Semaine du 21 au 27 Décembre 2005

 

Les quotidiens témoins de leur époque

Le Président va bien, l'Algérie va mal

 

 
 
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Les quotidiens témoins de leur époque

Le Président va bien, l'Algérie va mal

"Le président gère toujours les affaires du pays" annonce Le Jeune Indépendant  en Une de son édition du mercredi 14 décembre. Voilà qui rassure les Algériens. "Le président de la République, M. Bouteflika, se porte bien et sa convalescence se déroule normalement. Preuve en est sa demande de veiller à la gestion des affaires courantes du pays depuis l’hôpital parisien." Selon le quotidien, "c'est ce qu'a révélé une source bien informée". Il poursuit en ajoutant que "cette affirmation rejoint celles du ministre d'Etat, M. Belkhadem et, avant lui, du chef du gouvernement et vient mettre un terme aux doutes entretenus par certains cercles sur la santé du Président".  

Pourtant dans cette Algérie, en cette fin de l'année 2005, ce ne sont pas les paradoxes qui manquent et qui pourraient susciter l'intérêt. A titre d'exemple, El Khabar du même jour annonce, en deuxième ouverture de son édition, qu'"en dépit des assurances des responsables de Naftal, le prix de la bouteille de gaz butane a atteint les 300 dinars dans plusieurs wilayas du pays". Et dire, rappelle ce quotidien, que "l'entreprise Naftal avait donné toutes les assurances sur la disponibilité de bouteilles de gaz".

Les Algériens ont froid

 Mais, est-il remarqué, "les citoyens dans les campagnes de nombreuses wilayas du pays trouvent des difficultés à s'approvisionner en bouteilles de gaz et lorsqu'elles sont disponibles, elle sont cédées au double de leur prix, comme c’est le cas à Jijel, Médéa, Tipasa, Mascara et Relizane". 

Ce même quotidien revient, dans son édition du jeudi 15, sur les conditions dans lesquelles les élèves poursuivent leur scolarité. "Des élèves souffrent dans des classes sans chauffage" est-il indiqué, et ce, "en dépit des promesses du ministre de l'Education nationale". Un sujet auquel El Khabar a consacré un dossier de deux pages. Les différents reporters  dressent un tableau unanime : les élèves sont dans des classes gelées. Même à Alger, 278 établissements  scolaires n’ont pas dotés de moyens de chauffage. Une situation qui a poussé les parents d'élèves, dans certaines wilayas comme à Saïda, à retirer leurs enfants de l’école.

Et puis il y a, dans cette même Algérie, la banalisation de fléaux qui menacent la cohésion sociale. Ainsi, relève El Watan  du mercredi 14 décembre, "la violence peut coûter 20 DA !". Ce quotidien met en garde contre le fait que "la délinquance chez les jeunes s'installe dans la banalisation". Pis encore, à en croire la rédactrice, les choses iront en s'empirant puisque "la réconciliation nationale a fini par jeter le trouble sur les normes sociales existantes".

Selon un universitaire, chercheur, psychologue et socio- psychologue, "le traitement politique qui est accordé à ces terroristes ne facilite pas les choses puisqu'il crée des sentiments d'impunité et d'injustice. Le moteur même de la délinquance". Et  s'interroge-t-on plus loin, "qu'en est-il d'une société qui essuie 75% d'échec au bac sans que le système se remette en question ?". Et de rappeler que "les chemins de la marginalisation sont nombreux".

Violence tous azimuts 

 Samedi 17, le phénomène de la violence est de nouveau évoqué par ce quotidien. Cette fois, il s'est intéressé à celle exercée contre les femmes et qui demeure, est- souligné,  "impunie". En fait, estime El Watan, c'est "l'inégalité appuyée par la loi". "La situation de la femme continue, de par le monde, de susciter des débats serrés, parfois houleux. En Algérie aussi, la question est d'actualité. D'autant plus que le code de la famille vient d'être amendé. Sans débat fructueux et élargi à toute la société." De fait, les questions qu'il y a lieu de se poser sont de savoir si "la femme algérienne surtout, est l'égale de l'homme", si elle a "la possibilité d'accéder à ses droits" et "quelle est sa place dans la société". Autant de questions auxquelles il ne sera pas difficile d'apporter des réponses.

Sur un autre registre, la Nouvelle République annonce, dans son édition du jeudi 15 décembre, que les recettes douanières sont en baisse "depuis l'entrée en vigueur de l'Accord d'association".  La Dépêche de Kabylie donne le détail dans son édition du 15 décembre : "Une perte de plus de 37 milliards de dinars pour les douanes", est-il rapporté.

Le Soir d'Algérie du même jour fait état des appréhensions des pharmaciens en raison de la politique du tiers payant et du conventionnement avec la CNAS."La nouvelle réglementation imminente a suscité un large débat au sein de la corporation. Certains, surpris des mesures prises, d'autres, choqués, accusent le département de Tayeb Louh d'ignorer les demandes des officines sous prétexte de rationaliser les dépenses de la CNAS".  Pour rester dans le domaine de la santé, El fadjr rapporte que huit nouveaux centres de lutte contre le cancer seront créés à travers le territoire national dans le cadre du programme du ministère pour les années 2005-2009".

El Djazair News qui, faut-il le souligner, s'est distingué ces derniers temps par la publication de dossiers qui n'ont pas manqué de choquer, consacre celui de son édition du mercredi 14 au mouvement associatif. "C'est l'heure des comptes", indique-il, en appuyant ce titre par les photos des ministres de l'Intérieur et des Collectivités locales et de la Jeunesse et des Sports. "Le département de l'Intérieur augure d'un nouveau projet de loi pour les associations" qui ne manquera pas de mettre de l'ordre dans ce dossier qui compte "73 000 associations nationales et locales".

Le Liban si loin, si proche…

L'éditorialiste du Jour d'Algérie (édition du 14 décembre) s'est, quant lui, intéressé à la situation qui prévaut aujourd'hui au Liban.  Une situation déjà vécue par  un autre pays. C'est du reste ce qui permet de poser cette question :"Les services secrets syriens ont- ils à voir avec le terrorisme qui a mis à feu et à sang l'Algérie douze ans durant ?" La similitude est telle que la question ne pouvait ne pas être posée. Et pour cause, est-il rappelé, "en Algérie comme au Liban, des forces malfaisantes ont essayé de décapiter les élites politiques et intellectuelles en suscitant une fitna telle qu'elle puisse dégénérer en guerre civile et affaiblir durablement les deux pays arabes les plus résolument engagés dans des processus de démocratisation au sens réel du terme". Plus loin, il est ajouté que "la problématique est la même, la violence terroriste frappe toujours avec une grande rigueur chaque fois qu'un pays arabe ou musulman essaye de s'engager sur la voie de la démocratie, et faut-il vraiment le préciser, la Syrie n'y est pour rien". L’éditorialiste a conclu en suggérant "de cesser de rester sous la fascination d'un système médiatique mondial qui a décidé unilatéralement de désigner les méchants et les bons selon une logique qui n'a franchement rien à voir avec les faits les plus têtus comme celui de l'inexistence absolue de la moindre preuve matérielle de l'implication des services secrets syriens dans les assassinats qui se produisent au Liban. Cela permettra, en tout cas, d'élargir le champ des soupçons à des parties qui ont bien plus intérêt que la Syrie à l'échec de l'expérience démocratique au Liban".

Nadia Kerraz 

 

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