Semaine du 22 au 28 juin 2005

 

Histoire

L’habillement féminin traditionnel dans les Aurès

 

 
 
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L’habillement féminin traditionnel dans les Aurès

Le vêtement de l’Auréssienne d’il y a quelques décennies – qui est porté jusqu’à l’heure actuelle dans les dechras du massif – se compose de plusieurs pièces qui sont : le meqdha, tajbîbt, elhaf, la ceinture, le tajdidh, l’ougâ, le kettaf,  el-altham, les chaussures et, bien évidemment, la coiffure.

Le meqdha est une large et ample chemise à manches évasées ; l’étoffe utilisée pour le confectionner est généralement égale à deux fois la taille de la femme, des épaules aux chevilles. Le tissu est replié sur lui-même et les côtés cousus dans toute leur longueur, sauf à la place où doivent passer les bras, dans des manches rapportées. Un trou découpé dans le pli permet le passage de la tête ; la chemise est fendue sur la poitrine sur une vingtaine de centimètres.

Tajbîbt est la robe de dessus ; la femme l’enfile sur la meqdha. C’est une sorte de gandoura du même genre que la précédente, mais qui ne possède pas de manches rapportées. Sa forme est variable, mais généralement, elle est droite (même largeur de haut en bas) comme le meqdha, ou rétrécie du haut et élargie du bas.

La première forme, classique dans les Aurès, paraît être la plus ancienne ; la seconde serait probablement étrangère au massif.

Tajbîbt, à l’instar du meqdha, est faite d’une étoffe fantaisie. Les jeunes élégantes du massif en mettent plusieurs, toutes différentes, les unes par-dessus les autres.

Elhaf est la pièce essentielle du costume féminin dans les Aurès ; c’est un vêtement flottant fait d’une pièce d’étoffe de dix mètres, dont la largeur ne dépasse pas 80 centimètres. Cette pièce est coupée en deux parties égales, qui sont assemblées sur toute leur longueur. On réunit les deux extrémités par une couture, et la robe est faite. Elhaf de tous les jours est le plus souvent de cotonnade noire, orné  d’un galon, cousu à cheval sur le bord de l’étoffe, en haut et en bas.

Les Auréssiennes superposent quelquefois deux ou trois galons de différentes couleurs.

Pour les fêtes et les cérémonies, elhaf ne change pas de forme, mais les étoffes varient : ce sont des cotonnades fantaisie, de couleurs diverses, ou des tissus de soie de teintes claires. Souvent, entre deux lés est intercalée une bande de tissu de couleur différente, tranchant sur l’ensemble, car les Auréssiennes aiment les contrastes de couleurs et de nuances. Cette sorte d’empiècement (achghit) enveloppe les hanches.

Sur le versant sud des Aurès, l’influence saharienne  se fait sentir ; on y voit beaucoup de vêtements rouge écarlate. Il n’en est pas de même sur le versant septentrional ; les femmes de Oued-Abdi et de Oued-Labiod ont tendance à porter des vêtements sombres.

La ceinture est la pièce la plus singulière du costume de l’Auréssienne en raison du travail qu’elle demande et aussi parce qu’elle est en général l’œuvre personnelle de la femme, lui donnant ainsi son propre cachet. Faite en laine tressée de couleurs vives, ses contrastes accentués tranchent sur les robes noires. Toujours très longue, elle est enroulée plusieurs fois autour de la taille et se noue sur le côté. Elle permet l’arrangement des fronces de l’ample jupe et l’égalisation de sa longueur.

Le tajdîdh est le manteau d’hiver ; c’est une pièce d’étoffe rectangulaire qui couvre les épaules et tombe jusqu’aux chevilles. L’Auréssienne le tisse en général elle-même, en laine blanche et épaisse, orné parfois de bandes noires en bas. Elle le met négligemment sur les épaules et le laisse flotter aux quatre vents, ramenant d’une geste étudié et élégant les deux extrémités supérieures qu’elle attache sur sa gorge à l’aide d’une broche (amessek).

L’ougâ est, elle aussi, tissée par la femme. C’est ordinairement un tajdîdh de fine laine blanche, plus rarement de laine et de soie blanche, qui sert pour les fêtes et les cérémonies. Un mince dessin de diverses couleurs l’orne parfois autour du cou.

Le kettaf est un vêtement du même genre que les précédents, mais il n’est pas fait par l’Auréssienne ; il n’est jamais en laine, il se compose de deux lés d’étoffe de soie réunis sur toute leur longueur, et dont le métrage dépend de la taille de la femme qui le porte.

El-altham est un manteau analogue au kettaf, mais fait de coton noir ; il est porté le plus souvent en été.

 A l’exception du tajdîdh et de l’ougâ, les composantes du costume de l’Auréssienne ne se font pas à domicile, mais sont généralement l’œuvre d’un artisan.

Dans le massif profond, les femmes portaient des sandales en alfa tressé, retenues aux pieds par des cordelettes passant entre les deux premiers orteils. La chaussure de cérémonie est la belgha en peau de chèvre, sans talon, très légère, confectionnée par les cordonniers du versant sud du massif.

L’Auréssienne ne sort jamais la tête découverte. La coiffure traditionnelle comprend deux ou trois foulards et un turban. Le premier foulard est généralement noir, parfois rouge. Chaque foulard est plié en triangle ; la femme applique la base sur son front, croise les angles sur sa nuque, les ramène sur le front et les noue. Elle place ensuite son turban blanc autour de la tête, qui lui donne un aspect particulier et un cachet personnel qui distingue chacune des femmes.

C’est un spectacle des plus féeriques d’admirer un rassemblement de femmes dans les Aurès, à l’occasion de cérémonies ou de fêtes saisonnières. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel se mélangent harmonieusement, à l’instar d’une fresque multicolore.

Chenouf Ahmed Boudi

 

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