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Le grain de
sable
Le danger est dans
la somme des frustrations que nos dirigeants laissent s’accumuler
dans la conscience de nos concitoyens en croyant les berner par de
belles phrases et des promesses qui ne seront jamais tenues.
Des citoyens qui
seront inévitablement électeurs à un moment où à un autre et qui
réagiront sans le moindre doute de la même manière qu’ils ont réagi
en 1990 et en 1991, si l’occasion leur est offerte de nouveau.
L’ambitieux
programme de construction d’un million de logements avant la fin du
mandat présidentiel actuel n’a pas convaincu grand monde et encore
moins les spécialistes de la question et plus particulièrement ceux
qui interviennent dans le domaine de l’habitat. La plupart posent
évidemment la question des moyens de réalisation locaux et les
autres se demandent où nous allons trouver les quantités
phénoménales d’agrégats de toute sorte qui doivent entrer dans les
processus de construction. Bois, fer, ciment, aluminium, verre et
argile, mais aussi et surtout sable. Or ne voilà-t-il pas que nous
nous trouvons déjà face à un gravissime problème d’approvisionnement
en sable qui bloque la quasi-totalité des chantiers du pays et en
premier lieu ceux détenus par les entreprises du secteur public,
AADL en tête.
Comme il faut
supposer que notre gouvernement ne dispose pas d’une baguette
magique qui va faire apparaître du sable en veux-tu en voilà, la
question se pose de savoir où va-t-on bien pouvoir le trouver en
quantités suffisantes pour alimenter les chantiers destinés à
construire un million de logements ? Bien sûr, il n’est pas dans
notre intention de nous étaler ici plus avant sur le seul programme
du million de logements et sur les conditions objectives qui le
rendent absolument irréalisable en l’espace de quatre courtes
années.
La problématique
est tout de même un peu plus large et concerne également les deux
millions d’emplois promis et la réconciliation nationale inscrite en
tête des priorités du programme du gouvernement. Il en va aussi des
100 locaux par commune promis tout récemment aux jeunes, dont une
enquête parue dans Le Jour d’Algérie nous révèle que les présidents
d’APC n’ont encore reçu aucune directive à cet égard. Et bien
d’autres mesures similaires qui, passé l’effet d’annonce, tombent
dans l’oubli comme des promesses faites dans l’euphorie d’un jour de
retrouvailles. Jusqu’à la loi sur les hydrocarbures adoptée en
grande pompe à l’unanimité des voix après d’âpres combats, qui n’est
toujours pas parue au Journal officiel, pendant que les deux lois
portant code de la famille et code de la nationalité, adoptées en
même temps, le sont depuis belle lurette.
Ces graves hiatus
entre les discours et la réalité ne sont pas nés d’aujourd’hui et ne
sont pas propres au système politique algérien, peu s’en faut. Des
démocraties avancées comme l’Amérique ou la France, pour ne prendre
que ces deux exemples, enregistrent régulièrement des promesses
électorales dont tout le monde sait pertinemment qu’elles ne seront
jamais tenues, mais avec cette grande différence qu’elles restent
suffisamment vagues pour ne pas trop engager leurs auteurs. Chez
nous, la tendance est au contraire à aller de plus en plus loin dans
des formulations précises et chiffrées, censées impressionner le
citoyen et donner un caractère plus sérieux aux engagements pris.
Sachant que l’Algérien a plutôt la mémoire courte et les moyens de
sanctionner les fausses promesses assez limités. Depuis le temps que
ses gouvernants le bercent de chiffres prometteurs, le citoyen
lambda a appris à faire avec et à attendre son heure pour livrer le
fond de sa pensée. Comme il l’a d’ailleurs fait aux élections
communales de juin 1990 et avec encore plus d’éclat en décembre
1992. Quitte à croire des bonimenteurs, autant choisir ceux qui lui
promettent carrément une place de 1re classe au paradis.
Car le danger est
bien là. Il est dans la somme des frustrations que nos dirigeants
laissent s’accumuler dans la conscience de nos concitoyens en
croyant les berner par de belles phrases et des promesses qui ne
seront jamais tenues. Des citoyens qui seront inévitablement
électeurs à un moment où à un autre et qui réagiront sans le moindre
doute de la même manière qu’ils ont réagi en 1990 et en 1991, si
l’occasion leur est offerte de nouveau. Pourtant, rien n’oblige ni
le chef du gouvernement ni ses ministres à avancer sur les chemins
tortueux des défis impossibles et encore moins dans des domaines où
il est possible de tout vérifier à l’œil nu et en temps réel. Or,
l’œil nu des Algériens peut aisément constater que, depuis plus d’un
mois, la plupart des chantiers de construction du pays sont à
l’arrêt faute de sable, que les logements AADL sont livré au
lance-pierre, que les fameux avis d’appels d’offres qui devaient
être publiés par la presse le mois dernier ne le sont toujours pas
et que la quasi-totalité des APC du pays sont si mal en point que ce
serait un miracle qu’elles puissent collaborer, même modestement, à
la réalisation du programme du gouvernement. Faut-il espérer alors
un miracle qui pousserait chacun à faire attention à ce qu’il
raconte ?
A. M.
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