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Confusion des genres
La coalition
composant le gouvernement, non seulement ne détient pas la réalité
du pouvoir, qui se trouve concentré entre les mains du président de
la République, mais elle est à ce point bancale qu’elle ne respecte
même plus la discipline interne, ni même la répartition des
fonctions, en particulier quand celles-ci sont de souveraineté.
Autant dire qu’elle représente désormais un danger pour la nation,
si fortes et si nombreuses sont les rivalités opposant le FLN et le
RND, condamnés, du fait de leur proximité sur tous les plans, à se
démarquer à tout propos l’un de l’autre, tout en renouvelant à
chaque fois leur attachement au programme du président Bouteflika –
lequel, d’ailleurs, est plus une vue de l’esprit qu’autre chose.
Si on n’y prend
pas garde, ils feront flèche de tout bois dans la mêlée souterraine
dans laquelle ils sont âprement engagés, l’air de rien. Et ce pourra
être également aux dépens du pays, comme on vient d’en avoir un
précédent avec la visite qu’était censé faire A. Ouyahia au Maroc,
celui-ci n’ayant pu résister à la tentation de nous infliger un
camouflet, encouragé en cela par la confusion des genres et des
rôles qu’il voyait entre les deux principaux personnages du
gouvernement. Si A. Belkhadem, qui n’est plus chef de la diplomatie
algérienne, mais qui se comporte comme s’il l’était encore, n’avait
pas confirmé la nouvelle de cette visite, donnée d’abord par
l’ambassadeur marocain, le gouvernement marocain n’aurait pas été à
même de nous faire cette offense.
Comment
s’expliquer un tel pas de clerc de la part de quelqu’un qui a
toujours semblé jusque-là très peu porté à des écarts de conduite ?
C’est qu’il ne s’agit pas non plus de suggérer qu’il travaille pour
le roi. Il faut d’autant plus résister à cette pente qu’il a déjà
été accusé faussement d’agent iranien. L’explication est beaucoup
plus simple, et gageons dès à présent que nous aurons à l’avenir
beaucoup d’occasions de constater sa véracité : la lutte larvée
mettant aux prises au sein d’un même gouvernement les deux partis
nationalistes, est sans concession aucune. De part et d’autre, on
n’est d’accord que sur une seule chose, pas sur deux : se porter
tous les coups qu’il est possible de se porter sans prêter le flanc
à l’accusation de déloyauté. Tout semble s’être passé comme si le
secrétaire général du FLN, ayant compris en écoutant attentivement
l’ambassadeur, que le Maroc était sur le point de commettre une
“maladresse”, avait fait en sorte que le coup en suspens soit
réellement administré… sur la personne d’Ahmed Ouyahia. Et la preuve
que c’est bien ainsi que les choses se sont passées, c’est que Ahmed
Ouyahia n’a pas été entièrement pris au dépourvu, puisqu’il lui
était arrivé, avant que les Marocains ne s’avisent de le rudoyer, de
montrer une certaine mauvaise humeur devant l’interférence de son
rival. Il a même parlé alors de marchandage dans lequel il ne
convenait pas d’entrer. Il ne pouvait pas mieux laisser entendre
qu’il devinait où le parton du FLN voulait en venir : le faire
récuser comme interlocuteur valable par nos voisins.
On aura remarqué
le silence du principal concerné en l’occurrence, le nouveau chef de
la diplomatie, Mohamed Béjaoui. Il avait là pourtant une belle
occasion de se faire entendre. A croire qu’il n’est pas encore dans
le coup, et qu’il ne veut rien dire maintenant qu’il aura à se
reprocher par la suite. Son appartenance politique est, de plus,
imprécise. Ce qui sera bien sûr retenu contre lui. Au lieu d’avoir à
se garder des coups bas en provenance d’un seul bord, ce sera des
deux côtés qu’il lui faudra rester vigilant.
Ce n’est pas par
hasard que nous en sommes là, avec un gouvernement dont les membres
ne pensent qu’à se déstabiliser les uns les autres. A. Belkhadem
déclarait par exemple que le FLN n’était pas intéressé par la
chefferie du gouvernement, étant donné qu’il n’était pas entièrement
remis de la crise qu’il avait traversée. Et il y a eu des naïfs pour
le croire et s’étonner agréablement que le FLN paraisse vouloir
changer, opérer une sorte de révolution culturelle dans ses rangs.
Un FLN qui se montre soudain dédaigneux des postes et des rentes, on
aimait y croire, puisque c’était proprement extraordinaire. C’était
bien à tort, comme on peut s’en rendre compte maintenant.
L’opportunisme et la déloyauté n’ont rien perdu de leur vigueur.
M. Habili
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