Semaine du 22 au 28 juin 2005

 

Lutte contre la pauvreté

Solidarité et dignité

 

 
 
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Lutte contre la pauvreté

Solidarité et dignité

La meilleure stratégie de lutte contre la pauvreté et l’exclusion en Algérie semble être, selon l’action du ministère de la Solidarité nationale, l’implication des personnes concernées par les programmes nationaux de développement communautaire.

Il faudrait que les gens apprennent à se sortir de la misère. C’est, en substance, le discours développé par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité nationale. Les pauvres ont certes besoin d’être aidés, mais il ne faut pas que cette aide soit assimilée à de l’assistanat. Car c’est un fait que les poches de misère existent à travers toute l’Algérie, même si la pauvreté, telle que définie par la Banque mondiale, reste opaque aux yeux des profanes pour lesquels est pauvre celui qui peut difficilement joindre les deux bouts.

La Banque mondiale définit deux sortes de pauvreté : la pauvreté alimentaire qui est considérée comme absolue, et qui, selon les données de l’Office national des statistiques pour l’année 2000, représente 3,1% de la population ; un seuil de pauvreté générale qui atteint 12,1% de la population.

Enfin, quel que soit son seuil, il faut reconnaître que la pauvreté est là, de plus en plus présente. Mais il est clair aussi que cette pauvreté n’est pas née du jour au lendemain, et qu’elle est le résultat de la gestion de l’économie algérienne. Une économie qui est passée par deux périodes importantes. La première, faste, était centrée essentiellement sur les hydrocarbures et, dans une moindre mesure, sur les industries des biens de production. La croissance était alors de l’ordre de 7%. La deuxième période est surtout marquée par la chute des cours du pétrole et, par conséquent, la baisse des investissements, la chute du taux de croissance, l’inflation…

La dette extérieure devient un fardeau de plus en plus lourd à porter. En 1998, elle est estimée à 30 milliards de dollars, soit 65% du PIB. Ainsi, les ressources financières qui auraient dû être consacrées à l’investissement, et donc à générer des emplois, sont totalement absorbées par cette dette.

A partir des années 1980, l’Algérie doit rééchelonner la dette extérieure et un programme d’ajustement structurel est élaboré avec le FMI. Ces changements structurels de l’économie ne sont pas sans conséquences sur les revenus et les conditions de vie des ménages.

Depuis 1992, l’Etat ne subventionne plus la plupart des produits de première nécessité. Le pouvoir d’achat se détériore de plus en plus. Selon un rapport du CNES, les ménages voient se réduire de près du tiers leur pouvoir d’achat en 1996. La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a grandement grevé les budgets des ménages. A cela s’ajoute l’exode forcé des familles qui ont fui la folie meurtrière vers des villes plus ou moins sûres. Ainsi, la pauvreté, qui était essentiellement rurale, devient urbaine. D’autres problèmes naissent : bidonvilles et taudis poussent comme des champignons, et en découlent des phénomènes déjà connus : violence, drogue, prostitution… qui prennent une ampleur nouvelle.

Pour faire face à cette précarité qui gagne du terrain, l’Etat a mis au point des dispositifs de lutte contre la pauvreté. A commencer par l’Allocation forfaitaire de solidarité (AAFS) destinée aux chefs de famille sans revenus et aux handicapés ; l’Indemnité pour activités d’intérêt général (IAIG) destinée au chef de famille sans revenu, qui est de 2 800 DA par mois pour une journée de travail de huit heures ; les allocations familiales et l’indemnité pour salaire unique. Des programmes d’aide à l’emploi sont enregistrés, tels les travaux d’utilité publique à haute intensité de main-d’œuvre, qui offrent des emplois de courte durée à des chômeurs non qualifiés. Le coût de ce programme a été de 4 milliards de dinars. Les Contrats de pré-emploi (CPE) et les Emplois salariés d’initiative locale (ESIL) n’ont pas eu le résultat escompté car seulement 13% des chômeurs qui ont été placés dans des entreprises du secteur public ont pu être permanisés.

D’autres actions ponctuelles sont menées par le ministère de la Solidarité qui, grâce au Fonds spécial de solidarité, assure à chaque rentrée scolaire des trousseaux aux enfants démunis. Chaque été, des enfants pauvres profitent des bienfaits des vacances. Une sorte de parenthèse dans une vie de privations. Grâce à ce Fonds, beaucoup d’écoliers qui habitent des villages éloignés peuvent rejoindre leurs écoles.

Mais il reste que les cinq programmes d’action nationaux proposés lors de la première conférence nationale sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, en 2000, sont des projets importants dans la mesure où s’ils donnent de bons résultats, ils donneront le ton aux programmes prochains. Ces projets pilotes touchent cinq régions, à savoir Sidi-Fredj (Souk-Ahras), Remka (Relizane), les Planteurs (Oran), El-Djazia (Oum El-Bouaghi) et Baraki (Alger). Ces programmes portent sur la santé, l’habitat social, la formation, l’agriculture et le micro-crédit. Le choix des cinq communautés ne s’est pas fait au hasard ; qu’elles se trouvent au Centre, à l’Est ou à l’Ouest du pays, ces régions ont un point commun : la pauvreté.

Le quartier des Planteurs, à Oran, est un bidonville qui a connu ces dernières années un exode rural important. Les familles qui s’y sont installées récemment viennent de Tiaret et de Relizane. Le taux de chômage y est élevé et les fléaux sociaux y sont très répandus. 66% des familles qui habitent aux Planteurs sont pauvres.

Ramka, à Relizane, est isolée dans la montagne. Elle est connue pour être l’une des communes les plus pauvres du pays. Elle se caractérise par une agriculture de montagne et de plaine, l’élevage et l’existence de grands massifs forestiers. Très touchée par le terrorisme, les habitants ont quitté la région.

La commune d’El-Djazia, à Oum El-Bouaghi, est l’une des plus démunies. Ses habitants ont toujours vécu dans la pauvreté et leurs activités essentielles sont l’élevage, les produits de la forêt et d’autres activités non agricoles.

La commune de Sidi-Fredj, située à 60 kilomètres de Souk-Ahras, est aussi très misérable. L’activité principale y est l’agro-pastoralisme. Le manque d’eau et sa forte salinité empêchent le développement de l’agriculture.

La commune de Baraki, à environ 40 kilomètres d’Alger, a été fortement touchée par le terrorisme. Les infrastructures économiques et sociales ont été sérieusement endommagées. Baraki a aussi accueilli de nombreuses familles venues d’autres wilayas, ce qui a eu pour effet d’accentuer la dégradation du cadre de vie.

Ces communes n’ont certes pas les mêmes caractéristiques, ce qui signifie des programmes différents, appropriés à chacune d’elles. Mais tous ces programmes tournent autour de points essentiels : formation, alphabétisation, logement, micro-entreprises, assistance sociale pour handicapés, reboisement, sport et culture.

Chaque commune possède quelques potentialités qui permettent d’assurer le développement. L’essentiel est de sensibiliser les habitants, qui seront responsables de l’exécution des projets et seront assistés par les autorités locales, les services de l’Etat et les associations. Ces projets pilotes devront être évalués au cours de cette année pour savoir quel est le degré de réussite et pallier aux insuffisances. Et ce, pour élargir cette expérience à d’autres régions du pays qui en ont en grandement besoin.

Khadidja Mohamed Bouziane

  

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