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L’habillement féminin traditionnel dans les Aurès
Le vêtement de l’Auréssienne
d’il y a quelques décennies – qui est porté jusqu’à l’heure actuelle
dans les dechras du massif – se compose de plusieurs pièces qui sont
: le meqdha, tajbîbt, elhaf, la ceinture, le tajdidh, l’ougâ, le
kettaf, el-altham, les chaussures et, bien évidemment, la coiffure.
Le meqdha est une
large et ample chemise à manches évasées ; l’étoffe utilisée pour le
confectionner est généralement égale à deux fois la taille de la
femme, des épaules aux chevilles. Le tissu est replié sur lui-même
et les côtés cousus dans toute leur longueur, sauf à la place où
doivent passer les bras, dans des manches rapportées. Un trou
découpé dans le pli permet le passage de la tête ; la chemise est
fendue sur la poitrine sur une vingtaine de centimètres.
Tajbîbt est la
robe de dessus ; la femme l’enfile sur la meqdha. C’est une sorte de
gandoura du même genre que la précédente, mais qui ne possède pas de
manches rapportées. Sa forme est variable, mais généralement, elle
est droite (même largeur de haut en bas) comme le meqdha, ou
rétrécie du haut et élargie du bas.
La première forme,
classique dans les Aurès, paraît être la plus ancienne ; la seconde
serait probablement étrangère au massif.
Tajbîbt, à
l’instar du meqdha, est faite d’une étoffe fantaisie. Les jeunes
élégantes du massif en mettent plusieurs, toutes différentes, les
unes par-dessus les autres.
Elhaf est la pièce
essentielle du costume féminin dans les Aurès ; c’est un vêtement
flottant fait d’une pièce d’étoffe de dix mètres, dont la largeur ne
dépasse pas 80 centimètres. Cette pièce est coupée en deux parties
égales, qui sont assemblées sur toute leur longueur. On réunit les
deux extrémités par une couture, et la robe est faite. Elhaf de tous
les jours est le plus souvent de cotonnade noire, orné d’un galon,
cousu à cheval sur le bord de l’étoffe, en haut et en bas.
Les Auréssiennes
superposent quelquefois deux ou trois galons de différentes
couleurs.
Pour les fêtes et
les cérémonies, elhaf ne change pas de forme, mais les étoffes
varient : ce sont des cotonnades fantaisie, de couleurs diverses, ou
des tissus de soie de teintes claires. Souvent, entre deux lés est
intercalée une bande de tissu de couleur différente, tranchant sur
l’ensemble, car les Auréssiennes aiment les contrastes de couleurs
et de nuances. Cette sorte d’empiècement (achghit) enveloppe les
hanches.
Sur le versant sud
des Aurès, l’influence saharienne se fait sentir ; on y voit
beaucoup de vêtements rouge écarlate. Il n’en est pas de même sur le
versant septentrional ; les femmes de Oued-Abdi et de Oued-Labiod
ont tendance à porter des vêtements sombres.
La ceinture est la
pièce la plus singulière du costume de l’Auréssienne en raison du
travail qu’elle demande et aussi parce qu’elle est en général
l’œuvre personnelle de la femme, lui donnant ainsi son propre
cachet. Faite en laine tressée de couleurs vives, ses contrastes
accentués tranchent sur les robes noires. Toujours très longue, elle
est enroulée plusieurs fois autour de la taille et se noue sur le
côté. Elle permet l’arrangement des fronces de l’ample jupe et
l’égalisation de sa longueur.
Le tajdîdh est le
manteau d’hiver ; c’est une pièce d’étoffe rectangulaire qui couvre
les épaules et tombe jusqu’aux chevilles. L’Auréssienne le tisse en
général elle-même, en laine blanche et épaisse, orné parfois de
bandes noires en bas. Elle le met négligemment sur les épaules et le
laisse flotter aux quatre vents, ramenant d’une geste étudié et
élégant les deux extrémités supérieures qu’elle attache sur sa gorge
à l’aide d’une broche (amessek).
L’ougâ est, elle
aussi, tissée par la femme. C’est ordinairement un tajdîdh de fine
laine blanche, plus rarement de laine et de soie blanche, qui sert
pour les fêtes et les cérémonies. Un mince dessin de diverses
couleurs l’orne parfois autour du cou.
Le kettaf est un
vêtement du même genre que les précédents, mais il n’est pas fait
par l’Auréssienne ; il n’est jamais en laine, il se compose de deux
lés d’étoffe de soie réunis sur toute leur longueur, et dont le
métrage dépend de la taille de la femme qui le porte.
El-altham est un
manteau analogue au kettaf, mais fait de coton noir ; il est porté
le plus souvent en été.
A l’exception du
tajdîdh et de l’ougâ, les composantes du costume de l’Auréssienne ne
se font pas à domicile, mais sont généralement l’œuvre d’un artisan.
Dans le massif
profond, les femmes portaient des sandales en alfa tressé, retenues
aux pieds par des cordelettes passant entre les deux premiers
orteils. La chaussure de cérémonie est la belgha en peau de chèvre,
sans talon, très légère, confectionnée par les cordonniers du
versant sud du massif.
L’Auréssienne ne
sort jamais la tête découverte. La coiffure traditionnelle comprend
deux ou trois foulards et un turban. Le premier foulard est
généralement noir, parfois rouge. Chaque foulard est plié en
triangle ; la femme applique la base sur son front, croise les
angles sur sa nuque, les ramène sur le front et les noue. Elle place
ensuite son turban blanc autour de la tête, qui lui donne un aspect
particulier et un cachet personnel qui distingue chacune des femmes.
C’est un spectacle
des plus féeriques d’admirer un rassemblement de femmes dans les
Aurès, à l’occasion de cérémonies ou de fêtes saisonnières. Toutes
les couleurs de l’arc-en-ciel se mélangent harmonieusement, à
l’instar d’une fresque multicolore.
Chenouf Ahmed
Boudi
Haut
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