rien à voir avec les faits les plus
têtus comme celui de l'inexistence absolue de la moindre preuve
matérielle de l'implication des services secrets syriens dans les
assassinats qui se produisent au Liban. Cela permettra, en tout cas,
d'élargir le champ des soupçons à des parties qui ont bien plus
intérêt que la Syrie à l'échec de l'expérience démocratique au
Liban".
Nadia Kerraz
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |