Semaine du 22 au 28  juin 2005

 

La trame du mercredi

Confusion des genres

 

 
 
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Confusion des genres

La coalition composant le gouvernement, non seulement ne détient pas la réalité du pouvoir, qui se trouve concentré entre les mains du président de la République, mais elle est à ce point bancale qu’elle ne respecte même plus la discipline interne, ni même la répartition des fonctions, en particulier quand celles-ci sont de souveraineté. Autant dire qu’elle représente désormais un danger pour la nation, si fortes et si nombreuses sont les rivalités opposant le FLN et le RND, condamnés, du fait de leur proximité sur tous les plans, à se démarquer à tout propos l’un de l’autre, tout en renouvelant à chaque fois leur attachement au programme du président Bouteflika – lequel, d’ailleurs, est plus une vue de l’esprit qu’autre chose.

Si on n’y prend pas garde, ils feront flèche de tout bois dans la mêlée souterraine dans laquelle ils sont âprement engagés, l’air de rien. Et ce pourra être également aux dépens du pays, comme on vient d’en avoir un précédent avec la visite qu’était censé faire A. Ouyahia au Maroc, celui-ci n’ayant pu résister à la tentation de nous infliger un camouflet, encouragé en cela par la confusion des genres et des rôles qu’il voyait entre les deux principaux personnages du gouvernement. Si A. Belkhadem, qui n’est plus chef de la diplomatie algérienne, mais qui se comporte comme s’il l’était encore, n’avait pas confirmé la nouvelle de cette visite, donnée d’abord par l’ambassadeur marocain, le gouvernement marocain n’aurait pas été à même de nous faire cette offense.

Comment s’expliquer un tel pas de clerc de la part de quelqu’un qui a toujours semblé jusque-là très peu porté à des écarts de conduite ? C’est qu’il ne s’agit pas non plus de suggérer qu’il travaille pour le roi. Il faut d’autant plus résister à cette pente qu’il a déjà été accusé faussement d’agent iranien. L’explication est beaucoup plus simple, et gageons dès à présent que nous aurons à l’avenir beaucoup d’occasions de constater sa véracité : la lutte larvée mettant aux prises au sein d’un même gouvernement les deux partis nationalistes, est sans concession aucune. De part et d’autre, on n’est d’accord que sur une seule chose, pas sur deux : se porter tous les coups qu’il est possible de se porter sans prêter le flanc à l’accusation de déloyauté. Tout semble s’être passé comme si le secrétaire général du FLN, ayant compris en écoutant attentivement l’ambassadeur, que le Maroc était sur le point de commettre une “maladresse”,  avait fait en sorte que le coup en suspens soit réellement administré… sur la personne d’Ahmed Ouyahia. Et la preuve que c’est bien ainsi que les choses se sont passées, c’est que Ahmed Ouyahia n’a pas été entièrement pris au dépourvu, puisqu’il lui était arrivé, avant que les Marocains ne s’avisent de le rudoyer, de montrer une certaine mauvaise humeur devant l’interférence de son rival. Il a même parlé alors de marchandage dans lequel il ne convenait pas d’entrer. Il ne pouvait pas mieux laisser entendre qu’il devinait où le parton du FLN voulait en venir : le faire récuser comme interlocuteur valable par nos voisins.

On aura remarqué le silence du principal concerné en l’occurrence, le nouveau chef de la diplomatie, Mohamed Béjaoui. Il  avait là pourtant une belle occasion de se faire entendre. A croire qu’il n’est pas encore dans le coup, et qu’il ne veut rien dire maintenant qu’il aura à se reprocher par la suite. Son appartenance politique est, de plus, imprécise. Ce qui sera bien sûr retenu contre lui. Au lieu d’avoir à se garder des coups bas en provenance d’un seul bord, ce sera des deux côtés qu’il lui faudra rester vigilant.

Ce n’est pas par hasard que nous en sommes là, avec un gouvernement dont les membres ne pensent qu’à se déstabiliser les uns les autres. A. Belkhadem déclarait par exemple que le FLN n’était pas intéressé par la chefferie du gouvernement, étant donné qu’il n’était pas entièrement remis de la crise qu’il avait traversée. Et il y a eu des naïfs pour le croire et s’étonner agréablement que le FLN paraisse vouloir changer, opérer une sorte de révolution culturelle dans ses rangs. Un FLN qui se montre soudain dédaigneux des postes et des rentes, on aimait y croire, puisque c’était proprement extraordinaire. C’était bien à tort, comme on peut s’en rendre compte maintenant. L’opportunisme et la déloyauté  n’ont rien perdu de leur vigueur.

M. Habili

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