Semaine du 22 au 28 juin 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Le grain de sable

 

 
 
 Editorial

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Le grain de sable

Le danger est dans la somme des frustrations que nos dirigeants laissent s’accumuler dans la conscience de nos concitoyens en croyant les berner par de belles phrases et des promesses qui ne seront jamais tenues.

Des citoyens qui seront inévitablement électeurs à un moment où à un autre et qui réagiront sans le moindre doute de la même manière qu’ils ont réagi en 1990 et en 1991, si l’occasion leur est offerte de nouveau.

L’ambitieux programme de construction d’un million de logements avant la fin du mandat présidentiel actuel n’a pas convaincu grand monde et encore moins les spécialistes de la question et plus particulièrement ceux qui interviennent dans le domaine de l’habitat. La plupart posent évidemment la question des moyens de réalisation locaux et les autres se demandent où nous allons trouver les quantités phénoménales d’agrégats de toute sorte qui doivent entrer dans les processus de construction. Bois, fer, ciment, aluminium, verre et argile, mais aussi et surtout sable. Or ne voilà-t-il pas que nous nous trouvons déjà face à un gravissime problème d’approvisionnement en sable qui bloque la quasi-totalité des chantiers du pays et en premier lieu ceux détenus par les entreprises du secteur public, AADL en tête.

Comme il faut supposer que notre gouvernement ne dispose pas d’une baguette magique qui va faire apparaître du sable en veux-tu en voilà, la question se pose de savoir où va-t-on bien pouvoir le trouver en quantités suffisantes pour alimenter les chantiers destinés à construire un million de logements ? Bien sûr, il n’est pas dans notre intention de nous étaler ici plus avant sur le seul programme du million de logements et sur les conditions objectives qui le rendent absolument irréalisable en l’espace de quatre courtes années.

La problématique est tout de même un peu plus large et concerne également les deux millions d’emplois promis et la réconciliation nationale inscrite en tête des priorités du programme du gouvernement. Il en va aussi des 100 locaux par commune promis tout récemment aux jeunes, dont une enquête parue dans Le Jour d’Algérie nous révèle que les présidents d’APC n’ont encore reçu aucune directive à cet égard. Et bien d’autres mesures similaires qui, passé l’effet d’annonce, tombent dans l’oubli comme des promesses faites dans l’euphorie d’un jour de retrouvailles. Jusqu’à la loi sur les hydrocarbures adoptée en grande pompe à l’unanimité des voix après d’âpres combats, qui n’est toujours pas parue au Journal officiel, pendant que les deux lois portant code de la famille et code de la nationalité, adoptées en même temps, le sont depuis belle lurette.

Ces graves hiatus entre les discours et la réalité ne sont pas nés d’aujourd’hui et ne sont pas propres au système politique algérien, peu s’en faut. Des démocraties avancées comme l’Amérique ou la France, pour ne prendre que ces deux exemples, enregistrent régulièrement des promesses électorales dont tout le monde sait pertinemment qu’elles ne seront jamais tenues, mais avec cette grande différence qu’elles restent suffisamment vagues pour ne pas trop engager leurs auteurs. Chez nous, la tendance est au contraire à aller de plus en plus loin dans des formulations précises et chiffrées, censées impressionner le citoyen et donner un caractère plus sérieux aux engagements pris. Sachant que l’Algérien a plutôt la mémoire courte et les moyens de sanctionner les fausses promesses assez limités. Depuis le temps que ses gouvernants le bercent de chiffres prometteurs, le citoyen lambda a appris à faire avec et à attendre son heure pour livrer le fond de sa pensée. Comme il l’a d’ailleurs fait aux élections communales de juin 1990 et avec encore plus d’éclat en décembre 1992. Quitte à croire des bonimenteurs, autant choisir ceux qui lui promettent carrément une place de 1re classe au paradis.

Car le danger est bien là. Il est dans la somme des frustrations que nos dirigeants laissent s’accumuler dans la conscience de nos concitoyens en croyant les berner par de belles phrases et des promesses qui ne seront jamais tenues. Des citoyens qui seront inévitablement électeurs à un moment où à un autre et qui réagiront sans le moindre doute de la même manière qu’ils ont réagi en 1990 et en 1991, si l’occasion leur est offerte de nouveau. Pourtant, rien n’oblige ni le chef du gouvernement ni ses ministres à avancer sur les chemins tortueux des défis impossibles et encore moins dans des domaines où il est possible de tout vérifier à l’œil nu et en temps réel. Or, l’œil nu des Algériens peut aisément constater que, depuis plus d’un mois, la plupart des chantiers de construction du pays sont à l’arrêt faute de sable, que les logements AADL sont livré au lance-pierre, que les fameux avis d’appels d’offres qui devaient être publiés par la presse le mois dernier ne le sont toujours pas et que la quasi-totalité des APC du pays sont si mal en point que ce serait un miracle qu’elles puissent collaborer, même modestement, à la réalisation du programme du gouvernement. Faut-il espérer alors un miracle qui pousserait chacun à faire attention à ce qu’il raconte ?

A. M.

 

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