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Lutte contre la
pauvreté
Solidarité et
dignité
La meilleure
stratégie de lutte contre la pauvreté et l’exclusion en Algérie
semble être, selon l’action du ministère de la Solidarité nationale,
l’implication des personnes concernées par les programmes nationaux
de développement communautaire.
Il faudrait que
les gens apprennent à se sortir de la misère. C’est, en substance,
le discours développé par le ministère de l’Emploi et de la
Solidarité nationale. Les pauvres ont certes besoin d’être aidés,
mais il ne faut pas que cette aide soit assimilée à de l’assistanat.
Car c’est un fait que les poches de misère existent à travers toute
l’Algérie, même si la pauvreté, telle que définie par la Banque
mondiale, reste opaque aux yeux des profanes pour lesquels est
pauvre celui qui peut difficilement joindre les deux bouts.
La Banque mondiale
définit deux sortes de pauvreté : la pauvreté alimentaire qui est
considérée comme absolue, et qui, selon les données de l’Office
national des statistiques pour l’année 2000, représente 3,1% de la
population ; un seuil de pauvreté générale qui atteint 12,1% de la
population.
Enfin, quel que
soit son seuil, il faut reconnaître que la pauvreté est là, de plus
en plus présente. Mais il est clair aussi que cette pauvreté n’est
pas née du jour au lendemain, et qu’elle est le résultat de la
gestion de l’économie algérienne. Une économie qui est passée par
deux périodes importantes. La première, faste, était centrée
essentiellement sur les hydrocarbures et, dans une moindre mesure,
sur les industries des biens de production. La croissance était
alors de l’ordre de 7%. La deuxième période est surtout marquée par
la chute des cours du pétrole et, par conséquent, la baisse des
investissements, la chute du taux de croissance, l’inflation…
La dette
extérieure devient un fardeau de plus en plus lourd à porter. En
1998, elle est estimée à 30 milliards de dollars, soit 65% du PIB.
Ainsi, les ressources financières qui auraient dû être consacrées à
l’investissement, et donc à générer des emplois, sont totalement
absorbées par cette dette.
A partir des
années 1980, l’Algérie doit rééchelonner la dette extérieure et un
programme d’ajustement structurel est élaboré avec le FMI. Ces
changements structurels de l’économie ne sont pas sans conséquences
sur les revenus et les conditions de vie des ménages.
Depuis 1992,
l’Etat ne subventionne plus la plupart des produits de première
nécessité. Le pouvoir d’achat se détériore de plus en plus. Selon un
rapport du CNES, les ménages voient se réduire de près du tiers leur
pouvoir d’achat en 1996. La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a
grandement grevé les budgets des ménages. A cela s’ajoute l’exode
forcé des familles qui ont fui la folie meurtrière vers des villes
plus ou moins sûres. Ainsi, la pauvreté, qui était essentiellement
rurale, devient urbaine. D’autres problèmes naissent : bidonvilles
et taudis poussent comme des champignons, et en découlent des
phénomènes déjà connus : violence, drogue, prostitution… qui
prennent une ampleur nouvelle.
Pour faire face à
cette précarité qui gagne du terrain, l’Etat a mis au point des
dispositifs de lutte contre la pauvreté. A commencer par
l’Allocation forfaitaire de solidarité (AAFS) destinée aux chefs de
famille sans revenus et aux handicapés ; l’Indemnité pour activités
d’intérêt général (IAIG) destinée au chef de famille sans revenu,
qui est de 2 800 DA par mois pour une journée de travail de huit
heures ; les allocations familiales et l’indemnité pour salaire
unique. Des programmes d’aide à l’emploi sont enregistrés, tels les
travaux d’utilité publique à haute intensité de main-d’œuvre, qui
offrent des emplois de courte durée à des chômeurs non qualifiés. Le
coût de ce programme a été de 4 milliards de dinars. Les Contrats de
pré-emploi (CPE) et les Emplois salariés d’initiative locale (ESIL)
n’ont pas eu le résultat escompté car seulement 13% des chômeurs qui
ont été placés dans des entreprises du secteur public ont pu être
permanisés.
D’autres actions
ponctuelles sont menées par le ministère de la Solidarité qui, grâce
au Fonds spécial de solidarité, assure à chaque rentrée scolaire des
trousseaux aux enfants démunis. Chaque été, des enfants pauvres
profitent des bienfaits des vacances. Une sorte de parenthèse dans
une vie de privations. Grâce à ce Fonds, beaucoup d’écoliers qui
habitent des villages éloignés peuvent rejoindre leurs écoles.
Mais il reste que
les cinq programmes d’action nationaux proposés lors de la première
conférence nationale sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion,
en 2000, sont des projets importants dans la mesure où s’ils donnent
de bons résultats, ils donneront le ton aux programmes prochains.
Ces projets pilotes touchent cinq régions, à savoir Sidi-Fredj
(Souk-Ahras), Remka (Relizane), les Planteurs (Oran), El-Djazia (Oum
El-Bouaghi) et Baraki (Alger). Ces programmes portent sur la santé,
l’habitat social, la formation, l’agriculture et le micro-crédit. Le
choix des cinq communautés ne s’est pas fait au hasard ; qu’elles se
trouvent au Centre, à l’Est ou à l’Ouest du pays, ces régions ont un
point commun : la pauvreté.
Le quartier des
Planteurs, à Oran, est un bidonville qui a connu ces dernières
années un exode rural important. Les familles qui s’y sont
installées récemment viennent de Tiaret et de Relizane. Le taux de
chômage y est élevé et les fléaux sociaux y sont très répandus. 66%
des familles qui habitent aux Planteurs sont pauvres.
Ramka, à Relizane,
est isolée dans la montagne. Elle est connue pour être l’une des
communes les plus pauvres du pays. Elle se caractérise par une
agriculture de montagne et de plaine, l’élevage et l’existence de
grands massifs forestiers. Très touchée par le terrorisme, les
habitants ont quitté la région.
La commune d’El-Djazia,
à Oum El-Bouaghi, est l’une des plus démunies. Ses habitants ont
toujours vécu dans la pauvreté et leurs activités essentielles sont
l’élevage, les produits de la forêt et d’autres activités non
agricoles.
La commune de
Sidi-Fredj, située à 60 kilomètres de Souk-Ahras, est aussi très
misérable. L’activité principale y est l’agro-pastoralisme. Le
manque d’eau et sa forte salinité empêchent le développement de
l’agriculture.
La commune de
Baraki, à environ 40 kilomètres d’Alger, a été fortement touchée par
le terrorisme. Les infrastructures économiques et sociales ont été
sérieusement endommagées. Baraki a aussi accueilli de nombreuses
familles venues d’autres wilayas, ce qui a eu pour effet d’accentuer
la dégradation du cadre de vie.
Ces communes n’ont
certes pas les mêmes caractéristiques, ce qui signifie des
programmes différents, appropriés à chacune d’elles. Mais tous ces
programmes tournent autour de points essentiels : formation,
alphabétisation, logement, micro-entreprises, assistance sociale
pour handicapés, reboisement, sport et culture.
Chaque commune
possède quelques potentialités qui permettent d’assurer le
développement. L’essentiel est de sensibiliser les habitants, qui
seront responsables de l’exécution des projets et seront assistés
par les autorités locales, les services de l’Etat et les
associations. Ces projets pilotes devront être évalués au cours de
cette année pour savoir quel est le degré de réussite et pallier aux
insuffisances. Et ce, pour élargir cette expérience à d’autres
régions du pays qui en ont en grandement besoin.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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